‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 21 sur 198 · Fouque · texte numérisé non relu

Fouque

Nous avons déjà dit un mot du magnifique épanouissement des Fouque, du surtout à l’initiative d’un de ces laborieux avisés que l’on trouve à l’origine des maisons prospères (chap. II). Honoré peut être considéré comme le fondateur de la famille, une des plus considérables de la cité aux XVIe-XVlIe siècles, ayant été favorisée du triple avantage de la fortune, des belles alliances et du mérite personnel. Lui achetait incessamment de la laine et des seigneuries, remplissait ses magasins de la place du Cros [place du Marché] et les blancs de sa côte cadastrale, dotait des chapelles et des couvents, était trésorier communal et jusqu’à trois fois premier consul, le créancier de tout le monde et le principal client des études de notaires, où on le rencontre à tout instant et rarement comme vendeur.

Quoiqu’on l’appelle communément M. de la Garde tout court et noble toujours, il manie bonnement la romaine sur le pas de sa porte comme un vulgaire boutiquier sans que, dans l’opinion des contemporains, autrement large que la nôtre à cet endroit,

la grande et légitime considéralion dont il jouit en reçoive la moindre atteinte. II ne croit en cela nullement déroger et il considère sa femme, d’une famille de marchands de Barjols, à l’égal d’une châtelaine. Dans une donation qu’il lui fait, le 25 octobre 1547, il déclare “Jaumette Leydet... estre de bonne part et noblesse partie et pour telle réputée de faict et de parolle, fort vertueusement avoyr vescu...” (1).

N’oublions pas que, dans nos démocraties provençales, la qualification de noble et même d’écuyer ne conférait aucune sorte de privilège effectif ; n’ayant qu’une valeur honorifique, elle était libéralement décernée à quiconque occupait une situation honorable, sans aucun égard à son origine. Nous en aurons de nombreux exemples.

11 ne manqua aux enfants de l’opulent lainier que des parchemins — qu’ils auraient pu acquérir à prix d’argent — pour devenir des gentilhommes authentiques, car nobles ils l’étaient déjà aux yeux de tous par la grande situation que leur donnaient l’importance de leur fortune comme aussi la distinction de leurs relations et de leurs alliances et sans doute la supériorité de leur éducation.

Nous avons un témoignage non équivoque de la haute et populaire estime en laquelle les tenaient leurs concitoyens dans les mandats électifs dont ils furent exceptionnellement investis. Balthazar fut premier consul à 29 ans (1568), par une flatteuse dérogation à l’usage, et mourut en fonctions. Joseph, son frère, revêtit le premier chaperon consulaire jusqu’à cinq reprises différentes, fait unique en nos annales municipales, et mourut aussi à son poste, frappé par la peste (1587).

(!) Nrc Palayoni, f° 228.

Esprit, fils de Balthazar, releva encore l’honneur du nom par son cachet bien personnel et s’acquit, comme poète, écrivain et homme du monde, une réputation distinguée à laquelle l’illustre amitié de Malherbe a mis le sceau définitif en l’immortalisan. dans une ode et une lettre également flatteuses (1).

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