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Guilhon d’Allons

Parmi tous ces arrivés, peu étaient allés si vite en besogne et avaient réussi à mener plus rondement et plus heureusement leur train. A la seconde génération les Guilhon, venus de Grasse, avec l’esprit d’ordre, d’économie et la ténacité de leur race si industrieuse, s’étaient déjà enrichis dans le commerce. Les temps n’étaient décidément pas si malheureux. Mais la fortune acquise appelait un couronnement, nous voulions dire une couronne héraldique. Tout en aunant le drap noir de Bourges, le drap rouge de Paris, la serpillière de Troyes, en spéculant sur les laines, Auban n’avait pas négligé de devenir, par acquisition, seigneur ou coseigneur d’Allons, préparant, bien à son insu, le titre d’un futur contre-amiral de sa descendance. De ses enfants et petits-enfants, les uns, suivant l’ordinaire progression, avaient revêtu la robe, qu’ils honorèrent par leur savoir, et un des derniers était entré par alliance dans une des premières maisons nobles de Provence. La destinée des cadets devait être moins brillante.

La dernière Guilhon de la branche aînée porta la seigneurie d’Allons dans la famille Richier ou Richery, de St-Maximin. C’est ainsi que le titre acquis par un marchand de serpillière servit, à la fin de la monarchie, à décorer le nom et les beaux

(1) Cf. Bulletin de la Société d’ Etudes de Draguignan, XXIV, 309.

services d’un officier général de la marine, le contre-amiral de Richery d’Allons, frère du futur archevêque d’Aix, deux illustrations bien authentiques du tiers état provençal.

Cependant que la branche aînée n’avait cessé de monter jusqu’aux sommels de la hiérarchie, la branche cadette, moins favorisée, était restée dans l’ornière des métiers mécaniques, comme on disait alors, déclinant progressivement jusqu’à s’allier à de simples travailleurs et finissait par un apprenti tisserand.

Contrastes peu rares dans l’ancienne société, où le grand nombre ordinaire d’enfants avait fait avantager les aînés appelés à remplacer auprès de leurs plus jeunes frères la sollicitude et la protection du père, en cas de décès. De là cette diversité de conditions dans la même famille, celte pénétration des classes les unes dans les autres par les points de contact de la parenté, l’union et la bonne harmonie sociale étant maintenues entre elles par le lien le plus puissant, le lien du sang.

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