‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 23 sur 198 · Roman · texte numérisé non relu

Roman

Ce ne furent pas, comme on serait tenté peut-être de le supposer tout d’abord, l’aide et la protection de l’évêque Bertrand de Romans qui firent sortir sa famille de l’obscurité, mais bien plutôt les ressources déjà acquises par celle-ci qui favorisèrent l’élévation du prélat. En effet, 13 ans avant sa nomination comme conseiller clerc au Parlement, le 27 février 1542, lui et ses frères, Pierre, chanoine, Cyprien et Antoine, avaient acheté, des deniers amassés par leur père dans le commerce, la terre noble d’Espérel, appartenant à Claude de Villeneuve, moyennant 300 écus d’or (1), et pris rang parmi les seigneurs de place. A ce

(1) Arch. dép1'5, B. 860.

IÆ TIERS ÉTAT

titre, Cyprien, traité de noble, avait dû répondre, au mois de septembre suivant, à l’appel du ban et de l’arrière-ban (1). On peut conjecturer que la qualification honorable ne nuisit pas à Bertrand pour entrer au Parlement et moins encore sa dignité de conseiller du Roi pour monter sur le siège épiscopal de Fréjus où il put favoriser ses neveux de certains bénéfices ecclésiastiques. Les autres n’eurent qu’à succéder à leurs pères dans la possession de leurs seigneuries.

Conseiller du Roi au Parlement, prélat, prévôt, chanoines, seigneurs d’Espérel, du Puget, d’Agoult, de Séranon, de la Croix, tout cela, issant, dans le lointain du XVIe siècle, d’une petite boutique de village, n’a-t-il pas plutôt un faux air de conte de fées, que la vraisemblance d’üne réalité historique?

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