Pasquet
Identique à l’histoire des Aymar est celle des Pasquet, leurs contemporains, compatriotes, collègues et alliés, au point qu’on se demande s’ils ne faisaient pas partie, les uns et les autres, de la même petite caravane d’émigrants dauphinois. Adonnés, comme les Aymar, au commerce de la mercerie, dont ils avaient du également apporter les premiers échantillons sur le dos, leur
(1) A rapprocher cette notice et celle des colporteurs qui suivent de l’article que consacre, indigné, Barcilon de Mauvans à la rapide et merveilleuse fortune des Maurel-Villeneuve, descendants de deux frères, “ pauvres garçons ”, qu’on avait vus venir à Aix avec toute leur boutique sur le dos, marchands ambulants. . .” (v. Ch. IV).
fortune ne fut pas moins rapide et leur envolée moins merveil-
leuse. A la seconde génération, ces rompus, comme on
aimait à dire alors des audacieux, escaladent, eux aussi, un des premiers sièges de judicature, un siège présidentiel, dans la personne de Boniface Ier, et pénètrent non moins hardiment dans les rangs de la noblesse de robe par l’alliance avec les Flotte de Meaux ; ils y joignent ensuite l’acquisition de la seigneurie d’Espérel.
Seulement ils ne purent aller plus avant et entrer dans le royaume des élus, la déclaration de 1666 sur la vérification des parchemins étant venue trop tôt leur barrer le chemin. Ah! que n’avait-elle lardé encore d’une génération !
Donc Pierre II, sieur d’AUons comme époux d’une Gardenc, de qui le père avait eu lui-même la seigneurie par son alliance avec les Guilhon (voir cette famille), dut se résigner à souscrire, par acte public, la renonciation qu’on a lue à toute prétention nobiliaire (1).
Cela ne fit nullement obstacle au peu ordinaire développement de la branche ainée, dont les destinées continuèrent à se dérouler normalement en spirale, au barreau et dans les plus hautes charges locales de judicature, tandis qu’une branche cadette, moins épurée, donnait à la fois un avocat, coseigneur de place, un officier du Roi et un passementier.
Ces fils et petits-fils de porte-balle, parvenus par leur seul effort personnel, sans aucun empêchement légal, au premier rang parmi leurs concitoyens, auraient sans doute accueilli d’un bel éclat de rire le quidam tentant de leur persuader, même
(1) Voir chap. II. Notes et pièces justificatives, XXIX.
textes en mains, que, de leur temps, on n’arrivait à rien sans le privilège de la naissance.