‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 38 sur 198 · Pautider · texte numérisé non relu

Pautider

Antoine Pautrîer, marchand mercier, descendu lui aussi de ses montagnes à peu près à la même époque que les Aymar et les Pasquet, ne portait-il pas également sa future fortune sur les épaules ? Quoi qu’il en soit, il s’allia aux Rafelis-Chàteauvieux, famille notable (voir les Rafelis), et réussit à établir ses enfants au barreau et dans les offices subalternes. L’un d’eux fit souche d’artistes peintres.

Quoique parvenus moins haut que les autres progénitures de colporteurs, peut-être parce qu’ils avaient professé, à un moment donné, la religion réformée, ces fils de vendeurs de fil et d'aiguilles n’entrèrent pas moins très librement dans la bourgeoisie et, par elle, dans les rangs de la petite aristocratie locale. De là à la noblesse ou à la simili-noblesse, on sait qu’il n’y avait qu’un pas et un pas bien tentant. Les Pautrier essayèrent de le franchir, prenant ou acceptant dans les actes les qualifications préparatoires de noble et d’écuyer ; seulement, quand sonna l’heure de l’exhibition des titres, le redoutable quart d’heure de Rabelais (1666), ils n’hésitèrent pas, pour échapper à l’amende, à faire déclaration publique de roture (1).

Nous aurons l’occasion de le faire remarquer (famille Broc), pareil aveu, aujourd’hui assez humiliant, coûtait alors plus à la

(1) Les Pautrier jouissaient de quelques directes seigneuriales, notamment au quartier rural de la Selve, qu’ils tenaient sans doute par acquisition (acte du 27 juillet 1638, nre Olive, f* 384). Cf. rôle de ceux qui ont renoncé à leur qualité de noble (arch. de feu le M“ de Boisgelin).

bourse qu’à l’amour- propre. Il faisait perdre en effet le bénéfice d’une exemption pécuniaire, mais n’entamait nullement la considération publique aux yeux de l’opinion, absolument étrangère à toutes ces distinctions plutôt fiscales de noble et de non-noble.

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