Durand-la-Motte
Ce fut par un double mariage avec deux filles de Pierre Fouque, sieur de la Motte (voir ce nom), desquelles ils redorèrent peut-être le blason, que les fils du chaussetier Guillaume Durand, Antoine et Louis, mirent le pied à l’étrier. Une fois en selle, les descendants n’eurent en quelque sorte qu’à laisser courir leur monture pour fournir une très belle carrière. Ce mince titre, quoique sans valeur nobiliaire, de seigneur de la Motte et de Valplane ou Vauplane (une seigneurie imperceptible) (1), ne nuisit pas à leur prestige et leur entr’ouvrit les rangs de l’aristocratie où ils firent assez bonne figure. Nous ne parlerons pas des honneurs du chaperon consulaire que leurs concitoyens leur décernèrent jusqu’à six fois au moins. Les premières familles dracénoises les recherchèrent en mariage et ils purent se glorifier même d’une alliance avec les Castellane-Mazaugues. Us se distinguèrent surtout dans l’armée et, en un siècle environ, ils produisirent jusqu’à huit officiers, parmi lesquels trois gardes du corps dont un brigadier et trois chevaliers de St- Louis, à notre connaissance.
Aussi est-on tenté de pardonner à Emmanuel-François d’avoir intenté procès à ses vassaux de la Motte pour ne l’avoir pas invité à un feu de joie brûlé sans doute en l’honneur de quelque victoire de nos armées (1761). “ Il est bien aise, disaient
(1) Commune de Soleilhas (Bs,s-Alpes).
ses avocats, d’assister à semblables cérémonies, pour montrer au public l’attachement qu’il a pour la gloire du Roi et la prospérité de ses armes, d’autant qu’il a cinq de ses enfants à son service, dont quatre se trouvent actuellement aux armées de M. le maréchal de Broglie et de M. le prince de Soubise ” (1).
Mais ni le titre d’unique seigneur de la Motte, acquis moyennant 10.2001. (2), ni tant et de si honorables services, ni l’admission de trois membres de la famille dans la compagnie très sélect des Gardes du corps, où on n’entrait, disent les historiens, que sur production d’un certificat de noblesse (3), n’avaient réussi à décrasser les Durand de leur tache originelle. Nobles aux yeux de tout le monde, ils ne le furent jamais aux yeux clairvoyants du fisc qui, toujours avide et souvent juste, les frappait du droit de franc-fief perçu, comme l’on sait, sur les roturiers, possesseurs de seigneuries.
Aux élections de 1789 on ne trouva pas Jean, fils d’Emmanuel- François, ancien brigadier des Gardes du corps, chevalier de St-Louis, assez gentilhomme pour le comprendre dans l’ordre de la noblesse, ce qui ne l’empêcha pas d’être massacré, lui et sa femme, dans les rues de Draguignan, par la phalange marseillaise de sinistre mémoire, le 7 septembre 1792, en qualité d’aristocrates.
(1) Plaidoyers ms, t, X, p. 761 (collection personnelle).
(2) Joseph Durand, coseigneur de la Motte pour les 9/20 de juridiction, acquit en 1713 les 11-20 de Balthasar de Villeneuve, marquis de Flayosc, moyennant 10.000 1. (E. de Juigné de Lassigny, Hist. de la maison de Villeneuve, 1, 80).
(3) Pour entrer dans les Gardes du corps, il fallait produire un acte de naissance et un certificat de quatre gentilshommes de la province attestant la noblesse du pétitionnaire (Ed. de Barthélemy, La noblesse de France, p. 57).