‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 51 sur 198 · Pascal-Mercadier · texte numérisé non relu

Pascal-Mercadier

Si les nombreux Pascal-Mercadier, de Draguignan, originaires peut-être d’Annot (BsesAlpes), descendent d’une même souche — et la particularité du double nom n’y contredirait point — leur arbre généalogique, d’abord assez embroussaillé, ne serait pas des moins curieux par l’étrange bigarrure des branches et des rameaux. Au XVe siècle déjà toutes les conditions y sont représentées, depuis le pauvre journalier, sans oublier le eardeur à laine et l’inévitable sabaterius, jusqu’à l’avocat et au maitre de logis, ce dernier candidat à la noblesse, s’exerçant au maniement de l’épée par celui de la broche.

Les deux sujets d’avenir qui se détachent de cet amalgame un peu confus sont, au commencement du XVe siècle, les deux frères Pierre et Jean, tenanciers d’un logis sans doute achalandé, sur une des principales avenues de la ville, la rue droite

ou de Trans. N’est-ce pas le logis de l'Epée (1) ? Ils font en même temps un peu de commerce, puisqu’on les accuse au conseil communal d’accaparer toute la récolte de vin pour faire renchérir la denrée (2).

Moitié par la cave, moitié par le grenier, nos hôteliers ont pu, dès la seconde génération, mettre un peu de foin dans leurs bottes. Lorsque la ville se trouve dans l’embarras — cela lui advenait quelquefois — Honoré Mercadier est son bailleur de fonds (3). S’il s’agit de doter sa fille, il ne lui constitue pas moins de 500 florins de dot (1434) (4). Quoique qualifié peutêtre de marchand, il n’a pas cessé de tenir le logis de l’Epée et le transmet à son héritier.

Avec celui-ci la famille termine, à l’aide d’une heureuse combinaison matrimoniale — l’éternel expédient — l’évolution si bien commencée. Le jour où ce fils et petit-fils d’aubergiste, aubergiste lui-même, a l’idée de prendre femme, il va bravement frapper à la porte d’un des manoirs armoriés de la contrée et en amène une noble demoiselle. N’installe-t-il pas non moins bravement Sibylle de Requiston devant son fourneau ? Nous n’oserions l’affirmer, moins encore le nier (5).

Une fois insinuée dans les rangs de l’aristocratie, sa postérité ne cesse plus de se dire et très probablement de se croire noble. Comment aurait-elle résisté à la si décevante illusion lorsqu’elle

(1) Acte du 26 avril 1406, primum sumptum de Jean Dauphin, notaire.

(2) Arch. c'M, BB. 5, P 58 v°.

(3) Ibid, id., BB. 6, P 15 v\

(4) Contrat de mar, du 11 novembre, n" Mossoni (?) à Figanières ; couverture du protocole du n" Michaelis, année 1604.

(5) Arch. déples, E., Notaires de Draguignan, Antoine Seguiran ; test, du 17 octobre 1498.

se vit admise, par une nouvelle et stupéfiante alliance, dans le sein d’une de nos plus anciennes et illustres races provençales, d’origine princière, les Castellane? Marguerite de Castellane, de la branche de Salernes, veuve de Louis de Rousset, n’avait peut-être pas, quoique fille d’Ève, toutes les curiosités. Si elle avait eu tant soit peu celle des généalogies, elle aurait pu, en consultant le tableau des Pascal-Mercadier, se procurer la surprise de découvrir dans une branche collatérale de sa nouvelle famille deux honnêtes menuisiers.

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