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LES MARCHANDS

Ils formaient une classe à laquelle sa fortune assignait déjà une des premières places et de plain-pied, nous l’avons dit, avec la bourgeoisie, pépinière de la petite noblesse. Les familles parvenues, qui n’avaient pas été enrichies par l’exercice d’un des bons métiers que nous venons d’énumérer, le furent par le commerce, commerce du drap, de la laine et de la mercerie notamment, parfois confondus (2). Les marchands drapiers sont, à toutes les époques, des notables très considérés, depuis les

(1) Voir Notes et pièces justificatives, XXIV.

(2) Cf. contrat d’apprentissage du 16 juillet 1 635, chez un notaire de Barjols, pour apprendre “ l’estât de marchand mercier et la desbitte des draps et à faire les boutons et toutes autres choses neuves et depandantes de l’estât de marchand ” (arch. déplss, E. 1227, f° 118).

Gaudin du XVe siècle, à la fois notaires et drapiers, comme les Seguiran d’ailleurs et certains tabellions de Marseille (1), jusqu’aux Kairnondis, aux Guilhon d’Allons, aux Clérion et Isnard, le futur conventionnel. Sous le roi Charles VIII, deux frères merciers, les Richard-Gap, sont anoblis. Au XVIe siècle, un drapier et lainier, Honoré Fouque, réalise de très beaux bénéfices; au moins quatre fois seigneur, il fonde une famille des plus distinguées, alliée aux premières maisons de Provence. Un de ses petits-fils, ami de Malherbe, se fait un nom dans la république des lettres, et une de ses petites-filles est recherchée en mariage par un Lascaris, descendant des anciens empereurs de Constantinople. Au XVIIe siècle, des fils de merciers et anciens colporteurs, les Aymar et les Pasquet, montent sur les sièges fleurdelysées de notre première juridiction, l’un d’eux comme président des soumissions, paré de titres nobiliaires (voir ces noms).

Au siècle précédent déjà les actes publics donnaient du nobilis aux marchands et le refusaient aux notaires (2).

Le drapier était parfois chaussetier, ou marchand de chausses qu'il confectionnait probablement lui-même, joignant le maniement de l’aiguille au commerce des étoffes, sans doute autant sinon plus lucratif. De ces chausses fécondes sortirent des progénitures aristocratiques, entre autres les Kafelis (2me degré, et les Durand-la-Motte.

Dans un relevé de cotisations fournies par les gens de métiers

(1) Augustin Fabre constate le fait avec quelque surprise. Il est cependant assez fréquent (Rues de Marseille, II, 341).

(2) Noble Jean Seguiran, marchand, et Me Jean Seguiran, notaire, son parent plus ou moins rapproché, tous les deux de Barjols (arch. dôplrs, E. 875, P 86)

à Arras en 1459, les couturiers figurent pour 18 livres, les chaussetiers pour 40 1. “ S’il fallait juger de la richesse de la corporation par ces chiffres, celle des chaussetiers eut été alors de beaucoup plus florissante ” (J ).

Aussi voyons-nous en 1566 le fils d’un ancien notaire qualifié de noble, quoique ou parce que marchand, louer “ ses œuvres manuelles ” à un maître chausselier (2).

Enfin les marchands furent également les banquiers de leur époque, et ce n’était pas la moindre source de leur influence. Se mettre entre les mains des marchands se disait et plutôt en mauvaise part de qui avait recours à l’expédient des emprunts. Quelques-uns furent revêtus exceptionnellement du premier chaperon.

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