Broc
La branche principale des Broc se développe suivant la normale bien connue. Après le fondateur, fabricant de cuirs et de chaussures, trois générations de marchands, deux de bourgeois avec l’inévitable écuyer, une de magistrat et finalement les seigneurs de place, en vertu sans doute d’acquisition. Dans le nombre, encore un cordonnier, frère d’un avocat.
On avait parcouru les diverses étapes et on s’acheminait tout doucement vers la terre promise de la noblesse, lorsque le dragon qui en gardait la porte, sous la figure de l’intendant de Provence, la ferma brusquement au nez du seigneur de Roquebrune, déclaré faux noble par jugement de défaut du 6 mars 1699.
Cet échec put être sensible à la bourse des Broc, qui y perdirent l’avantage d’exemptions pécuniaires, mais ne diminua en rien leur situation morale à Draguignan. Ils continuèrent à y jouir de la considération et du prestige de l’aristocratie et furent appelés, à plusieurs reprises, aux honneurs du premier consulat.
On peut croire le public de l’époque indifférent à ces distinctions purement héraldiques et même fiscales entre nobles et
faux nobles, confondus à ses yeux dans les mêmes rangs, également respectés. Lui en était resté à la conception simpliste du moyen âge pour qui la qualification nobiliaire était synonyme d’une très grande honorabilité. Ce n’était pas évidemment et ce ne pouvait être le point de vue de MM. d’Hoziér, juges d’armes. Mais l’instinct populaire n’est-il pas quelquefois plus près de la vérité que la science des docteurs, et combien de parchemins, achetés à prix d’argent ou au prix de faux, valaient-ils cette noblesse sans diplôme décernée spontanément consensu populi?