Donti dit Don
Les Donti, francisés en Don, descendus à Draguignan dans la seconde moitié du XVIe siècle des montagnes de Beuil (comté de Nice), présentent encore cette caractéristique frappante d’une très humble origine et d’une progression régulière et continue sous la poussée de chaque génération, depuis la première jusqu’à la dernière. Si une branche [cadette?], éteinte ou disparue assez rapidement, ne parvient pas à sortir de l’atelier de cordonnier, l’autre s’en évade dès le second degré pour passer dans la boutique de marchand, plus relevée d’un cran. Jean, qui franchit ce premier pas — celui qui coûte — était un déluré, rien qu’à voir l’accroissement rapide de sa fortune par celle de sa cote cadastrale. Il eut le mérite peu banal de créer presque sans rien le noyau du capital initial. N’ayant hérité de son père d’assez médiocre condition, décédé après 1620, qu’une vigne, bientôt il en possède deux, plus une maison des mieux situées, sur la Place du Marché ( Café des Négociants, partie de l’est).
Au cadastre suivant (1633), son nom est à la tête d’une page et demie de biens ; il vend, achète et finalement reste avec cinq
terres et trois maisons dans les meilleurs quartiers, le Marché et la Rue Droite [rue de Trans].
La dernière mutation est de 1641, ce qui fait une période de vingt ans seulement pour l’édification d’une fortune.
Jean Don est dès lors un homme arrivé. Après lui encore une génération de laborieux, et le petit fils, fournissant une nouvelle étape, entrera dans le clan de la bourgeoisie. Or comme la richesse appelle le complément des honneurs, l’arrière petitfils se décorera de là robe et d’une charge de justice.
Enfin l’arbre familial, qui a grandi progressivement, arrosé d’abord par les sueurs des grands ancêtres, entretenu et soigné ensuite par une culture intelligente des successeurs, produit en une dernière montée de sève le fruit qui sera l’orgueil de la race, un sujet d’élite, administrateur distingué, un directeur général de la grande compagnie de la Galle.
Est-il rien de plus légitime, de plus hautement significatif aussi, que cette élévation des rangs inférieurs au sommet ou presque, accomplie peu à peu par la persistance et l’énergie accumulée de l’effort héréditaire? Il serait difficile, croyonsnous, de soutenir que les cordonniers Don, venus pauvres de leur pauvre pays, en furent redevables à la faveur d’un régime de privilège, encore plus que celui-ci opposa le moindre obstacle à l’exercice de leur activité et à leur libre épanouissement.