‹ Le tiers état à DraguignanChapitre 75 sur 198 · Richelme · texte numérisé non relu

Richelme

Peu de familles offrent l’exemple d’un développement plus

régulier, plus typique, parce qu'il est plus exactement conforme

à la loi de progression des races qui, obéissant à une forte impulsion première, montent d’un degré à chaque génération. Le fondateur est encore un simple maçon, mais sans doute diligent et économe ; favorisé par les circonstances et le milieu dans l’exercice de son métier, il a jeté de premières et solides assises sur un sol résistant, par habitude professionnelle. Son fils fait fructifier dans le commerce le pécule amassé par le père dans l’industrie prospère de la construction et devient “ un des plus riches marchands de la ville ” (1). 11 rêve naturellement et il lui est bien facile de diriger ses enfants vers les professions libérales, le barreau et l’armée et, pour peu qu’ils aspirent un jour à monter sur les sièges d’une cour souveraine, personne ne les en empêchera. Moins d’un siècle et demi après que Pons maniait la truelle et gâchait le plâtre, sa descendance, parvenue au plus haut degré de considération locale, était du premier chaperon consulaire, réservé aux nobles, seigneurs de place, docteurs en médecine et avocats. Elle avait parcouru normalement et en entier le cycle des trois conditions sociales — artisans, marchands et bourgeois — superposées au substratum de la classe agricole, d’où il n’est pas certain que Pons Richelme ne fut pas issu, et n’avait qu’un dernier pas à franchir pour s’insinuer dans la caste nobiliaire. Elle dédaigna ou n’eût pas le temps d’imiter les Veyan, maçons, Reboul, maraîchers, et tant d’autres, et se contenta de porter d’azur à une fasce d'or, coupée d'or à une guivre d’azur (2).

(1) Avertissement pour Anne Richelme, femme d’Antoine Magniol, marchand,... contre Pierre Richelme, son frère, bourgeois, 1660 (?) Broch. petit in 4°.

(2) O. Teissier, Armorial de la Sénéchaussée de Draguignan, 25.

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