EMPIRE
comte de Chambrun, Martel, Kolb-Bernard, Malézieux, et Lambrecht avaient déposé un amendement ains coQçu :
Nous émettons le vieii qiio, dans la législation sur la presse, les garanties du droit commun soient substituées au régimes administratif.
Cet amendement s'écartait sensiblement de celui de la gauche ; mais M. Thiers avait jugé qu'en s'y ralliant la gauche ferait un acte de sagesse politique. « Il ne faut point, disait-il, effaroucher les gens de la majorité. » OUivier s'est chargé de faire valoir auprès de nous les raisons de M. Thiers. On s'est fait un peu tirer l'oreille. A la fin on a autorisé Ollivier à déclarer que nous retirions notre amendement.
C'est M. Martel qui a développé Tamendcment dont il était un des signataires. M. Martel est l'orateur le plus couard et le plus effarouché que je connaisse. A chaque phrase qu'il laissait échapper, il demandait excuse au gouvernement de la liberté grande qu'il prenait de le critiquer. Sa pensée se trouve résumée dans cette phrase prudhommesque :
Nous voulons que le gouvernement se défende et quand nous faisons un amendement pour demander le droit commun ; si nos aspirations sont libéi-alps, nos principes sont consei'valeurs.
M. Pichon avait déposé un sous-amendement; mais il l'a retiré. On avait présenté une demande de scrutin, elle a été retirée également. Ces tiraillements ont amené le président à lancer une épigramme assez fine :
Avant-hier, la Chambre a eu le spectacle d'une discussion entre lés auteurs d'un même amendement, aujourd'hui on nous donne un amen-
dément, puis un le modiQe, on présente, puis on relire une deniunde de scrutin, et je vois que, même en ce moment, on n'est pas d'accord. Ni la Ctiambre, ni le Président ne peuvent être aux ordres de caprices individuels.
L'amendement a été rejeté. On Ta baptisé dans la Chambre d'amendement Martel. C'est une paternité usurpée. L'amendement a été inspiré et rédigé par M. Thiers.
23 janvier 1804.
Il s'est passé, à propos de notre amendement sur l'Algérie, une petite comédie dont personne n'a été dupe. Il s'agissait d'expliquer pourquoi la majorité repoussait systématiquement les amendements de la gauche.
C'est M. Millon, député de la Manche, qui a été chargé de cette besogne délicate. Il s'en est acquitté en homme d'esprit. M. Schneider, qui avait machiné cette scène parlementaire n'avait pas eu la main trop malheureuse. M. Millon, qui est un malin, sait prendre des airs naïfs qui font illusion. Il a débité sa harangue avec un aplomb imperturbable, au milieu des interruptions et des rappels à la question qu'on ne lui épargnait pas.
Ses déclarations sont à retenir.
Si la majorité repousse vos amendements, c est qu'elle y voit deux choses distinctes : le principe et l'application, ce que j'appellerai l'àme et le corps.
Sur le principe, sur lame de vos amendements, nous sommes parfaitement d'accord avec vous. Comme vous, nous avons pour la liberté un amour profond, sincère, et qui n'a rien de platonique. Notre origine nous > oblige, et nous le savons.
Mais H côté du principe, il \ a raijplicalion. Ici nous ne sommes
plus d'accord pour plusieurs raisons, et surtout parce que les amendements qui nous ont été proposés, pris dans leur ensemble, constituent un programme complet et contraire à celui que la France a acclamé en 1852. Ce que veulent les auteurs des amendements, c'est une réaction. Nous, nous n'en voulons pas.
La réponse de Picard a été fort spirituelle; c'est un modèle d'urbanité et de bon goût. On a ri, et l'honorable M. Millon n'a pas paru content.
Au fait, le Président avait laissé se rouvrir la discussion générale. Ollivier a voulu en profiter pour faire une déclaration de principe et de conduite. M. Schneider, qui n'avait pas interrompu M. Millon dans sa longue digression, s'est décidé à rappeler les orateurs à la question. Ollivier n'a pas pu prendre la parole.
J'ai reçu de M. A. Vermorel, rédacteur du Prof/rès (Je Lyo}), la communication suivante :
Cher monsieur,
Il est bien certain que la retraite de Morin et la mienne ont été exigées de M. Chanoine; mais par le caractère et par la position du propriétaire du Progrès, cette mesure n'est peut-être pas aussi rigoureuse que s'il s'agissait d'un autre journal.
La position de M. Chanoine est tout à fait dépendante, puisqu'elle repose tout entière sur les impressions de la préfecture et sur celles des chemins de fer, qui peuvent lui être enlevées par une mesure du ministre du commerce. De plus il n'a ni le caractère d'un lutteur ni même des opinions que nous puissions appeler nôtres. Il est au fond légitimiste et clérical. Vous voyez donc de quelle nature est la pression qui a été exercée sur lui et combien il y prêtait le flanc. Mais cela aussi me ferme complètement la porte du Progrès.
C'est ce qui fait l'embarras de ma position; car je dois demander à mon travail mon existence quotidienne, et il n'y a ici aucune ressource. Le commerce, la bourgeoisie sont cléricaux et ultramontains, et toutes