V. DURUY
J'ai répondu à M. Diiruy :
Paris, le 1er septembre 1865.
Monsieur,
Je viens de rehre votre rapport, et je reconnais qu'en effet le paragraphe que vous me signalez n'a pas tout à fait le sens que je lui avais attribué. Je trouve aujourd'hui même une occasion de faire la rectification que vous me demandez, et je la saisis avec empressement.
Je serais désolé que vous prissiez le change sur le sens de mes critiques. Personne n'a plus d'estime que moi pour vos travaux et pour vos efforts. Vous avez éveillé la discussion sur le plus difficile problème de l'enseignement ; vous avez secoué les esprits endormis sur l'oreiller de la routine ; vous les avez forcés à réfléchir et à chercher des solutions nouvelles. Ce sont là des services dont il y aurait de l'ingratitude à ne pas vous tenir compte. Tandis que la plupart vous atlaqueni, moi, je vous discute, et c'est une façon de vous prouver quelle importance j'attache aux questions que vous soulevez.
Mais votre lettre même me prouve que vous avez compris mes inten-
lions et que vous ne voyez pas en moi un adversaire. On ne fait pas ainsi appel à la loyauté d'un homme qu'on considérerait comme un ennemi. C'est là une marque d'estime dont je vous remercie bien sincèrement.
Croyez, etc.
Alfred Darimon.
L'article que j'ai donné aujourd'hui à la Presse est une rectification aussi nette que possible. Elle donnera satisfaction complète à M. Duruj.
2 septembre 1865.
On m'a envoyé de la Chancellerie un avis m'annonçant ma nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur. Cet avis était accompagné d'une lettre du secrétaire général qui me demandait différentes pièces et, entre autres, mes Etats de service.
J'ai été un moment fort embarrassé. Que devais-je faire figurer dans mes Etats de service f
Si je m'en tenais à mes travaux législatifs, faudraitil que j'y fisse entrer tous les discours d'opposition que j'ai prononcés pendant la période des Cinq?
Si j'ajoutais à mes travaux législatifs mes publications et les articles que j'ai publiés dans les journaux et dans les revues, pourrais-je me dispenser d'y faire figurer les articles que j'ai publiés de 1848 à 1850 dans le Peuple, la Voix du Peuple et le Peuple de 4850?
Ma vie intellectuelle est une ; je ne puis la scinder. C'est d'ailleurs à l'économiste, bien plus encore qu'au député, qu'on a accordé une distinction honorifique. J'ai donc pris la résolution de comprendre dans mes- Etats de service tous mes travaux indistinctement de 1846 à 1865.
LE TIERS PARTI SOUS l'eMPIRE 31T
J'ai publié en tête de cette liste ces deux indications :
1846-1865. Auteur de plusieurs ouvrages d'économie sociale.
1848-1865. Auteur d'un grand nombre d'articles sur des matière d'économie sociale et de finances publiés dans divers journaux ei recueils périodiques.
J'ai placé à la suite tous mes travaux législatifs de 1857 à 1865.
On ne peut m'en vouloir d'avoir rappelé tous les titres que je puis avoir à la haute distinction qui m'ci, été spontanément octroyée.
En me décorant, l'Empereur n'a pu oublier que j'étais un disciple de Proudhon.
L'article rectificatif, que j'ai publié dans la Presse i. propos de l'enseignement spécial, m'a valu une nouvelle lettre de M. Duruj :
Paris, le 2 septembre 18G5.
Monsieur,
Je veux vous remercier tout de suite de votre article d'aujourd'hui. Voilà de la critique loyale et de la bonne discussion. Pour moi qui administre à ciel ouvert et qui gouverne l'Université avec Topinion publique, je serai toujours prêt à fournir sur toutes choses les renseignements qu'on voudra bien me demander.
Permettez-moi, monsieur, de vous signalera cette occasion rexistenc non pas d'un journal, mais d'une publication que j'adresse à toute l;i presse parisienne, et où je consigne non seulement les notes officielles, mais tous les faits scolaires de que'que intérêt qui se produisent. Ce soni des paroles de vérité que mon Bulldin administrafif }eile dans la circu lation. Beaucoup se perdent en chemin, mais quelques-unes roulent, grossissent et me reviennent chargées de vérités nécessaires et applicables. C'est avec le petit Bulletin que j'ai créé cet hiver 800 chaires libre.et 8,000 cours suivis par 200,000 adultes, le tout san.s dépenser un centime du budget, ce que le député de la Seine appréciera; mais e: dépensant, il est vrai, beaucoup de ténacité, et en surmenant ce brav;
corps universitaire qui répond aux calomnies persistantes des hommes de 1850, par une abnégation, un dévouement et un désintéressement qui me touchent parfois jusqu'aux larmes.
Si vous jetez les yeux sur le Bulletin, vous y trouverez probablement des faits dont le député ou le journaliste ferait son profit.
Vous vous apercevrez aisément qu'il n'est pas rédigé à la gloire de Tadministration, et si je vous en parle, c'est uniquement pour vous signaler une source d'informations.
Votre tout dévoué,