CHAPITRE III
De Louis XIV à Louis XV.
Sous un règne comme celui de Louis XIV, il n’est pas étonnant de constater que le service des postes fit un grand progrès, surtout grâce à la science administrative de Louvois, digne continuateur de Richelieu.
Les édits se succèdent rapidement, el rien que leur énoncé suffit pour apprécier les différentes modifications que subissait peu à peu un service qui était desliné par la suite à devenir si important. é
L'édit du 3 décembre 1643 crée trois offices héréditaires de peseurs, contrôleurs et taxeurs de ports de lettres et paquets dans lous les bureaux de poste et de messageries. Installation de messagers royaux dans les villes qui en sont dépourvues.
Le service se développant de plus un plus, le personnel devenail insuffisant, d'où l'édit ci-dessus. Deux jours après, le 5 dé-
-cembre, l'Université de Paris subissait un rude coup porté à ses
privilèges. Tous ses messagers étaient dépossédés, et le service
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royal seul devait porter les lettres et les paquets. Ce n’est pas sans lutter que l'Université renonça à l'exercice dont elle avait eu le privilège pendant si longtemps. Mais il lui fallut céder.
La fixation de la taxe des lettres élait laissée un peu à l’arbitraire, et le publie ne cessait de réclamer. Un règlement royal de 164% fixa ainsi qu'il suit le port des missives :
« De Paris pour Lyon, Mâcon, Clermont-Ferrand, le Limousin,
le Poitou et la Bourgogne et desdits lieux pour Paris, le port
sera de quatre sols par lettres simples, cinq sols les doubles aux-
quelles il y a enveloppe au-dessus d’une once de poids, et sept
sols des gros paquels au-dessus d'une once. »
Pour le Dauphiné et les villes du Midi jusqu'à Marseille, la taxe fut de cinq sols.
Vers 1650, les bureaux de départ des postes étaient élablis en quatre endroits différents de la capitale :
1° Rue aux Ours;
2° Devant le grand portail de l’église Saint-Eustache ;
3° Au Marché-Neuf;
4° Rue Saint-Jacques, en face la rue du Plâtre.
Les départs étaient ainsi fixés :
De la rue aux Ours : une fois par semaine, pour la Flandre el l'Angleterre s
Devant Saint-Euslache : deux fois par semaine, pour Bernay, pour Nantes, Rennes et directions ;
Du Marché-Neuf : une fois par semaine, pour Calais ; trois fois pour Reims ;
De la rue Saint-Jacques (où était établi le bureau principal) :
une fois par semaine, pour Barcelone, Rome, Genève; deux fois
pour Bourges, Lyon, Metz, Nancy, Bordeaux, Nantes par Angers; une fois pour la Provence, le Languedoc et la Gascogne.
Quelques années plus tard, en 1653, avait lieu le premier essai
d'établissement de la petite poste à Paris. Car, chose curieuse,
Paris communiquait bien avec la province et l'étranger, mais ne
communiquail pas avec lui-même. Les lettres de quartier à quarlier étaient portées par des commissionnaires ou des domesliques (pour ceux qui en avaient, bien entendu), mais aucune administration ne se chargeait de ce service.
Frappé de cette lacune, M. de Vélayer, mailre des requêtes, essaya de la combler et, avec le privilège du roi, il établit dans les quartiers de Paris des boiles pour recevoir la correspondance. Le manque de place ne nous permet pas malheureusement de publier in ertenso l'intéressant document qui marque une ère nouvelle dans l'histoire de la poste, et qui fut affiché dans Paris. Contentons-nous de l'analyser. \
Chaque lettre devait être entourée d’une bande de papier, appelée billet de port payé ; ce billet était vendu par un commis du palais au prix d’un sol. Les boites élaient mises à proximité des maisons et vidées trois fois par jour : à six heures, à onze heures du malin, à {rois heures du soir. Elles élaient portées au bureau qui se trouvait dans la cour du palais.
Les lettres pouvaient être cachetées ou non. Les billets de port payé portaient un endroit réservé à la réponse. Mais dans aucun cas ces réponses ne pouvaient être remises au porteur. Elles devaient être jetées dans les Doëttes (boîtes).
Les envois pouvaient êlre adressés au palais ou au domicile même du destinataire. Dans ce premier cas il élait recommandé : « Ce qui est encore à observer, est que lous ceux qui yront au palais auront soin en entrant ou sortant de passer au bureau
ou d'y envoyer sçavoir s’il n’y a point de lettres pour eux. »
C'était en somme la poste restante telle qu'elle fonctionne de nos
Pire ES
jours. Dans le second cas, il était prescrit d’avoir soin de mettre : A Monsieur. en la rue.
Le service commença à fonctionner le 8 août 1653 ; le modèle des billets de port payé était ainsi fait :
Pour Monsieur demeurant en Ja rue (par billet de port payé)
à Paris.
Outre ce billet de port payé que Ë l'on mettra sur cette lettre pour la & faire partir, celui qui escrira aura & soing, s'il veut avoir responce, ë d'envoyer un autre billet de port #
ort payé le... payé enfermé dans sa lettre. P P
jour de.
L'an mil six cent cinquante.
(I fallait dater.)
A l'exposition de timbres-poste qui eut lieu à Paris en 1892, était exposé un document très précieux, relatif au billet de port payé.
Le billet exposé contenait une lettre de Pellisson' à M'° de Scudéry *. Il était accompagné des lignes manuscrites suivantes :
En même temps que M. de Vélayer establit les boëttes pour porter des billets d’un quartier à l’autre, il fit aussi imprimer de certains formulaires de billets d’une douzaine de sortes; comme pour demander de l'argent à un débiteur, pour recommander une affaire à son procureur, un ouvrage à quelque artisan, etc., afin que ceux qui auraient des choses semblables à escrire, se pussent servir de ces billets tout faits, au moins en remplissant quelques lignes de blanc qu'on y laissait, comme on fait par exemple aux quittances des parties casuelles et en une infinité d’autres affaires. Ces billets se vendaient au palais avec les autres billets de port payé; Acante (Pel-
1. Paul Pellison, de l’Académie francaise (1624-1693), auteur de l’histoire de cette sociélé, de Louis XIV et de plusieurs travaux sur l’histoire et la religion.
2. Madeleine de Scudéry (1627-1701), auteur de la Carte du Tendre, du Discours sur la gloire, Artamène, Célamire, etc.
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