SCÈNE II FAUSTINA, LE TINTORET
LE TINTORET, regardant
Quelle est donc cette femme au front grave, attristé?... 0 ciel ! je crois la reconnaître...
Oui ! c'est bien elle !... O suprême bonté Du sort ! La voir si près !... Et presque à mon côté ! Marcher dans son rayon avant de disparaître Dans ma nuit!... je n'aurais jamais pu souhaiter Cette ineffable joie!...
Il la contemple.
FAUSTINA, écoutant Quelqu'un?... Ah! Vous ici!... Mon cœur doit éclater...
Madame... J'ignorais...
FAUSTINA, apiès un instant d'hésitation
C'est Dieu qui vous envoie !
Elle le prend par la main et le conduit au pied de l'église dont l'autel brille au fond.
Cet instant est solennel...
Je veux vous parler sans feinte.
Devant cet autel Pour moi. cesse toute crainte.
Avez-vous conservé le souvenir des jours
Où vous imploriez un mot de tendresse?... Parlez-moi sans détours...
Mon sort est en vos mains... Et l'angoisse m'oppresse.. M'aimez-vous toujours?...
LE TINTORET, à part
Suis-je dans les cieux?
FAUSTINA, avec tristesse Vous vous taisez ?
LE TINTORET, haletant
Ah ! lisez dans mes yeux...
Quoi?... Ne voyez-vous pas que ma raison s'égare ? Est-ce le paradis?... ou Lien un jeu barbare Dont je mourrais?...
FAUSTINA
Je suis sincère... M'aimez-vous?..
LE TINTORET, lui prenant la main
O bonheur des élus !... 0 Dieu clément et doux !... Ah ! demandez aux champs que le soleil féconde S'ils aiment la lumière... aux bois, la paix profonde... A la mère, l'enfant qui s'attache à ses pas... Si je vous aime, moi ?.. . Ne le demandez pas !...
ENSEMBLE
O doux instant d'ivresse !
Moment délicieux !
Du fond de ma détresse Je vois s'ouvrir les cieux !