M. Hélain, en utilisant le blanchiment au bro
mure cuivrique, a songé à substituer au second bain de développement la solution d’un sel aureiix. Dans cette solution l’image réapparaît, en effet, réduite à l’état métallique par le bromure cuivreux qui passe à l’état de composés cuivriques solubles :
Gu2Br2 + 2AuGl = CuBr2 + GuGl + 2Au
En éliminant, par un bain d’hyposulfite de sodium, ce qui peut rester de bromure cuivreux et de bromure argentique, on obtient, finalement, une image entièrement composée d’or.
La solution de bromure cuivrique, employée dans ce cas, est plus forte que la précédente. Elle se compose de :
Eau distillée... 1 000 cms.
Bromure de potassium 25 gr.
Sulfate de cuivre 8 gr.
Cette solution s’améliore en vieillissant.
La plupart des bains de virage usuels, non alcalins^ peuvent être utilisés. Toutefois le bain acide suivant, fournit des résultats plus constants :
Eau distillée 1 000 cm^.
Hydrate de sodium (soude caustique) l&r,5
Ghlorure d’or brun 2 gr.
Cette solution doit être préparée au moins douze heures à l’avance. Au moment de l’emploi, on ajoute, à la partie que Éon veut utiliser, de l’acide acétique cristallisable étendu d’eau jusqu’à ce que le bain rougisse nettement le papier bleu de tournesol.
Dans le procédé précédent, nous avons vu qu’après le blanchiment l’épreuve devait être abondamment lavée. C’est le contraire ici. Un lavage prolongé nuit. Il suffit de passer rapidement l’épreuve dans une cuvette pleine d’eau et de l’immerger aussitôt dans le bain aureux. Les grands noirs s’y montrent assez rapidement, mais beaucoup plus tardivement les demi-teintes. La venue complète, et qui doit •poussée très à fond^ exige, en somme, un temps assez long, dépendant encore de la marque de papier, comme est dépendante d’ailleurs de cette même marque la nuance de l’image.
VAUIAT10NS DE L’ÉPREUVE AU BROMURE
On fixe dans un bain d’hyposulfite de sodium acide.
A noter :
d® Le lavage avant et après fixage doit être très abondant ;
2“ Les différentes opérations doivent être exécutées sous la lumière diurne très affaiblie ;
3° La teinte jaunâtre que les blancs de l’image peuvent prendre dans le bain aureux disparaît au fixage;
4® Si l’image primaire était trop intense et qu’on désirât l’affaiblir en la virant, il faudrait alors, avant de l’immerger dans le bain aureux, la tremper dans une solution de soude caustique au millième. L’image blanchie prend, dans ce bain, une coloration brune assez foncée et il ne s’y précipite plus autant d’or.
264. — M. R. Namias a indiqué aussi la possibilité de virer indirectement, à l’or et au platine, une épreuve au gélatino-bromure d’argent, en la faisant préalablement blanchir dans la solution de biclilorure de mercure indiquée pour le renforcement des négatifs. J’ai donné d’autre part la constitution rationnelle d’une solution de bichlorure de mercure pour le renforcement (1). Je rappellerai la formule qui s’en dégage :
Eau distillée chaude ayant bouilli 1 000 cm^.
Bichlorure de mercure 30 gr.
Sel de cuisine 60 gr.
Ajouter de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce que la solution change nettement en rouge le papier bleu de tournesol.
L’image blanchie, et fortement rincée, est plongée dans une solution de :
Eau distillée 900 cm^.
Sulfocyanate d’ammonium 20 gr,
Solution de chlorure d’or au 1/100“ 100 cm^.
Comme ce bain ne se garde pas, on fera bien de n’ajouter le chlorure d’or qu’au fur et à mesure des besoins.
La réapparition de l’image s’effectue en un ton légèrement violacé, avec renforcement et accentuation vigoureuse^ des contrastes.
(1) Voir mon ouvrage : Les Nouveautés Photographiques, année 1901.
Probablement, le chlorure mercureux de l’image blanctiie se transforme en un autre composé mercureux, de couleur foncée, sur lequel se précipite, à l’état métallique une certaine quantité d’or réduit. Ne pas perdre de vue que l’image finale renferme du chlorure d’argent qui, à l’exposition de celle-ci à la lumière, se foncera légèrement. Inconvénient peu appréciable, au demeurant, et beaucoup moins sensible que l’effet contraire obtenu en cherchant à éliminer ce chlorure d’argent par l’action d’un bain de fixage à l’hyposulfite.
285. — Pour le virage au platine, l’image, blanchie et rincée, est soumise à un développateur très dilué. On peut employer l’iconogène, comme il a été dit plus haut. Après le développement, on lave et l’on immerge dans une solution virante se composant de :
Eau distillée 1 000 cm^.
Acide oxalique 10 gr.
Ghloroplatinite de potassium 1 gr.
Le virage est rapide, immédiat même. Par l’action du révélateur, les chlorures d’argent et mercureux sont réduits partiellement à l’état métallique, et le mercure métallique reste particulièrement propice au virage au platine.
266. — Ces deux derniers modes de transformation de l’image modifient beaucoup moins la nuance que la tonalité générale. En d’autres termes, ils agissent plutôt comme renforçateurs énergiques que comme virages. Avec le bain au platine, ce renforcement atteint même souvent des proportions exagérées. S’il en était ainsi, on pourrait, dans certains cas, sauver l’épreuve en la laissant baigner durant plusieurs heures dans une solution de persulfate d’ammonium. L’argent disparaît. L’image, étant alors constituée presque exclusivement de platine, acquiert un ton bistre assez agréable.
267. — M. A. Blanc a repris la question en supprimant le blanchiment de l’image par le bichlorure de mercure, mais en faisant agir ce sel dans le bain de virage même.
Il prépare d’abord deux solutions :
A. Eau distillée 100 cm^.
Sulfocyanale de potassium 4 gr.
Bichlorure de mercure 1 gr.
B. Eau distillée 100 cm'-^.
Chlorure d’or brun 1 gr.
VARIATIONS DE L’ÉPREUVE AU BROMURE. 191
La solution virante G se compose en versant quelques g-outtes de B dans 10 centimètres cubes de A. Les gouttes doivent être en quantité suffisante pour déterminer un léger précipité rougeâtre. L’énergie virante de ce bain diminue assez rapidement.
Une épreuve sèche est plongée dans l’eau quelques minutes, jusqu’à ce qu’elle soit bien détendue. On l’égoutte ' et on l’applique sur une lame de verre, le verso en contact avec le verre. Avec un pinceau très doux, car la couche de gélatine est fragile, ou une touffe de coton, imbibé de la solution virante G, on badigeonne, sous une lumière blanche très faible, l’image dans tous les sens, sans arrêt et à plusieurs reprises. Le premier effet de la solution virante est de communiquer subitement aux noirs un ton violacé. L’image vire d’autant plus au noir-bleu que le badigeonnage dure plus longtemps.
Dès que l’on considère le virage suffisant, l’épreuve est plongée, sans lavage, dans une solution d’alun à saturation. Elle pourrait alors être rincée et mise à sécher. Ge ne serait pas d’une bonne pratique. Les ombres garderaient un aspect empâté avec leurs détails enterrés. Geci à cause de leur recouvrement par une légère couche de chlorure d’argent. Mieux vaut donc détruire cette couche. Il suffit pour cela de passer rapidement l’épreuve dans l’affaiblisseur Farmer composé de :
Eau distillée 100 cra^.
Hyposulfite de sodium 1 gr.
Ferricyanure de potassium (prussiate rouge) 1 gr.
et préparé immédiatement avant l’emploi, attendu que ce mélange perd très rapidement son action. Ge ne doit être qu^un passage et un passage rapide sous peine d’affaiblir l’image et de teinter les blancs en jaune.
Si ce jaunissement des blancs avait lieu on pourrait tenter de le faire disparaître par une immersion dans une solution à 4 p. 100 de sulfite de sodium anhydre.
Le passage fait, l’épreuve est plongée sans hésitation dans une cuve pleine d’eau, abondamment rincée et mise à sécher.
Il est loisible, de remplacer l’or par le platine, en substi-
tuant, au chlorure d’or de la solution virante, du chloroplatinite de potassium en quantité égale. Mais alors, dans ce cas, ce sera dans 10 centimètres cubes de la solution à 1 p. 100 de chloroplatinite de potassium que l’on versera quelques gouttes de la solution A. Il ne se produit pas de précipité.
Le ton final de l’image est beaucoup plus froid que celui fourni par la solution d’or.
Ce mode de procéder se montre d’autant meilleur que le papier employé contient plus de chlorure allié à son bromure. Il ne renforce pas énergiquement l’image comme les méthodes précédentes. Il ne modifie guère non plus sa coloration. Mais il redonne un peu, à l’image, de cet éclat superbe qu’elle possède toujours étant mouillée et qu’elle perd malencontreusement en séchant.