Gomme mémoire, je rappellerai le blanchiment
au chlorure mercurique et le noircissement au sulfite de ^ sodium, indiqué dans le chapitre précédent, pour unifi- li cation de la teinte. Il constitue, en somme, un virage en noir avec renforcement imperceptible. i
269. — Lorsque l’on veut obtenir une autre teinte que î le noir, à nuances plus ou moins variées, on s’adresse géné- | râlement aux ferrocyanures métalliques. Le plus grand nombre présente des couleurs assez vives. Encore cependant faut-il faire un choix judicieux. Ceux issus des sels d’uranium ont été indiqués par Selle en 1866 et ce sont encore les meilleurs. En 1892, M. Stieglitz nous donnait d’excellentes formules, à propos des diapositives de projection, dont il n’y a guère lieu de se départir. Plus récemment,
M. L.-P. Clerc essaya, après le P** Namias et Atterberg d’établir une théorie générale du virage aux divers ferrocyanures colorés. C’est certainement ce qui a été fait de mieux sur ce sujet.
270. — On connaît mal, mais on connaît deux ferrocyanures d’uranium ou mieux deux ferrocyanures doubles d’uranium et de potassium.
Le premier, de couleur rouge-feu, assez soluble dans l'eau jmre^ se forme surtout quand, dans une solution concentrée de ferrocyanure de potassium, on verse une petite quantité d’une solution diluée d’un sel quelconque d’ura-
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Ilium. La présence de certains acides, l’acide acétique entre autres^ semble accélérer cette précipitation.
Le second, de couleur rouge-brun, insoluble dœis Veau pure^ SQ forme seul si l’on verse dans une solution de ferrocyanure de potassium une solution d’un sel quelconque d’uranium. Gomme la plupart des sels insolubles d’uranium, ce ferrocyanure est transformé, intégralement, en produits solubles, au contact des solutions de carbonates alcalins, même très étendues.
271. — Point intéressant à noter. L’eau contient toujours des carbonates. Donc pour éviter, l’affaiblissement de l’image dans l’eau, il faudra l’acidifier afin de neutraliser le carbonate. L’acide choisi, pour cet usage, doit être suffisamment énergique. Toutefois, il ne doit point avoir d’action propre, soit sur l’image primitive, soit sur les sels employés, soit sur les produits constituant l’image définitive. Depuis longtemps, on a proposé, pour cet usage, l’acide acétique et l’on ne saurait vraiment trop comment le remplacer.
272. — Autre point à noter. Le ferrocyanure d’uranium est très facilement soluble dans les solutions de ferricyanures. En préparant un bain de virage, il faudra donc éviter la présence d’an trop grand excès de ferricyanure,
273. — De ces constatations, il résulte qu’une image, formée d’argent métallique, se trouvera transformée en un mélange de ferrocyanure d’argent et de ferrocyanure d’uranium par son immersion dans un mélange de ferricyanure de potassium et d’un sel d’uranium à réaction exactement neutre, ou de préférence en un milieu acidulé par l’acide acétique.
Blanc et opaque, le ferrocyanure d’argent devient forcément nuisible à la pureté de l’image, surtout si cette dernière est destinée à être vue en transparence, comme dans le cas de l’épreuve sur verre. Il y a donc avantage toujours, et plus particulièrement dans ce cas, à redissoudre ce ferrocyanure d’argent. On devra, toutefois, éviter que cette redissolution n’altère ou ne dissolve le ferrocyanure d’uranium. En faisant agir l’hyposulfite de sodium, pour dissoudre le ferrocyanure d’argent, on transforme partiellement le ferrocyanure coloré en sulfure noir, ce qui pousse l’image finale
vers le brun foncé. Si l’on fait appel à Tammoniaque, comme dissolvant, le ferrocyanure coloré se transformera en un uranate jaune pâle, peu visible, donc diminution très sensible de la tonalité de l’image. Au contraire, fait-on usage, comme dissolvant, d’un sulfocyanate alcalin, le ferrocyanure d’argent sera dissous sans qu’il y ait altération du ferrocyanure coloré.
Aussi, quelques praticiens ont-ils préconisé l’adjonction pure et simple, de sulfocyanate d’ammonium aux formules de virage. C’est parfait, si l’on ne veut qu’un virage pur et simple, sans augmentation de valeur. C^est tout à fait défectueux, lorsqu’on veut que le virage renforce en même temps l’épreuve. Toutes choses égales d’ailleurs, il semble donc d’une bien meilleure pratique de faire abstraction complète de cette adjonction, quitte, en fin d’opérations, si l’on juge l’image trop opaque, à la plonger quelques instants dans une solution à 10 p. 100 de sulfocyanate d’ammonium, légèrement acidulée par quelques gouttes d’acide acétique.
274. — La couleur des deux ferrocyanures d’uranium, susceptibles de se former au cours du virage, étant connues, on comprend, de reste, que la prédominance du sel d’uranium sur le ferricyanure favorisera la formation du ferrocyanure brun, alors que l’excès du ferricyanure favorisera, au contraire, la formation du ferrocyanure rouge. On peut dès lors établir des formules pratiques.
En général, on se sert toujours d’azotate d’uranium, (AzO^)^UO% 6aq. M. L. P. Clerc estime que l’opération s’effectuant mieux en milieu acidulé par l’acide acétique, il est plus logique d’utiliser l’acétate d’uranium, (C^H^O®)^ UO^, 2aq. Il coûte d’ailleurs moins cher que l’azotate et, pour un même poids, renferme plus d’uranium. Quant au ferricyanure, c’est le ferricyanure de potassium en cristaux anhydres Fe^Cy’^K® qui est employé.
275. — Que les solutions soient concentrées ou diluées, on arrive toujours au même résultat, plus vite avec les premières, plus lentement avec les secondes. Il est à remarquer, cependant, qu’avec les solutions concentrées, le bain se sursature aussitôt sa formation et ne tarde pas à déposer le ferricyanure dissous en excès, lequel se précipite en une masse amorphe d^un brun verdâtre. Gela n’a pas
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lieu avec des solutions diluées. Le dépôt n’arrive qu’à la longue et après emploi. Or, si nous remarquons que toujours en photographie un bain lent est préférable à un bain rapide, puisqu’il nous laisse une surveillance plus facile, nous en conclurons que, toutes choses restant égales d’ailleurs, nous avons avantage à ne préparer que des solutions au plus bas titre possible, soit à 1 p. 100.
276. — D’autre part, les résultats d’expérience nous démontrent, qu’abstraction faite d’un sulfocyanate dans les bains de virage, il faut 8 molécules de ferricyanure de potassium pour 18 molécules du sel d’uranium à fin de formation du ferrocyanure brun et 8 molécules de ferricyanure de potassium pour 15 molécules de sel d’uranium à fin de formation du ferrocyanure rouge.
Il est toutefois préférable, quasiment indispensable, pour réaliser des tons très francs, d’exagérer les proportions dans le sens du ton qu’on veut obtenir.
Pratiquement les solutions et le virage se font comme suit.
A. Solution d’azotate d’uranium à 1 p. 100
B. Solution de ferricyanure de potassium à . 1 p. 100
Les cristaux de ferricyanure doivent être préalablement lavés pour les débarrasser de la croûte d’impuretés dont ils sont d’ordinaire revêtus.
Je n’ajoute jamais d’acide acétique à ces solutions.
Ton sépia Prendre 60 cm^ de A et 5 cm^ de B.
T on sépia chaude. Prendre 60 cm^ de A et 10 cm* de B.
Ton brun-rouge. . Prendre 60 cm* de A et 60 cm* de B.
Tonrouge-orangé. Prendre 60 cm* de A et 100 cm* de B.
Au cas où l’on voudrait employer une solution d’acétafe d’uranium, au lieu d’azotate, on devra tenir compte de la différence des poids moléculaires, l’azotate ayant pour poids moléculaire 504 et l’acétate 426.
277. — Quant au mode opératoire, il est des plus simples. L’épreuve bien fixée, bien lavée et bien séchée, est mise à ramollir dans l’eau pendant une minute ou deux. Je considère comme d’une bonne pratique que cette eau soit acidulée par quelques gouttes d’acide azotique (solution à 1 p. 100 à 500). Dans ce bain la surface de Pépreuve est
légèrement frottée avec une touffe de ouate hydrophile. On décape bien ainsi sa surface. On plonge ensuite dans le bain de virage choisi, et Ton retire sitôt la teinte voulue obtenue.
Ne pas oublier que les ferricyanures des métaux lourds étant tous plus ou moins affectés par la lumière, on ne devra mélanger les solutions pour former le bain virant et n’effectuer le virage qu’à la lumière diurne très affaiblie ou mieux à la lumière d’une lampe ou d’un bec de gaz. Lorsque l’épreuve originelle est bonne, que ses blancs sont parfaitement purs et qu’elle ne présente aucune trace de voile, c’est alors à ce manque de précaution qu’on doit attribuer, dans l’épreuve terminée, un léger jaunissement des blancs.
Le lavage s’effectue simplement dans l’eau. Les divers produits à éliminer étant tous très solubles, il peut être très rapide. Un lavage de dix minutes dans une cuvette dont l’eau est renouvelée deux ou trois fois durant ce laps de temps suffit, sans faire courir trop de risques à l’image. L’insolubilisation très pronoTncée de la gélatine, par le virage, retarde en effet beaucoup la pénétration du liquide.
Gomme il a été dit, l’image virée est éminemment soluble dans les solutions les plus diluées de carbonates. On la verrait donc disparaître en la laissant quelques heures dans la cuvette de lavage. Cette indication mène à faire usage, comme éclaircisseur, d’une solution de carbonate de sodium à un titre quelconque, 30 p. 100 par exemple, dont on projette quelques gouttes dans l’eau de lavage. Il ne faut pas avoir la main trop lourde pour faire cette projection, sans quoi on verrait rapidement toutes les légères demi-teintes disparaître. Aussi vaut-il mieux, le plus souvent, laver simplement en se contentant de prolonger le lavage jusqu’à la récupération complète des blancs.
On procède alors au fixage. Je l’effectue dans le bain suivant :
Eau, i 000 cm3.
Alun de potassium 50 gr.
Acide acétique cristallisable 20 cm^.
Vous laissez dans ce bain deux à cinq minutes; vous rincez et mettez à sécher par suspension.
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278. — Il arrive quelquefois que les parties très denses de répreuve refusent de virer, ou fournissent des tons foncés d’une dureté choquante. Cela provient : 1“ de ce que l’image originelle est elle-même dense et dure; 2'" de ce que le bain virant est encore trop actif. 11 est donc préférable, en premier lieu, que l’épreuve originelle soit surexposée et par conséquent formée par une image dont la réduction de l’argent n’ait pas été poussée à fond. En second lieu, mieux vaut employer le bain virant dilué. Avec un bain concentré, la transformation s’effectue à la surface de l’image et n’atteint pas encore la masse quand on juge le ton suttisant pour la retirer du bain virant. En ce qui me concerne, j’ajoute aux solutions virantes ci-dessus indiquées, soit un égal volume d’eau, soit même deux fois ce volume. L’action est plus lente, mais considérablement plus régulière et se pousse aisément jusqu’à la transformation complète. Je regarde celle-ci comme nécessaire, bien qu’une transformation incomplète puisse fournir des tons variés, attendu qu’à la longue il se produit des métallisations fort désagréables sur l’épreuve aux endroits où la transformation a été plutôt effectuée sur la surface que dans la masse.
Toutes les opérations relatives à ces virages devront être faites avec des solutions scrupuleusement filtrées, des cuvettes à fond plan, et exclusion complète de celles de tôle émaillée. Ces précautions sont nécessaires pour éviter autant que possible sur l’image la formation de points bleus, toujours dus à des traces de fer.
Si au moment où l’on plonge l’épreuve dans la solution virante celle-ci se trouble et se met à déposer, ou bien si l’épreuve se couvre instantanément de marbrures, c’est que l’byposulfite de sodium a été incomplètement éliminé de l’épreuve originelle.
Les images virées aux sels d’uranium, encadrées et mises dans une pièce très éclairée se foncent toujours un peu.
279. — A côté des sels d’uranium fournissant des tons variés, nous avons les sels de fer nous donnant des tons bleus.
L’image peut être virée directement, en mélangeant à parties égales une solution de ferricyanure de potassium avec une solution de citrate de fer ammoniacal fcitrate double de fer et d’ammonium).
Ou bien, elle peut se faire indirectement en faisant ag-ir un sel de fer sur l’image colorée par un ferrocyanure de potassium. Vous faites, pour cet usage, la solution suivante :