Que devons-nous conclure
Ceci :
1° Ne jamais employer seuls les bichromates, à l’exception du bichromate d’ammonium. Encore ce dernier gagne-t-il à être associé à un bichromate alcalin ou surtout à un bichromate métallique ;
2*" Que la préparation constituée par un mélange de bichromate de potassium et d’un chromate neutre d’ammoniaque est la plus rapide;
3° Le mélange de bichromate de potassium et de bichromate d’ammonium, à poids moléculaires égaux, vient en second ordre. C’est le mélange le plus convenable et le seul qu’on devrait employer avec les papiers pigmentaires ;
4“ Toutes les fois qu’on désirera avoir formation d’une image préalable directement visible, l’alliance du bichromate d’ammonium avec un bichromate métallique s’impose. Dans le cas du travail ordinaire des papiers pigmentaires, Timage restant toujours invisible on ne saurait employer un tel mélange, parce qu’on augmenterait sensiblement les diffi-
MARIOTYPIE ET OZOTYPIE.
cultés du dépouillement, à cause des tendances que montrent les bichromates métalliques à s’attacher à la gélatine ;
5° On doit, le choix du papier étant déterminé, s’appliquer soigneusement à rechercher son meilleur encollage. Cette recherche est de première importance. L’albumine se pénètre mal. La gélatine fournit de meilleurs résultats, mais présente de grandes difficultés au lavage. Il semble bien que l’encollage réunissant les meilleurs conditions serait constitué par de l’amidon et de la résine. Peut-être, en expérimentant soigneusement les proportions trouverait-on un encollage très propice avec gomme résine et un peu de gélatine.
Ces considérations théoriques, forcément un peu longues pour se montrer à peu près complètes, pourront, je l’espère, servir de base à ceux qui, travaillant Tozotypie, voudront encore améliorer ce procédé.
LA GOMME BICHROMATÉE.
557. La résurrection de la gomme. — 558. Excellence du procédé. — 559. Le papier. — 560. Les couleurs. — 561. La gomme. — 562. Le bichromate alcalin. — 563. Le mélange sensible. — 564. L’engommage du papier. — 565. L’insolation. — 566. Un contrôleur de tirage. — 567. Surexposition et sous-exposition. — 568. A quoi l’on reconnaît une insolation juste. — 569. Le dépouillement. — 570. Fixage et séchage. — 571. Considérations sur l’encollage du papier. — 572. Considérations sur la valeur technique des couleurs. — 573. Des couleurs en tube. — 574. — Des couleurs en poudre et de leur broyage. — 575. Sur l’acidité de la solution de gomme. — 576. Des bichromates alcalins. — 577. Proportions utilisables de gomme et de couleur. — 578. Rôle de la glycérine dans la mixture. — 579. Influence du sucre. — 580. L’oléate de potassium. — 581. L’hydrate de chlocal. — 582. La question de la gradation des demi-teintes. — 583. Impossibilité d’un papier commercial. — 584. Sensibilisation avant étendage de la matière organique et de la couleur. — 585. Comment effectuer cette sensibilisation. — 586. Question de durée dans l’engommage du papier. — 587. Épaisseur de la couche colorée. — 588. Gomme ozotypique. — 589. Simplification du procédé. — 590. De la qualité de l’eau à employer au dépouillement. — 591. La question de l’alun. — 592. Augmentation du gonflement de la gomme. — 593. Tirages superposés.
557. — Le procédé à la gomme bichromatée, si fort en faveur aujourd’hui auprès des artistes et à très juste titre, n’est autre, en principe, que le procédé au charbon à sa prime origine. On peut s’en convaincre pleinement en relisant ce qui a été dit au chapitre premier du présent livre.
Pourquoi alors la gomme a-t-elle cédé le pas à la gélatine, pour disparaître pendant un temps des méthodes pigmentaires ?
Deux raisons me semblent apparaître : la solubilité de la gomme et la remarque de Fargier.
La gomme, par son extrême solubilité comparée à celle d’autres colloïdes, rendait les manipulations fort délicates à une époque surtout où le but du tirage consistait en l’obtention d’une image positive, donnant, avec une fidélité minu-
LA GOMME BICHROMATÉE.
tieuse, la contrepartie exacte d’une image négative. On perdait vite, au dépouillement, la minutie des détails exigée. Encore hésitait-on entre la gomme et la gélatine, cette dernière permettant de garder beaucoup plus sûrement les détails, mais combien difficilement à cause, justement, de sa solubilité restreinte. La remarque de Fargier, consignée dans les chapitres précédents, en amenant le dépouillement par l’envers de la couche, rendit la manipulation plus facile à mener. La gélatine prima la gomme. Fargier lui-même marqua le mouvement.
Après un oubli d’une trentaine d’années, M. Rouillé- Ladevèze ressuscita la gomme, à la première exposition du Photo-Club de Paris, en 1894. Le fit-il proprio motu ou y fut-il incité par l’analogie semblant exister entre elle et le charbon velours qui venait de faire son apparition chez l’amateur? Ce serait à lui de répondre. Toujours est-il que d’aucuns inférèrent, de cette résurrection de la gomme et de l'apparition du charbon velours, que la remarque de Fargier n’était qu’une erreur absolue, puisque, dans ces deux cas, on obtenait pleinement l’image par attaque directe. Je ne suis nullement de cet avis. Je tiens, au contraire, pour excellente la remarque de Fargier qui peut fort bien ne pas impliquer le transfert, bien que le transfert résulte d’elle. En admettant soit la pigmentation par saupoudrage du charbon velours, ou la pigmentation par un colloïde assez soluble, l’excellence du développement direct s’explique par la remarque de Fargier. Quant à la gomme, comme nous le verrons au cours de ce chapitre, elle se trouve très bien de la tenue en considération de cette remarque.
558. — Le procédé à la gomme bichromatée, extrêmement simple d’apparence, demeure cependant d^une pratique essentiellement délicate à cause de cette solubilité de la gomme, considérée jadis comme défaut, et reconnue aujourd’hui qualité pour le travail artistique. C’est certainement, avec l’ozotypie, le meilleur procédé actuel, dès que l’on vise à l’art. Beauté de l’image, intérêt de la manipulation, possibilité d’action locale, donc mise en main de moyens d’interprétation du sujet, de correction des valeurs et de variation des effets, telles sont les qualités qu’offre ce procédé, qualités primordiales en ce sens qu’elles permettent à l’artiste de
communiquer à son œuvre une des principales causes deTillusion picturale, qu'mon nomme le sentiment, et qui fait que cette œuvre peut suggérer une idée à celui qui la voit, au lieu de lui montrer la reproduction pure et simple d’un fait ou d’un objet.
Voyons rapidement la pratique courante du procédé. Nous discuterons, après, les moyens susceptibles de l’améliorer. 11 y a beaucoup de fait ; il reste encore beaucoup à faire. Du papier, de la gomme arabique, des couleurs d’aquarelles et un bichromate alcalin. Voilà les matériaux nécessaires, suffisants, peu nombreux et à bon marché que le procédé exige.
559. — En principe, le papier peut être quelconque, du moment qu^’il se présente suffisamment encollé pour ne pas boire la couleur.
Les papiers, dits à aquarelle, semblent tout désignés, aussi bien que ceux dits à lettre. Question de surface rugueuse ou de surface lisse. On remarquera toutefois que plus le grain est fort, plus vigoureux doit être l’encollage. Au demeurant, rien n’est plus simple, avant l’emploi, que deprocéder soi-même à un encollage préalable. Celui-ci peut être constitué soit par un empois d'amidon à 2 p. iOO, soit un empois d’arrow-root à 1,5 p. tOO additionné d’alcool afin d’assurer la pénétration de l’empois dans la pâte du papier, soit par tout autre encollage. La nature de celui-ci, comme il a été dit dans les considérations sur l’ozotypie, peut avoir une influence — plus minime dans l’espèce, cependant — sur la beauté de l’image.
Les papiers Canson, Allongé, Wathman, Lalanne, etc., sont excellents. A mon sens, puisque un réencollage est toujours possible, ce qu’il importe, dans le choix du papier, c’est de trouver une surface sur laquelle la couleur puisse s’étendre sans difficultés. Tous les papiers d’aquarelle sont du nombre. De plus, le recto et le verso ne présentent pas le même grain. On peut donc choisir l’une ou l’autre de ces surfaces suivant l’effet à obtenir.
560. — Les couleurs à employer sont les couleurs broyées à l’eau. Elles peuvent être en poudre, en tubes ou en pastilles. Dans ces deux dernières espèces, les agglutinations de la poudre sont obtenues par de la gomme, du sucre ou du