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Cet engommage du papier se fait simplement à

LA GOMME BIGHROMATÉE.

Taide de pinceaux. Il n’y a point de méthode particulière.

C’est l’étendag-e pur et simple mais bien rég'uÜer d’une couleur, de consistance déterminée, sur une feuille de papier. On comprend qu’il soit loisible d’atteindre à ce but de bien des manières différentes.

En principe, le papier, fixé à l'aide de punaises sur une planche à dessin, est recouvert du mélange sensible, rapidement, par un mouvement de va et vient du pinceau ou de la brosse, puis on unifie cette couche, grossièrement étendue, en brisant ses stries et ses marbrures avec un large pinceau en poils de blaireau ou de chèvre. Qui a fait de la peinture à l’huile n’éprouvera pas la moindre difficulté dans cet engommage. Pour ceux qui ignorent le maniement du blaireau, disons que la meilleure manière d’opérer est de le tenir perpendiculairement à la couche, de le promener avec une assez forte pression de haut en bas et de bas en haut, pour ramener toutes les stries à 1a forme verticale, puis de briser ces nouvelles stries en opérant de gauche à droite et de droite à gauche avec une pression moindre, pour terminer par quelques coups donnés à fleur de poil. A ce moment, la couche doit être unie. Si quelques stries persistaient encore, ce qui arrive surtout avec les pigments noirs, il n’y a pas lieu de s’en préoccuper outre mesure. Elles disparaissent généralement au séchage de la couche. Dans tous les cas elles ne laissent pas de trace au dépouillement.

On a recommandé deux points essentiels : rapidité de l’engommage; minceur de la couche étendue. Ils sont essentiels pour le débutant dans le procédé de la gomme, surtout s’il n’est pas rompu au maniement du pinceau et des brosses.

Par rapidité on doit entendre qu'il faut donner à l’opération une durée totale de 30 à 40 secondes pour une feuille 18 X 24. Il ne faut donc pas que le mélange soit trop consistant. C’est, pour cette consistance, un point de repère.

Par minceur de la couche on doit entendre que le grain du papier reste sensible sous la couleur. Au demeurant, on ne doit employer que 4 centimètres cubes environ du mélange pour couvrir une surface 18 X 24. j Comme avec toutes les substances bichromatées qui ne sonl, en somme, efficacement sensibles qu’une fois sèches.

Il l’engommage peut s’effectuer en très bonne lumière diurne

diffuse, on a toute lumière artificielle. On devra, avant de tremper les pinceaux ou les brosses dans le mélange sensible, les plonger dans Téau et les essorer par pression douce. Ce petit tour de main facilite beaucoup l’engommage.

Recouvert de sa couche sensible le papier est mis à sécher par suspension dans un endroit obscur. Sa dessiccation est rapide. Elle n’exige pas plus de dix minutes dans une chambre à température moyenne de 15 à 18® G.

Il peut être conservé par les memes moyens que le papier au charbon sensibilisé. Cette conservation demeure toutefois dépendante de la quantité de bichromate. Plus sa prc-

Le Contrôleur de tirage Fernande.

portion sera grande dans le mélange sensible, moins longue sera la durée de la conservation. D’ailleurs, on se rend compte de la possibilité d’utiliser un papier conservé en lavant, à l’eau tiède, une bande dé ce papier. On répète le lavage pendant une ou deux minutes. La couche s’enlèvet-elle, laissant le papier à nu? Le papier peut servir, l’insolubilisation de la couche n’étant pas commencée.

565. — L’insolation s’effectue au châssis-presse comme pour tout autre papier. Il est toujours préférable de l’effectuer à l’ombre. Le soleil, par l’action de ses rayons caloriques, pouvant, comme cela a lieu pour tous les procédés aux sels de chrome, mélangés à un colloïde, amener une insolubilisation partielle ou même totale de la couche.

L’épaisseur de la couche, aussi bien que la nature du mélange, garde une action sur la durée de l’insolation. L’effet que l’on veut produire en a une bien plus grande encore. Aussi est-il toujours préférable, pour le débutant au moins,' de faire usage d’un photomètre. En hiver, alors

LA GOMME BICHROMATÉE.

qu’on apprécie difficilement à l’œil la qualité de la lumière, d’autant plus jaune orangée et rouge meme que le soleil est plus près de nous, il devient indispensable pour tous.

566. — Les photomètres indiqués précédemment peuvent servir. Avec la gomme j^’ai toujours employé le contrôleur de tirage Fernande. Son principe consiste dans la

Dépouillement d’une épreuve à la gomme bichromatée.

juxtaposition de deux échelles : l’une transparente, l’autre opaque. La transparente laisse seule passer la lumière. C’est sous cette échelle que l’on introduit une bande de papier sensible. En regard de chaque division de l’échelle se trouve un numéro. Ces numéros vont de 1 à 10. Sous l’action de la lumière, le papier prend successivement une tonalité semblable à celle indiquée par l’échelle opaque. Le contrôleur de tirage Fernande peut être adapté, a l’aide de

deux vis, sur le cadre du châssis-presse. L’aiguille mobile, mise sur l’un des côtés du contrôleur, peut être glissée exactement en regard du numéro, présentant identité de teinte entre l’échelle opaque et l’échelle transparente.

Supposons que celle idenlité soit représentée par le n° 7. Toutes les fois que nous voudrons tirer une épreuve avec le négalif correspondant nous saurons qu’il nous faudra 7 degrés du contrôleur Fernande. Le papier sensible que j’emploie dans le contrôleur est simplement le chloro-citrate Lumière.

Bien qu’un verre jaune recouvre les échelles, et empêche une venue trop rapide des degrés, il peut se faire que l’on ait besoin dans certains cas, très particuliers, de plus de d0°. Des feuillures de métal, disposées aux extrémités de l’appareil, permettent d’employer en écran un verre dépoli ou un autre écran coloré.

567. — Dans le procédé àla gomme, aussi bien que dans n’importe quel autre procédé de tirage, le mieux est toujours de chercher l’exposition exacte. C’est seulement lorsqu’on est parfaitement maître d’un procédé qu’on peut utiliser la surexposition ou la sous-expositioii.

Avec la gomme, la surexposition fournit des images dures, difficiles à dépouiller; la sous-exposition donne une image faible, se dissolvant complètement pendant le séchage. L’exposition est correcte et juste quand l’épreuve, abandonnée à elle-même sur de l’eau de 30 à 40° C, couche en-dessous, se dépouille complètement et automatiquement en quelques minutes.

568. — Celte reconnaissance d’une épreuve, ayant reçu une exposition correcte et juste, constitue, en somme, un mode de dépouillement du papier à la gomme. C’est le mode mécanique n’offrant pas plus d’intérêt pour l’artiste que les autres modes analogues. Peut-être moins même. iMais à ce mode mécanique s’oppose, très largement, avec la gomme, le mode artistique. Cela s’entend de la substitution à la dissolution générale, proportionnelle aux divers degrés de solubilité des différentes parties de l’image, de la dissolution locale, activée ou retardée par des affusions proportionnées de l’eau agissant par frottement doux sur l’image. Toute méthode permettant cette action locale est

LA GOMME BICHROMATÉE.

bonne en soi. La meilleure cependant sera celle laissant à la gomme toute sa valeur propre.

569. — La méthode préconisée par M. R. Demachy pour très délicate qu’elle soit demeure encore, pour l’instant, ce qu^'il y a de mieux. La voici :

Vous prenez une grande cuvette, en carton durci, dans laquelle vous disposez une plaque de verre, relevée, d’un côté, à un angle commode par un support quelconque. Après avoir, à lasortiedu châssis-presse, mouillé l’épreuve sur ses deux faces, par immersion de quelques secondes dans une cuvette d’eau, vous la posez sur la plaque inclinée en l’y maintenant d’un doigt ou avec des pinces américaines s’il est nécessaire et, à l’aide d’une petite éponge, vous faites couler une nappe d’eau froide sur la surface de l’épreuve, en ayant soin que le point de chute du filet d’eau soit en dehors la couche colorée. Si, au bout d’une minute ou deux, l’image ne se dégage pas, vous renouvelez les affusions en vous servant d’eau tiède, ou meme d’eau chaude, jusqu’à l’apparition des grandes lignes du sujet.

Lorsque le sujet se trouve ainsi délimité devant vous, vous agissez alors par écoulement d’eau froide ou tiède provenant de l’éponge pressée, sur les parties les plus denses^ c’est-à-dire celles qui doivent représenter, dans le tableau, les valeurs les plus vigoureuses. Vous les amenez très près de la valeur définitive, mais en les gardant cependant encore un peu plus foncées que cette valeur. Vous attaquez alors les valeurs intermédiaires, et vous arrêtez Tatlaque, dans les mêmes conditions que précédemment, pour dépouiller enfin les lumières.

Vous aurez ainsi sous les yeux votre image complète. Il ne vous restera plus qu’à corriger, toujours par la même méthode, les fautes de relation pouvant exister entre les différentes valeurs, en procédant, ne l’oubliez pas, du noir au blanc, c’est-à-dire en attaquant toujours, en premier, les valeurs les plus vigoureuses.

Dans le cas où celles-ci résisteraient à l’action de l’eau très chaude on peut essayer du dépouillement par friction, en utilisant un pinceau très doux. Quelle que soit la résistance dont paraisse faire preuve la couche, il ne faut pas se dissimuler que ce soit là un procédé des plus délicats. Si

l’ozotypie permet dans une très large mesure l’emploi du pinceau et même de la brosse, parce que la couche est faite de gélatine soluble seulement dans l’eau chaude, il n’en va pas de même de la gomme qui sous l’attouchement le plus léger tend à voir se désorganiser sa texture.

M. R. Demachy a très heureusement recommandé de couvrir les parties à dépouiller d’une couche de glycérine, parce que, dit-il, « elle sert de matelas entre le pinceau et l’épreuve et rend les erreurs de pression moins dangereuses ». Je veux bien qu’il y ait un peu de cela, mais je crois surtout que l’action dissolvante est retardée par tension du liquide. C’est le phénomène sur lequel est fondé le développement artistique au platine et aussi le développement des papiers au gélatino-bromure lents, le sucre remplaçant cependant, dans ceux-ci, l’action de la glycérine. Cette remarque me porte tout naturellement à indiquer l’emploi d’un sirop de sucre au lieu de glycérine.

Si l’image a été très marquée, le dépouillement total peut alors s’effectuer complètement au pinceau. Mais si j’ai préconisé cette méthode pour l’ozotypie, je la recommande beaucoup moins pour la gomme, car elle enlève à celle-ci le meilleur de ses qualités. Nous aurons à en causer tout à l’heure.

Quoi qu’il en soit, il faut bien prendre garde, lorsqu’on n’agit au pinceau qu’accidentellement, de créer, entre la couche frottée et la couche intacte, une opposition d’aspect de la matière toujours désagréable.

Il va de soi que, en cas d’une surexposition énorme, on peut tenter de sauver l’image, comme dans tout procédé au charbon, en laissant l'épreuve séjourner pendant quelques minutes, face en dessous, dans une solution de carbonate de sodium à 5 p. 100, de façon à ramollir la couche.

570. — Quand l’épreuve est terminée on la laisse se ressuer un peu pour que la gomme perde ce maximum de liquide qu’elle peut contenir et on l’immerge pendant cinq minutes dans une solution à o p. 100 de bisulfite de sodium liquide du commerce. On rince à l’eau claire et l’on met à sécher. A plat, si la couche se montre trop gonflée ; par suspension, s’il en est autrement.

Ce séchage ne demande guère plus d'’une demi-heure.

Avec un mélange pigmentaire bien proportionné en

LA GOMME BICHROMATÉE.

gomme, l’épreuve a un brillant suffisant dans sa matité. Si le mélange a été mal fait, elle peut présenter des embus désagréables. On peut alors employer la méthode des anciens aquarellistes c’est-à-dire gommer les ombres ; ou celle de certains aquarellistes modernes : vernir le tout avec ce vernis spécial pour aquarelle dont la propriété est de procurer un brillant assez faible aux ombres tout en laissant mates les parties claires.

571. — Voilà, dans son ensemble, le procédé à la gomme, dégagé des additions possibles ou des soi-disants perfectionnements, le procédé tel qu’il peut être employé par le débutant, tel aussi qu’il peut être employé par le praticien expert. Nous pouvons maintenant nous livrer ensemble à quelques considérations sur la gomme bichromatée. On pourra y trouver à boire et à manger, pour le plus grand bien de la cause. C’est du moins à cela que je vise.

Afin de rendre plus facile la compréhension de ces considérations, je vais suivre pas à pas le mode opératoire que nous venons de parcourir.

Il n’y a guère plus à dire sur le papier que ce qui a été dit. Toutes choses égales d’ailleurs, j’insiste cependant sur son réencollage, quels que soient les effets que l’on désire obtenir. C’est non seulement à cause de la pureté des blancs que j’insiste, mais plus encore de la légèreté des demiteintes. Très simplement, les aquarellistes se servent soit d’eau alunée qu’ils passent à l’éponge au dos de la feuille, soit d’une solution légère de savon blanc qu’ils passent à l’éponge sur la surface à peindre. Ceci pour les papiers à dessin déjà encollés et qui le sont toujours inégalement quand, au lieu d’être à la forme, ils proviennent de la machine. J’ai donné le moyen pratique et rapide de reconnaître ces deux genres de papier (1).

En ce qui est des papiers non encollés originellement, comme ceux utilisés pour la gravure en taille douce, vous faites un encollage à parties égales de savon blanc et de colle de Flandre blanche, avec quelques pincées d’alun en poudre, préalablement dissoutes dans l’eau bouillante. La colle est mise à macérer à part et le savon ajouté en

(1) Voir mon ouvrage : Les Nouveautés P hotographiques, année 1902,

dernier lieu. Une addition de quelques gouttes d’alcool facilite la pénétration dans la pâte. Mais je crois bien que les encollages à la résine doivent avoir la préférence. Purement et simplement, par exemple, un badigeonnage avec un vernis à la gomme laque. C’est à voir.

572. — La gamme des couleurs indiquée est plus que suffisante. On peut cependant ajouter aux noirs l’encre de Chine, à la condition de lui faire subir un traitement préalable. Les bâtons, vendus dans le commerce, sont généralement constitués par un mélange de noir très fin, de sucre, de charbon et d’une essence odorante plus ou moins huileuse. L’encre de Chine, destinée à la gomme bichromatée, devra être pulvérisée au mortier et mise dans de l’eau froide, où elle séjournera pendant un mois. Après ce temps on décante. La pâte restant au fond du vase est additionnée d’un peu de glycérine, puis étendue sur une glace dépolie et triturée à la molette. Mélangée à des couleurs chaudes, elle fournit des tons inimitables.

Les couleurs les plus solides, qu’elles soient dans la classe des opaques, comme le noir de bougie et les ocres, ou dans la classe des transparentes, comme les terres de Sienne, doivent toujours être prises de préférence. Les couleurs les plus solides appartiennent à des combinaisons métalliques, insolubles dans l’eau et saturées d’oxygène ou de quelques matières acides. Dans le procédé à la gomme, il faudra, en plus, faire choix des matières dont le principe colorant se trouve porté sur le noyau oxygène, à l’exclusion des matières dont le principe colorant est porté sur le noyau alumine. Ces dernières déterminant, avec le bichromate, des insolubilisations rapides et inégales souvent de la couche sensible. Dans les ocres rouges, l’oxyde de fer est entièrement saturé d’oxygène et dans les ocres jaunes, il est combiné avec l’oxygène et avec l’acide carbonique. Ce sont donc les meilleures couleurs qui soient, au double point de vue de la solidité et de l’emploi avec un bichromate alcalin.

573. — La question de savoir si l’on doit faire usage des couleurs eu tube ou des couleurs en poudre a été vivement débattue. D’une façon générale on incline ulutôt pour les tubes, simplement par paresse. La raison n’est pas suffisante.

LA GOMME BICHROMATÉE.

J’ai (lit, sans viser la raison paresse, que la quantité des agglutinants n’est pas telle dans la couleur en lube qu’ils puissent gêner beaucoup les résultats. Au demeurant quels peuvent-ils être? De la gomme, du sucre, du miel, de la glycérine, ingrédients aucunement nuisibles au procédé, et ingrédients en minime proportion. Au demeurant , on pourrait s’en débarrasser aisément en traitant la couleur en tube suivant la méthode ci-dessus indiquée pour l’encre de Chine.

Au reste, si l’on a des indications sur les quantités de couleur en poudre à employer, et que l’on veuille faire usage des couleurs en tube ou inversement, on pourra pratiquement admettre qu’?mc partie de couleur en poudre équivaut à quatre parties de couleur en tube.

574. — En revanche, si l’on tient essentiellement à n’utiliser que des couleurs en poudre, il devient nécessaire, pour le broyage et l’engommage, de tenir compte de ces deux règles :

1*’ La quantité de gomme à employer avec une couleur varie suivant la nature de celte couleur.

Les couleurs lourdes exigent plus de gomme que les couleurs légères.

Si la couleur, une fois sèche, s’écaille sous le doigt, il y a excès de gomme; si au, frottement, elle laisse, au doigt, une poudre impalpable, il y a insuffisance de gomme.

2“ Toutes les couleurs n’exigent pas la même quantité de liq*uide. Cette quantité augmente en raison du volume des couleurs.

Donc, à poids égal^ les couleurs lourdes exigent moins de liquide que les couleurs légères.

D’autre part, on devra, quand même, procéder au broyage sur glace dépolie avec la molette et le couteau de corne. Pour bien broyer, on mélange la gomme à la poudre colorante, en plaçant un tas de poudre au centre d’une glace dépolie et en pratiquant, au sommet, un cratère dans lequel on verse la solution de gomme. On mélange au couteau, on reverse de la gomme, on remélange, etc., jusqu’à former seulement une pâte consistante. C’est ce qu’on nomme le pâté. Ce pâté, dûment recouvert pour éviter les poussières, est laissé au repos pendant un certain temps, afin que la couleur soit parfaitement pénétrée

par la gomme, ce qui facilite le broyage ultérieur à la molette. Plus le pâté aura de résistance, plus pénible sera le broyage, mais plus la couleur sera finement broyée, à temps égal de broiement.

Incidemment, j’estime préférable, pour ma part, lorsqu’on fait usage de couleurs en tube de n’effectuer leur mélange avec la gomme que par broyage, c’est-à-dire en se servant de la glace dépolie et de la molette, comme il a été dit pour la préparation du papier au charbon.

Il sera aussi d’une très excellente pratique, avant d’ajouter la gomme à la mixture sensible, de mélanger d’abord le bichromate à la couleur et de les laisser en contact pendant plusieurs heures au moins, de façon à permettre à la couleur de se bien pénétrer de bichromate.

575. — En parlant ici même du papier au charbon, nous avons passé en revue les effets de l’acidité, et nous avons vu, d’autre part, que M. R. Demacby avait constaté l’excellence d’une gomme acide. La qualité peut devenir défaut, par excès d’acidité. Notez que je me suis parfaitement bien trouvé d’une solution de gomme, dans laquelle l’eau a été remplacée par une solution d’acide borique à saturation. Je crois pouvoir particulièrement recommander une solution gommeuse ainsi obtenue. Lorsqu’on la fait à un titre élevé, 60 p. 100 par exemple, elle se conserve quasi indétiniment, une fois bien filtrée sur mousseline.

576. — Dans le mode opératoire de la gomme, ci-dessus indiqué, aussi bien que dans tous les autres modes dont nous aurons à parler tout à l’heure, et qui ne valent pas, je dirai pourquoi, celui préconisé par M. R. Demacby, on emploie toujours exclusivement le bichromate de potassium. C’est une erreur. Si l’on veut bien se reporter aux considérations générales émises au sujet de l’ozotypie, on verra qu’à emploi d’un bichromate seul, le bichromate d’ammonium vaut mieux que le bichromate de potassium et que l’alliance de ces deux bichromates, à poids moléculaires égaux, vaut mieux encore que le bichromate d’ammonium seul. Comme, d’une façon générale, on emploie le bichromate alcalin à saturation on aura donc tout avantage à lui substituer un mélange de 5 grammes de bichromate de potassium et de de bichromate d’ammonium pour 100 centimètres cubes d’eau.

LA GOMME BICHROMATÉE.

577. — Le point délicat, dans le procédé à la gomme, est d’établir la bonne proportion entre la gomme et la couleur. Reprenons l’opinion des deux meilleurs auteurs qui aient parlé de la gomme.

M. R. Demachy estime qu’il ne saurait y avoir là qu’une question de tact et d’habitude, à cause du changement de nature des couleurs et aussi de la faible quantité de mélange sur laquelle on opère.

M. C. Puyo déclare également que c’est une affaire d’habitude et de pratique.

C’est juste. L’on pourrait même passer condamnation sur la question si tous ceux qui veulent employer la gomme bichromatée étaient un peu rompus d’avance aux travaux de la peinture. C’est rarement le cas. Aussi me semble-t-il bon de risquer quelques observations indicatrices, quoique sommaires.

D’abord rappelons trois points très nettement établis par M. C. Puyo.

« Une couche riche en gomme, sous-exposée, développée dans de l’eau à peine tiède, vous donnera des coulées d’aquarelles, du gras, de la transparence, de la fleur et de la délicatesse sans vigueur.

« Une couche riche en gomme et en couleur, normalement exposée — nous avons vu ce qu’il fallait entendre par là — développée à l’eau tiède, aura toutes les qualités.

« Une couche riche en gomme et en couleur, surexposée, développée à l’eau bouillante vous donnera de la vigueur seulement, mais de la sécheresse. »

Or, pour se rendre compte de la richesse en gomme est-il au moins nécessaire de connaître les proportions, comment dirais-je? utilisables, de gomme et de couleur.

Monckhoven, qui a beaucoup étudié le papier au charbon, déclare que la meilleure proportion de gélatine est de 10 grammes pour 100 centimètres cubes de liquide. Si l’on tient compte des poids moléculaires, on voit qu’en substituant la gomme à la gélatine, on devra employer 18®'’,! de gomme arabique. Approximativement bien entendu, les gommes n’étant pas immuablement les mêmes.

Toujours d’après Monckhoven, le poids delà couleur en poudre doit être le 1/10 du poids de la matière colloïde.

Donc, pour les 100 centimètres cubes de notre solution de gomme à 18^’’,! p. 100, il nous faudrait 1®‘‘,8 de couleur en poudre.

Passant de la théorie à la pratique, on reconnaît qu’un tel mélange fournit de bons résultats si la couleur employée est le noir de fumée, mais qu’il marche moins men, ou pas du tout, avec d’autres couleurs. Ce qui nous ramène à tenir compte des règles de peinture précédemment émises et qui prescrivent une augmentation de gomme pour les couleurs lourdes^ aussi bien, pour ces mêmes couleurs, qu’une diminution de liquide.

Or, c’est peut-être justement là où gît l’intérêt de se servir de couleurs en tube plutôt que de couleurs en poudre. Pour être gardées moites et toutes à une consistance à peu près semblable, elles ont exigé du fabricant qu’il leur donnât les proportions de gomme propres à chacune d’elles. Donc, lorsqu’on les emploiera avec une solution de gomme à taux fixe, on n’aura plus à se préoccuper que de la variation de la quantité de liquide, ce qui est bien peu de chose étant données les très faibles quantités de matières sur lesquelles on opère. Dans ces conditions, il semble plus facile d’établir des dosages exacts si l’on possède la patience et le temps de se livrer à une étude longue et fastidieuse. C’est ce qu’a fait M. A. Sanchez. Les résultats de son travail sont les suivants :

(A) 'Noir.

Noir bougie

Ocre rouge

Indigo

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100 —

Solution de gomme à 35 p. 100

Glycérine

Acide chlorhydrique

III gouttes.

0?r,60 0&'-,25 O^'^^O 5 cm^.

(B) Marron.

Noir bougie

Ocre rouge

Indigo

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100.. .

Solution de gomme à 35 p. 100

Glycérine

Acide chlorhydrique

III gouttes.

Oer,eo

Ogi-,55 0&M5 5 cm3

LA GOMME BIGHEOMATÉE.

(G) Bistre.

Bistre lg**,50

Solution de biclirornate d’ammonium à 10 p. 100. , . 5 —

Solution de gomme à 35 p. 100 5 cm^.

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique.. II —

(D) Sanguine.

Ocre rouge 0g^95

Noir bougie 08^,05

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100.. 4 —

Solution de gomme à 35 p. 100 6 cm^.

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique II —

(E) Terre de Sienne brûlée^

Terre de Sienne brûlée 18^25

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100.. 4 cm^.

Solution de gomme à 35 p. 100 6 —

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique II —

(F) Terre d'ombre naturelle»

Terre d’ombre naturelle 2 gr.

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100. . 5 —

Solution de gomme à 35 p. 100 5 cm».

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique II —

(G) Sépia,

Sépia naturelle 1 gr.

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100. , . 6 cm».

Solution de gomme à 35 p. 100 5 —

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique II —

(H) Bleu.

Indigo 1 gr.

Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100.. , 6 cms.

Solution de gomme à 35 p. 100 5 —

Glycérine III gouttes.

Acide chlorhydrique II —

(I) Gris,

\ Gris de payne 1 gr.

I Solution de bichromate d’ammonium à 10 p. 100.. . 4 cm^.

I Solution de gomme à, 35 p. 100 6 —

j Glycérine III gouttes.

II Acide chlorhydrique II —

Deux grammes de mixtion couvrent une feuille 18 X 24. I La quantité complète d’une formule couvre, environ, ; 5 feuilles 18 X 24.

Ce que valent pratiquement ces formules, je l’ig-nore. Depuis qu’elles ont été publiées, je n’ai pas eu le loisir de les expérimenter. Je n’y faillirai point à la première occasion. Tout ce que je puis dire c’est qu’à la lecture elles semblent acceptables, dans une certaine mesure. On y remarquera, en effet, l’emploi de l’acide chlorhydrique, et de la glycérine. Nous savons ce que vaut l’acidité. Ici elle me semble, à cause de l’emploi d’un acide fort devoir transformer les qualités en défaut, en ce sens qu’elle doit fortement tendre à l’insolubilité de la gomme ce qui permettra le développement par friction, voire par forte friction. Mode de dépouillement facile pour le débutant, mais enlevant à peu près à la gomme toutes ses qualités particulières, qui, dans le cas présent, me paraissent déjà bien affaiblies par le peu de gomme et le trop de bichromate entrant dans les formules.

578. — Quant à la glycérine, M. A. Sanchez la donne comme rendant l’image plus douce et plus facile la conservation des demi-teintes. Ce n’est peut-être pas bien là son véritable rôle. Elle me semble plulôt presque exclusivement réservée à augmenter la plasticité de la matière, donc à faciliter l’engommage du papier. A cet effet, on l’a substituée au sucre dans le procédé au charbon. Finalement, on en est revenu à la déconseiller. Comme nous avons à nous préoccuper ici de la gomme et non de la gélatine je ne frapperai pas la glycérine de cet ostracisme. Au contraire.

579. — Je viens de parler du sucre. Si dans le procédé au charbon, il donne de la plasticité à la matière, il augmente aussi la solubilité de celle-ci dans l’eau. L’opération du dépouillement se trouve facilitée. Rien que pour ce fait le sucre semble se présenter comme inemployable avec la gomme dont il n’est point besoin d’augmenter la solubilité. J’ai pu en faire usage cependant, mais je demeure peu convaincu de son utilité. La question reste à élucider.

580. — Dans ce même but de plasticité de la matière facilitant l’engommage, surtout celui des couches très riches en gomme et en couleur, j’ai utilisé l’oléate de potassium (savon mou) si fort préconisé par Johnson. Il a tous les avantages du sucre, sans avoir son défaut de solubilité.

Les proportions peuvent varier considérablement. On peut aller de 1 à 15 p. 100 sans faire subir au mélange une

LA GOMME BIGHHOMATEE.

altération sérieuse. Toutefois, la proportion la plus faible suffit à enlever tout le brillant à la gomme, ce qui donne au pigment une matité excessive, qualité pour les uns, défaut pour les autres. On y pallie, dans une certaine mesure, par l’emploi ultérieur d’un vernis pour aquarelle.

581. — Toujours, dans le même but de plasticité, on peut faire usage de l’hydrate de chloral. On le trouve du reste indiqué dans de nombreuses formules de colle. La quantité peut être au moins aussi variable que celle de l’oléate de potassium. Mais il a le défaut d’être beaucoup plus cher et de ne pas faire mieux.

582. — En résumé, la glycérine, ou les autres matières que nous venons de voir, influent presque exclusivement, comme je l’ai dit, sur la plasticité. C’est de ce fait seul que les demi-teintes se trouvent mieux gardées, sans l’être cependant beaucoup plus.

Cette question des demi-teintes dans la gomme bichromatée a attiré bien des foudres sur elle. M. Behrens, plaçant, sous le même photomètre Yogel, du papier au platine et du papier à la gomme bichromatée, a constaté que ce dernier montre de cinq à neuf dégradations de teintes, suivant le cas, tandis que celui au platine en fournit dix-sept. Après ce que j’ai dit sur le papier au platine, ce n’est pas moi qui disconviendrait de sa remarquable facilité à fournir une grande multiplicité de demi-teintes. Aucun papier, en ce sens, ne peut lui être comparé. Je crois bien néanmoins que M. Behrens exagère. Ou mieux, il s’est trouvé porté à exagérer à cause d’un mauvais dépouillement ou d’une mauvaise préparation de son papier à la gomme. Il faut si peu, dans l’espèce, pour modifier un résultat du tout au tout ! Que la gamme des demi-teintes soit d’étendue plus restreinte avec la gomme qu’avec le platine, je l’accorde. La gomme a cela de commun avec les autres papiers. Mais que la différence soit de 5 à 17, même de ‘J à 17, non. Le mode de dépouillement, l’eau froide au lieu de l’eau tiède, par exemple, augmente déjà l’étendue de la gamme, la mixture restant la même. Cette étendue peut encore s’accroître en additionnant de l’amidon à la mixture. C’est M. Mallmann qui a indiqué ce tour de main. Ce procédé m’a donné quelque tablature pour arriver à doser mon amidon. Je connaissais le fait sans avoir

pu me procurer la formule de M. Mallmann. Tout récemment je Fai retrouvée en feuilletant une collection de 1897 du British Journal of photography. La voici : A 100 centimètres cubes d’une solution d’amidon à 2 p. 100 vous ajoutez 40 grammes de gomme arabique, quelques gouttes d’acide phénique et la matière colorante. Le tout est passé à travers un linge. La mixture sensible s’obtient en mélangeant par parties égales cette mixtion et une solution saturée de bichromate alcalin. Je n’ai point essayé cette formule. Celle à laquelle je m’étais tenu après essais successifs me donnait, avec une quantité moindre de bichromate, un rapport de 1 à 18 entre l’amidon et la gomme tandis que la formule Mallmann présente le rapport delà 20. On peut parfaitement encore augmenter les proportions : on va très bien à 30 grammes de gomme pour 1 gramme d’amidon.

C’est sans doute dans un but analogue, à celui poursuivi par l’addition de l’^’amidon, que M. J. Gaedicke préconise la colle de poisson. Son véhicule de la couleur se compose de parties égales, en poids, de colle de poisson et d’une solution de gomme composée de : eau 100 centimètres cubes, gomme 40 grammes; sucre : 20 grammes. La nature du sucre n’est pas spéciliée.

Je n’ai pas fait l’essai, mais je crois bien que le dépouillement doit être assez long, avec la quantité indiquée de colle de poisson.

Il se peut aussi que cette matière additionnelle ait été employée pour diminuer la solubilité de la gomme. C’est un fait à constater : ceux qui ont cherché à donner des formules se sont préoccupés de cette question plus que de tout autre. C’est pour moi une preuve évidente qu’ils n’ont rien compris aux qualités du procédé à la gomme. Ainsi le ly Gaspard i\liller recommande-t-il l’addition d’alun de chrome à la mixture (1). De cette façon, la couche présente assez de résistance pour que la couleur soit préalablement étendue sur le papier et qu’on puisse ultérieurement sensibiliser la couche par trempage de la feuille badigeonnée dans un bain de bichromate.

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