‹ Le Tissu CribléChapitre 36 sur 68 · E. PERROT · texte numérisé non relu

E. PERROT

plus grand dans le sens radial, et vers leur pointe à la périphérie de la moelle, un foyer de multiplication cellulaire s'établit qui donne naissance tout d'abord à un amas criblé. A la face extérieure de cet amas, il ne tarde pas à apparaitre un cambium qui donne, vers l'extérieur, du bois el vers l'intérieur, quelques éléments libériens qui s'ajoutent à ceux de l’ilot primitivement formé.

Pendant ce temps, il se fait une sclérification qui intéresse

Fig. 69. — Rumex crispus. Coupe schémaltique montrant la disposition des faisceaux surnuméraires périmédullaires (d'après Hiraïr). tous les éléments parenchyma-

teux contigus au faisceau normal et au faisceau surnuméraire ; on obtient ainsi à l’état adulte, enveloppés dans une gaine scléreuse, deux faisceaux libéroligneux, dont l’externe est plus développé, et l’interne plus petit, à orientation inverse (fig. 69). Quelques autres espèces de Polygonacées présentent la même particularité de structure, tels sont : Rumex longifolius, maximus, undulatus, Patientia; les genres Rheum et Aibes.

Chez beaucoup de Campanulacées, on rencontre dans la moelle des amas plus ou moins volumineux de tissu criblé ou cribro-vasculaire (voir p. 175) ; cette particularité fut signalée par Santo [85] puis étudiée par Haxsrein [38], De Bany [4], Hérais [45], Wes- TERMAIER [205]. Le développement est le suivant :

Fig. 70.— Campanula Trachelium.— Coupe schématique: fem, fascicule criblé périmédullaire; fev, fascicule cribro-vasculaire; b, bois; l, liber (fig. originale).

Dans la zone périmédullaire de la tige, apparaissent d’abord de petits ilots de tissu criblé ; les choses restent en l'état dans quelques espèces, mais le plus généralement, un eambium apparait

ensuite à la face externe de l'ilot et donne du tissu vasculaire. Comme les amas conducteurs surnuméraires sont souvent tres rapprochés, lorsque l'activité cambiale gagne les cellules médullaires intermédiaires, les éléments primitifs se trouvent réunis entre eux. On obtient de la sorte des bandes cribro-vasculaires, à orientation inverse, situées à la périphérie de la moelle et de volume extrêmement variable (fig.71).

Les formations conductrices surnuméraires de la moelle des Composées Liguliflores sont d’une origine tout à fait analogne.

Chez certains Acanthus (A. mollis, spinosus,ete.), des îlots criblés apparaissent à la pointe des faisceaux comme chezles Rumex ; mais un cambium se forme sur toute la périphérie de l'ilot qui s'accroit ainsi rapidement. Ce cambium fonctionne seulement du côté du tissu criblé primitif, sauf dans la partie qui regarde vers l'extérieur du côté du bois normal, où il devient bilatéral et produit quelques vaisseaux.

Par suite de formations nouvelles de tissu criblé sur les côtés de ces îlots, plusieurs d'entre eux peuventse toucher, et l’on obtient ainsi une masse criblée présentant deux ou plusieurs amas ligneux.

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Ces faisceaux cribro-vasculaires, à bois orienté vers l’extérieur, sont à peine séparés des trachées du bois normal par quelques cellules paren-

Fig. 71. — Campanula glomerata. —

Portion d’une bande cribro-vaseulaire de la moelle: b, bois normal; iep, ilot criblé périmédullaire à la face externe duquel un cambium donne du bois surnuméraire bs; ap, assise à parois latérales plissées à la façon d’un endoderme (ig. originale).

chymateuses. Chez Acanthus longifolius, dont la moelle est quandrangulaire, les forma- {ions surnuméraires apparaissent aux quatre angles.

Parmi les Bignoniacées,dont les particularités de structure sont si intéressantes et si variables, il en est une qui doit nous arrêter quelques instants. C'est le Tecoma radicans, dont la structure a

fait l'objet de nombreuses recherches de la part de Saxto [173], Vesque [97], Weiss [215], Héraiz [45], Hovecacque [46]. On trouvera dans le mémoire de ce dernier auteur,tous les renseignements concernant l'historique des recherches sur les Bignoniacées.

On voit apparaître dans la région périphérique de la moelle. des cloisonnements qui donnent naissance à des amas de tissu criblé, disposés à la pointe des faisceaux qui proéminent vers l'intérieur (faisceaux sortants). Les cloisons gagnent de proche en proche et il ne tarde pas à s'établir deux lignes de cambium opposées l’une à l’autre (fig. À, B). Ce cambium fonctionne des deux côtés et donne du liber du côté de la moelle et du bois vers l'extérieur. IL en résulte que dans une tige âgée l'anneau libéroligneux est augmenté de deux bandes cribro-vasculaires qui se soudent intimement à lui.

Fig. 7,.— Campsis (Tecoma) radicans. B. Coupe schématique ; fs, faisceau libéro-ligneux surnuméraire. A. Portion d’un fascicule eribro-vasculaire de la moelle, montrant le fonctionnement du cambium ; /cp, fascicule criblé périmédullaire avec son cambium externe c (d’après HÉRAIL).

On avait cru tout d'abord que le bois du Campsis (Tecoma) radicans possédait deux cambiums externe et interne, fournissant du liber. Mais les faisceaux surnuméraires sont parfaitement indépendants de l'anneau vasculaire normal, et séparés des premières trachées par quelques assises de cellules parenchymateuses.

Ce n’est que plus tard que ces dernières se selérifient, et que tout l’amas ligneux surnuméraire parait intimement soudé au

corps ligneux normal (B, fig. 72).

3.— Anomalies de structure dues au fonctionnement irrégulier du cambium normal.

Beaucoup de plantes et particulièrement les Lianes offrent d'ordinaire un développement très irrégulier de leur système libéroligneux. Gaupicaaub [124], en 1833, signale le premier les anomalies de certains Bignonia, sur lesquelles il revient plus tard [125]. A. pe Jussreu [133], en 1841, consacre un mémoire entier à la structure des Lianes, et depuis cette époque, beaucoup de travaux concernant l'anatomie des familles renferment des observations intéressantes sur ces plantes. Nerro [154] a publié successivement, en 1853 et 1886, deux mémoires sur ce sujet, et récemment l'étude des Lianes du Brésil a fourni à Scnexck, l’occasion de reprendre la question tout entière. Dans son magnifique ouvrage, il traite de l'anatomie et de la biologie de ces végétaux ; les déductions qu'il üre de leur structure ont une importance très grande, ses recherches ayant porté sur un nombre considérable d'échantillons appartenant à toutes les branches du règne végétal (1).

Quelques-unes des particularités dont nous allons nous occuper. ne sont pas toujours l'apanage exclusif des Lianes, mais il n’en est pas moins vrai, que certaines modifications paraissent avoir leur origine dans l'adaptation au mode de vie si spécial de ces plantes. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de revenir quelque peu sur ce sujet, et nous voulons ici grouper simplement ces anomalies pour rendre leur étude plus aisée, et montrer quelles sont les irrégularités dans la répartition du liber, qu'entraine la structure du système libéroligneux des plantes grimpantes.

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