LA SOMMATION
Le matin du seizième jour d'octobre on aperçut les premières voiles de la flotte anglaise qui semblaient planer vers la Pointe-Lévy.
La ville qui, jusqu’à ce moment, était.
demeurée assez tranquille, s’'émut tout à coup; et un sourd bourdonnement parcourant bientôt toutes les rues, fit sortir les
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citoyens de leurs maisons, tandis que les | femmes effarées mettaient la tête aux fe- | nôtres.
Et puis, ce bourdonnement s’enfla, s’enfla
et se fit dans un instant clameur immense, pendant que la voix des cloches sonnant à | toute volée lançait l'alarme aux quatre | coins du ciel.
Alors, tout se fit bruit, tout devint mouvement.
‘ Aux armes! aux armes! Voilà les An-
glais ! ” telles étaient les notes dominantes Ain \ de tout ce vacarme. pendant que le son (RE aigu des clairons, appelant les soldats aux armes, éclatait de temps à autre en cris stridents et prolongés.
| | 1 Les militaires couraient à leur poste, les
JE bourgeois par les rues, et les femmes un peu partout, mais sans savoir où elles allaient.
Les principaux citoyens s'étaient tout d'abord portés au château où M. de Frontenac, entouré de son état-major, se tenait sur la terrasse suspendue au-dessus du cap, pour examiner les mouvements de la flotte ennemie. Le gouverneur fit prier les no-
ARRETE Sera or
DE PERRET mme
tables de se rendre auprès de lui, et les ayant salué gravement, il braqua de nouveau une lunettgde longue-vue, qu’il tenait à leur arrivée, sur la flotte dont les premiers vaisseaux débouchaient déjà dans le port.
—Monsieur de Bienville, dit le comte en se tournant vers celui-là qui jusqu’à ce moment s'était quelque peu tenu en arrière, votre. vue de jeune homme vaut mieux que la mienne ; indiquez-moi donc le nombre et la capacité des vaisseaux à mesure qu’ils apparaîtront.
En ce moment toutes les voiles étaient en vue.
—Les premiers sont des vaisseaux de haut-bord, répondit Bienville. L'amiral est en tête, et je crois qu’il se dispose à jeter l'ancre, vu qu'il serre déjà ses premières voiles.
—Est-ce bien l'amiral qui vient le premier ?
—Oui, monseigneur Je reconnais parfaitement son pavillon qui flotte au grand mat. Je crois même qu'il a jeté son ancre, car il me semble que les voiles de perro-
quet battent les mats et que la frégate commence à éviter.
La marée montante faisait déjà tourner le vaisseau amiral suf lui-même, et M. de Frontenac, à l’aide de sa longue-vue, put distinguer un groupe d'officiers qui se tenaient sur la poupe du navire commandé par Phips.
—Mais que font donc les plus petits bâtiments? on dirait qu'ils veulent dépasser l'amiral.
—Ïls rangent la côte de Beauport, monseigneur afin, je suppose, de trouver moins d’eau pour leur ancrage.
Bienville ne se trompait pas ; les derniers, imitant la manœuvre de leurs aînés, avaient mouillé l'ancre près de la côte et commencaient à carguer leurs voiles.
—Combien sont-ils ? demanda froidement M. de Frontenac.
—Trente-quatre, dont, je crois, trois frégates et cinq corvettes qui tiennent le milieu du fleuve. Les autres, rangés près de la côte de Beauport, ne sont que des brigantins, des caiches, des barques et des flibots.
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Suivirent quelques minutes de silence, durant lesquelles les yeux de ceux qui étaient sur la terrasse examinèrent avec anxiété les diverses manœuvres de la flotte anglaise.
Il était à peu près neuf heures et demie du matin lorsque la dernière voile disparut repliée sous ses cargues.
Alors Bienville s'écria tout à coup :
—Voyez-vous ce canot qui se détache de l'amiral. Eh! parbleu ! il doit y avoir un parlementaire # bord, car j'aperçois un pavillon blanc qui flotte à l'avant.
Dans ce cas, repartit aussitôt le gouverneur, il faut aller au-devant de lui. Parlezvous l'anglais, monsieur de Bienville.
—Je ne parle anglais qu’à coups d'épée, monseigneur. Mais voici mon ami M. d'Orsy à qui cette langue est familière.
—En effet, reprit le gouverneur. Eh bien !
M. d'Orsy, vous allez accompagner votre ami en qualité d’interprète. Quant à vous, monsieur de Bienville, descendez en grande hâte à la basse ville et allez au devant de cet envoyé, avec une escorte de tgois canots
montés par quatre hommes chacun. Si le parlementaire demande à descendre à terre, bandez-lui les yeux, afin qu’il ne remarque rien de l’état précaire de la place. D'ailleurs, ayez pour lui tous les égards possibles.
Allez !
Bienville et d'Orsy saluèrent le gouverneur pour le remercier de l'honneur qui leur était fait, sortirent du château et descendirent à grands pas la côte de Lamontagne.
Bientôt quatre canots laissaient la terre et se portaient vivement à la rencontre de la chaloupe anglaise, poussée par de vigou-
reux rameurs.
Les cinq embarcations se joignirent au milieu du fleuve, à mi-chemin entre la terre et la flotte.
—Ohé! du canot! cria Bienville, quand il fut à portée de voix du parlementaire ; puis il fit arrêter ses embarcations.
—Stop! commanda l'officier anglais à ses hommes. Et l’on s'arrêta des deux côtés en s’observant d’un air menaçant.
—Quigtes-vous et que voulez-vous ? de-
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manda alors en anglais Louis d’Orsy à celui qui commandait la chaloupe ennemie.
—Je suis envoyé par l'amiral Sir William Phips, pour traiter de la reddition de la place avec votre gouverneur, répondit l'Anglais avec suffisance.
—Que dit votre Anglais ? demanda Francois de Bienville à son ami.
—Il vient prier le gouverneur de capituler !
Les Canadiens accueillirent ces paroles par un immense éclat de rire.
—D'Orsy les fit taire d’un regard, et s'adressant au parlementaire :
—$i vous voulez voir M.le comte de Frontenac, il faut vous soumettre à ses conditions qui sont de vous bander les yeux pour vous conduire au château Saint- Louis, et de nous suivre à terre sans votre escorte.
A ces paroles, le rouge monta à la figure du parlementaire, qui répondit avec un emportement mal contenu :
—Remarquez bien, monsieur, que je ne viens pas en espion !
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—Les ordres de M. le comte de Frontenac sont formels, répliqua froidement d'Orsy, et monsieur est parfaitement libre de retourner à son bord si ces conditions lui déplaisent.
L’Anglais se mordit les lèvres, et après avoir réfléchi quelques instants :
—Sachez au moins que je représente une nation, et qu'à ce titre ma personne est inviolable.
—Vous ne m'apprenez rien, monsieur, répondit d'Orsy, et je sais très-bien quels égards vous sont dus.
—C'est bon! je vous suis, reprit flegmatiquement l’envoyé.
Bienville fit alors approcher son embarcation bord à bord avec la chaloupe anglaise, et Harthing, c'était le nom du parle-
ntaire, prit place sur ie canot canadien a | ordonnant à ses gens d'attendre son retour.
Pendant les quelques instants qu'ils se trouvèrent côte à côte, les Canadiens et les Anglais se toisèrent d’un air fort peu bienveillant; mais grâce à la présence de leurs
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officiers respectifs, pas un mot ne fut échangé, pas un geste ne trahit ce bouillonnement intérieur de vieilles haines nationales qui n'auraient pas mieux de.
mandé que de se manifester activement.
—Nage à terre! commanda Bienville à ses gens dont les rames mordirent lu vague.
—J’en suis bien fâché, monsieur, dit d'Orsy au lieutenant anglais, mais ma consigne est de vous bander les yeux.
—Faites.
Au bout de dix minutes les quatre canots accostaient la levée.
M. de Frontenac n'avait pas perdu son temps dans l’inaction. Chez cet homme énergique les idées décisives ne se faisaient point attendre ; à peine convoquées, elles arrivaient vigoureuses, sages et hardies, et l'action suivait de près la pensée.
Bienville et d'Orsy avaient à peine mis pied dans le canot qui les devait conduire au-devant du parlementaire, que déjà le gouverneur avait donné les ordres suivants aux officiers qui l’entouraient :
Il enjoignit d'abord à M. LeMovyne de #
De EE Cm mn dns
Maricourt, frère de François de Bienville, d'aller prendre position à la basse-ville, || avec la compagnie qu’il commandait, sur [LUE 1 la plate-forme défendu par trois pièces de TRUE canon. M. de Maricourt était arrivé de | Montréal avec son frère, M. LeMoyne de LUE Saint-Hélène, durant la nuit précédente, apportant la nouvelle que les troupes de | cette ville ne tarderaient pas d'arriver.
LEE LL M. de Sainte-Hélène devait occuper un | autre quai fortifié à la ville basse, avec le détachement dont il venait d’être fait capitaine. Afin de tromper le parlementaire sur l’état de la place, vu que les troupes de Montréal et des Trois-Rivières n'étaient pas encore arrivées. ordre fut donné aux seuls
LITE trois ceuts hommes en état de combattre | | | LE qui se trouvaient alors dans la ville, de ; BE faire un grand bruit d’armes sur le passage ( de l’envoyé de Phips. Pour ajouter à Fillusion du parlementaire qui n’y verräit rien au travers de son bandeau, le major Provost d HA devait disséminer les troupes en différents e | endroits, et les faire manœuvrer bruyam É, ment par toutes les rues de la ville. à ( Les ordres du comte furent si bien exé-
cutés que les premiers bruits qui frappèrent
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l'oreille du heutenant Harthing quand il mit le pied sur la levée, ne laissèrent pas que de l’étonner ; car les Anglais croyaient, et non sans raison, la ville hors d'état de se défendre. Quelques artilleurs traînaient lourdement les pièces. D’autres roulaient des projectiles à quelques pouces de ses
pieds ou faisaient cliqueter leurs épées à ses oreilles.
—Fanfaronnades que tout cela, se dit Harthing.
Mais il n'était pas à bout de mystifications.
D’après l’ordre du gouverneur, on fit faire les plus longs détours au parlementaire, le ramenant souvent au mème point
de départ, et toujours avec un grand bruit d'armes. |
Harthing atteignit ainsi le pied de la côte de Lamontagne; mais ici ce fut bien pis encore. J'ai déjà dit que la montée du port à la haute ville était barricadée par trois retranchements formés de chaînes et de tonneaux remplis de terre et de pierre.
Aussi l'Anglais trébuchait-il à chaque instant. Ici un tonneau lui barrait le passage,
ct 124 ——
là il serait infailliblement tombé sur un amas de pierres, sans la précaution que ses guides avaient de lesoutenir ; plusloin une chaîne tendue bien raide heurtait ses tibias.
| —Diables de Français! grommelait-il.
Il parvint enfin à la haute ville. Mais bien loin de le conduire directement au château, ses guides s’engagèrent avec lui dans la rue Buade, en se dirigeant vers la grande place. En ce moment une compagnie d'infanterie les dépassa au pas de If)! course ; les trente hommes qui la compo- [ll saient frappaient si bien du talon, que notre Anglais crut qu'il y en avait au moins deux cents.
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| 1 Il n’y eut pas jusqu'aux femmes qui ne tig
ll s'avisèrent de mystifier le pauvre envoyé. ge
| La sœur Juchereau de St. Ignace rapporte, de
| dans l'Histoire de l'Hôtel-Dieu, que les tio
dames de Québec assaillirent de quolibets le : À le parlementaire ahuri, et qu'elles l’appe-
lèrent colin-maillard à cause du bandeau | 4
| qui l’empèchait de voir. l'ex
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Homme, après l'avoir laissé se heurter plu
sur un que ses in une ; tibias.
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qui ne envoyé.
apporte, que les 1olibets
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sieurs fois sur les quelques chaires donton avait barré les rues principales, l’escorte du parlementaire prit enfin le chemin du château. |
M. de Frontenac y attendait l’envoyé de Phips dans la grande salle, avec les officiers qui se trouvaient alors à Québec et les gentilshommes des environs, qne la première nouvelle du danger avait amenés auprès de lui.
Rien ne saurait peindre la surprise du parlementaire lorsque le bandeau tomba de ses yeux, et qu’il se trouva en si nombreuse et surtout en si grande compagnie.
Ils étaient dignes en tous points de figurer à côté de leur chef, ces braves gentilshommes qui n’attendaient qu'un mot de sa part pour sauver leur patrie d'adoption, ou mourir comme on mourait alors, le mousquet ou l'épée à la main.
Auprès du comte de Frontenac, dont l'extérieur digne et noble en imposait tant à ceux qui l’approchaient, venaient, d’abord le chevalier de Vaudreuil, le sieur Juchereau de Saint-Denis, dont la belle conduite
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[4 D durant ce siége lui devait mériter des LE 4 lettres d'anoblissements, M. LeMoyne de Sainte-Hélène que la mort allait bientôt frapper au champ des braves, ses dignes LE frères MM. de Bienville et de Maricourt, et le major Provost que le lecteur connaît
déjà.
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Vous auriez pu voir encore M. de la Touche, fils du seigneur de Champlain et le chevalier de Clermont, qui tombèrent glorieusement tous deux sur le champ de bataille trois jours plus tard.
Il y avait enfin les de St. Ours, les Linctôt, les Couillard, les Boucher, les d’Aïlleboust, les Chambly, les Dugué, les d'Arpentigny,
DT les Tilly, les Baby, les de Lotbinière, et | | | maints autres nobles gens d'épée qui mou- n HE rurent presque tous dans les fréquents h EI combats de ces temps chevaleresques dont | les annales font aujourd’hui notre orgueil | et notre gloire. d | r | Harthing qui s'était cependant remis de M | sa première surprise, s’avança le front haut ! vers le gouverneur qu’il n'avait pas eu de p‘ TRE peine à reconnaître au milieu de son état- le
major, tant l’habitude du commandement
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finit par imprimer son cachet sur la figure d'un vieil officier. Tendant un parchemin au comte, il lui dit en anglais avec applomb :
— Voici la sommation par écrit que mon commandant, l'amiral Sir William Phips, vous envoie.
—Monsieur d'Orsy, dit le gouverneur qui, sans toucher au parchemin, garda son poing gauche sur la hanche. à la royale, et demeura le front ombragé de son large chapeau d’où jaillissait une gerbe de plumes blanches, veuillez prendre cetécrit et nous en traduire à haute voix la teneur.
D'Orsy prit le papier des mains du parlementaire et en traduisit le contenu à voix haute.
Un silence règne dans lagrande salle pendant cette lecture, silence à peine interrompu par le cliquetis des fourreaux d'épée qui heurtent le parquet, par suite de quelques mouvements nerveux de ceux qui les portent. Car elle est des plus propres à agacer les nerfs cette sommation de l'amiral anglais.
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Phips accusait d’abord les Français de souffler la discorde en Amérique, témoin les hostilités qu'ils avaient commencées l'hiver précédent en la colonie de Boston.
et sur plusieurs points des frontières. Les colons anglais craignant justement tout de gens qui les attaquaient en traîtres comme ils avaient fait à Schenectady, voulaient mettre fin à cette guerre de guet-à-pens, d’embuches et de massacres qui désolait depuis trop longtemps le continent améri-
cain.
En conséquence, l'amiral Phips, venu au nom du roi Guillaume et de la Reine Marie’ sommait les Français d’avoir à rendre tous leurs forteresses et châteaux-forts, avec armes et munitions, enfin à se remettre eux-mêmes et leurs biens en la bonne disposition de l'amiral anglais vainqueur des
Acadiens.
‘ Ce que faisant,” ajoutait la sommation ‘“ de Phips, je vous pardonnerai en bon ‘* chrétien, ainsi qu’il sera jugé à propos ‘ pour le service de leurs Majestés et la ‘ sûreté de leurs sujets.”
A mesure que M. d'Orsy traduisait cette
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impertinente sommation, le rouge montait à la figure des Canadiens. Lorsqu'il en vint à l'accusation de traîtres que Phips lançait aux colons dela Nouvelle-France, un sourd murmure d'imprécations circula dans l’assemblée. Mais quand il s’agit de reddition et du pardon de l’amiral, la voix de l’interprète fut couverte un moment par les menaces bruvyantes qui grondaient de toutes parts.
—Pendons l'envoyé ! s'écria mème M. de:
Valrennes d’une voix vibrante qui domina toutes les autres.
Harthing comprenait bien le français ; mais il n’en avait voulu jusque-là rien laisser paraitre ; cependant il pâlit un peu quand il entendit cette voix qui demandait sa pendaison.
Mais il eut honte de ce premier mouvement, et, tirant sa montre d’une main qu’il eût pourtant voulu être plus ferme, il dit que dans une heure, au plus, l'amiral désirait avoir une réponse positive.
Comme les murmures de ses officiers irrités devenaient de plus en plus pronon-
cés, M. de Frontenac promena son regard fier et calme sur l’assemblée, et ces grondements s'éteignirent aussitôt.
Se tournant ensuite vers le parlementaire qui s'était remis :
‘ Monsieur, lui dit-il avec dignité, vous nous avez laissé voir, il n’y a qu'un instant, que vous entendez parfaitement le français, veuillez donc transmettre à votre amiral ce que je vais vous dire.
“ D'abord, sachez que je ne reconnais nullement Guillaume, prince d'Orange, pour roi de la Grande-Bretagne ; il n’est à mes yeux qu'un lâche usurpateur qui a foulé aux pieds les droits les plus saints en jetant à bas du trône son beau-frère Jacques IT dont il a pris la place. Je n'ai donc rien à démêler avec lui.
‘ Quant aux accusations dont vous nous gratifiez si légèrement, laissez-moi vous dire que vous les méritez bien plus que nous. Quelle est en effet la cause qui m'a fait ordonner l'expédition de Corlar * dont
* Les Français appelaient ainsi Schenectady, du nom de son fondateur.
regard ronde-
entaire
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connais range, L'est à
qui à
saints u-frère Je n'ai
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vous is que 1i m'a * dont
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la réussite vous a causé tant d'émoi ?
Rappelez-vous, monsieur, cet odieux massacre de Lachine dont vous fûtes les instigateurs. Comment appeler l'acte de gens qui, semblant craindre de faire la guerre à leurs propres frais et périls, soudoient ces cruels enfants des bois, et se réjouissent ensuite à huis-clos des cruautés auxquelles ils paraissent étrangers, mais dont ils sont pourtant bien les auteurs ?
‘{ La destruction de Corlar n’a été qu'une légitime représaille de cette œuvre ténébreuse et sanglante de Lachine, à tout jamais marquée du sceau de l'Angleterre.
La postérité, j'en suis sûr, comprendra la dure nécessité du sang versé par nous dans la Nouvelle-Angleterre, mais elle flétrira de toute son indignation la lâcheté des fauteurs du massacre de Lachine.
‘ Quant à accepter les conditions par trop humiliantes que nous offre si peu courtoisement Sir William Phips, quant à nous rendre, en un mot, Croyez-vous que si j'inclinais à le faire, tant de braves gens ne s’y opposeraient pas ?
Vous avez entendu les murmures d'in
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dignation que votre arrogante sommation a soulevée autour de moi ; eh bien ! sachez que ces sentiments sont communs à tous nos gentilshommes ainsi qu’au dernier de n0$s paysans.
* Enfin, quand mème les conditions que vous nous offrez seraient plus douces et courtoises, croiriez-vous par hazard que
nous voudrions nous y fier ? Pensez-vous, :
monsieur, que la parole d’un homme qui n'a pas rougi de violer la capitulation de Port-Roval, soit de bon aloi sur le sol canadien ?
** Détrompez-vous alors, et allez dire à votre maitre qu'il n'est à mes yeux qu’un rebelle, puisqu'il a manqué à la foi qu'il devait à Jacques IT, son roi légitime, et qu’au nom de Louis XIV, roi de France, je méprise l’insolent défi que votre amiral n'a pas craint de m'envoyer.”
Harthing restait confus et humilié par la rude réponse du gouverneur à laquelle il ne s'attendait guère. Mais commeil n'aurait pas été prudent pour lui de transmettre, mot pour mot, à Sir William, les paroles du gouverneur, il demanda une réponse écrite.
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—Allez ! lui dit le comte de Frontenac dont l’indignation si longtemps contenue se faisait jour enfin, allez! Je vais répondre à votre maitre par la bouche de mes canons ! Qu'il apprenne que ce n’est pas de la sorte qu’on fait sommer un homme comme moi !
—Messieurs de Bienville et d'Orsy, dit-il ensuite à ceux-ci, reconduisez monsieur avec les mêmes égards et les mêmes précautions qui ont accompagné sa descente à terre.
Une demi-heure plustard, Harthing rejoignait de nouveau sa chaloupe, après avoir toutefois circulé à satiété parmi les chaussetrapes et les chevaux de frise qui semblaient naître sous ses pas.