‹ Le tomahahk et l'épée [microforme]Chapitre 9 sur 23 · SR NN 0 AA T · texte numérisé non relu

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Ces divers avantages commencçaient à alarmer sérieusement les ennemis : aussi nommeérent-ils, dans le mois de mai de

| l’année 1690, des députés qui se réunirent WE pour la première fois à à New-York sous le rés VAE nom de ‘‘ congrès.” & ee | L’envahissement du Canada par terre et ] par mer y fut décidé. Winthrop, à la tête Ha EH de trois mille cinq cents colons et iroquois, ii:

devait pénétrer chez nous par le lac Cham- l'id

plain, tandis que le chevalier Phips était élé:

| chargé, à l’aide d’une flotte dont on lui ' donnait le commandement, de conquérir | l’Acadie et Québec.

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Nous avons dit comment le corps d'armée commandé par Winthrop se dispersa toutà coup, avant même d’avoir touché notre sol ; quant à l’expédition de Phips, ce récit fera voir combien peu ses auteurs en retirèrent de gloire et de profit.

Nous avons aussi démontré que la mésintelligence de Winthrop et de ses officiers avait grandement contribué à faire échouer l'expédition de terre ; voyons un peu maintenant quel était l’homme qui devait commander la flotte chargée de prendre Québec.

William Phips était né à Pemmaquid vers l’an 1650. Le pauvre forgeron, père de ce fils aîné de vingt-cinq frères et sœurs, * ne se doutait certainement pas, à la naissance de son fils, quelle bonne fortuneétait réservée à ce premier fruit des bénédictions célestes.

D'abord berger par nécessité, le jeune homme apprit ensuite le métier de charpentier. La vue de la mer lui inspira alors l'idée de tenter le destin sur le perfide élément ; ilse construisit un petit navire

* L'histoire donne en effet vingt-six enfants au père de

Sir William.

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qu'il lança sur les flots avec ses espérances, et, peut-être, ses pressentiments de bonheur à venir.

Devenu heureux marin plutôt par habitude que par talent, sa bonne étoile voulut qu'il parvint au commandement d’une frégate ; c'était déjà joli pour un ex-berger. Mais sa chance ne devait pas s'arrêter là ; elle le conduisit sur les côtes de Cuba, où il réussit à retirer des flancs d’un gallion espagnol qui avait autrefois coulé à fond près de cette île, la belle somme de 300,000 livres sterling, tant en or et en argent qu’en perles et en bijouteries. Ce qui lui procura d’abord une petite fortune, et ensuite le titre de chevalier anglais.

Notre heureux aventurier était donc devenu Sir William Phips, lorsqu’au mois de mai 1690, il fut nommé amiral de la flotte destinée à faire la conquête de l’Acadie et du Canada.

Sa bonne fortune sembla d’abord vouloir

continuer à lui tendre la main sur ce nouvel échelon qu'elle lui mettait sous les

pieds.

Le vingt mai, l’escadre de Phips, com-

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posée d’une frégate de quarante canons, de deux corvettes et de plusieurs transports, avec sept cents hommes de débarquement, parut devant Port-Royal, capitale de l’'Acadie.

Le gouverneur, M. de Manneval, n'avait avec lui, dans cette place aux fortifications en rfines, que soixante-et-douze soldats.

Voyant que résister serait folie, le gouverneur capitula à des conditions honorables.

Mais l'éducation première de Sir William Phips ne l'avait pas fait plus fort en théorie qu’en pratique sur la courtoisie et le droit des gens; aussi ne se gèna-t-il nullement de manquer aux termes de la reddition, quand il eut vu dans quel état de délabrement était la ville, et quel petit nombre de défenseurs elle contenait. Il livra les habitations au pillage, et, après avoir fait prêter serment de fidélité aux colons, il partit, emmenant prisonnier M.

de Manneval, malgré les belles promesses qu'il lui avait faites.

Ensuite, il passa par Chedabouctou et l'ile Percée, où il ne laissa derrière lui que des ruines.

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Après ces hauts faits, le glorieux amiral retourna vers ses concitoyens, chargé de faciles dépouilles qu’il devait plutôt à une indigne violence et à un heureux hasard, qu’à une réelle habileté.

Sir William était cependant rendu à l'apogée de sa grandeur lorsqu'il fit voile pour le fleuve Saint-Laurent, dans Fautomne de l’année de grâce mil six cent quatre-vingt-dix. Nous verrons par la suite comment son étoile pâlissant d’abord en face du Cap-aux-Diamants, le put voir se heurter plus tard contre les rochers de l’île d'Anticosti, puis des Antilles, et s’abimer dans ce même océan d’où elle l'avait vu sortir si radieux et souriant à l'avenir.

C'est que William Phips n’était en résumé qu'un de ces hardis et heureux aventuriers que la Providence prend par les cheveux, et agite un moment au dessus des masses afin d'attirer sur eux l'attention de la foule et de faire surgir aussi, par ce moyen, de nouvelles ambitions. Doué d’une intelligence assez bornée, d’un jugement des p'us médiocres, il s'éleva tant qu'un aveugle destin lui tendit là maïn et le soutint audessus de sa sphère ; mais une fois livré à

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ses seules ressources, Willfam Phips, inca- | pable de se maintenir par lui-même à la | hauteur de cette position de chanceux par- l'E | venu, perdit l'équilibre, et se cassa les LE | reins dans sa lourde chute. h |

On nous trouvera peut-être un peu sévère dans notre jugement sur un malheureux al vaincu ; mais l’histoire de sa vie qui montre combien il était superstitieux, ignorant et borné, puis, en particulier, les | fautes qu’il commit dans son expédition

contre le Canada sont là pour corroborer | notre jugement sur cet homme. / |

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