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jectiles ennemis fixent pour cinq à six pistoles de dommages aux maisons.
Et pourtant, il devait pleuvoir des bouk lets par toute la ville, puisque la sœur LA Juchereau de St. Ignace raconte, dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu, qu’il en tomba tellement sur le terrain des révérendes mères, que celles-ri ‘en firent tenir jusqu’à ‘ vingt-six en un juur à ceux qui avaient ‘ soin des batteries, pour les renvoyer aux
‘ Anglais. ”
| 188 Aux Ursulines, un boulet rompit la | 11 fenêtre et le volet d’un dortoir et vint, sans LE respect pour cet inviolable asile, tomber au
pied du lit d’une jeune pensionnaire. Un Ait autre projectile, non moins impudent, sou- I! % leva puis emporta gaillardement le coin du
tablier de l’une des sœurs. ‘ Quantité ‘ d’autres boulets, ” dit la narrairice des f annales de la communauté, ‘ sont tombés | : ë] ‘‘ dans nos cours, jardins et parcs ; mais
pen | ‘ par la grâce et protection de Dieu, perah || ‘ sonne n’en a été blessé ; nous en avons | ‘ été quittes pour la peur. ”
Le fait suivant, rapporté dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu, explique l’inhabilité remar--
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quable des artilleurs anglais. Il parait que ces derniers ayant aperçu le tableau de la Sainte-Famille suspendu au clocher de la cathédrale, interrogèrent encore leurs prisonnières à cet égard. Celles-ci leur répondirent que ce n'était sans doute qu’un pieux talisman que les fervents catholiques de la ville avaient placé là pour la protection de leurs personnes et de leurs demeures.
Les susceptibilités religieuses des marins et des soldats protestants qui montaient la flotte anglaise, s’irritèrent de ce que nos frères dissidents ont toujours appelé une grossière superstition. Et le tableau servit de but à leurs projectiles comme à leurs railleries. Mais en vain ces nouveaux iconoclastes pointèrent-ils leurs pièces avec le plus grand soin et tirèrent-ils un grand nombre de coups sur le cadre, aucun projectile n’atteignit son but. Cela fit que tous leurs bouleis qui prirent cette direction élevée passèrent par dessus la ville, et allèrent s’enfouir inoffensifs dans le terrain alors inoccupé de nos faubourgs.
Tandis que les ennemis perdent leur temps et leurs munitions de la sorte, nos artilleurs canadiens, loin de tirer comme
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eux leur poudre aux moineaux, pointent en plein bois sur les flancs rebondis des vaisseaux anglais.
Les deux batteries servies par MM. de Maricourt et de Sainte-Hélène font surtout des merveilles.
—Allons ! courage, enfants, dit le capitaine de Maricourt à ses hommes pour les animer. Chargez vite, mais sans préci pitation.
—-N'ayez pas peur, mon capitaine, lui répond un vieux marin, nous allons lui pratiquer une si grande gueule à ce gredin de vaisseau amiral. qu’il ira bientôt boire . à la grande tasse.
| Et Maricourt de rire, bien que boulets et | mitraille ennemis mugissent et crépitent comme grêle autour de lui.
—Bien tiré ! Bienville, dit-il à ce dernier Li chargé, avec Louis d’Orsy, du commande.
ment des deux autres canons de la batterie.
Et revenant poi: ter ses propres pièces :
—Chargez !…...Pointez..…..Feu !
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Sans relâche l’airain hurle, bondit et tonne, en vomissant souffre et mitraille.
Cette ouragan de fer et de flamme dura sans discontinuer jusqu’au soir ; mais quand l'obscurité ne permit plus de pointer les pièces, on cessa le feu des deux côtés.
Il n'y à pas à douter que s'il eût été donné à Maricourt d’arrèter la marche du soleil, à l'instar de Josué, il se fût trouvé le plus heureux des hommes. Mais l'amiral Phips en eût été bien marri ; car ses vaisseaux troués en maints endroits dans leurs æuvres-vives, faisaient eau de toutes parts.
Il pouvait ètre huit heures, lorsque le dernier écho de la dernière détonation s'éteignit au loin dans l'ombre crépusculaire quicouvrait la plaine et les montagnes.
Bientôt vint la nuit silencieuse et sereine.
Groupés alors autour de leurs pièces, les artilleurs français voulurent compter leurs pertes ; pas un soldat ne manquait à l'appel, et, à part quelques blessures et des contusions, les boulets ennemis avaient autant respecté les hommes que les propriétés.
Eu attendant qu'on vint les relever de
\ service, les officiers et les soldats causaient entre eux.
Assis à terre, auprès des canons, les artilleurs de Maricourt, le brûle-gueule aux lèvres, fument en échangeant des quolibets sur la maladresse montrée pendant la journée par les Anglais.
Ils ne parlent qu'à voix basse, vu que les vaisseaux ennemis ne sont pas loin de terre, et que le canon rapproche singulièrement les distances. Bien que la nuit soit froide, on ne leur a point permis d'allumer de feu, de peur que l'ennemi ne s’en serve comme d’un point de mire. Aussi sont-ils tous plongés dans une obscurité tempérée seulement par la lumière des étoiles, et ne présentent-ils tous au regard que des groupesindécis et se mouvant dans l'ombre. Par fois le feu de quelque fourneau de pipe, venant à percer la cendre du tabac embrasé, jette une lueur fugitive sur la figure accentuée de l’un d’entre eux.
MM. de Maricourt, de Bienville et d'Orsy, appuyés tous trois sur un affut de canon, devisent à voix basse.
— Il y a maintenant une couple d'heures
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que la mousquetade à cessé là-bas, dit Maricourt.
—Oui, répond Louis d'Orsy ; mais le silence régnant partout depuis, il est diflicile de conjecturer si l'ennemi a pris position sur terre ou s’il a été forcé de se rembarquer.
—Regardez donc, interrompt Bienville dont les yeux sont fixés depuis quelques moments dans la direction de la rivière Saint-Charles. Ne sont ce pas des feux de bivouac qu’on allume là-bas, sur les hau teurs de la Canardière, et à mi-chemin entre Beauport et la ville ?
—Eh ! vive Dieu! tu as raison, Bienville, répond d'Orsy.
Plusieurs feux, rapprochés les uns des autres, semblaient jaillir successivement des hauteurs de la Canardière ; et de dix qu'ils étaient tout d’abord, il y en eut bientôt vingt, cinquante, puis enfin cent et plus.
Les Anglais sont campés là, reprend Bienville ; car les milices de Beauport ont dû regagner leur village ou retraiter vers la ville avec les hommes de M. de Lon:-
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gueuil. D'ailleurs, ceux-ci seraient-ils réu nis que ce grand nombre de feux leur serait inutile. Mais je m'étonne de ce que mon frère * et ses hommes ne soient pas encore de retour.
En ce moment, un roulement de tambours, d’abord éloigné, mais se rapprochant de plus en plus, frappe l'oreille des officiers.
—Ce bruit vient du Palais, + dit le capitaine. Ce sont nns gens qui reviennent du combat ; et nous aurons bientôt des nouvelles par Bras-de-Fer.
Le roulement des tambours se rapprochant de plus en plus, on put distinguer bientôt un air sémillant joué par quelques fifres qui les accompagnaient en jetant leurs rires aigus au vent du soir.
Dix minutes plus tard, un canonnier que
* M. le baron de Longueuil était le fils aîné de M. Charles LeMoyne, lieutenant du roi pour la ville et le gouvernement de Montréal, et frère de Maricourt et de Bienville.
t Ce quartier de notre ville tire son nom de l’ancienne résidence ou ‘‘ Palais” des Intendants français dont on peut voir encore les ruines séculaires dans l'enceinte du Parc
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M. de Maricourt avait placé en sentinelle à quelques pas des pièces, entendant quelqu’un s'engager sur le quai, arma son mousquet dont la mèche brülait lentement entre les dents du serpentin.
Il épaula son arme et cria :
—Qui vive !
—France et Bras-de-Fer, répondit une voix rude.
La réponse de l’arrivant excita l’hilarité générale; mais comme son nom n'avait 4ucun rapport avec le mot d'ordre, le capilaine dut aller au devant du nouveau venu pour le reconnaître d’une manière plus officielle.
—Qui va-là ? demanda-til à l’arrivant que le mousquet de la sentinelle tenait à distance respectueuse.
—C'est moi, Pierre Bras-de-Fer, mon capitaine, répondit l’autre.
—Avance à l’ordre, Pierre Bras-de-Fer, reprit Maricourt.
Le factionnaire releva son mousquet, et eh
une espèce de géant se rapprocha de Maricourt en deux enjambées.
—D'où viens-tu donc, à pareille heure, lui demanda l'officier.
—Du feu, mon capitaine. J'ai à peine eu le temps d'arrêter une minute chez l’hôtelier Boisdon, pour me glisser une petite larme dans le gosier que j'avais aussi sec que les semelles d’une vieille paire de bottes. C’est que voyez-vous, mon capitaine, on en a mangé de la poussière aujourd’hui, sans compter le reste. Je vous assure qu’on s’est joliment escrimé là-bas ; joint à cela que...
C'est bon! c'est bon! bavard, interrompit Maricourt. Mais il n’est rien arrivé de fâcheux à mon frère M. de Longueuil ?
—Nou, Dieu merci. Mais ce pauvre M. de Clermont !....….
—Comment ! qu’entends-tu dire ? s’écrièrent à la fois tous ceux qui étaient présents.
—Atteint d'une balle et mort à mon côté!
—Mort ! répétèrent les assistants sur tous les tons d’une émotion douloureuse.
le Mari- Grai dé —Combien d'hommes avez-vous perdus ?
demanda M. de Maricourt, après un assez
heure, long silence.
—Oh ! pas beaucoup, mon capitaine. A PRET part M. de Clermont et M. de Latouche, : l'hôte - nous n’avons eu que dix à douze blessés. | e petite | ussi sec —Connait-on les pertes de l'ennemi ? | aire de | pitaine, —Oui, mon capitaine ; quelques coureurs | ard’hui, des bois que M. de Longueuil avaitenvoyés | re qu’on sur le champ de bataille pendant qu'on t à cela revenait vers la ville, nous ont rejoints
comme ous y rentrions. Ils disent qu’il y a ‘cent cinquante ennemis sur le carreau, depuis le camp des Anglais jusqu’au lieu où ils ont débarqué.”
terromarrivé œueuil ?
On entendit en ce moment le bruit des pas d’une patrouille qui s’avançait vers le quai, On échangea le mot d'ordre, et il se trouva que les arrivants étaient chargés d'apporter des vivres à la compagnie. M. de Frontenac envoyait aussi un officier pour commander le poste durant l’absence des chefs laissés libres d’aller prendre quelques heures de repos.
re M. de
s'écrierésents.