LE COMBAT DU 20 OCTOBRE
Le vingtième jour d'octobre la ville présentait un fort beau spectacle. 11 y avait là, assemblés devant le château, plus de trois mille hommes, tant de troupes que de milices.
Les rayons du soleil levant se jouaient sur les armures, les mousquets, les baïonnettes et les épées nues, et jetaient, par toute la place, mille scintillations rayonnant en gerbes lumineuses, qui tranchaient vivement sur les riches costumes aux couleurs variées des officiers, et sur les belles plumes blanchesquiombrageaient quelques chapeaux fièrement galonnés d’or.On aurait dit de grosses gouttes de rosée dormant sur de grandes fleurs tropicales balancées par la brise et reflétant, avant que de remonter absorbées dans l'air, les premiers feux du matin. Or pour quelques-uns qui portaient ces armes dans l’attente du combat, n'étaitce pas leur dernière rosée de vie qu'’éclairait alors ce beau soleil ?
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bien terne à côté des costumes des troupes de ligne. A cette époque, au Canada comme en France, les milices n'avaient point d’uniformes. Loin de faire tache cependant, leurs habits d’étoffe grise ne servaient que de repoussoir ou de contraste au brillant fond de ce tableau vivant.
Que de nobles cœurs battaient sous les riches justaucorps de tant de braves officiers qui parcouraient tous les rangs des soldats allignés, ici recevant des ordres et les transmettant plus loin! Et les grands noms qu'ils portaient, ces galants hommes !
Oh! la belle vision qui passe devant mes .
yeux ravis par la splendeur de ces souvenirs du passé! Dites-moi, ne la voyez-vous pas comme moi ?
N'est-ce pas lui que j'aperçois là-bas, audessus de tous, le noble vieillard? Oui, c’est le comte de Frontenac. Il m'apparait près du château dictant ses ordres au baron LeMoyne de Longueuil, surnommé le Machabée de Montréal, et à MM. LeMoyne de Sainte-Hélène et de Bienville. Ces trois frères vont commander un détachement de deux cents Canadiens chargés d'aller tenir
en échec les deux mille Anglais commandés par Whalley.
Salut à toi ! illustre gouverneur qui réussis à faire rejaillir sur notre pays un rayon de la gloire dont ton maître, Louis XIV, inonda la France du grand siècle.
Près de lui se tient M. de Callières, le gouverneur de Montréal. Fièrement appuyé sur son épée, on dirait qu'il veut déjà prendre les airs magnifiques du comte auquel il succédera, huit ans plus tard, au gouvernement de la Nouvelle-France.
Le chevalier et colonel de Vaudreuil se
tient tout à côté de celui-ci, prêt, sans
doute, car il en est digne en tous points, de le remplacer à Montréal.
Puis viennent, M. d’Ailleboust de Musseau et son digne frère le sieur d’Ailleboust de Mantet, qui s’est illustré à la prise. de Corlar. *
Enfin le sieur d’'Hertel qui, à la tête de cinquante-deux Canadiens et Sauvages à
pris Salmon-Faïls, + durant l'hiver de
* Schenectady.
t Etablissement situé dans la Nouvelle-Angieterre,
andés 1690, après avoir défait les deux cents hommes qui défendaient ce poste. Et.
téus: comme noblesse oblige, on le verra durant rayon le siége de cette mème année, cueillir de XIV, nouveaux lauriers à la tête des milices des Trois-Rivières.
res, le Plus loin, et formant un autre groupe, ppuyé je vois d'abord : le sieur J acques LeBer du L déjà Chêne qui assistait, aux côtés de Saintecomte Hélène et d'Iberville, à la prise de Corlar. rd, au Aussi Louis XIV lui donnera-t:il, en 1696, * des lettres d’annoblissemsnt à cause de ses | nombreux services.
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Ensuite vient le fils du baron de Bécan- | court, M. de Portneuf, le même qui fit taire ! | l'hiver précédent, les huit canons défendant | Casco * qui se rendit à lui. Puis encore MM. Boucher de Boucherville et Ge Niverville, les sieurs de Beaujeu, de Saint-Ours et M. de Montigny qui fut blessé à l'attaque de Corlar.
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Enfin, dissiminés par toute la place-d’armes, et excitant l’ardeur belliqueuse des soldats qu’ils commandent, ce sont les
* Bourg situé à l'embouchure de la rivière Kénébec.