‹ Le tomahahk et l'épée [microforme]Chapitre 4 sur 23 · DS · texte numérisé non relu

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Les troupes arrivérent aux Trois-Rivières juste à temps pour délivrer cette place de la crainte des Iroquois qui étaient venus y faire leurs courses accoutumées et avaient déjà tué quelques habitants.

Le vent contraire empécha, pendant quelques jours, les alliés de remonter le lac Saint-Pierre. Enfin le vent favorable ayant repris, l'expédition se remit er marche et débarqua, dans les premiers jours d’août, à l’embonrhnre de la rivière Richelieu.

M. de Sorel, le commandant, avait pour mission de rebâtir le fort élevé en cet endroit par M. de Montmagny vingt-cinq années auparavant. L'on se mit à l'ouvrage sans perdre de temps afin de terminer les travaux au commencement de l'automne et la construction du fort alla merveilleusement, M. de Sorel sachant mettre au besoin la main à la cognée pour donner l'exemple à ses hommes.

Pendant ce temps plusieurs autres compagnies du régiment de Carignan—elles venaient d'arriver de France avec le gouverneur, M. de Courcelles, et M. l’Intendant Talon—s'arrètèrent en passant à l’embouchure du Richelieu, pour y saluer les

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On était au milieu de septembre et la construction du fort de Richelieu ou de Sorel était très-avancée. L'on n'avait pas été une seule fois inquiété par les Iroquois qu’on avait raison de croire retranchés chez eux dans la crainte que les Francais n’allassent les y attaquer.

Un soir que les travaux du jour étaient terminés et que chacun était retiré au dedans des retranchements en bois dont la charpente extérieure était achevée, M. de Sorel causait avec le chevalier de Mornac et quelques officiers près d’un grand feu qui flambait au milieu du fort.

La nuit était sereine et le silence, au loin, n’était troublé que par le majestueux ronflement du fleuve et par les cris nasillards des canards et des outardes sauvages dont les bandes nombreuses arrivées depuis quelques jours des régions du golfe, se poursuivaient dans les airs après avoir

pris leurs ébats journaliers dans le dédale des iles du Richelieu.

Agitée par la brise du soir, la flamme du,

brasier secouait son panache éclatant pardessus l'enceinte du fort, jetait de fauves lueurs sur les bois avoisinants et projetait, par une éclaircie d'arbres, une longue trainée de lumière qui se répandait sur l'embouchure du Richelieu et s'en allait mourir au loin daus les eaux noires.

—Eh bien ! messieurs, disait M. de Sorel aux officiers, nous avons lieu @ètre satisfaits, car j'espère que le fort sera terminé à la fin du mois.

—Vous n'êtes pas le moins à louer de la prompte terminaison des travaux, dit Mornac.

—Ce dont il faut nous réjouir Le plus, reprit M. de Sorel, c'est de n'avoir pas été dérangés par les [roquois.

—C'est en effet fort heureux que nous n'ayons pas eu €@s moricauds dans les jambes ; leur présence aurait beaucoup entravé les travaux. Cependant, pour ma part, je regrette qu'il ne s’en soit pas montrée quelque bande.

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—Veuillez bien croire, mon cher chevalier, que je ne serais guère fâché, au fond, de faire moi-mème connaissance avec des guerriers qui sont la terreur de ce pays.

Il me semble que des soldats de Carignan feraient voir beau jeu à des Sauvages.

Pourtant je ne puis que me féliciter d'avoir terminé nos travaux sans avoir perdu un seul de mes hommes.

En ce moment on entendit le qui-vive !

de la sentinelle qui veillait à la porte du fort.

—F'rance et Sorel! répondit du dehors

une voix dont l'accent normand n'était pas inconnu à Mornac.

Quelques instants après l'officier de service s'approcha du groupe dont faisait partie M. de Sorel, et dit au commandant que Joncas, le coureur des bois, désirait lui parler.

—Qu'il vienne, dit M. de Sorel.

Suivi du Renard-Noir. le Canadien s'approcha.

—Qu'y at-il ? demanda le capitaine.

—1l y a, mon commandant, que le chef

huron et moi en faisant dans les environs notre battue de chaque soir, nous avons remarqué plusieurs pistes d'Iroquois.

Un léger mouvement de surprise agita le groupe.

—Sont-elles nombreuses ?

—[L'obscurité est trop forte pour en bien déterminer le nombre, Nous n'avons pas osé faire de lumière de crainte d’être surpris par les ennemis. Pourtant nous sommes sûrs qu'ils sont an moins une trentaine,

—Crois-tu qu'ils soient en ce moment pures de nous ?

— Leurs pistes sont toutes ffaiches. [ls ont Aù s'approcher à une portée de pistolet, il n'y à pas une demi-heure. Mais apparemment qu'ils sont rentrés dans le bois ; car nous avons fait tout le tour du fort

sans rencontrer personne.

—C'est bon! Officier de service ?

—Commandant

—Donnez l'ordre qu'on double les gardes à la porte et qu'on place une sentinelle à chacun des quatre bastions du fort. Faites

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ensuite charger les mousquets et les mettre en faisceaux, les mèches allumés. Queles hommes se couchent tout habillés pour être prêts en cas d'alerte !

Trois heures après, à part les sentinelles qui veillaient, l'arme au bras, à la porte et aux quatre coins du fort, ehacun dormait profondément. Le silence régnait sur les boiset le fleuve. |

Le feu allumé au centre du fort avait beaucoup diminué d'intensité. La flamme allait s’abaissant toujours, à mesure qu'elle manquait d'aliments, Peu à peu elle tomba au-dessous du niveau des courtines du fort, et ses lueurs cessèrent d'éclairer les arbres d'alentour et d'aller scintiller au loin sur les eaux. Elles ne furent bientôt plus que des aigrettes rouges que la brise faisait tremblotter, jusqu’à ce qu'enfin, sur ces tisons à moitié carbonisés, l’on n’aperçût plus que de petites langues de feu qui léchaient doucement le bois, et disparaissaient pour se montrer encore l'instant d’après, comme ces feux-follets capricieux que l’on voit se jouer le soir au-dessus des marécages.

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