I.K TOMliK.U iroSIlilS
feronl |)ar leur juxtaposition la plus grande statue en terre cuite connue en Egypte. Elle a été peinte en rouge foncé, la couleur <pie les artistes égyptiens attribuaient à la chair humaine, à l’exception de la poitrine et de la face cpii ont été recouvertes (Eune feuille d’or. Elle n’est que très [)eu soignée dans la partie inférieure, mais au contraire la coilfure, la ligure cl le collier ([ui tombe sur la poitrine ont été rendus de la manière la plus délicate. Celte statue ne porte aucune inscription, mais il est facûle de voir qu’elle représente Osiris momillé et c’est sans doute l’une de celles qui servaient pour les lôles célébrées en riionneur d’Osiris. Elle était regardée comme précieuse, car on l’avait renfermée dans une caisse en bois dans lacpielle je l’ai trouvée et dans laipielle les l'anati([ues moines l’avaient brisée. Outre ces statuettes, je signalerai encore certains objets employés dans le culte, comme de l’encens dont j’ai trouvé une très grande (piantité, des mèches enduites de cire destinées à brûler et qui brûlent encore parfaitement, des j)oteries encore [)leines des oflVandes (pie l’on avait consacrées au dieu ou à rancèlre quel (pi’il fût, etc.; mais je me contente seulement de les signaler, car ces sortes d’objets pouvaient tout aussi bien avoir été oll'ertes à un anc(''9re autre (pi’Osiris, puiscpi’elles ne lui sont aucunement spéciales.
Je n’ai j)oint retrouvé, l'hiver dernier, d’autres objets pouvant aller de pair avec ceux dont j’ai parlé plus haut; il faut croire (pie ces objets avaient été peu nombreux, (pi’ils étaient tous du même cfjté du tombeau et (pie je les avais tous rencontrés la première année; je n’ai guère trouvé (pie des tables d’olfrandes et des stèles. Parmi ces tables d’olfrandes dont je n’ai pas trouvé une seule intacte, je citerai seulement le fragment suivant parce ([u’il date probablement de l’Ancien Empire : elle avait été dédiée à Osiris Rhouel Amenli par un prophète,
. J’ai retrouvé des stèles des Osorkons, d’Amasis, de Dj;'du) ('fheôs), des Psammétiks, etc. D’une é|)0(pie encore plus ra|)pro(diée de nous, j’ai rencontré un monument (pii ne (louvait jiar sa facture être antérieure au premier des Ptolémées. J’ai rencontré aussi (pielques monuments votifs, avec des inscrijitions ; malheureusement
LK TOMi:i: \r n osir.is
l’inscription cessait an moment où elle devenait le plus intéressante pour nous, car elle nous aurait sans doute appris pourquoi on avait déposé l'objet dans la nécropole d'Om el-Ga’ab. L’un de ces objets, une sorte d’autel, contenait trois ou quatre lignes d’inscription sur chaque face : il ne fallait pas être grand clerc pour s’apercevoir qu^elle avait été dédiée à Osiris par quelqu’un qui avait saisi l’occasion de recommander au Dieu tous les membres de sa famille. En résumé, il n’y a pas eu grand’chose à tirer de ces monuments et de leurs inscriptions pour la question qui m’occupe présentement, à savoir l’attribution à Osiris du tombeau central caché sous la cpiatrième butte.
Il en est tout autrement des inscriptions gravées ou écrites sur les poteries soit en hiéroglyphes, soit en hiératique ou en démotique. Ces inscriptions ont été très nombreuses; malheureusement il y en a très peu de complètes. Je ne m’occuperai guère ici que des inscriptions hiéroglyphiques et de (|uelques inscriptions hiératiques, laissant complètement de côté les quehjues ostraca démotiques recueillis au cours de mes fouilles. J’ai une autre raison que mon choix pour agir ainsi : le Musée de Gizeh a pris la moitié de toutes ces inscriptions, et je dois dire la plus belle moitié, ne me laissant guère que ce dont il ne voulait pas; je n’ai pas pu copier ces inscriptions, parce que je ne sais pas, je l’avoue, retracer les signes hiératiques assez convenablement pour en tirer parti : j’ai demandé à ce que le Musée m’en fît donner une copie, on me l’a promise, mais je ne l’ai pas encore reçue. D’ailleurs les renseignements nécessaires me seront amplement fournis parles inscriptions que je citerai.
Dès le 2 décembi-e, je rencontrai sur un tesson de vase l’inscription
suivante (]ui me semble complète :
Le premier signe de cette inscription est fruste, mais on voit encore très bien l’eau s’échappant du vase absent et le bas de la jambe ({ue surmontait ce vase ; il y a un espace vide en avant ces deux parties de signe, ce qui montre bien (|iie l'inscription est comj)lète dans toute son «‘tendue et «pie seulement le premiei- signe a été mutilé dans sa partie
LE TOMliEAlI D’OSHîIS
supérieure. Celle inscription esl des |)lus faciles à traduire, puiscpi’elle ne contient que la qualité et le nom du donateur; elle signilie : Le prêtre d'Osiris juste de voix, Hiq (?) Ouonnofer. L’importance en est très grande pour l'idenlilical ion ([ui m’occupe, en ce (pi’elle montre que rOsiris dont Ili(j (?) Ouonnofer était prêtre, n’était pas considéré comme le maître d’Abydos ou comme le seigneur des royaumes infernaux, l’incorruptible juge (jui décidait du bonheur ou du malheur éternels de riiomme après sa vie terrestre, mais comme un homme défunt, puisqu’on lui appliquait l’épilbèle dont tout défunt en Egypte devait nécessairement être dit méritant, afin d’échaj)per à tous les dangers du grand voyage et de repousser tous les démons et les monstres qu'il rencontrerait. Je ne me l'appelle pas avoir jamais rencontré cette épithète accolée an nom d’Osiris déifié : c’est la première fois (pie je la rencontre ap|)li(piée à Osiris comme elle était communément appliquée aux défunts, comme notre mot feu placé devant un nom propre, ou comme le grec p.ay.âpLoç dont les Grecs se servii-ent du reste pour traduire l’égyptien mahherou , juste de voix. Osiris, devenu le juge souverain des hommes s’étant acquittés de la vie, n’avait aucun besoin de celte épithète ([ui comportait une existence réelle, car il faut bien exister pour parler, ne fùt-ce (pie pour parler avec des intonations fausses, car il n’avait aucun besoin d’ètredouéde cette justesse de voix pour mettre en fuite des ennemis cent fois vaincus, n’ayant aucun pouvoii' contre lui. 11 faut bien se pénétrer en elfet du sens de cette épithète pour comprendre sa valeur présentement : elle ne s’applique aux dieux de l’Egypte que par métaphore; ici nul besoin de mèla[)hore, car l’inscription n’en comporte pas dans sa simplicitci élocpiente ; un tel prêtre d’Osiris défunt. Aussi à peine eus-je vu cette inscription que j’en saisis tout de suite l’importance et, le soir de ce même jour, ajirès avoir cité l’inscription, je pus écrire dans le journal (|ue je tiens de mes fouilles avec la plus grande régularité : « S'il en est ainsi, pourcpioi ce pot se tronve-t-il en cet endroit? I>a réponse me semble bien simple : c’est que le tombeau d’Osiris s’y trouvait. Je l’avais toujours pensé d’après les documents que j’avais rencontrés la première année, et celte trouvaille
Tombeau d'Osiri.^.
LE TüMÜEAU D OSllilS
vient encore conlinner mon sentiment. Nous verrons bien si la suite des i'oLiilles répond ici à mes prévisions. » Depuis ce jour, je fus aussi certain cpie je pouvais l’ètre que je trouverais tôt ou tard le tombeau célèbre que l Egypte entière avait vénéré.
Je trouvai en très grand nombre des ostraca écrits à l’encre sur lesquels presque toujours étaient mentionnés des prêtres d’Osiris, quelquefois des prêtres d’Ainon. Je n^’en citerai plus que deux, l’un contenant
l’inscription suivante ; | I ^ 6"""^ t m I /j : le premier prophète
d'Amon Ra,roi des dieux, Scheschonq ; l’autre j)lus développée et disant
remplit le cœur du Seigneur des deux terres, qui remplit ses oreilles de choses vraies, sans qu’il ait gardé ce qu’on amenait [)our son seigneur, le premier prophète d'Osiris(c’est ce qu’a donné) Siîsit, juste de voix, fds du premier pro[)hète d’Osiris louiou, né ... de Idorbaaï, juste de voix. » Ici le donateur et celui pour lequel il apporte son olÏTande sont tous les deux prêtres d’Osiris, premiers prophètes. Ces exemples sufliront, j’espère ; le rôle est prépondérant que jouèrent les prêtres d'Osirisdans le culte funéraire rendu à leur Dieu, et ce rôle se comprend admirablement du moment qu’on ad met l’attribution à Osiris du granil tombeau central, taïulis qu’on ne saurait le com])rendre si le tombeau d’Osiris n’était pas en cet endroit, cai- alors (pie seraient venus faire en cet endroit les prêtres d’Osiris? |)Ounpioi auraient-ils rendu les hommages du culte lunéraireà des défunts antiques en tant que prêtres d’Osiris, faisant valoir et sonner haut leurs titres? Il est impossible de le comprendre, je le répète, si le tombeau d Osii'is n’était pas sous la cpiatrième colline, tandis (pi’on conijirend très bicui (pi’un prêtre d’Amon Ra soit venu témoigner de sa piété envers Osiris.
Je ne veux pas laisse)' cette catégorie de vases avec inscriptions hiéro-
üî TOMIîEAl' D’OSir.lS
glyphiqiies sans parler de la petite inscription trouvée sur un tesson vulgaire : elle se compose de deux signes et elle est complète, car en avant et en arrière, au-dessus et au-dessous de l'inscription il y avait
l’on veutrexpli([uer, comme la grammaire et la philologie le demandent, selon (pt’on explique une expression semblable, on aura : « la corne
de l'escalier ». En efïet on rencontre l’expression , dans les textes égyptiens et cette expression de la langue égyptienne est parallèle à d’autres expressions usitées dans les langues classiques : on l’a traduite par la corne de la ferre, ce qui signilie les limites de la terre habitée ou connue. Si l’on admet ici une traduction et une signification parallèles, on a ; les limites de 1 escalier. Et de rpiel escalier peut-il s’agir, sinon de cet escalier du Dieu Grand dont ])arlent si souvent les textes égyptiens, c’esl-à-dire du tombeau d’Osiris ? L’on ne saurait souhaiter un témoignage plus satisfaisant et plus péi em])toire.
Outre cette catégorie d’inscriptions hiéi'oglyphifpies, j’ai rencontré onze beaux et grands vases en terre rouge, aflectant une forme archaïque, à mon avis, et décorés d’une scène ou d’une insci'iption hiéroglyphic[ue assez étendue. Comme ils se ressemblent tous et qiu' sur (leux d’entre eux j'ai rencontré le cartouche de Ramsès 1 1, je crois (pie ce nom indique la date de ces vases. Ils sont de forme ronde, de taille grande pour nous, mais ordinaire pour les vases que l’on trouve d’habitude en Egv])te, puisqu’ils ont 0'",3() environ de hauteur. La panse est large et le col est rabattu sur le bord du vase de 0'‘‘,03 environ. Ils n’auraient rien de liien remaiapialile sans deux appendices verticaux placés à l’endroit oii l’on met ordinairement les oreilles : mais ces oreilles, si ce sont des oreilles, ne représentent que fort im|)arfaitement les oreilles des vases anciens en [lierre dure, car celles des anciens vases sont horizontalement placées et percées d'un trou dans le s('iis de la longueur, tandis (|ue celles des vases dont je parle sont vei ticales et n'ont point de trou. G’est entre ces deux oreilles que sont placées les scènes re[)résentées ou les inscriptions gravées sur ces beaux vases. Scènes et ins('riptions
place pour d’autres
avaient été gravées dans la terre non cuite ; la cuisson a occasionné certaines bavures, mais malgré ces bavures le tout n’en est pas d’un aspect moins agréable et la forme du vase moins belle. Je ne décrirai qu’un seul type de cette sorte. Les vases avec scènes représentent d’ordinaire Osiris sur un siège devant une table d’offrandes avec un prêtre, le genou en terre et lui présentant certains apports : quelquefois le Dieu est accompagné d’Isis ou de Horus. Celui que je vais décrire a la scène la plus large de tous ceux que j’ai pu recueillir. Le Dieu est à gauche, sous une sorte de maison, ainsi faite trône et au lieu de la croix ansée, qu’il tient d’ordinaire, il a pour in-
; il est assis sur son symbole de la vie, signe la plume d’autruche, symbole de la vérité. Devant lui est la table d’ofl’randes réglementaire, et devant est le prêtre qui se nomme Ouonnofer. Entre le prêtre et le Dieu sont deux lignes verticales d’inscription que je transcris horizontalement S J“i
-<2> xn K bî'O
^ ^ |o| 1 ] , c’est-cà-dire : Adoration à Osiris afin qu’il donne une vie
excellente en vérité au double (\v\ divin d’Osiris, scribe des... Ouonnofer. Presque tous les vases dont il s’agit ici avaient été offerts par ce même Ouonnofer, qui était divin, c’est-à-dire prêtre d’Osiris.
Le second vase cpie je dois décrire ici ne contient pas de scène, mais seulement une inscription de ([uatrc lignes courant d'une oreille à l’autre, précédés d’une date et suivies de la dédicace. La date est ainsi
donnée :
Voici l’inscription
TT
O ^ fâ
(sic)
VWNAe
iHj
(Il
Zi
LU TOMI'.EAÜ n'OSiniS
Je ne me charge pas d’expli([uer cetteinscriplion qui esl incorrecle et (jui renferme l’iine de ces oraisons my thologicpies prononcées dans les cérémonies des funérailles. Ici ce sont les funérailles d’( )siris dont il s’agit et les j)aroles de l’oraisonsont mises dansla bouche de Ilorus, le roi de
cette oi’aison avec la justesse de voix requise pour impétrej' sa demande. D’ailleurs, ilmesuflît ici de savoir ces détails pour reconnaître aussitôt (ju’ils avaient trait directement au personnage d’Osiris. Or, pouiapioi aurait-on gravé ces paroles sur un vase, sinon parce que le tond)eau d’Osiris était là? On m’objectera sans doute que la conclusion ne ressort [>as nécessairement des prémisses, (pie l’on écrivait de semblables formules dans les pyramides sous l’Ancien Empire et dans d'autres tombeaux qui sont delà XXVI® dynastie. Je répondrai (pie le fait d’avoir gravé ces pièces dans les pyramides et dans les tombeaux cit(‘S est vrai, mais ces oraisons ne sont point mises dans la bouche d(î llorusroi de la Haute et de la ÎJasse-Egyj)te, comme elles le sont ici paice (pie Ilorus esl fils d’Osiris et, comme tel, doit remplir le premier rôle dans les fuuei-ailles de son père. Et je dois faire observer en outre (pie ce n'est [las la smile fois que le roi de la Haute et liasse-Egypte, Ilorus, est ainsi présenté remplissant ce rôle : sur tous les vases ou fragments de vases contenant le commencement de la formule de prières, il est ainsi (pialilié et remplit la même fonction (pioiipie les oraisons soient diverses. Ain.si on est amené à conclure (pie, pour les auteurs égyjiliens, toutes les fois (pi’ils emploient cette formule : comme Ilorus a fait d sou. père Osi/'is, ce n’était pas une formule banale et poétiipie di^stinée à tromper le vulgaire sur l'anti([uité de la (diose à laipielle il était fait allusion, mais une l'ormule correspondant pour eux ii un lait réel de la vie de Ilorus rendant les derniers devoirs à son père üsiris. La dédicace de ce vase est
la Haute et de la Hasse-ÉgypLe, juste de voix, parce ((ii’il devait prononcer
ainsi conçue :
A/WVv
c’est-à-dire : A offert le prophète de la vérité, Mesmîn, son frère (avec) son fils, le nomarque, comte de la Haute et de la Basse-Egypte, Parâhotep. 11 est impossible de savoir à l’heure présente quels sont ces personnages, mais on voit que le premier est prophète de la vérité comme l’était Rekhmara sous le règne de Thoutmès III et que si son frère ne portait pas de titre et n’est pas nommé, son fils au contraire était investi des plus hautes fonctions politiques : aucun de ces trois personnages n'est qualifié de jn a khe?'ou, c'est-à-dire de Juste de voix, parce qu’aucun d’eux n’était mort, que tous ils étaient vivants lors de leur acte de piété envers Osiris et que par conséquent ils n’avaient pas besoin de la justesse de voix qui ne leur était demandée qu’à partir de leur mort.
Je vais maintenant passer à la catégorie de vases contenant des inscriptions liiératiques. Ces vases sont d’ordinaire de grandes amphores avec oreilles, en terre rouge couverte d’une couche de blanc sur laquelle est tracée à l'encre l’inscription hiératique. S’il en est quelques-unes d’assez bien conservées, on comprendra facilement que la plupart d’entre elles sont pour cette raison forcément effacées, par conséquent très difficiles à lire le plus souvent, puisque c’est à peine si l’on voit qu’il y a eu des caractères, sans que l’on en puisse discerner les contours. Au contraire deux ou trois de ces inscriptions écrites sur de grands qui étaient à moitié brisés ou fêlés au moment de la trouvaille, sont en grands caractères hiératiques fermement tracés, mais malheureusement aussi fort effacés par le frottement qui s’est nécessairement produit. Certaines de ces inscriptions sont datées par la mention du phal'aon régnant alors, et d'autres par l’année d'une ère ou d’un règne qui n’est pas donné; mais la très grande majorité de ces ostraca ne portait pas de date, soit que primitivement il n’y en ait jamais eu, soit que la ])artie de l’insci'iption contenant la date ait disparu. Le plus souvent l’inscription mentionnait le contenu du vase, comme par exemple une grande et belle amphore qui est actuellement au iMusée de Cizeh et qui avait contenu des feuilles de l’ai-bre Aschdou lequel était consacré à
(I) Vircy, Toniheau de Ttchhmara . p. 8; ilaiis les Mémoires puhliés pur la Mission friinruise permanente du Caire, (. Y.
LE TOMliEAll D’OSlillS
Tliol. Je teprofluirai ici seiilcmeiil deux iiiscriplioiis, non j)us eu cai’aetères hiératiques, niais transcrites en caractères hiéioolyphiques : l’on retrouvera les inscriptions elles-mêmes dans les planches.
La première est datée
îk^iOsD