‹ Le tombeau d'OsirisChapitre 16 sur 41 · I.K KIMIlliU! D'OSiniS · texte numérisé non relu

I.K KIMIlliU! D'OSiniS

sanl avoir rc'iu'.oulrô dans ses Ibiiilles de Sa([qarah des sqiielelles non momifiés couchés dans des habits de laine Je crois donc aussi qu’à Om el-Ga’alj on avait enteri'é certains corps, non pas dans des habits de laine, mais dans des peaux d’animal portant eiu'ore la laine, car, à qui sait combien les Egyptiens de l’épo([ue historique eurent horreur des habits de laine pour l’enterrement des cadavres momifiés, ce fait semblera significatif au plus haut degré. Certainement les gens qui se firent enterrer roulés dans une peau d’animal porte-laine ne pensaient pas comme pensèrent plus tard leurs descendants; nous verrons bientôt quels furent les commencements de la momification par le natron et je puis dire que, dans les tombeaux situés au nord de la tombe d’Osiris, il n’y avait rien ([ui rappelât de si loin que ce pût être les procédés de la momification, La momification n’était donc pas inventée et l’on enveloppait les corps dans des peaux d’animaux, comme ailleurs on les enveloppait dans des nattes^. Il est impossible de nier ([ue ce mode d’ensevelissement ne soit logiquement plus ancien que la momification, puisque la momification devenue générale proscrivait entièrement l’emploi de la laine pour n’adopter que celui du lin et du coton, sans doute pour des raisons purement hygiéniques et naturelles, car, si l'on eût versé le natron bouillant sur la laine en suint, elle aurait été complètement brûlée, et tout aui-ait été à recommencer. Or, s’il en est ainsi, cela cadre très bien avec l’antiquité requise pour le tombeau d’Osiris.

La seconde série d’objets est plus spéciale encore comme indice de (dvilisation. J’ai rencontré un peu partout, mais surtout dans les tombeaux situés au nord de la tombe d’Osiris, un très grand nombre de [)elils objets en ivoire pour la plupart, en bois d’ébène ou en bois très dur pour l’autre partie, que j’avais pris la première année pour des bâtons à fard, parce (pi’ils avaient à l’une de leurs extrémités delà couleur

(1) .Mariette, Les Maslahas, dans les tombeaux des quatre pi’eiuières dynasties. Mari< lle rej^ardail cet eiu])loi de vêlements de laine comme un signe d’auliquilé, et il ne S(> li'ompait guère. Ilestcrait à savoir si ces vêlements (daienl tissés on, si an contraire, ce n’i'tai(Mit que des vêtements de peaux d’animaux non préparées.

(2) l'Iinders l'elrie, lltilLis rind Nenjadn, [>. If), 2.'i, 2;’), 27. Ce savant n’a pas rencontré de squelelle enfermi' dans une peau d'aidmal.

l.K l'OMIIKAl D’OSIltlb

roiigo. Ils élnienl ronds ol [)oinliis à l’nne de leurs extréinilés pendanl qu’à l'autre ils n'avaient pas même été polis. Quelques-uns de ees ol)j('ts ont été maïqués à l’aide de deux ('araclères hiéroglypliicpies et ces deux (caractères ne sont [>as d(' ceux dont l’on connaisse la lecture. Je fus long à me détromper d(‘ l’attrihution que je leur avais supposée, bien que la partie non |)olie me donnât beaucoup à rédécliir-, l’ami (|iie j’avais avec moi cette année à .\bydos, M. A. Lemoine, m’aflirmait que c’étaient des j)ointes de flèche et je ne voulais’pas ajouter loi à son identilication, bien qu’il soit expert dans les objets fabriqués des civilisations encore dans l’enfance des sauvages, ([u’on me pardonne celte union de mots ([ui semblent jurer d’être ensemble. Or, un jour, je rencontrai dans les fouilles un certain nombre de roseaux, de ceux dont on se sert pour écrire, et en voyant ([ue l’extrémité non polie des poinl('s de flèche entrait admirablement dans le (creux du roseau, je finis par dire à mon compagnon (pie je serais bienti^t converti à sa manière de voir. Puis un autre jour, je rencontrai un roseau avec l’encoche d(c la flèche à l’une de ses extrémités : dès lors j’a(cceptai l’idenlificalion de mon compagnon et mon attention fut de suite attirée par la couleur rouge de l’extrémité pointue de l’objet. Je me dis que celte subslanc(' rouge devait être du poison, et c’est ce (pie vérifiera l’analyse chimi(pi(' à laquelle je la soumettrai. La suite des fouilles me réservait un surcroît de preuve en me faisant mettre la main sur une flèche complète, encoche, roseau et pointe encore emmanchée, de sorte (pi’il n’y avait plus moyen d’entretenir le plus léger doute. Or, les llèchesenijioisonnées sont employées surtout dans les civilisations [irimilives : de très boniu* heure elles disparurent, comme étant plus terribles (pie de raison. Elles ont été conservées cependant chez les peuplades demi-sauvages, chez celles surtout (pii ont senti le besoin de la ruse pour lutter ('outre la force de leurs adversaires, notamment chez ces tribus de nains (pi(‘ M. Stanley a retrouvées toujours vivantes au c(eur de l’yXfriipuA. La présence de parc'illes Mèches dans les tombeaux d'Oni el-Oa’ab, et par-

(l)Sl:inlev, Umts Irs Irncinrs i/i‘ r.lfiKjiie, >''<l . IV;mr:iis(', t. t, p. 2'i2, Ji'tl, olr.

LK TOMliKAU D'OSiniS

ticiilièi'einent dans les lombes siluées au nord de celle d’Osiris, sérail une preuve, à sup[)oser que la présence du poison puisse être chimiquement constatée, que la civilisation à l’époque d’Osiris ou immédiatement postérieure était encore primitive, malgré que par certains côtés de cette civilisation les hommes eussent fait de grands progrès. Donc, elle confirmerait plutôt qu’elle réfuterait l’attribution de la tombe centrale à Osiris. Dans ces tombeaux on trouva aussi certains ossements qui ne peuvent être attribués (ju’à ces nains dont je parlais plus haut, mais, comme nous retrouverons dans les tombes du sud la présence de ces nains nettement caractérisée, j’en reparlerai quand il sera question de ces tombeaux.

Les tombes situées à l’ouest de la tombe centrale étaient les plus riches en objets artistiques : elles n’auraient renfermé rien qui fût particulièrement intéressant pour la question qui m’occupe, si l’on n’y eût rencontré des objets que certes je ne m’attendais pas à rencontrer, à savoir des pièces de jeu d’échecs. Le temps est passé où l’on attribuait l’invention du jeu d’échecs à Palamède, l’un des héros du siège de Troie ; on avait trouvé en Egypte, non seulement la représentation du jeu d’échecs à une époque bien antérieure à la guerre de Troie, mais encore des échiquiers ou des damiers. Mais de là à faire remonter l’invention du jeu d’échecs jusqu'à l’époque d’Osiris, il y a loin. Cependant l’auteur gréco-égyptien (|ui nous a conservé la légende d’Osiris raconte en tète de cette légende que Thot', celui que les Grecs appellent Hermès, le dieu , plus tard assimilé à la lune, joua aux échecs avec la Lune, lui gagna successivement plusieurs parties, que l’enjeu était une fraction déterminée du temps et que les fractions gagnées par lui furent retranchées de l’année lunaire pour être reportées à l’année solaire, d’oû les jours épagomènes. Je n’ai pas à décider si l’addition des jours épagomènes à l’année solaire vague vint de ces mémoi-ables parties d’échecs, et

(I) Voici le l.exie de cel :iiileur ;èp(7)VTa Sè tÔv 'Epp.vjv t?|ç OeoO ctuveXOîïv • eTtk iratEavia TTÉtTia Ttp'oç tr|V SeXr|Vï)V, -/.a'i ct'peXôvTa x(ov «ptoTwv èy.âTTOu xô ÉêSop.ïiv.O'Txôv Èx tiocvxmv ■ii|j.Épaç uÉvxs cjvE- XîTv y.7.1 xaî; sÇrizcivxa y.ai xpiy/.Of7so«ç STtayEiv a; vOv £7tayô[j.£V!XÇ AiyjTtxtoc xaXoOm xa'i x(ov Oîiïjv yEv'OXio'j; à’yo'jiTi. Isidc (‘I Osirlile, l'd. P.irlliey, p. I'.), I. r)-IO.

U': TOMIiE.VU D'OSIlilS

j’avouerai bien l>as (|ue je n’en crois rien, car le coinpul aslroiiümi(|ue esl une science de luxe qui d’habilude naît dans des sociétés bautenieni cullivées; je n’ai (ju'à considérer que la mention de ce fait selon l’auteur du traité De Iside et Osirü/e, à savoir que le jeu d’échecs était déjà connu à l’époque tl’Osiris, puiscpie Thot, l’inventeur des arts et des sciences, selon les traditions égypiiennes, jouait aux échecs avec la Lune. Oiv, j’ai rencontré dans une toniln; située à l’ouest du tombeau d’Osiris, mais taisant partie du (luadrilalère de tombes environnant la tombe centrale, des [)ièces d’échecs en ivoire, et d’autres en grès émaillé que je n’avais pas reconnues tout d’abord. Je les ai rencontrées tout au fond des tombes, entre une caisse où se trouvait encore le cadavre et le mur du tombeau, ainsi que mon journal en fait foi. La concordance de ces deux faits, à savoir que l’auteur du traité De Iside et Osiride parle de partie d’échecs jouées entre Thot et la Lune, et que j’ai trouvé ^dans les tombeaux voisins de celui d’Osiris des pièces se rapportant indubitablement au jeu d’échecs, ne manquera pas de frapper les esprits réüéchis qui n’ont aucun parti-j)ris dans la question (jui m’occupe. La possibilité de faire des |)ièces d’écbecs en ivoire et en grès émaillé ressoi t d’cllc-mème des faits concomitants : on savait admirablement scul|)ter l’ivoirc', car les artistes (pii pouvaient scul|)ter l’admirable [letit lion (pie j’ai trouvé et les pieds de fauteuil non moins surprenants (louvaient à [dus forte raison faire des pièces de jeu d’échecs et devaient trouver ([ue ce n’était (pi’un [luéril amusement pour eux; d’un autre coté, le grès émaillé était connu dès cette époque, car dans le tombeau de Set et de llorus j’ai rencontré une certaine quantité d’objets en cette matière, tous par bonheur objets inconnus auparavant et (pii l’essortissent indubitablement à la civilisation contemporaine des deux grands adversaires, et cette année encore j’ai laùrouvé ([uantité de fragments de cette matière, même en grès jaspé, ce qui (>st autrement important pour l'histoire des arts industriels. Rien ne s’op[)ose donc à ce (pie ces objets datent de répo([ue d’Osisis, tout au contraire concorde à le prouver. Par conséquent il était [lossible (pie fliot et la Lune lissent ensemble les [larties d'échecs dont parle l'auteur du traité De Iside et Osiride-, par consé-

(ii

LE TOMBEAU It’OSll’.lS

«lucal son récit est conlirmé par ma trouvaille et |ku* conséquent enlin on comprend très bien que ces pièces aient pu être mises dans un tombeau situé près de celui d’Osiris, à moins que peut-être elles ne provinssent du tombeau même de ce grand homme *.

J’arrive maintenant aux tombeaux situés au sud de la tombe centrale, et j'y trouve trois faits intéressants à noter, à savoir : la présence de sipielettes de nains, la présence d’étoiles en abondance et l’emploi initial du natron pour la conservation des cadavres. J’avais déjà rencontré des ossements de nain dans une tombe située au nord, mais dans un tombeau du sud je trouvai un certain nombre d’ossements encore enfermés dans une toute petite caisse de bois que je pris tout d’abord pour un cercueil d’enfant. Cette caisse mesurait extérieurement 1™,14, avait

37 de largeur extérieure. 0“,35 de hauteur et était épaisse de O'^jOS, ce (jui donne pour l’intérieur seulement 1"',04. Le tombeau où fut trouvée cette caisse porte le n“ 96 dans l'ordre des tombeaux ouverts. Outre que les enfants ne sont jamais enterrés dans les tombeaux honorifiques des Egyptiens avant une certaine époque, laquelle n’est pas antérieure à la XVI IL dynastie, ceux que la mort a prématurément enlevés n’ont pas lies os aussi gros qu’en avait le squelette dont il s'agit et surtout n’ont pas un crâne énorme et 16 dents à la mà(3ioire supérieure' : il n'y a donc pas à hésilei- et il faut bien admettre la présence d’un squelette de nain.

( )n sait (|Lie la présence île nains à la cour des Pharaons et même dans l entoiii-age des grands |)ersonnages de l’empire égyptien a été reconnue

(Ij le (lois (lire ici (jue les [(ions en ivoire el cciiv en t;rcs cinaillé n'oni, pas la niènie lorine; les premiers onl celle d’une caloUe spliérique. coniinc sur le signe des inscj’iplions arcliaùjues, en parliculiei' dans la lableUe d’ivoire U-ouvée jiar M. de Morgan à Neggadch (cf. Les origines de V Egypte. Le toniheau royal de Nagadali, p. 167), el où l’on a voulu lire le nom de Menés; les seconds au conlraire ont la forme des pions repré-

senlé's dans les hiéroglyplies ordinaires, c est-à-dire celle-ci^. J’ai trouvé quatre des premiers, un ou peut-êire deux des seconds, et une lotir en ivoire ayant e.xaclement la forme de nos tours a(ùuelles, excepté <|u’<dle a le [)ied plus massif et iju’elle contient l’éclielle nécessaire pour y montei'.

(2) Ce crâne a nue dentition cur-icuse ; les deux incisives du milieu sont très larges et assez longues; les canines de iliaque cote se soni placées comme elles onl pn à cansedu ni. impie déplacé; les molaires siinl larges el I lien a SS ises .

LK KlMIiK.vr It'OSlKlS

(le loiil lein|),s. A la \'l® dyiiaslie (^n eiivoyail iiiu^ e.\()(j(iilioii avec mission de rapporter an |)haraoii l’epi II nn nain (pii sût (/(/user le Dieu., comme s’exprime le lexic ('yg\ pli(‘ii, el (pii précis(3menl appartenait à nue tribu des Dingas, dont M. Stanley a retrouvé les re|)résentants en Alricpieoii ils portent encore le im'ine nom A la XII*^ dynastie, nn nain nommé Kklinonm-lujtep est revétn d(‘s ronctions de snrveillaiil de la lingerie, et j'ai moi-méim' vn an (aiire le nain dn khédive isniaïl, le dernier représentant des nains de conr. ()r ces nains on Dingas, comme les appellent les textes égvpti(ms, ont nn rôle à jouer dans la légende d’Usiris, car on les tionv(^ mentionnés dans les textes de la [yyramide de Pepi P'', et je ne saurais mieux l'aire (pie de résumer ici le passage dont il s'agit, (biand le pharaon Pepi est mort, son àme se met en marche pour se rendre aux chanijis d’Ialon oii siège Osii is, devenu le souverain dispensatmir de la justice nltra-lerrestre. Un nocher accourt avec sa harqne pour lui faire passer le lac redontahie (pi’il fallait traverser; Pe[)i le passe et mivoiede suite le nocher informer Osiiis (pie Pepi amime avec lui nn de ces Dingas on nains (pii savent danser le iJien, (ît Osiris est tellement charmé [>ar celte nouvelle et [lar le jilaisir (pie lui promet l'arrivée dn nain (pi’il envoie aussitôt l’ordri' d'admeltn' Pejii en sa présence^. Pour ipii connaît la manière dont les scribes égvptiens composaient leurs ouvrages, le soin avec leipiel ils se gardaient d innover surtout dans des textes aussi vénérés (pie ceux des livres n'prodnils sur les parois des pyramides, il est évident (|n’nii scribe n’anrait pas mis dans la honcln' de Pepi (h'S paroles ayant trait a nn personnage inconnn d Osiris. dont le Dieu aurait entendn |)arh'r pour la première fois et cpi'on chivait tabler pins sur la mémoire (pie sur

(1) ly .Scliiii|(iiri!lli, lud loiiihit rgizidiKi iiH'tlil (I dclld I/* (l)iid.slu( . p. H du liiMi'<‘ l'i |)iii-l. I>;i lonibe dont il vient d ùlcc ijnosstion n clé déconvcrle en 18y2,|iiii- Al.l'irnesi Scliinparctli, ([ni a puljli(3 les tevU.'s el les a Icadnils dans (ui pelil tirage à [lart de rAi a<léniie des Lyncci : l,/ui toniha egizid/id dclld ]'/•' dytuislid. Il a eu le niérile d’étalilir fermeinenl le sens des insciiplions cju'it a déconverti's el la posilion géogi'a]diii| ne des lieux doni elles parlent : les d('ni(5gations (|n'on Ini a données n’ont d’anlre valeur que d'être des dénégations.

(2) Mas|)ero, datis \v Jlcidcil de m nd u mciil !> , annic IH'.ld, pl. X I \ , p. I8()-I'r!,

l'umheuu il'(Jairi.s, ')

LE TOMBEAU D'ÜSlKiS

la curiosité d'Osiris; il est non moins évident (jue le souvenir des Dingas était lié avec la légende d’Osiris, par un lien qui nous est encore inconnu, que Pepi le sait et qu’il envoie porter cette nouvelle au Dieu qui doit le juger comme propre <à le bien disposer en sa laveur. Et voici que parmi les tombes qui entourent le tombeau d’Osiris, je trouve deux squelettes de ces nains ! le fait est significatif. J’ignore quels étaient les talents de ces nains et quelles ont été les raisons qui leur ont fait attribuer une tombe auprès de celle d’Osiris : mais j’ai un fait à signaler et à faire valoir : je l’ai fait, on en tirera les conclusions que l’on voudra.

La présence des étoffes n’est pas moins importante à signaler dans les tombeaux situées au sud de la tombe centrale; j’en dois parler avec (juelques détails. J’avais bien trouvé à l’est, au nord et à l'ouest de la grande colline, comme aussi dans les autres tombes de la nécropole d’Om el-Ga’ab, (| uelques fragmenls d’étolfes et même d’étoffes assez primitives, mais jamais je n’y avais vu autre chose (|ue des pièces curieuses, intéressantes sans doute, mais dont rien ne m’indiquait l’époque à laquelle on pouvait les attribuer. La présence de la laine dans ces tombeaux me parut autrement importante à signaler. Lorsque je fouillai les onze tombeaux qui forment la seconde rangée des tombes situées au sud de la tombe centrale d’Osiris, je me trouvai en présence, non pas de fragments, mais de grandes et nombreuses pièces d’étoffes réunies en paquets considérables surtout dans les deux tombeaux ayant pour numéros d’ordre 95 et 98; le tombeau du nain en contenait aussi, mais en moins grande quantité. Malheureusement toutes ces tombes avaient été incendiées et les étoffes avaient souffert de l’incendie '.

(1) Si cet incendie avait clé volonlaiie an moment de l’cnlecrcment, c’est-à-dire si l’on avait mis le feu à Ions les olijets qui se trouvaient dans les tombeaux afin de les faire passer dans l’autre monde, coinme l’ont dit M . de Morgan et M. Wiedeniaiin [op. cil., J). 152 et 218) on ne s’exjiliquerait pas pourquoi les tombeaux ont été recouverts d’une toiture et comment le feu a si mal fait son œuvre, puis(]ue les squelettes étaient intacts au moment de la spoliation, que la plupart des fragments ne portent pas trace d’incendie et (pie certains objets aient écliappc. Au contraire, si l’on ailmcl (|ue les Coptes sont les auteurs de l’incendie, tous ces details sont faciles à e.\|)liquei' .

LE TOMBEAU D’OSIHIS

Malgré tout, j’ai rencontré des étofTesde diverses qualités les unes très fines, longues d'environ 0"',()0, car le sable jeté par les spoliateurs avait éteint trop rapidement le leu, les autres grossières, d’autres encore d’une grosseur intermédiaire, et je lésai rencontrées en gros paquets comme si l’on eut amoncelé cent exemplaires de la môme étofl’e au-dessus les uns des autres. Par conséquent, quand l’auteur du traité De Iside et Osiride nous dit qu’lsis déchira ses vêtements on les consacra à Osiris, il pouvait le dire, car l’étoffe existait réellement, puisipie je l’ai trouA'ée; que ce soit Isis qui ait inventé le tissage des fils, comme le veut la légende, ou que ce soit une autre, le fait est (|ue l’étofTe existait et (|ue j’en ai rencontré d’énormes paipiets dans les tombeaux sud adjac'ents à la toml>e d’Osiris. Comme il yen avait plus (piede raison pour envelopper un squelette, même momifié, il faut croire (pi’on l’avait déposée par vénération pour le défunt, ou pour Osiris, à moins que ce ne soit pour les besoins d’outre-tombe. Et il n’y a pas à dire ([u’on la déposa par la suite, car ce qu’il me reste à faire connaître montre péremptoirement que l’étoffe était contemporaine de l’enterrement.

En effet, j’ai rencontré dans ces étoffes desossemenls agglutinés avec elle au moyen d’une substance noirâti’c (pie j’ai tout lieu de croire être du natron, et tpii d’ailleurs sera soumise à l’analyse cbimi(jue la plus minutieuse. Ces ossements avaient été noircis par cette substance, d<; même que l’étoffe et les os adhéraient aux lambeaux d’étoffes d’une façon très forte. J’ai trouvé spécialement une rotule et l’os (pii termine le fémur ainsi enveloppés; même dans le tombeau n“ iOi une moitié de mâchoire, et dans le n°98 le crâne était ainsi enveloppé, et ipiand on le plaçait au soleil on y voyait fort distinctement les couleurs de l’aniline produites par la satui'ation du natron.

Ces divers faits me semblent indicpier qu’à l’époque à hupielle on se servit de ces tombes, on commençait déjà à enqiloyerle natron, ou une autre substance jmur la conservation artificielle des corps, c’est-à-dire pour la momification. Que ce soient là seulement les commencements, c’est ce que prouve cette antre constatation, à savoir <pie ces étoffes étaient mélangées (pielquefois avec de la laine, tandis cpie dans les

Page 1