‹ Le tombeau d'OsirisChapitre 2 sur 41 · RÉ1'’A('.K · texte numérisé non relu

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dans une partie de l’édifice, mais qui en sera enlevée plus tard et rejetée, comme étant de mauvaise qualité et ne réunissant pas le travail exigé. La belle avance de se jeter, comme des faméliques, sur un petit os à ronger, de le ronger consciencieusement et de s’écrier ensuite qu’on a rendu un éminent service aux connaissances humaines en étant le premier qui ait fait ce joli travail ! Si de pareilles mœurs s’introduisaient non seulement dans la science générale, mais aussi dans notre science particulière, ce serait à déses|)érer de l’avenir; mais cet avenir tout au moins prendra soin d’éloigner les parasites (pii auront cru un moment attirer à eux toute la sève de l’arbre et lui rendra sa beauté et sa croissance [iremière.

11 n’y a qu’une seule raison (jui puisse légitimer cette liate fébrile : c’est l’obligation où l’on se trouve de faire paraître tôt, parce ([ue, pour une raison ou pour une autre, le retard apporté serait si long que sans aucun doute la solution d’un problème en serait faussée. Ce fut le cas de M. de Morgan, tout au moins pour le second volume de ses Origines de F Egypte^ quoique cet ouvrage offre un trop grand nomlire de points criticables : l’auteur en effet était obligé de partir pour un pays lointain, pour un temps considérable, et, s’il n’eût pas publié les observations qu’il avait faites au courant de l’biver 189G-18i)7, il aurait couru le risque de voir le problème (pi’il traitait soi-disant résolu avant cju’il n’eùtpu publier les choses si intéressantes qu’il avait à dire et qu’il a dites. Mais tout autre est le cas de ces écumeurs (pii, à [leine voient-ils le champ lil)re, accourent sur les lieux, cherchent, grattent, inventent ou se laissent duper jiar les indigènes, et annoncent ensuite au monde (pie fort heureusement ils se sont

trouvés là juste à temps pour empêcher la perte de documents considérables, cela sans savoir si les concessionnaires directeurs des fouilles n’ont pas eu en mains les mêmes documents. En parlant ainsi ce n’est pas seulement ma propre cause que je défends, je parle aussi des travaux exécutés en Eg’}q')te par d’autres fouilleurs, comme MM. Petrie et de Morgan, etc. Au fond, ceux qui agissent de la sorte sont des naïfs : ils offrent une proie toute préparée aux artifices des marchands indigènes; tout en voulant se faire passer pour malins, ils ne réussissent qu’à démontrer péremptoirement leur petite intelligence.

Le plus souvent, ceux qui offrent leurs avis intéressés à ceux qui ne les leur demandent pas sont ceux-là même qui par leur manière de travailler donnent précisément l’exemple du contraire. Leur paresse intellectuelle n’a d’égale que leur ignorance des conditions dans lesquelles on doit composer un ouvrage vraiment sérieux : ils croient béatement que l’on peut au bout de trois ou quatre mois publier un volume rempli de faits, quand ce temps n’a pas suffi à l’examen préalable des documents recueillis. Us croient aussi qu’on peut mettre en état un volume de trois ou quatre cents pages au pied levé, sans se dire que pour remplir ce volume il faut avoir des faits précis. Leur grande erreur vient de ce qu’ils se font une fausse idée des fouilles : ils s’imaginent qu’en voyant un document ou un monument sortir de terre, on a la connaissance instinctive de la valeur et de l’importance de ce document ou de ce monument. L’expérieuce eût diï cej)endant leur apprendre, s’ils ont publié quelque volume digne de ce nom, que souvent, je dirais même trop souvent, les connaissances préli-

PlïKl-'ACK

miliaires de l’arehéologie du monument ne sont pas dues à riutuition, mais à un travail sérieux et persistant. Aussi je ne regarde pas les eonseils donnés de la sorte, comme des conseils bien sérieux, car je sais à quoi m’en tenir par avance et j’en ai eu bientôt la preuve endétournant apjiaremment le su jet de la conversation et en la portant sur les travaux eu cours, depuis longtemps annoncés, de ces bons conseillers. Or, la réponse ne se fait pas longtemps attendre ; on n’est jias {iressé, les œuvres ([ue l’on a dessein de publier ont bien attendu six ou sept mille ans, elles peuvent bien attendre encore deux ou trois ans de pins. Je me garde bien de dire quoi que ce soit, mais je ne puis m’empêcher de rire en moimême de la naïveté de ces habiles gens qui donnent aux autres des conseils qu’ils sont les premiers à ne pas suivre : rnedice, cura tcipsmn. Le lecteur (pu sera un peu au courant de ma carrière d’auteur doit savoir si j’ai plutôt encouru le rej)roche de lenteur ou celui de |)récipilation dans mespnblications, bonnes ou mauvaises. Aussi je ne puis assez m’étonner en moi-même, car il ne faut [)as être un grand [)hiloso])he pour en comprendre la raison, (pie ceux <[ui m’avaient conseillé autrefois de ne pas apfaArter une aussi grande activité à publier soient [)récisément les mêmes cpii m’avertissent aujourd’hui de me hâter. Je les avertis eu toute sincérité ([ue j’écouterai leurs conseils, mais (pie je ne ferai que ce ([ui me semblera Ixau dans mon for intérieur, ([ue je continuerai à faire dans l’avenir ce que j’ai fait dans le passé et c[ue je puldierai mes œuvres (piand mon heure sera venue, et (jue je croirai devoir les publier.

Aussi, si je publie au jourd’hui cet opuscule sur le tombeau

d’Osiris, ce n’est point pour satisfaire à des conseils intéressés, perfides ou simplement malins, c’est que j’ai cru devoir le faire en mon âme et conscience, à cause de la très grande importance de la découverte qui s’est produite. Grâce au concours de la presse quotidienne et de certaines revues, il n’est presque point aujourd’hui d’homme se tenant un peu au courant de la marche de la science qui ne sache que j’ai découvert, ou cru découvrir, la tombe d’Osiris, pendant les fouilles que j’ai dirigées à Abydos. Comme cette découverte est extraordinaire ou me semble telle, que je l’ai dit, écrit, soutenu en toutes circonstances, l’esprit de ces hommes de bonne foi demande à savoir à quoi s’en tenir et je leur dois de les mettre à môme de porter un jugement motivé sur la question. Mais pour porter ce jugement motivé, il ne me semble pas nécessaire d’étudier tous les faits qui ressortissent à cette découverte, car je déclare simplement et franchement que je n’en serais pas capable à l’heure actuelle, puisqu’il me faudrait embrasser toute la suite de mes trois années de fouilles et que je n’ai pas encore conscience d’avoir résolu à ma satisfaction tous les problèmes qui se posent à leur occasion : il me suffira de prendre les points les plus importants, de les mettre de mon imieux en lumière, et de justifier les conclusions que j’aurai cru devoir en tirer, et c’est là, je crois, tout ce qui est désirable en l’espèce, laissant l’examen des points secondaires pour le volume où je rendrai compte de tous les travaux que j ai exécutés })endant l’hiver dernier et de leurs résultats.

Mais ne devrai-je point autre chose aux hommes dont j’ai parlé? Il me semble que je leiii* dois encore et que je me dois à

PUEFACE

moi-inôiiic de leur parler des objeclioiis (|u’oii a élevées entre ratlributioii que je faisais à Osirisdu tombeau que j’ai déeouvert et de réfuter de mon mieux ces objections. Jusqu’ici ces objections ne se sont fait jour que dans la salle des réunions de V Académie des Inscriptions et Belles- Lettres : elles sont venues de la part de M. Maspero qui les a ensuite résuimies dans \qs Comptes rendus àaÿ> séances et ce résumé a été publié après la note que le Bureau de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a bien voulu accepter de ma part pour la publier. A ce sujet, je dois remercier publiquement M. Longnon, président de l’Académie, de m’avoir bien voulu conserver la parole pendant trois séances consécutives et de m’avoir donné lieu de réfuter de mon mieux les opinions émises par mon contradicteur. Je remercie aussi l’Académie tout entière pour m’avoir écouté développer les preuves que je croyais pouvoir donner à l’appui, non pas de mon hypothèse, car c’est autre chose ([u’une hypothèse, mais de l’identification certaine que j’ai faite du monument découvert dans mes fouilles de cette année. Puis-je dire qu’en rapprochant cet accueil, sinon convaincu, du moins attentif, de la manière dilférente dont on avait reçu une autre communication dans une circonstance semblable, j’ai tout lieu de me féliciter de l’attention qu’on a prêtée à ce (jue je disais, de l’honneur qu’on m’a fait de discuter les propositions de mon identification et de m’accorder tout le temps ([oe je voulais pour présenter mes })reuves dans la lumière ([ue je préférais.

11 n’a [)as tenu à moi (pie les objections (pii (Aiit été jirésentées n’aient été plus sérieuses et [ilus scientiliipies : ;i vrai dire, je crois que ce sont jilutot des nuag-es amoncelés avec

LE TOMBEAU D'USIBIS

une apparente habileté pour obscurcir inomeiitanément la lumière que je croyais avoir fait briller, mais, au pis aller, il n’était pas difficile de faire évaporer ces nuag-es factices ou de les crever d’un coup d’épingle, car nn seul coup aurait suffi. Si j’ai cru devoir répéter les coups d’épingles et les rendre assez sensibles pour que tout le monde s’aperçût que les nuages se dégonflaient, c’est qu’il s’agissait, non de mon honneur particulier, ou môme de l’honneur de \ Académie des Inscriptions et Belles- Lettres que je ne suis pas chargé de défendre,mais de la vérité ou de ce que je croyais être la vérité. Dans ces sortes d’occasions, je ne regarde pas mon intérêt particulier, je n’ai d’3^enx que pour l’intérêt général qui me semble devoir peser dans la balance plus que tous les petits avantages pouvant résulter pour moi d’une conduite opposée ; je n’ai plus aucun souvenir des égards que je devrais peutêtre en toute autre circonstance à l’âge, à une plus grande science et à une réputation autrement étendue que la mienne, je ne vois que l’affirmation de ce que je crois être une erreur et je fais tous mes efforts pour faire partager mon opinion, tout en me contenant dans les bornes les plus étroites de la politesse, car je pense qu’on doit toujours rester honnête même avec ses adversaires les pins ardents dans le maintien de l’opinion contraire. Il ne s’agit ici que d’un débat scientifique et j’estime qu’il doit rester complètement scientifique : tant que l’on ne m’attaquera pas ouvertement sur d’autres terrains, j’en userai delà sorte, mêmeavec ceux qui ne semblent pas apporter à ce débat toute la bonne foi désirable. Je me réserve, d’ap|)li(pici’ des mots durs à ceux dont les actes, et uou plus les paroles écrites dans la discussion, ne me sein-

LE TOMBEAU D'OSlIilS

blent j»as des plus honnêtes et ne méritent ancun adoueissement de la part d’nn adversaire qui disente et agit loyalement. .le mets une grande dillérence entre cette seconde sorte d’adversaires parlant à c(enr ouvert, même ([uand ils ne me prodiguent pas de doncenrs, et ceux dont j’ai parlé en eommençant cette [)réface.

Peut-être quelques personnes ne tronveront-clies pas cette conduite de ma part dans cette discussion aussi habile (ju’elles le pourraient souhaiter; du moins, elles me rendront le témoignage qu’elle est franche et sans ambiguïté. .Je ne vois pas ponr([uoi je ne me défendrais pas quand on m’atta([uc, et j’estime (jue c’est ni’atta([uer quand on emploie des moyens cachés pour parvenir à m’atteindre plus sûrement. .letravaille de mon mieux afin de me rendre utile aux études (jue j’ai entre[)rises et auxquelles je me suis voué . si je ne peux obtenir qu’on me laisse travailler en paix, du moins je suis Inen disposé à obtenir la trancfuillité à laquelle j’aspire par le juste emploi des uio^^ens (jui sont à ma disposition, .le ne me soucie que très modéi'émeut d’avoir des luttes corps ;i corps, c’est pourcpioi je laisse dire et faire tant(pi’<Au ne dépasse pas une certaine mesure t[ue j’ai fixée eu moi-même : si cette mesure est dépassée, comme j’estime ([ue certaines gens l’ont dépass(‘c cette année, je me défends, .le sais bien qu’on a l’habitude de crier contre ceux (|ui eu usent de la sorte et je- connais tout comme un autre les vers du fabuliste :

Cel iiniiiuil est foiT inécliani

Quand 011 l’attaque il se défend;

mais je suis rlisposé à me défendre, de tpielque côté que me vienne 1 attatjue déloyale : on n’a t[u’à ne pas in’attatjuer,

7'ombeayi fVOsirift, o

je ne me défendrai pas. Surtout, je ne laisserai pas sans protestation les actes frauduleux des hommes malhonnêtes qui s’efforcent de profiter des divergences politiques pour venir à bout d’un adversaire qui a le malheur de travailler avec acharnement, de tromper les hommes honnêtes par Taffectation d’un amour extraordinaire de la chose publique ou delà science, lorsqu’au fond ils ne cherchent qu’à se débarrasser d’un collègue gênant parce que heureux. Je serais fâché qu’on appliquât mes paroles à des émules qu’elles ne visent pas ; je me glorifie d’avoir les meilleurs rapports scientifiques et amicaux avec tous mes devanciers dans l’art de faire des fouilles; j’espère que je conserverai ces bons rapports. Je ne vise seulement que ceux qui ont voulu, l’hiver dernier en Égypte, me faire retirer le bénéfice scientifique de mes travaux ; je ne leur ferai pas l’honneur de les nommer, ils se reconnaîtront d’eux-mêmes et ce sera la punition de leurs bonnes actions à mon égard. Je ne leur en veux pas d’ailleurs autrement, car leur conduite pleine de jalousie est la preuve la plus éclatante que je pouvais désirer de l’importance de mes travaux.

E. Amélineau.

La Tromblaye, juin 1898.

LE TOMBEAU D’OSfRIS

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