LI-; TOMHEAU D’OSllilS
ment par les œuvres des Coptes eux-mêmes qui, croyant avoir (ait une œuvre loual)le, s’eu soûl vanlés. Eu e (Tôt, j’ai publié dans les Mémoires de la Mission permanente du (iaire^ une série de fragments de Vies de moines ; parmi ces fragments s’en trouvent plusieurs ayant Irait à un moine, qui eut son heure de ('élébrité et qui s'appelait Moyse. Ce moine natif de Balian.â, était venu se fixer à Abydos, avait construit un monastère qui existe encore, au nord-est de la forteresse égyptienne très antique, laquelle est connue actuellement sous le nom de Schonuet ez-Zehih, c’est-à-dire magasin aux raisins secs. Ce moine donna comme but à sa vie de détruire les vestiges des anciennes coutumes de l'Egypte en Abydos et, pour arriver à ce but, de détruire et do profaner les monuments qui étaient l’occasion de ces moMirs païennes, comme il le croyait. C’est ainsi qu'il détruisit le temple de Séti I autant rpie la masse du monument permit de bî détruire D’après les faits racontés, il fallut un véritable combat pour anaverà le faire, et les preuves les plus indéniables montrent encore qu’on n’épargna pas le feu : il y eut en effet, du côté des prêtres égyptiens, mort de vingt-trois jirêtres et de sept hiérodules*. Ce qui a trait à Om el-Ga’ab est malheureusement fruste, mais le principal a échappé aux ruines du temps; l’un des fragments que j’ai publiés dit en effet:
« Car ce petit enfant que tu vois sera aussi le père d’une multitude de moines et aussi une foule d’hommes seront sauvés par son enseignement. Maintenant donc ne le change pas de ce lieu (de résidence), car le Seigneur purifiera cette montagne impure par son entremise »... « Mais enfin Moyse, avec les frères, alla d’abord à la montagne », et l’on voit que l’action de destruction ne se fil pas sans difficultés, d’après ce texte \
Ces paroles sont assez significatives. Malgré cela, j’avais, en arrivant
(1) E. Amdlineaii, Monumenta pour servir à riiislnire de V Egypte clirélleniie aux iv**, v® et siècles, t. IV. 2° fasc., p. 08(5-087, dans les Mémoires piihliés parles membres de la Mission archéologi'(]ue française du Caire.
(2) Ibid., p. 087.
(3) Ibid., 08ï-08r>.
LE TOMBEAU IVOSIRIS
à Aljydos, l’idée bien arrêtée de rechercher si je ne rencontrerais pas sur les lieux soit une traduction complète en arabe de la VieàQ ceMoyse, soit un abrégé de cet ouvrage dans ce qu’on appelle le Synaxare,c^v]e savais ([ue, comme il existe chez nous, chaque église a son propre des saints; je liai donc amitié avec le gommos, c’est-à-dire l’hégoumène du couvent actuel de iNIoyse, et, quand je fus avec lui dans les meilleurs termes, je lui parlai deMoyse,lui racontaiceque je savais de l’histoire de ce moine et lui demandai s’il n’avait pas sa Vie écrite en arabe. Il me répondit négativement. Je lui demandai alors shl n’en existait pas un abrégé dans leSynaxare de son église. Sa réponse fut affirmative et, surle-champ, il me conduisit à l’église et me fit voir le Synaxare. Je lui demandai de me faire copier le passage relatif à JNIoyse: deux jours après, j’avais en mains ce cpie je désirais. Malheureusement l’abréviateur s’était contenté, presque pour toute la vie de Moyse et notamment pour la circonstance particulière qui m’occupe, d’exclamations pieuses dans le genre de celle-ci:» Oh !que ce saint a fait de grandes choses! » Gomme je ne veux rien laisser au doute, voici ce que le Synaxare àw couvent de Moyse contient au 19e jour du mois d’Abib : « Et tu fus persévérant à tuer les Satans dans la montagne sainte qui est la montagne d’Efôd, ou la montagne de Haroub, qui fut rendue digne que tu habitasses en elle » *. Et c’est tout. A la vérité c’est peu, mais cela suffit cependant pour montrer au plus aveugle que la plupart des faits racontés dans la Vie de Moyse se passaient dans celte montagne d’Efod, ou d’Abydos selon les Grecs, ou de Ilarabàt " selon l’appellation moderne. Or, pour qui connaît les habitudes des écrivains coptes, il ressort clairement de ce texte que la nécropole d’Abydos était spécialement visée, car le temple construit par Séti E’’ n’étail pas compris, à cause des habitations qui l’entouraient, dans la nécropole ou ville des morts. Je sais bien (|ue la Vie copte ra-
(1) Syno xare du couvent do Moyse, 19 Aliîb. Voici te tcxie ;
|,.ojàüo\ (.sic)
(2) .le considère ':e nom conune l’origino du nom actuel de ItaïuiLal, quoic|u’ou l’ecrjve
ordinaireiiienl .a;.
LF TOMIiEAU D’OSIRIS
conte d’autres destructions, en particulier celle d’un temple de Bès', situé au nord du couvent de Moyse ; mais la seule mention de ce temple montre aussi qu’il ne lautpaslecomprendredans la nécropole d’Abydos. Cette nécropole était d’ailleurs assez vaste pour suflire au zèle lanatique des disciples de Moyse, puisqu’elle avait deux lieues de longueur au moins sur trois kilomètres environ de largeur. INIais la spolation ne fut pas complète, elle fut localisée strictement à certains endroits spéciaux, ou peut-être môme à la seule nécropole antique d’Om el-Ca’ab. En efl’et, les fouilles de Mariette, pendant dix-neuf ans consécutifs, ont porté sur la partie de la nécropole la plus rapprochée du couvent de Moyse, et il a trouvé des tombeaux, violés à la vérité, même spoliés en partie, mais nullonent détruits, surtout non incendiés, oii la rage des spoliateurs n’avait pas tout brisé. C’est ainsi ([u’au nord-esi du couvcnl de iNIoyse il rencontra les tombes si curieuses du Moyen Empire, où le mastaba était surmonté d’une pyramide avec de véritables ogives-, tombes encore debout à cette époque et dont il ne reste pas un seul exemplaire de visible A C’est ainsi encore qu’à l’ouest de son couvent, entrece couvent et la Schounet ez-Zebîb étaitla nécropole des Chanleuscs d'Anwn, nécropole qui a fourni un si grand nombre de stèles au fondateur du Musée de Boulatj*. De môme dans la nécropole du centia', et aussi dans la nécropole du sud. J’ai fouillé moi-méme environ une (’cntaine de tombes près de ce couvent, un peu au sud-est, et dans d’autres parties de la nécropole : partout j'ai rencontré des tombes où les vobuirs étaient passés, mais oii jamais on n’avait employé le feu comme agent destructeurC Par conséquent je suis en droit de conclure (pie le jiillage et la destruction de lané(Topole entière d’Abydosn’eurentpaslieii, jiiiis-
(1) E. Amclineau, /t/o/iMwif/U.s servir à l'Iiisloire de V Egypte dirélieime r/ii.v tv", v'’ et VI® siècles, dans tes Mémoires de la Mission du Caire, p. ()89.
(2) E. Amétinean, Histoire générale de la sépulture et des funérailles dans l'Egypte ancienne, t. I, p. 19(>-20().
(3) Marielle, Ahydos, description des fouilles, l. II, pl. 0(i rl, (i7.
(4) Mariette, Catalogue généra! des monuments d' Ahydos.
(5) E. Amétinean, F^es nouvelles fouilles d’ Ahydos, eomjile rendu in extenso des opérations nécessitées par ces fouilles pendant l’iiiver 1 89.4- 1891), p. 1-34.
LK TOMIïEAU U’OSIHIt'
qu’on a reti’ouvé un grand nombre de tombes où ne s’étaient produits que des vols de peu d’importance, si on les met en regard de la spoliation des tombeaux: d’Om el-Ga’ab.
^laintenant la nécropole d’Oin el-Ga’ab a-t-elle bien été pillée, ravagée, incendiée par des chrétiens? Le fait est indéniable. Dès la première année j’avais rencontré des fragments de vases en pierre, ou des tessons de poteries, couverts de lettres coptes; sur l’un de ces fragments j’avais même pu lire écrit au charbon — charbon provenant de l’incendie — le nom propre ; Io)ô.nnHc, c’est-à-dire Jean. Ce nom pouvait appartenir à un Juif hellénisé ou à un chrétien. Des Juifs hellénisés il ne peut être ici question, car que seraient-ils allés faire dans la nécropole d’Om el-Ga'ab? à moins qu’ils n’aient tenu compagnie à des chrétiens, et cette hypothèse semblera de tout point inadmissible à (piiconque sait la haine que les Coptes, surtout les moines, portaient aux Juifs’. 11 faut donc de toute nécessité que ce nom ait été porté par un chrétien. La seconde année de fouilles m’a aussi fourni un fragment de vase ayant une inscription copte. Mais c’es^ surtout pendant la troisième campagne ([ue j’ai rencontré de nombreux fragments qui attestent d’une manière irréfragable que la spoliation et la destruction ont été le fait des Coptes. Tout d’abord j’ai trouvé écrit sur un tesson de poterie le mot oAioTcioc [sic), cousubsiantieL Quiconque est tant soit peu au courant de riiistoire ecclésiastique des cinq premiers siècles de notre ère sait (piel fut le rôle de ce mot pendant les longues controverses suscitées par l’arianisme. L’Église d’Alexandrie, représentée par le patriarche Athanase, l’un des plus fidèles champions de la consubstantialité, fut toujours très attachée à ce mot qui n’aurait aucun sens dans la bouche de qui ue serait pas chrétien. Les moines de Moyse l’employaient au vt° siècle encore couramment et l’un d’eux se sera exercé à l’écrire sur un tesson de pot avec un charbon pris à l’incendie allumé par le fanatisme, et il aura eu la |)ieuse consolation de penser que le bois jadis fourni au
(1) Le célèbre Sebenondi a laissé en pariicnlier des inveclives extraordinaires contre le Juifs; Sclionoudi vivait pendani le v“ siècle cl à dix lieues sonlcniont an nord d’Abydos.
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paganisme, puiâfié par le l'eu, aura servi à écrire sur un Cragment sanctifié par cet usage le mol grec exprimant la consubstantialité du Verbe avec son Père. De plus j’ai rencontré sur des vases brisés et sur d’autres tessons de j)oteries des lettres coptes écrites au hasard ou des dessins comme ceux que traçaient les enlumineurs de manusciâts trois ou ({uatre siècles plus tard : c est ainsi (picq sur le [)lus grand vase cylindricpie (pie j’aie trouvé, il y avait les deux lettres qui forment peut-être un mol, et (pie sur des tessons de pots j’ai trouvé des rejirésenlations de croix, d’oiseaux ipti n’ont jamais existé ailleurs (pie dans l’imagination naïve ou déréglée des dessinateurs coptes , sans (pi’on puisse le moins du monde prétendre (jii’un dessinateur égyptien ait pu jirodiiire de semlilables œuvres. En troisième lieu j’ai trouvé sur le bas d’un vase cylindrique en albâtre, brisé naturellement, une tète dessinée au charbon, avec un front bas, des yeux gros et ronds, une bouche assez grande et une longue barbe se divisant en deux pointes sur le menton. Le vase a été trouvé dans la chambre / du tombeau d’Osiris, tout au fond, et il n’y a aucun moyen de mettre la trouvaille en doute. D’après la ti’adition reconnaissant (pie le Christ portait ainsi la barbe, je n’ai pas hésité un seul moment à reconnaître dans ce dessin, comme en feraient actuellement les enfants peu doués, la tète du Christ, et je ne crois pas (pi’on me suscite beaucoup d objections à ce projios. Jamais, en elfet, un artiste égyptien n’a dessiné un personnage ([uelcompie appartenant à sa nation avec une semblable barbe, et aujourd’hui encore les indigènes de l’Egypte se font raser toute la barbe, ou portent la moustache, ou encore la barbe entière, mais jamais une barbe divisée en deux pointes. Du temps présent il est légitime, je crois, de remonter au passé et d’affirmer ipie le personnage dont il s’agit ii’élait pas égyptien, (pi’il devait être un personnage chrétien et (pi'il faut le rechercher dans un pays oïi il était de mode de porter une harlx^ semblablement divisée : de là, l’atlribiilion au Christ de cette ligure (bassinée [)ar un Co])te sur le lieu même et avec un charbon provenant de 1 incendie. Mais il y a encore mieux : j’ai eu la bonne fortune de rencontrer, tout au bas de la colline des décombres surmontant le tombeau d’Osiris, un
LE tOMBEAlI D’OSIKIS
fragment de poterie sur lequel sont écrits des noms, à savoir ; IIiAveTpoir , XImtAoc, UJenoTT-re, BiKTwp, IlevpTTpioc, etc., c’est-à-dire : Démétrius (?), Paul, Sclienoudi, Victor, Maidyrius, etc. Il me semble que ces noms sont assez signiticatifs, que ce sont des noms purement chrétiens en Égypte, que par conséquent on ne saurait nier que des chrétiens aient passé |)ar là et aient laissé des traces de leur passage. On pourrait même conclure plus encore, car ces noms chrétiens étaient portés de préférence par des moines comme ayant appartenu à des moines célèbres, considérés toujours comme les colonnes de l’éditice monacal en Égypte. Je peux donc, il me semble, conclure en toute sûreté de conscience que la spoliation et l’incendie sont l’œuvre des chrétiens qui se trouvaient en Aljydos, et après avoir rapproché les faits que je viens de constater ici delà mention contenue dans la Vie de Moyse, rejeter toute la responsabilité de la spoliation sur ce moine pour lequel on la réclame d’ailleurs. Je ne fais ainsi qu’attribuer à Moyse un acte qiPon a déjà revendiqué pour lui, je ne puis me montrer plus royaliste que le roi, mais je dois ajouter que je ne peux aucunement trouver cette action louable et([ue je dois au contraire la stigmatiser d’une épithète absolument différente et l’appeler fanatique, sinon barbare.
Ce point établi, je dois dire que Moyse qui a tant et si mal agi à Al)ydos vivait au vC siècle. En effet, il est question dans sa Vie de personnages ayant joué un rôle considérable dans les événements qui suivirent la condamnation du patriaclie alexandrin Dioscore par le concile de Cbalcédoine, notamment du patriarche Sévère d’Antioche'. Or, ce Sévère, parfaitement connu d'ailleurs, vivait au vi*= siècle et exerça une grande influence en Orient, de 513 à 527 ; je ne me peux donc tromper ni tromper mes lecteurs en écrivant que Moyse, contemporain de Sévère d’Antioche, vivait au vi® siècle de notre ère. Je ne peux malheureusement donner une date plus précise, car les fragments de sa Vie n’en contiennent pas d’autre et peut-être la Vie tout entière n’en
(I) l'è Aii]i''lii](‘:Mi, ]^l('s lie (jiielfjiics woiiies égyptiens, dans Ins Mémoires puhUés par les menihres de la Mission fra nraise permanente du Caire, vol. IV, 2“ t'asc., j), 5Ü(i.
LK rOMÜE.U] DOSIIUS
contenait elle-nièine ancnnc' autre, les auteurs coptes n’a^'ant aucun souci (le ce (|ue nous regardons comme d’une impoilance capitale et s’étant avant tout |)réoccupés de satisfaire leurs pensées (;t leurs goûts sans s’occuper de ceux de la postérité.
11 ne saurait donc (''tre douteux maintenant pour personne (|ue la spoliation, l’incendie, autant <pie faire se pouvait, la destruction de la nécropole d Om el-(ia’al) soient l'œuvre des Copies. C est tout ce (pie je veux conclure, parce (]ue c'est tout ce ipie j’ai voulu prou ver. .le ne saurais aucunement m’occuper ici de monuments (pie je n’ai pas vus et ipie je n’ai [ui |)ar conséipient étudier: je désirerais vivement (pie tout le monde en fil autant. De même il serait à souhaiter (pie les aiiteiirs d’œuvres serieuses ne laissassent |>as de ci'ité les preuves (pii sont contraires à leurs théories : M . de Morgan savait en elfi't (pie j’avais trouvé, dès la pri'inière anné(', des preuves ihdiipiant dans([uel sens on devait chercher h'S spoliateurs; au lieu de chercher du ci'ité cpii l’aurait conduit pour .\bydos à la vérité, il a préféré se débarrasser des preuves (pii le gênaient et tirer une théorie toute laite déjà dans son imagination. H s’est trompi; pour Abydos et la mh-ropole d’Om el-Ca’ab : il se pmil (pi’il soit dans le vrai pour la nécropole de Neggadeh et le tombeau ipi’il y a découvert, je n’examine jias ici ci'tte (piestion cpii n’est [las dans mon sujet et je conserve les doutes (pii se sont fait jour en mon esprit, mais certainement il est dans le faux pour Abydos et un jièu de réllexion eût suffi |)Oiir le lui démontrer.
.\ (piel motif ont maintenant obéi les Coptes en sjmliaiit, en incendiant et en détruisant autant (ju il leur a été possible la nécropole d’Om el-(ja’al) et particulièrement le tombeau u’Osiris? Il n’est pas bien dillicile de le deviner. Tout d’abord Moyse voulait enlever tout prétexte aux coutumes survivant encore en Abydos et ([u’il considérait comme idolâtricpies. Or, la plus ancienne de ces coutumes, et par conséipu'ul la jilus invétérée au cieiir des habitants d’A bydos, était cidle ipii consistait à rendre un culte solennel à Osiris et aux premiers rois ipii lui avaient succédé. Si le dieu .\nhour était le dieu du nome 'fhinile dans leipiid se trouvait situé Abydos, Osiris était le niailrc de celte localité, Osiris svi-
romlieaii d'Osii-is, | 1
l.E iOMÜE.U D'OSIUIS
gncur, maUre d' Abijdos. comme le répètenl des miUiei'S de Ibis les textes égyptiens, car il u y a guère de stèles funéraires oii Osiris ne soit pas qualifié de celte sorte. Si donc il fallait détruire le culte païen que rendaient encore à leurs divinités les habitants de la ville d'Abydos, c’était à Osiris qu’il fallait tout d’abord s’attaquer, afin de supprimer les effets en supprimant la cause. Il était avant tout nécessaire de détruire les temples d'Osiris et le tombeau de cet homme élevé à la dignité de dieu parla mémoire reconnaissante île la postérité.
Il existait à Abydos un temple en l’iionneur d’Osiris, considérable, le plus grand même des édillces religieux qui couvraient le sol de cette ville : il n'en existe plus aujourd’hui que le pavé et faire ouest, car toute la partie est actuellement est couverte par les ])almiers et les habitations des fellahs. L’étlillce s’élevait dans la partie de la ville a]>pelée aujourd’hui Koni es-Soullàn , c'est-à-dire Colline du Sultan, du seigneur, du maître d’AljytIos. Il était, autant qu’on peut le savoir de nos jours, bâti en J)elle |)ierre calcaire. Cette circonstance a été cause, dit-on, de la complète destruction de l’édilice. Gela peut être; mais d'oii vient (jue les habitalioiis des prêtres construites en briques ont été aussi pres([ue complètement ruinées, prescpie détruites, que le mur d’enceinte lui-même, malgi'é ses proportions gigant('sques, ait subi des atteintes incroyables du fait des dévastateurs? D'oii vient (pie le site de ce tempb' a été respecté, je veux dire les salles bypostyles et le sanctuaire, qu’on n’y a pas érigé d'habitations, ((ue les salles bypètres ellesmêmes ont été reciauverles de couches énormes de débris sur lescpielles les fellahs ont bâti leurs mi nces habi tâtions ? Ne serait-il pas beaucou]) plus croyable (jue la ruine avait aussi passé par là au temps des luttes entre les sectateurs de fancienne religion égyptienne et ceux de la nouvelle religion ipii cherchait a s’implanter en Egypte? ({u’on avait ruiné le temple, incendié, brûlé tout ce ([ui pouvait être brûlé, ne laissant debout ipie les murs de reiiciMiilc énorme (jiii l’enloiirait ? cpie le res[>ect de la |)opulalion avait survécu a la dévastation, à la ruine due à l’incendie ilii temple, respect [ilein de siqierslilion, Vhorroi- religiosus des anciens Uoinains? ipCon abandonna le site oîi se trouvaient le sanctuaire et les
LE TOMI'.EAÜ FLOSIIUS
salles couverles du temple afin de ne se pas trouver en contact avec le dieu anciennement vénéré, si brutalement et si nouvellement dépossétlé? Ce ne devait être qu’au jour où les ouvriers de IMariette Ibuillèrent la butte nommée Kow es-Soultan cpi’on dél)laya les débris (|ui obstruaient cet emplacement autreCois sanctifié aux yeux des Egyptiens par le culte d’Osiris, de celui que si longtemps on avait appelé le mciilrc (f Abi/dos . [Malgré l'attentat dont ce temple fut la victime, malgré la terreur que faisaient éprouve'!' ceux qui s’étaient empai'és des temples et de la nécropfile d'Abvdos et avaient dépossédé les anciens dieux, il v eut cependant une partie du temple (pii ('cbappa à la profanation et à l’incendie, parce qu’il n'olfrait aucun point accessible à la colère haineuse des moines fanatiques: c’est le lac sacré (|ui était au sud-est du temple d'Osiris. Ce lac existe toujours: si les artisans d’Abvdos en ont faille dépotoir de toutes les immondices (pie laissent leur métier, les âmes simples et supcrslilieiisement iiaïvesyfont toujours un pèlerinage àcci'laines heures du jour pour obtenir des enfants, en en faisant pieds nus le tour et eu jetant des céréales sur b's bords. l’eul-èlre v a-t-il là un souvenir vague et inconscient de la vertu du dieu ipii, d’après la legende égyptienne*, avait su, même moii, rendre Isis féconde. J’ai vu moimème le lait bien des lois et bon m en a dit la raison ipic je ne pouvais deviner : ce n’est ipi'en résidant longtemps dans un lieu (pielcoiupie que l’on peut pénétrer les nni'iirs et les superstitions des habitants. Quoi (pi’il en soit et de qiichpu' manière (|ue ce soit, le but cherché par les moines ne fut pas atteint. Si ce raisonnement [laraîl extraordinaire, je prie le lecteur d'observer qu’il n’oifre aucune im[)ossibililé préalable et ([lie le temph' était situé seulement à 300 mètres du couvent de M ovse.
La conclusion de mon raisonnement paraîtra plus vraisemblable encore au lecteur, si je lui fais obsi'rvcr (jiu' b's autres temples d'Abvdos ont été ruinés dans la manb're (jiie l’on sait, mais qu'aucun d'eux ne l’a été avec une pareille barbarie. De tous les autres lenqiles, en ('ffet, sauf
(1) Sirir de fd llildiolliéijiir itrilioni/li\ |iiit)li('r |iar t.rftr.iin cl Iradiiilc par Cli, alias.
Si
LE TOMBEAU D'OSIIUS
celui de Bès situé au nord du couvent copte et qui fut ruiné par Moyse *, il reste en effet des vestiges, quand ce n’est pas l’édifice presque entier. Ces temples n’ont rien à faire avec le sujet qui m’occupe, sinon celui de Séti P'' pour les raisons que je vais développer. Le plan de ce temple, on le sait pertinemment depuis le déblaiement qu’en lit Mariette, comportait sept travées, consacrées chacune à Tune des divinités que le roi Séti avait choisies comme faisant partie de sa famille et qu’il avait voulu spécialement honorer, à savoir, en commençant par l'extrémité droite du temple en y entrant; llorus, Isis, Osiris, Amon, Horemakhouti, Ptah et le roi lui-même devenu dieu. Ce temple, je l’ai déjà dit ])lus haut, fut l’objet des attaques de INIoyse et l’une des colonnes faisant partielle l'édilice ajouté à la construction de Séti P'' par Méneptah 1", son petit-fils, l’atteste clairement par une inscription copte qu’y ont tracée les moines’; oii y mit le feu, on souilla toutes les images des grands dieux qui veillaient sur le temple, mais je puis dire ici, sans crainte d’être démenti, qu’aucune des salles voûtées qui servaient de sanctuaire en quelque sorte ne reçut un traitement aussi barbare que la (hambre voûtée d’Osiris et ses annexes. Osiris occupait, en effet, dans ce temple une place d'honneur : non seulement son fils, sa femme et lui-même occupaient les trois septièmes du temple, mais encore derrière la chambre d'Osiris s’étendaient six autres chambres annexes dans lesquelles toute rorncmcntation est prise de la légende d’Osiris et du culte primitif qui lui fut rendu. Mieu.x encore, les chambres dites de Sokai’is sont des chambres tpii appartiennent autant à Osiris (ju'à Sokaris, car elles sont dédiées au dieu de double forme Sokar-Osiris et l’une d'elles a pour sujet d’ornementation l’épisode des funérailles d’Osiris cl la fécondation ])osthume d’isis j)ar le fait d’Osiris, de sorte
(ly E, Améline.'ui. Vins de (Un ers woines, dans le I. IV, l'asc, 2 des Mémoires publiés par les membres de la Mission franraise permanente du. Caire, p. ü89.
(2) .le puLliorai celle inscription quand je publierai in extenso le lemple de Séli I'>r,qne j’ai ])liotograplué on entier à travers bien des diUîcullés de toutes sortes dont je suis venu à bout, gi'àcc au concours de l’un de nies amis venu passer l'biver dernier à Abydos avec moi, M , A. T>cmoinc.