I.K TOMÜE.U' D'OSimS
le lemple de Koni es-Sonltan, (|iii était l)ieii plus g-raiid, bien plus riche ((u’une simple chapelle : ce tem|)le nalurellemenl avait été construit longtemps après la mort d’Osiris, comme le fait a toujours eu lieu dans toutes les religions et à toutes les épo<pies, alors (|ue la légende a eu le temps de complètement dénaturer, je veux dii-e diviniser ou simj)lement sanctiliei -, les faits de l'histoire vraie. De meme, Abydos n’avait pas Ix^soin d’une chapelle bâtie en |)lcin désert, entourée de tombeaux formant une nécropole bien distincte, car la (dia|)elle aurait été située à trois kilomètres environ du teiu])l(; élevé en riionneur d'Osiids. Au contraire l’on comprend très bien <(ue les bolonais, dont la ville n’était [)asau[)rès du Saint-Sépulcre de Jérusalem, aient cru é|)rouver le besoin d’avoir une chapelle rappelant à leui‘ piété chrétienne le Saint-Sépulcre de Jérusalem, tandis <|ue les habitants d’Abydos, n’ayant cpie trois kilomètres, au plus à parcourir, ne devaient pas éprouver un besoin sejublable (pi’ils pouvaient satisfaire dans leur ville inémiy et leur conduite serait incompréhensible s’ils avaient choisi comme lieu |)ropiee pour élever la construction dont il est(juestion un terrain situé à ti'ois kilomètres du tem[)le d'Osiris, tandis que la con luitedes bolonais construisant leur Saint-Sépulere dans l’enceinte même de leur vilb' est facilement compréhensible. J’ajouterai encore (pie ce n'est pas l’habitude de cl■euser des chapelles dans la terre, on les élève d’ord inairc au-dc'ssus de la terre, tandis ([u’au contraire, c’est bien l’habitude cb's hommes de (U'euser leurs tombes dans les entrailles du sol. Je pourrais enlin faire observer (pie c’est un manque de métliod(! d’arguer des coutumes chrétiennes jiendant le moyen âge pour ex|)li(pier la fondation d’iiii monument en Egypte à une épcxpie d’une anti(juité fabuleuse.
Il V a d’ailleurs un argument autrement probant en faveur de ma thèse et je vais l’expliipier ici tout au long. Le lecteur sait déjà, par (u^ (pii |)récède et par les lirochures (pu( j’ai publiées, (pie le tombeau que je soutiens être celui d'( )siris était entouré d’uu monceau de décombres immense, (pie ces décombri's se eom|)osaient de sable et de débris de poteries ou de pots intacts, (ui même temps (pie d'autres objets apportés là comme ofl'randes [>ar les lidèles, (pie la colline sous laipielle était le
Tombeau d'Osiris. ]',l
LE TOMP.EAU D'OSIKIS
tombeau d’Osiris avait, quand je l’eus fouillée, une élendue de 140 mètres de long sur 100 mètres de large, et ([ue primitivement elle avait 73 mètres de longueur sur 173"’, 50 de largeur et une hauteur moyenne de 8 à 9 mètres. Gela prouve qu’il y avait en cet endroit plus que le culte rendu par une famille à ses ancêlres, que toute une ville y avait pris pari pendant de longs siècles, et, en effet, comme je l’ai déjà dit, j’y ai trouvédes monuments depuis xMénès jusipraux Ptolémées. Nousconnaissons d’autres tombeaux royaux de rois de la troisième dynastie, pour ne pas parler de ceux de la quatrième et de la cinquième : en aucun cas on n’a trouvé de semblables monlicules d’oflVandes, quoique le culte des ancêtres ait duré des siècles el des siècles pour tel ou tel prince. Jusqu’ici il n’y a qu’un seul exemple d’un culte pareil, c’est celui précisément que nous a offert le tombeau d’Osiris. Ce culte s’était exprimé par les moyens ordinaires du culte des ancêtres, c’est-à-dire par des apports considérables des provisions en usage en chaque période de temps, eau, vin, végétaux^ céréales, viandes et poissons, etc., sans compter le mol)ilier ou les étoffes. C’est un signe indubitable qu’on croyait <pie le mort en avait besoin, (|ue par conséquent tout le cadavre d’abord, ou tout le squelette ensuite, ou seulement une partie, y était conservé. Ici c’était la tète d’Osiris, tête ([ue j’ai trouvée : c’est donc une ([uestion parfaitement oiseuse que de me demander si j’ai découvert le s([uelelte, ou même la momie (ü) d’Osiris : je n’ai trouvé que ce (pie je devais trouver après l’incendie allumé. 11 s’agit donc bien d’un tombeau, et non d'une chapelle, et je n’imagine pas que jamais les hommes aient été assez crédules et dénués de bon sens pour aller porter à l’image d’un tombeau de la nourriture, des [irovisions considérables, des monuments de toutes sortes, comme le cas aurait eu lieu si l’on avait rendu un culte à la chapelle votive d’Osiris, ainsi ([ue l’a dit .VI. .Vlaspero : à Bologne, puisipie Bologne il y a, l’on se contente d’allumer des cierges, sans porter des hectolitres de céréales, tles quaulilés considérables d’autres |)rovisions, parce qu’on i-end un culte au lomb(;au lui-même en souvenir du véritable tombeau situé à Jérusalem el de celui (pie l’on y déposa. Ge culte ne se comprendrait donc pas s’il
LK TOMI'.KAn D’OSIIÜS
ii’eùt visé que le toniljeau sans relif[ue d’( )siris, niais il se com|)ren(l très l)ien et est une prati(|iie tout à l'ait humaine s’il avait Osiris lui-mènie pour ohjectil’.
La déposition d'un nionument tel (pie le lit cLOsiris dans une tombe, et non dans une eha|udle votive, se comprend ainsi très bien; aussi ne revifMidraisjepas sur ce sujet, si iM. Maspero n’avait reproduit à ce propos des ai-g-uments semblables à ceux qu’il avait imaginés contre le tombeau lui-méme. Il a [larlé de ra|)ports (|ui lui avaient été envoyés d’iAgypte, lesipiels établissaient d’après la vue même du monument <pie la l'acluie devait en être reportée à une é|)oque allant de la XVI IL à la XXI l« dvnaslie. (iomme je déclarais la chose tout à l'ait im|)ossible, puisipie le monument avait été enfermé dans une enceinte de bricpies, il après mes ordres, avant (pie le tombeau ne liit comblé de nouveau, iM. Maspero se rabattit sur certains l'i'agments (pii avaient été déposés chez l’inspecteur d’Abvdos et notamment sur 1 épervier dont j’ai [lai lé et (pie j’avais trouvé détaché du monument deux semaines environ avant d'avoir trouvé le tombeau dOsiris. Or, aucun (b's voyageurs venus à Alivdos pendant ma présence sur les lieux n’a vu (pioi que ce soit dece lit ; seul jM. Daressy a vu les i'ragmenls (pie j’avais laissés chez l'inspecteur.
Il reste donc bien établi (pie les obji'ctions l'ormii b'-es nemodilient en rien l’identification (pie j’ai proposée, à savoir (}ue c’est bien b- tombeau d'Osiris que j’ai trouvé, ceipie les textes a[)|)ellent la maison d’Osiris.oii V escalier àn Dieu grand ; (pie cet Osiris n’élail pas considéré comme dieu, maisseiilement comme bomme, (pi'on lui donnait en ci'tte ipialité les épit bêtes (pi’on donnait aux autres déCunIs; (pi'iui ipialité de ibd'unt on lui rendait le culte l’uiu'raire absolumi'ut coinnu' aux aul n's bomnu's; (pie son tombeau n’était pas une vaine image élevée en souvenir d(“ ce (pie l’on rapportait d(> sa vie. mais un tombeau vi'-rilabb', renl'('rnia iit ci' (pi’il devait renlermer d’a[)res la légende, crovail-on jiisipi’ici, mais aujourd’hui d’ajires un ens('inble de laits |)i(Mis('inent conservés jiar la mémoire des Egyptiens reconnaissanis'. Toutes les objc'ctions comme
(1) M. .Mnspi'i'o a i‘('i il (|uc VoscaUcv du iJicii grand ('lail au Icinplc; de AV;»/ es-Soul-
l>E TOMBEAl' n’OSIRlS
celles que je viens de réfuter restent milles et non avenues devant l’éloquence de la découverte,
t(in\ c’est une des erreurs que mes fouilles sont venues rectifier. Cf. Maspero, Etudes égyptiennes, t. I, fasc. 2 : Étude sur tiuettpies peintures et quel/jues textes relatifs aux funérailles, p. 128.