PROSA
um vocabulis barbariae Jam tabe tinctae tam varie Te cantabo, Baldelaiïe.
Nam sanie mixtâ spermati Quam e profundo stillavisti Omnino sumus unguentati.
Et tamen hanc sitimus horam Quœ novi saeculi in coram Albescentem dabit auroram.
Idcirco a nobis amaris, Feminea figura maris, Dura dulcedo in amaris.
Spineti tui rosa et ros Nos inebriant totum per os Subtiles simul ac Barbaros
Quisque clamât, quum ostentas cor Unde fluunt pus flensque liquor :
« Spero necnon et derelinquor. »
Hinc cultus ad tiium cadaver Est andropogon seu vétiver Donec ex eo virescat ver.
Interea tenemus altum
Procellosis ventis turbatum ;
Et, quum jam mergimur, surgis tum,
Et per mare tenebrarum fis Stella poli carminum scaphis Multicolorum polypsephis.
Quare, deitas invocanda, Hâc voce putidâ, luridcâ, Balbutiente singultim, da
Ut te cum linguâ barbariae Jam tabe tinctas tam varie Cantaverim, Baldelarie.
Jean Richepin
A La Très-Belle.
A la tressage, à la très-belle
Qui fait ma joie et ma santé
Ch. Baudelaire.
celle qui la première fit battre plus vite mon cœur, à la déesse coutumière porteuse du baiser vainqueur,...
à la plus magique des femmes, dont je me grise chaque fois, dont le regard flambe de flammes comme un bûcher au fond des bois,
à l'idole à la robe sainte, seul paradis que j'aie compris, délicieuse et verte absinthe, joyau d'inestimable prix,
mélange de lys et de rose, parfum subtil d'ambre et de miel, lumière d'une apothéose, rayon radieux du grand ciel...
à l'amante longtemps rêvée, à celle qui domine en moi, étoile au zénith enlevée, source du fleuve de l'émoi,.
salut en la vie immortelle,...
à la reine par la beauté, à la très sage, à la très belle, salut en l'Immortalité!...
Léon Riotor
Baudelaire
es autres — c'est, dans nos Flandres épiscopales, La bruine des carillons intermittents, Gouttes de son, humbles concerts, couleur du temps, Qui faufilent d'un peu de chant les brumes pâles.
Lui — le bourdon à. la rumeur contagieuse, En qui tout autre bruit s'absorbe, comme embu, Comme englobé dans son sillage, comme bu Par sa vaste musique éparse et spongieuse ;
La cloche de génie, et qui fait violence
A l'air, vite oublieux des carillons légers,
Trop frivoles vraiment, vraiment trop passagers ;
Le bourdon sonnant l'heure en tintement final... Voix durable en l'espace, ô lui, l'Episcopal, Qui frappa comme à coups de crosse le silence !
Georges Rodenbach
Pour la Basilique des « Fleurs du Mal »
e miracle apparait qu'ignorants du prodige N'avaient su proclamer leurs instants absorbés Dans la honte et la peur des veules, succombés Au large de ces mers terribles de vertiges.
Qui ne s'incline, fier par l'antique prestige De saintement gravir l'enceinte des jubés, Devant le reliquaire et les flambeaux tombés, Est indigne d'ouvrir les Gloires — qu'il afflige.
Héroïque destin d'une âme, si le sort
Doit ne la divulguer qu'aux fastes de la Mort
Pour les vœux de la foule à sa vie interdite,
Le Poète relègue en un cloître d'orgueil,
Solitude d'inaccessible roi qui médite,
Le songe somptueux dont luira son cercueil.
Albert Saint-Paul
A celle que j'ai entrevue...
es souvenirs fleuris qui nous restent d'Athènes, Des bosquets d'oliviers et des vallons sacrés, Nous disent qu'autrefois les déesses hautaines Avaient de grands yeux bleus et des cheveux cendrés.
Et si j'ouvre ce livre où s'éteint toute peine, La Bible, d'où le coeur reçoit l'air et le jour, J'y trouve que c'est Dieu qui commande l'amour. Et que s'il perdit Eve il sauva Madeleine.
— Belle enfant, dont les yeux ne disent pas vingt ans, La déesse des 'Grecs et la vierge chrétienne Ont uni sur ton front leurs attraits éclatants : L'amour nazaréen et la beauté païenne !