PREFACE XXVII
vieillard bénin et obèse, des efforts inouïs qu'il faisait pour amener sur leurs lèvres un sourire et plaire à leur amour-propre flatté.
Comme ce sculpteur sublime, maître Adoniram, dont Gérard de Nerval nous conta l'histoire, « indifférent aux femmes qui le contemplaient à la dérobée et ne s'entretenaient jamais de lui », Louis Ménard vécut en toute spiritualité.
Il n'eut que des ridicules respectables, de ces ridicules dont on se sent coupable et repentant sitôt qu'on vient d'en rire.
Son image ne traînait pas comme la figure artistement coiflfée de M. Renan à la devanture des photographes, entre un général et une demi-mondaine en période d'exercices.
Les rédacteurs du Gil Blas n'éprou-
XXVllI PRÉFACE
vaîent aucune nécessité de l'aller interviewer sur Futilité de la lance dans la cavalerie.
Les fabricants d'épices ne donnaient point en « prime gratuite » la reproduction de ses traits.
A cette sorte de gloire viagère, Louis Ménard préférait une gloire plus discrète et plus durable. Il n'en obtint aucune, hélas ! Il est vrai qu'il n'en courtisa pas et fut, comme l'aniant qui se résigne, silencieux. Ce vieillard s'éteignit sans avoir rien connu de ces « premiers regards de la gloire », dont parle amoureusement Vauvenargues, plus doux encore que les premiers « feux de l'aurore ».
Et pourtant, à Tégal de M. Renan, et plus peut-être que lui, Louis Ménard a été grand. Leurs œuvres sont également