LETTRE DE M. GASTON BOISSIER
Cher Monsieur,
Je n'ai guère fréquenté Louis Ménard. Il y a quelque trente ans, je l'ai rencontré quelquefois, chez Renan et chez Havet. Depuis, il a vécu très retiré, et nos relations ne consistaient qu'en quelques poignées de main échangées dans le passage du Commerce ou sur le boulevard : l'homme m'est donc inconnu, ou à peu près.
Mais je goûte beaucoup le poète ; on a eu rarement autant que lui le sentiment de l'art et surtout de la mythologie grecque. Il a compris mieux que personne les relations des anciens dieux avec la nature. C'est vraiment un alexandrin, qui a été initié aux mystères, et qui nous en dit quelques secrets. En ma qualité de latin, je ne le comprends qu'à moitié, les Dieux de Rome ayant plus d'affinité à la nature morale qu'à la nature physique —
ce qui ne m*empêche pas d'avoir une grande estime pour lui.
Veuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mes sentiments très distingués.
Gaston BoiSSiER.