IV PREFACE
et de Vétude même. Après avoir consumé ses premières années dans la méditation et le travail, il a vu, comme le Sage, le néant des connaissances humaines; il a senti qu*elles ne pouvaient occuper son cœur et s'est écrié avec l'Aminte du Tasse : J'ai perdu tout le temps que j'ai passé sans aimer. Mais, comme il ne prenait pas aisément de l'amour, il ne se persuadait pas aisément qu'on en eut pour lui; une résistance trop longue le rebutait, non par l'offense qu'elle faisait à son amour-propre j mais parce que la simplicité et la candeur de son âme ne lui permettaient pas de croire qu'une résistance soutenue ne fût qu'apparente. Son âme avait besoin d'être remplie, et non pas tourmentée : il ne lui fallait que des émotions douces; les secousses l'auraient usée et amortie. »
L'amour de d'Alembert était pourtant d'une espèce très problématique, et Von peut soutenir, jusqu'à un certain point, que le froid d'Alembert, comme le qualifie Gilbert, ne fut pas l'amant de M''^ de Lespinasse. On a même