CHAPITRE II
SECTION I. — LE TOMBEAU VERS L'AN 300 (PLANCHES l-5)(''.
Les pèlerins grecs appelaient ^6 iepoV le Tombeau de Petosiris, et les Égyptiens d aujourd'hui ne lui donnent jamais d'autre nom que el mabad, — le temple. De fait, il donne absolument l'impression d'un temple miniature (voir pi- 5, — 9), et sa façade, ornée d'un élégant portail et de colonnes aux gracieux chapiteaux, que relient des murs bas couronnés d'une gorge, fait songer, toutes proportions gardées, à la façade d'un temple post-pharaonique, à celle par exemple du pronaos (ptoléniaïque) d'Edfou, ou mieux encore peut-être à celle du pronaos (romain) de Kalabchabt^).
Une avenue dallée conduisait, en pente très douce, du désert à la porte de l'édifice : les dalles de calcaire sont rectangulaires et soigneusement assemblées; les blocs placés en bordure sont taillés en biseau. Celte avenue est large de h mètres, mais nous ne connaissons pas sa longueur primitive, car les dalles en ont été arrachées aux deux extrémités '^\ et la partie subsistante commence à 1 3 mètres, pour s'arrêter à 4 mètres du tombeau. Intacte, elle pouvait être deux fois plus longue et mesurer une vingtaine de mètres.
Un autel (fig. 9) se dresse sur le côté est de l'avenue *''\ à 1 1 mètres du tombeau, s'encastrant partiellement dans le dallage, qu'il déborde d'environ 0 m. 80. Cet autel, aux
•^' Sur la planche 3, corriger les légendes 1 et 2 : au lieu de Section A-B. lire Section C-D, et au lieu.de Section C-D, lire Section A-B.
'^' H. Gauthier, Le temple de Kalabchah, pi. LXI, A.
'^' Elles furent remployées dans un tombeau romain : voir ci-après, p. 28.
'*' Pas d'autel correspondant sur le côté ouest.
Fig.
faces parallèles, est surmonté de quatre coins triangulaires, ou cornes; sa hauteur totale est de 2 m. lio, y compris les cornes, qui mesurent o m. 66; la largeur des côtés est de 1 m. 43. C'est, sinon l'unique, du moins le plus parfait exemplaire de jSwfiOs xepaovyps qui nous soit jamais parvenu'''; car, en dehors d'un autel en pierre, beaucoup plus petit, qui est exposé au Musée du Caire'''', ou de l'autel, d'ailleurs très mutilé, d'un Sarapieion de Délos'^', nous ne connaissions ce type d'autel que par la représentation qu'en donnent deux fresques d'Herculanum conservées au Musée de Naples'"', et par un certain nombre de brûle-parfums, en bronze, en calcaire, en terre cuite, qui sont comme des modèles réduits d'autels xepccov)(pi^^K
Le tombeau est orienté du nord au sud. 11 se compose d'une chapelle de forme presque carrée et d'un pronaos oblong. Dans le plan primitif, il se réduisait à la première de ces deux pièces, consacrée au culte funéraire de Sishou et de Zedthotefankh: plus tard, le monument fut agrandi'*^' par l'adjonction du pronaos, que Petosiris destinait à son propre culte : la manière dont les deux tronçons du mur formant le fond du pronaos viennent buter contre les murs est et ouest de la chapelle ne permet aucun doute à cet égard.
Diverses particularités de la construction ne peuvent s'expliquer d'ailleurs qu'en admettant que la chapelle formait à l'origine un tout indépendant : son mur extérieur nord constituait en fait la façade du monument primitif, c'est pourquoi il monte en talus, comme un pylône, et les extrémités en sont ornées de deux tores rubanés. Deux tores (non rubanés) marquent également les angles du mur extérieur sud. Un portail, dont les montants ont 2 m. lio de haut, et que devaient couronner un linteau et une gorge, aujourd'hui disparus, donne accès à la chapelle; il était fermé d'un vantail unique, se rabattant sur la partie méridionale de la feuillure ouest, qu'ornent des bandes de iTI et ime frise de â.
La chapelle, qui mesure à l'intérieur 6 m. a5 de large sur y m. i5 de long, est divisée en trois travées par deux rangs de deux piliers quadrangulaires, sans base ni chapiteau, reposant sur un socle carré, haut seulement de 2 centimètres; ces piliers correspondent à des pilastres qui se détachent sur les parois sud et nord. Pilastres et piliers, hauts de 2 m. 80,
'1' Cet aulel est gréco-égyptien, en ce sens que, s'il est originaire d'Egypte, il n'apparaît cependant pas avant le début de l'époque grecque. — Comme l'a fait observer Perdrizet, l'absence de ^ûfxos xapaoû/os sur les basreliefs hellénistiques serait une raison de plus de nier l'origine alexandrine de ces reliefs {Les len'es cuites grecques d'Egypte de la collection Fouquet, p. 119).
l'^' Salle T (MiLNE, Catalogue général , n° 9276).
'" Roussel, Cultes égyptiens à Délos , p. 62-63 : les cornes de cet autel ont disparu, mais on en voit la trace.
'*' C. R. Acad. Inscr., 1896, pi. 8 et 9 = S. Reinach, Répertoire de peintures (1929), p. 160, n" ^ et 10. — Un autel à cornes est également peint sur la stèle du devin crétois du Musée du Caire (Edgar, Catalogue général, n" a-jh^-j iMkspero, Guide du Visiteur au Musée du Caire, 1916, p. 935, n" ioi3).
'^' Musée du Caire, Edgar, Catalogue général, n"' 97812, — 27810, 27813, 9781^; Perdrizet, Bronzes grecs d'Egypte de la collection Fouquet, p. 18; Les terres cuites grecques , p. 118-119, n"' 3i5, 3iC, 3i8.
'*' La décoration tout au moins des murs de la chapelle est certainement due à Petosiris.
soutenaient les architraves, sur lesquelles reposait une des extrémitës des dalles du jdafond, rextrémité oppose'e venant s'appuyer sur la huitième assise des longs murs est et ouest, au long de laquelle est grave'e la frise. Les assises ayant une hauteur uniforme de o m. /io''', la chapelle mesurait donc 3 m. 20 sous les dalles. Un parapet, formé de deux assises ^^^ et d'une corniche '^^, terminait l'édifice qui s'élevait à une hauteur totale d'environ U m. 45.
Le sol de la pièce est revêtu de plaques de calcaire rectangulaires, <le dimensions variables, assez irrégulièrement assemblées. Ce dallage est interrompu par le puits funéraire ménagé à 1 m. 35 du mur sud, dans la travée centrale.
Les murs intérieurs et les piliers de la chapelle sont couverts, de la frise au soubassement, d'une profusion de scènes figurées et d'inscriptions se détachant en relief sur la mince couche de stuc qui recouvre le calcaire coquillier, tiré de la montagne de Derouah, d'un grain trop grossier pour se prêter directement à une gravure un peu soignée. L'extérieur des murs sud, est et ouest n'est pas décoré. S'il en était de même, dans le plan primitif, du mur nord formant façade de la chapelle, ce mur, en tout cas, reçut une décoration, le jour où le pronaos vint s'ajouter à la chapelle et compléter, de la façon la plus heureuse, le monument.
Le pronaos, orné d'une jolie façade à colonnes, est muni de tores à ses quatre angles'*^. 11 mesure 9 m. 60 sur 3 m. 80 à l'intérieur, et vient s'insérer, à o m. 3o en arrière du pied de la façade primitive, sur les murs extérieurs est et ouest de la chapelle qu'il prolonge ainsi, à droite et à gauche, d'environ 0 m. 82 à l'intérieur et de 1 m. 62 à l'extérieur'^'. Les murs est et ouest mesurent 5 m. 1 5 à l'extérieur, et la façade s'étend, en plein nord, sur une largeur de 11 m. 20.
Le pronaos était légèrement plus élevé que la chapelle. Il mesurait 6 m. 4o sous les dalles du plafond, soit la hauteur de onze assises '"^^ au-dessus desquelles il faut supposer encore, à l'extérieur, l'assise formée par la corniche ''*, ce qui donnait au pronaos une hauteur totale d'environ k m. 85. Dans l'état actuel, les murs est et ouest sont réduits, le premier à huit, le second à six (et par endroits sept) assises; nous avons en outre
"' Chacune d'elles comporte deux rangs parallèles de pierres à joints verticaux, qui donnent aux murs de la chapelle une épaisseur d'environ 0 m. 70.
'*' Plus exactement d'une assise et demie, les dalles du plafond, hautes de o m. 20, couvrant la moitié inférieure de la neuvième assise. Détail intéressant : au centre de la paroi sud, s'insère, à la hauteur de la neuvième, et à cheval sur la dixième assise, un bloc faisant saillie de 0 m. 35 au dehors, qui était percé d'un trou destiné à l'écoulement des eaux.
(" La corniche était à gorge simple, sans cannelures, comme le montre un fragment retrouvé dans les déblais, et qui mesure 1 m. o5 de long et o m. 45 de haut; la partie supérieure de la pierre n'est pas ravalée.
<"' Les tores décorant les angles de la façade sont rubanés.
1^' L'épaisseur moyenne des murs du pronaos est d'environ 0 m. 80.
16' Les architraves venaient s'insérer dans les murs à la hauteur de la onzième assise, sur laquelle était gravée la frise.
"' La corniche avait o m. i5 de haut.
retrouvé et mis en place un fragment isolé formant la dixième assise du retour d'angle nord-ouest. Le mur sud est également fort incomplet; il n'a plus que huit assises à gauche, et six à droite de la porte menant à la chapelle.
La façade comporte, au centre, un élégant portail, dont les montants sont décorés d'une plate-bande et dune gorge ornée de cannelures ''^ peintes en vert, bleu et rouge sur fond uniforme jaune clair; la largeur du portail est de i m. 58 entre les tableaux, de 1 m. 85 à i'ébrasement; il était fermé d'une porte dont les deux battants venaient s'appliquer sur les feuillures ornées chacune de six bandes superposées de trois groupes de lli, que surmonte une frise de neuf à.
Les murs d'angle de la façade montent en pente douce; ils mesurent i m. ao àla base, 1 mètre au sommet de la neuvième assise. Sur chacun des côtés, entre le portail et le mur d'angle, se dressent deux colonnes : l'une est encastrée dans le montant même du portail, l'autre est flanquée de deux murs bas, formant écran, cernés d'un tore et couronnés d'une gorge cannelée. Ces murs s'élèvent à a m. 20, c'est-à-dire plus qu'à mi-fût des colonnes; ils n'ont pas exactement la même longueur : le plus proche du portail mesure 1 m. 3o et sa corniche s'orne de vingt-neuf cannelures multicolores; l'autre n'a que 1 m. 1 5 de long et sa corniche compte vingt-huit cannelures seulement.
Les colonnes, constituées par des tambours hauts de o m. ko, sont de deux sortes. Celles qui sont encastrées dans les montants du portail ont le fût rond, sauf le pied qui, du côté de la façade, est taillé en bulbe et paré de feuilles triangulaires; reposant sur un socle circulaire haut de o m. 20 et taillé en biseau, le fût monte d'aplomb jusqu'à 2 m. 66 de hauteur; à ce point, cinq plates-bandes (trois jaunes et deux bleues) enserrent, comme d'un lien, les tiges d'un énorme bouquet formant le chapiteau de la colonne : du côté est, ce bouquet est fait des fleurs épanouies et des boutons non déclos du lotus bleu'^'; du côté ouest, une plante aux tiges triangulaires '^\ par conséquent le papyrus, fournissait les éléments du chapiteau correspondant. — Les deux autres colonnes ont également le fût droit, mais sans bulbe à la base; elles reposent aussi sur un disque taillé en biseau. Elles sont ornées, comme leurs voisines, de cinq plates-bandes jaunes et bleues, et se terminent non par un chapiteau du genre campaniforme, mais par un chapiteau composé de feuilles de palmier : le ruban, que forment les cinq plates-bandes, maintient un faisceau de neuf palmes'*', aux côtes nettement accusées en relief, aux feuilles peintes en vert foncé se détachant sur fond jaune clair.
'" Sept au nord et au sud, quatorze du côté des feuillures internes.
'^' Dix-sept tiges alternativement jaunes et bleues. Ce chapiteau, qui est incomplet, mesure, depuis la platebande inférieure, o m. 82 : il lui manque environ o m. Sa.
('' Seize tiges vertes; les fleurs ont disparu.
'*' Trois des neuf palmes du chapiteau de la colonne est nous sont parvenues complètes. Le chapiteau palmiforme du côté ouest a totalement disparu; nous n'en avons retrouvé aucun fragment dans les déblais.
Une seule colonne nous est parvenue à peu près intacte, la colonne à chapiteau palmiforme du côté est : ce chapiteau mesure, de la cinquième plate-bande à l'extrémité des feuilles retombantes, i m. i4 : la colonne s'élève donc, disque, fût et chapiteau compris, à 3 m. 80. — Surmontons le chapiteau d'un dé trapu, haut seulement d'une vingtaine de centimètres, aux côtés larges d'environ 0 m. 60^", et nous atteindrons la hauteur de la dixième assise du mur d'angle, qui, avec les colonnes, supportait l'architrave, surmontée elle-même d'une riche gorge cannelée, ornée, au-dessus du portail, du disque solaire aux ailes peintes largement éployées, dont nous avons retrouvé et mis en place plusieurs fragments.
Le puits funéraire s'ouvre, nous l'avons vu, vers l'extrémité de la travée centrale de la chapelle. L'orifice en est carré; il était fermé de trois longues dalles, reposant sur la margelle qui mesure 9 m. 1 0 de côté : une seule de ces dalles a été retrouvée in situ, les deux autres ayant été déplacées quand, à l'époque romaine, le tombeau fut violé '^'. Le puits lui-même, large de 1 m. 60, est construit en maçonnerie à sa partie supérieure; il est ensuite creusé à même le rocher, et il atteint, après une descente d'environ 8 mètres, le fond du caveau. Pour y parvenir, on se suspendait à une corde fixée dans un trou pratiqué à même le dallage, à l'angle nord-est de l'orifice, en plaçant les pieds dans des entailles ménagées le long des parois nord et est du puits.
Le caveau est un vaste souterrain, de forme très irrégulière (voir pi. 2).
A gauche de l'entrée, c'est-à-dire à l'est, s'ouvre une chambre, relativement bien conservée, mesurant 6 mètres de long et ayant 9 mètres dans sa plus grande largeur; une porte en maçonnerie y donne accès. La pièce se termine par deux logettes étroites, profondes de 9 mètres, munies elles aussi d'une porte construite en pierre. Ces deux logettes destinées, dans le principe, à recevoir chacune un sarcophage, étaient vides. Par contre, nous trouvâmes au centre de la grande pièce trois sarcophages en pierre, l'un complet, cuve et couvercle, les deux autres se réduisant à la cuve'^'. Ils ne contenaient plus rien et étaient anépigraphes.
A droite de l'entrée s'étend une galerie beaucoup plus vaste, mesurant plus de 100
'" D'après les traces sul)sistantes du dé sur le chapiteau palmiforme.
'2' Ainsi que je le dirai ci-après, nous trouvâmes l'orifice du puits, comme d'ailleurs le sol du reste delà chapelle, recouvert de cadavres d'époque romaine : de celte époque au jour du déblaiement, personne n'a donc pénétré dans le tombeau. Si, comme il est vraisemblable, le fragment de sarcophage deZedthotefankh, conservé à Turin, provient de ce caveau, il a dû en être retiré et jeté dans un coin de la nécropole, dès l'époque romaine.
13) lis mesurent, l'un : 1 m. 65 (intér.), 1 m. 84 (extér.); l'autre : 1 m. 66 (intér.), 1 m. 76 (extér.); le troisième : 1 m. 86 (intér.), i ni. 96 (extér.).
Le Tombeau de Petotirit, i" partie. "
mètres carrés. Bouleversée par les hommes, encombrée par les éboulis, il est difficile d'en reconnaître la disposition primitive. Toutefois, quand on se dirige vers le fond, c'est-à-dire vers l'ouest, on passe devant un réduit d'une vingtaine de mètres carrés, situé au nord, qui est encombré de pierres, de moellons, de fragments de sarcophages, parmi lesquels on distingue les restes d'un beau couvercle en calcaire de forme prismatique, réduit à 0 m. 65, donc au tiers environ de sa longueur, et portant une inscription qui ne nous donne malheureusement pas le nom du propriétaire de ce cercueil (inscr. 150).
Le reste de la galerie est également dans un désordre inexprimable, et j'y acquis la preuve que le caveau avait été visité à l'époque romaine : on y trouva en effet, à côté d'un sarcophage d'enfant, qui était intact''^, deux momies, avec masques en plâtre, datant certainement de cette époque. Dans un autre coin furent encore découverts deux sarcophages en pierre, sans leurs cuves : l'un d'eux renfermait un cadavre orné de quelques pauvres amulettes.
EnGn apparurent, disposés l'un près de l'autre, et parallèlement au mur du fond, trois grands sarcophages en pierre (voir pi. 2). Le plus éloigné du mur se réduisait à une cuve (long, extér. a m. o6), renfermant cinq crânes et des ossements; nous cherchâmes en vain le couvercle '^^. Son voisin se composait d'une cuve (long, extér. a m. 26) et d'un couvercle prismatique qui, bien qu'incomplet à la partie supérieure, mesure encore 2 m. k^ de long; il avait été brisé par les nouveaux occupants; et ceux-ci, ayant violé le sarcophage, ne laissèrent à l'intérieur que la cuve d'un cercueil en bois renfermant, en tout et pour tout, deux crânes. Nous savons du moins à qui appartenait ce grand sarcophage : c'était celui de la dame Renpetnofrit, l'épouse de Petosiris, comme l'indique l'inscription gravée sur la bande du couvercle (inscr. 1^9).
Et le dernier, le plus proche de la muraille, était celui de Petosiris. La cuve mesure 2 m. 5o de long; elle a o m. 7 5 de profondeur, 0 m. 90 de largeur aux épaules. Le couvercle, de forme prismatique, est plus long encore, mesurant 2 m. 76; la bande centrale a o m. 60 de largeur à la tête, o m. 45 aux pieds. Sur cette bande sont gravés, en deux lignes verticales accolées, le nom et les titres du défunt (inscr. 1kl).
Gomme ses voisins, le sarcophage paraissait a pnon avoir été violé : un trou de 0 m. 3 0 de diamètre avait été en effet pratiqué dans la cuve à hauteur de la tête. Devions-nous renoncer à l'espoir de retrouver le corps de Petosiris? Ignorerions-nous toujours de quelle manière il avait été enseveli, et ne pourrions-nous pas vérifier ces paroles adressées par Tehen à son père''^ : rrThot t'accordera des faveurs semblables après (ta) mort, à savoir
'•' Longueur de la cuve : 1 m. a8(intér.), 1 m.38(extér.). Lamomiequil renfermait tomba aussitôten poussière.
''■" Nous avons trouvé dans les déblais du caveau un couvercle de forme prismatique, isolé, mesurant 2 m. 1 2 , qui pourrait être le couvercle de cette cuve. Sur la bande avait été peinte en rouge, mais non gravée, une inscription qui est aujourd'hui complètement illisible.
131 Inscr. 58,1. 28-80.
un bel embaumement du travail d'Anoup et ta sépulture dans ce tombeau à l'intérieur de quatre cercueils, lun en genévrier, l'autre en bois ht, l'autre en sycomore, l'autre en pierre; et ils se trouveront dans ta maison, ce jour-là, gravés à ton nom et incrustés de toute sorte de pierres précieuses»?
Sans grande confiance, je ûs, le a^ février 1990, glisser le pesant couvercle. La cuve nous sembla d'abord complètement vide; elle ne contenait plus, en tout cas, le cadavre de Petosiris, que les malfaiteurs en avaient arraché par l'ouverture pratiquée à hauteur de la tête. Mais bientôt nous aperçûmes, appliqué contre une paroi de la cuve, un couvercle de cercueil en bois sombre qui paraissait intact, puis des fragments presque entièrement pourris d'un autre cercueil en bois jaunâtre, enfin, tout au fond, la cuve plate du premier cercueil.
Si nous devions nous résigner à ne savoir jamais en quoi consistait le rrhel embaumement» de Petosiris, ni de quels ornements sa momie était couverte, nous avions du moins sous les yeux ses cercueils, au nombre de trois (non pas de quatre, comme l'avait annoncé Tehen) : l'un en pierre, les deux autres en bois. J'ai décrit ci-dessus le sarcophage en pierre. Du premier cercueil en bois je dirai peu de chose, car il n"en reste que des fragments. Il était en sycomore j-, ^•=-^^, recouvert d'un stuc peint en jaune, pourri par l'humidité du caveau. Le couvercle, certainement momiforme''', était couvert d'inscriptions disposées en trois ou peut-être quatre lignes verticales, encadrées de figures de divinités (on voit encore une Isis à la droite d'une ligne où sont énumérés les litres de Petosiris); les hiéroglyphes sont tracés au pinceau noir et mal dessinés.
Quant au second cercueil (Musée du Caire, Journal, n° /lôSga), il est fait d'un bois brunâtre qui, à la suite d'une macération, a acquis une couleur noire et brillante ''^l Le bois, d'après l'analyse du D' Arrhenius, de Stockholm, et de M. H. Ducros, du Caire, appartient à la famille des conifères, et il faut très probablement y reconnaître le pinus halepensis '^\ qui serait le bois Jft, dont il est question dans le passage précité de l'inscription 58.
La cuve du cercueil, plate et très basse, ne comporte aucune ornementation. Le couvercle est une pièce extrêmement remarquable : c'est une gaine momiforme, longue de 1 m. gS, large de o m. Sa à 0 m. 67, haute d'environ o m. 45, où les saillies générales du corps sont vaguement modelées; la tête est coiffée du klaft, le menton est orné de la barbiche; les yeux, en verre, sont rapportés et surmontés de larges sourcils en bronze.
'" Les sourcils, en bronze, et les yeux, en bronze et faïence, qui ornaient et animaient le visage ont été retrouvés et sont conservés au Musée du Caire {Journal, n° 48o65).
'*' Le fragment du sarcophage de Zedthotefankh conservé à Turin (voir ci-après, p. 20, note 2) paraît être fait du même bois, mais il n'a subi aucune macération et se présente sous son aspect naturel.
'*' C'est de la résine de ce pin que les Égyptiens se servaient pour la momification : cf. F. Wonig, Die PJlanzen im alten Aegypten, p. 887.
Mais ce qui en fait l'originalité et le prix, c'est la bande d'inscriptions qui descend jusqu'aux pieds, composée de cinq colonnes d'hiéroglyphes multicolores, rapportés, et sertis dans le bois, sur lequel ils se détachent en teintes vives et brillantes (voir pi. 57). Chacun d'eux est formé d'un ou de plusieurs morceaux de pâte de verre, imitant les pierres fines ou les matières précieuses, turquoise, lapis-lazuli, cornaline, émeraude, jaspe, ambre, nacre, ivoire, soigneusement travaillés, polis, retouchés au ciseau, et assemblés harmonieusement. Il faut se rappeler que l'art de l'émail et du verre avait été très florissant, au xiv' siècle, dans la capitale d'Akhnaton, et que, lors de l'abandon définitif de la ville par Toutankhamon, les maîtres verriers n'avaient pas tous suivi le souverain à Thèbes, mais beaucoup avaient émigré dans la cité voisine d'Hermopolis'*'; leurs procédés, on le voit, s'y étaient conservés, et des ateliers dirigés par leurs lointains successeurs sont sorties tout au moins deux pièces qui peuvent soutenir la comparaison avec les chefs-d'œuvre de la fin de la XVIIP dynastie, le sarcophage de Petosiris et celui de Zedthotefankh '^'. La technique en est minutieuse et délicate; les couleurs par exemple ne sont pas employées au hasard : les parties du corps, bras, jambes, langue, etc., sont faites d'une pâte imitant la cornaline; la bouche est un ovale nacré, ou vert émeraude, encadré d'une ligne rouge; une fois
même l'artiste y a dessiné les deux rangées de dents. Un prêtre /^ est représenté avec les chairs rouges, la <cfcte'^ jaune, le pagne blanc, la ceinture et le collier verts, le vase à libation et l'eau qui en coule verts également; il n'entre pas moins de six ou sept morceaux d'émail multicolore dans la composition de ce petit personnage, qui n'a pas 3 centimètres de haut. Où la variété des couleurs est encore plus grande, où la virtuosité de l'artiste s'affirme avec le plus de maîtrise, c'est dans la facture des quadrupèdes et des oiseaux : ainsi la chouette — peut-être son chef-d'œuvre — dont la tête est blanche avec des yeux et un bec bleus, la poitrine nacrée, les pattes rouges, la queue verte, et le plumage formé de filets superposés et enchevêtrés, alternativement bleus, jaunes et verts. Tous les hiéroglyphes sont dignes de retenir l'attention; et ils se développent au long de cinq grandes colonnes, sous le signe du ciel en bleu lapis-lazuli, marqué d'étoiles blanches, avec une heureuse variété, une perfection toujours égale, formant rrun ensemble d'un éclat et d'une richesse à peine concevables '''».
Le texte de l'inscription est emprunté au chapitre h 2 du Livre des Morts, le chapitre de l'identification des membres du défunt avec les membres des dieux (inscr. 148).
Nous trouvâmes encore dans les déblais le couvercle, mesurant 2 mètres, et plus tard la cuve, mesurant t m. 96'*^, d'un cercueil en bois, momiforme, en partie pourri, qui a
'" Maspero, Histoire, II, p. 334.
'^' Fragment conservé au Musée de Turin : cf. Annales du Serv. des Antiquités, XX, p. 207.
'" Maspero, Archéologie égyptienne-, p. 2 58 (à propos du fragment de sarcophage conservé à Turin).
'*' Dans l'intérieur de ia cuve, il y a place pour un corps haut d'environ i m. 60.
été récemment rapporté au Musée du Caire [Journal, n" 67574)^". C'est le sarcophage intérieur de Thotrekh, fils puîné de Petosiris (inscr. 151 et 152).
En résumé, le caveau nous a révélé la sépulture complète de Petosiris, le sarcophage en pierre de sa femme, le cercueil en bois d'un de ses fils. Des morts des générations antérieures nous n'avons absolument rien trouvé.