‹ Le tombeau de PetosirisChapitre 4 sur 103 · SECTION II. — LE TOMBEAU À L'ÉPOQUE GRÉCO-ROMAINE (PL. 1 ET · texte numérisé non relu

SECTION II. — LE TOMBEAU À L'ÉPOQUE GRÉCO-ROMAINE (PL. 1 ET

Aussitôt après la mort de Petosiris, le tombeau devint un lieu de pèlerinage ou de curiosité , surtout pour les Grecs qui parcouraient alors le pays. Quelques-uns des visiteurs ne manquèrent pas, selon la coutume antique, de laisser sur les murs, qui leurs noms, qui un souhait, qui une prière.

Nous ne pourrions leur reprocher que de s'être montrés trop discrets. Dans la chapelle, en dehors d'un bref texte démotique, tracé au pinceau noir dans le champ de l'inscription 117, et à demi effacé, je n'ai relevé que deux petits graffites, grecs tous deux.

L'un est gravé sur la poitrine de Petosiris, au tableau accompagnant l'inscription 106 :

/n ''''-\ / ' I X,**?^ ^ salut!».

Fig. 3 "I.

Le pèlerin « salue ?5 Petosiris, comme tel visiteur du Memnonion d'Abydos saluait les dieux du temple des mots yjxJpe, yjiipsiv, yaipeiv Xéyw''^l L'autre est gravé dans le champ de l'inscription 118 :

t'^'^ nT[....

ni

Fig. 4 <«.

"' J'ai pu l'éludier plus commodément que je n'avais fait en igîîo, quand il était encore dans le caveau : ma description dans Annales, XX, p. 1 14, contient quelques erreurs. •'*> Grandeur exacte de l'original.

W Perdrizet-Lefebvbe, Les Graffites grecs du Memnonion d'Abydos, n"' 31, 90, 290 [au n° 31, le groupe

CeOCeTPI ne doit pas s'interpréter 2e(a«i(T)Tpi , mais <Te Ô(rs(i)P']- '■') Grandeur exacte de l'original.

Le visiteur porte un nom égyptien qui n'est autre qu'une épithète de Thot, r l'Ibis r^, et, chose curieuse, son père porte lui aussi un nom divin, mais grec, Apollon*''. Le graffite est resté inachevé.

Les graflites sont plus nombreux dans le pronaos. Ils se pressent en particulier sur le bas-relief accompagnant l'inscription 61, autour de Zedher, mais ils sont si frustes et si enchevêtrés qu'on n'en peut rien tirer de satisfaisant. Je donne les deux fragments suivants à titre d'exemples :

• ' Vois-moi celui-ci (?).

Fig. 5 t".

ApK

KaAads (? ?).

Fig. 6 (»).

C'est sur l'une des colonnes du côté est de la façade que se rencontrent les textes grecs les plus intéressants et les mieux conservés. Les trois qu'on va lire '^' sont tracés au pinceau noir'*', et datent selon toute probabilité du milieu du ni" siècle'^' : ils seraient donc postérieurs d'une cinquantaine d'années à la construction du tombeau.

'" A l'époque hellénistique, il n'est pas rare qu'on donne à un homme le nom d'un dieu (cf. Bechtel-Fick , Die griechùchm Personennamen , p. 3o4). Le nom propre knôXXuv est particulièrement fréquent en Egypte (cf. Preisigke, Namenbuch, p. ii).

'^' Original réduit de moitié.

(') Il y en a un quatrième, mais très imparfaitement conservé.

'*' C'est par suite d'un lapsus que, dans mon Rapport préliminaire, j'ai appelé « graflites n ces inscriptions qui, en réalité, sont peintes.

'*' Comparer, pour la paléographie, les inscriptions que portent les vases de Hadra : Breccia, Iscrizioni greche e latine [Catal. général du Musée d'Alexandrie), n"' 187 à igi, et Introduction , p. xiv-xv.

Le plus ancien est certainement celui que reproduit notre figure 7 : on pourrait le dater du règne de Philadelphe, plutôt que du règne d'Évergète :

I ■ > 1—1 1 s cm

Fig. 7 (1).

Midpwvos naïSe? rjXdov els to lepov, oïs 6v6(ia,Tix.' Uvppias, Mévccv, TpTTTos, Nlxav- Spos, 22)7^, Avt10iXo{5) KAecL»fvaou(?), (yiveicci) (7W{ia.Ta. {...).

Sont venus visiter le temple les esclaves de Mithron, savoir : Pyrrhias, Ménon, Gripos, Nicandros, Sphéx, Antiphile fds de Cléonyme'^', — soit (six) personnes.

Un chiffre doit avoir disparu après crcôfKXTa (le chiffre 6 ou le chiffre y, selon que l'on comprend rr Antiphile fils de Gléonyme» ou rr Antiphile et Gléonyme»): l'inscription est en effet rédigée comme une déclaration de personnes (<TWjaaTa)'^l

Ces visiteurs sont les esclaves [TraîSes) d'un certain Mldpœv, dont le nom fait penser que sa famille avait eu des rapports avec les Perses, adorateurs de Mithra. Trois de ces

''' Original réduit de moitié.

'^' Ou bien : Antiphile et Cléonyme ( KAe«&vufio«).

•" Exemple d'une déclaration, avec liste de personnes, se terminant par /aebfiata (c'est-à-dire Rivera» vdifta- Ta). . . : WiLCKES, Ckrestomatliie , p. 281, n" 198.

individus portent d'ailleurs des noms serviles : Uvpplcts (Arist. , Grenouilles, 780; Pap. Lille, I, n° 27), TpÏTZos (Plaute, Rudens, 997), 2<pr;| (Graffites d'Abydos, n° 107).

Puis viennent deux inscriptions, qui sont peintes au-dessous de la précédente et immédiatement à la suite l'une de l'autre; bien que n'étant pas de la même main, elles ne peuvent cependant pas, on va le voir, être séparées.

^or

Fig. 8 "1.

Le premier texte est une invocation à Petosiris, rédigée par un poète qui, pour mieux exprimer sa pieuse admiration, s'est efforcé de la traduire en un distique ïambique'^' :

UeTÔfreipiv ccùSœ t6(v) TcaTO, ydovos véxvv, vvv S' èv ^soï(7i xeiiievov [l^^à (70(2œv cropôs.

J'invoque Petosiris dont ie cadavre est sous terre, noais dont l'âme réside au séjour des dieux : sage, il est réuni à des sages '''.

'" Original réduit de moitié.

'^' Le second vers est irrégulier : il se termine par un tribraque et un dactyle.

''• Pour la figure de mots croÇûv ao^ùs, cf. Euripide, Bacchantes, 1 189 :

ô Bixx'os XDvayéras trouas ffo^âJî àvéïnjX' èirl rôvhe MaivâSas.

Les trois lignes qui suivent ont une apparence énigmatique : l'explication en a été ingénieusement fournie par Edgar :

KsÇidiXoLiov TovTcov iwv ItxfiSeiwv eU dpyvpiov Xôyov h Hroy = TOVTOV Se a,Ù70v 'B^x =

5«Ces trois lignes, dit Edgar, ne sont pas autre chose qu'un jeu d'esprit dû à quelque visiteur plus récent, ou peut-être à un compagnon du poète. rLa somme totale de ces ïambes, ff écrit-il , se monte en argent^^^ à SSjS drachmes, v Et de fait, si nous considérons chaque lettre des deux vers, depuis UeTÔrreipiv jusqu'à (7o(p6s, comme un signe numérique, et si nous faisons l'addition de tous ces nombres, nous obtenons exactement cette somme. .le laisse au lecteur le soin de faire lui-même le calcul, en observant seulement que <t doit naturellement être compté pour 200, non pour 6'^'. L'auteur poursuit alors sa plaisanterie : ^Et rrde cette ligne même (ou veut-il dire : et de lui-mêmel^ la valeur totale est 2730 n. Lisant en effet TOUTOU Si aÙTOû comme si l'on avait affaire à une série de signes numériques, on obtient 3oo, 70, /loo, 3oo, yo, hoo, à, 5, 1, hoo, 3oo, 70, 600, dont la somme est 2720. Les sigles figurant à la fin des deux dernières lignes ne désignent pas des oboles, mais indiquent simplement que les lettres qui précèdent sont des chiffres '''. "

Si le tombeau fut un objet de vénération au m" et probablement encore au 11"' siècle , il cessa d'être respecté dès la fin de la période ptolémaïque. Le caveau, on l'a vu, fut violé et bouleversé de fond en comble : ce ne fut plus qu'une crypte banale où l'on déposa, vers le début de notre ère, des cadavres momifiés. L'audace des profanateurs croissant, ils firent de la chapelle une sorte de cimetière à l'usage du commun; quand nous la déblayâmes, elle ressemblait à un charnier où les morts, surtout au-dessus du puits et contre le mur sud, étaient entassés sur une hauteur d'environ 9 mètres.

Le pronaos reçut un aménagement spécial : au moyen de deux murs construits perpendiculairement à la façade, on improvisa deux chambres funéraires que séparait un vestibule, limité à ses extrémités par la porte du pronaos et par celle de la chapelle. Ces murs

l^' rfLire àpyvpiov, ou bien supprimer Xoyov.v

'2' [Dans les papyrus, on rencontre souvent la majuscule C employée pour Ç avec la valeur 6, alors que E est réservé pour le nombre 200.]

1^' Edgar, Annales du Serv. des Antiquités, XXH, p. 78. — Edgar se demande si l'invocation poétique adressée à Petosiris n'est pas elle-même une plaisanterie. Je ne le crois pas; je la tiens pour inspirée par les sentiments les plus sincères de déférence envers un mort que le pèlerin grec considérait comme un demi-dieu. Cf. cidessus, p. 9.

Le Tombeau de Pelosirii, i" partie. ''

étaient en briques crues, recouvertes d'un crépi blanchi au lait de chaux : une baie pratiquée au milieu de chacun d'eux donnait accès à la chambre funéraire; elle était fermée, non par un vantail, mais par des briques simplement posées les unes sur les autres, qui, au moment du déblaiement, ne tardèrent pas à céder sous la pression du sable accumulé derrière elles (voir pi. 58, — i).

La chambre funéraire de gauche renfermait dix cadavres sommairement momifiés, dont plusieurs avaient le visage recouvert d'un masque en plâtre doré''^; de la poterie grossière, un oushabti en calcaire, un fragment de papyrus hiératique'"'^ y furent trouvés. Sur le linteau de la porte se lisait une inscription, en une seule ligne, tracée au pinceau noir, incomplètement conservée et à demi effacée, dont je n'ai pu prendre qu'une copie rapide; elle donnait les noms de quelques-uns des membres de la famille à qui appartenait ce tombeau improvisé, et dont plusieurs, semble-t-il, moururent sans enfants (aTSxvot); elle leur adresse à tous le souhait de repos et de paix (eO\|/vp(^(e)rT£) :

TdÇ>os 6vvMÇ>po\)^^^ Kai Ùpov jcai N£ff[. . . •]'^<ou [ ] ârexpor eC-^v-

La chambre funéraire de droite ne contenait que quatre cadavres : avec eux, de nombreux vases, une lampe portant l'empreinte d'une grenouille, etc. L'inscription peinte sur le linteau de la porte était fort incomplète :

Èpfictios ÈpwSov dSzXÇios '"^ koÙ crv[ ....

Sur le mur, un graffite donnant quatre dates, qui sont probablement celles du décès des quatre personnes enterrées dans la chambre :

nAOlNI (sic) W

nei<t>ei {sk) \z

XIAX Kë

«AMeNCoe le

Nous avons retrouvé, dans le vestibule séparant les deux chambres funéraires, un fourneau bas en briques, qui était encore rempli de cendres; c'était, je pense, une sorte d'autel servant à la célébration des sacrifices aux quatre anniversaires précités.

<" Un seul masque a pu être sauvé : Musée du Caire, Journal, n° 46789.

12' Extrait de litanies en l'honneur de Sekhmet, en une écriture que l'on peut rapprocher de celle du papyrus Rhlnd (fin du i" siècle avant J.-C. ou début de notre ère), Musée du Caire, Journal, n° i66o6. '^' Corriger : Ùvvwppiov.

'*' On avait d'abord tracé AAA<t>OY. On a peint un C sur Y final, et ajouté € au-dessus et à droite de A.

Dernier de'tail : le sol, à l'extérieur du tombeau, s'étant exhaussé peu à peu au cours des années, il arriva que le parvis ne fut plus de plain-pied avec le pronaos. Pour accéder aux deux chambres funéraires, on fut donc obligé de construire, en travers de la porte d'entrée, un escalier de cinq marches en briques crues, qui aboutissait au vestibule : on l'aperçoit à l'angle gauche de la photo i , sur notre planche 58.

Il va sans dire que le déblaiement du Tombeau de Petosiris exigea la démolition immédiate de toutes ces constructions parasites.

Avant même qu'on eût transformé en cimetière l'intérieur de la chapelle et du pronaos, on avait commencé à bâtir au long des murs extérieurs du Tombeau des chapelles funéraires, dont un certain nombre, du côté ouest, ont été suffisamment dégagées pour qu'on en pût lever le plan (voir pi. 1). Ce groupe comprend sept chambres (marquées a, b, c, à, e,f,g)c[m toutes, sauf la chambre e, sont construites en briques crues; elles étaient surmontées d'une coupole. Les chambres a el b communiquent; dans l'angle sud-est de la seconde, se dresse une sorte de mastaba en pierre (a m. o5x i m. 20), haut de o m. lip, à la surface duquel reposaient trois cadavres; deux autres cadavres étaient étendus à même le sol, le long de la paroi ouest. La chambre c paraît n'avoir été qu'un couloir menant à la chambre d, sur les murs de laquelle se lisent deux graffites intéressants. D'abord, non loin de la porte :

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