CHAPITRE III
Le Tombeau de Petosiris est le monument le plus complet qui nous soit parvenu des années marquant la transition entre l'e'poque saïto-persane et l'ëpoque ptolémaïque. C'est un document de premier ordre pour l'étude de l'art égyptien vers la fin du iv' siècle, quand les écoles indigènes produisent leur dernière floraison et qu'apparaissent les premières manifestations de l'art grec. On se contentera d'esquisser ici les grandes lignes de cette étude, et de montrer en particulier comment l'artiste qui décora le Tombeau de Petosiris a compris et traité le bas-relief.
Mettons à part les tableaux rituels, ceux par exemple (pour ne citer que les plus importants) qui ornent le long mur est de la chapelle : ils reproduisent des scènes religieuses (épisodes de la cérémonie des funérailles '')) bien connues par les tombeaux thébains et sont exécutés, en ce qui concerne les attitudes, les gestes et les costumes, selon la méthode traditionnelle'"^'. Ce sont, notons-le, de ces tableaux religieux qu'on rencontre à l'exclusion de tous autres, et répétés à profusion, au tombeau fameux de Patuamenap ''', que de consciencieux artisans de la XXVP dynastie avaient construit sur les pentes de l'Assassif et décoré à l'imitation des syringes royales.
Les décorateurs du Tombeau de Petosiris firent preuve de plus d'éclectisme et de fantaisie : longues théories de porteurs et porteuses d'offrandes, scènes de métiers manuels, travaux des champs, élevage des bestiaux, couvrent parois et soubassements, rappelant les motifs usités dans les mastabas memphites, dans les hypogées de la Moyenne-Egypte, et dans certains tombeaux de la XVIIP dynastie, ceux entre autres de Rekhmara et de Paheri. Ces sujets ne sont pas seulement traités avec la précision, la souplesse, l'abondance qui caractérisent la renaissance de l'art à l'époque saïte, mais on y observe ce sens de la vie, cette recherche du pittoresque, cette intensité du mouvement, qui ont été, de tout temps, la marque de l'école hermopolitaine'*', et qui n'ont pu que s'affirmer et s'accentuer sous l'influence de l'art grec.
Prenez les porteuses d'offrandes '^', et voyez avec quelle heureuse variété sont exprimés
"' Planches 28 à 3Â, et cf. ci-après, chap. tu, section II.
'"' Une autre scène, de style purement égyptien, et bien caractéristique, est celle de Nout dans son sycomore (pi. 25, — i). — La décoration de la façade est aussi de caractère religieux, mais elle rappelle, comme je l'ai dit ci-dessus, les scènes d'offrandes qu'on voit gravées aux murs, non pas des tombeaux, mais des temples de l'âge classique.
'" DiJMicHEfi , Der Grabpalast des Paluamenap.
^*' Maspeho, Egypte (collection tf Ars Unan), p. 66.
W Planches 20-21, 35-3G, /i6-/i9.
leurs gestes et leur physionomie individuelle. Gomme 1 écrivait Maspero de celles qui décorent un bas-relief du tombeau de Zanoier'-'^ crelles ne sont pas toutes dessinées sur un poncif uniforme. L'artiste les a conservées jeunes selon la tradition des écoles anciennes, mais elles n'ont plus les rondeurs menues et d'apparence virginale qui plaisaient tant à ces écoles; il leur a donné le sein lourd, la taille épaisse, le ventre gonflé, la cuisse élargie, la démarche ferme des femmes mères.» Il les a souvent représentées accompagnées de leurs enfants, et dans cette représentation même on saisit la différence qui sépare nos bas-reliefs des bas-reliefs thébains : au tombeau de Rekhmara par exemple'^', des femmes captives s'avancent vers un scribe qui les dénombre, tenant par la main leurs enfants ou les portant dans une hotte de cuir : les gestes des mères et des enfants sont raides, leur démarche guindée, leur attitude uniforme. Dans notre tombeau, au contraire, l'artiste s'est plu à dessiner différemment chacun de ses personnages, à introduire de la variété dans leur allure et leurs mouvements. Voici une mère qui essaie de retenir par le bras un garçonnet, court-vêtu, qui gambade à ses côtés en brandissant un canard au-dessus de sa tête; une autre tient sur le bras gauche son bébé endormi, accroupi dans le pli de son chiton; celle-ci porte son enfant à bras tendus et l'embrasse; celle-là le porte à califourchon et, lui saisissant une jambe, elle l'attire doucement vers son visage, dans un geste gracieux, quoique maladroitement rendu.
La même diversité s'observerait parmi les porteurs d'offrandes — qui, en règle générale, alternent avec les porteuses : les visages, les coiffures, les costumes, les poses, les accessoires sont, pour chacun d'eux, soigneusement différenciés. La présence de nègres et de négrillons, fermant la marche de l'une des théories, ajoute encore une note de pittoresque à cette procession qui se profile, animée et presque joyeuse, au milieu des couronnes, des guirlandes et des fleurs.
On est peut-être moins frappé, de prime abord, par l'attitude, pourtant si naturelle et aisée, des paysans au labour ou à la moisson, parce que l'on songe malgré soi aux scènes du même genre, débordantes de vie, qu'avaient sculptées les maîtres incomparables de l'époque memphite. Mais les avoir égalés dans l'art d'animer ses tableaux n'est pas pour l'auteur de nos bas-reliefs un faible mérite. Son souci de réalisme se trahit d'ailleurs, d'une façon plus sensible à nos yeux, par l'effort évident qu'il a fait pour échapper à ce que Maspero appelait wla loi de malformation '''», c'est-à-dire pour établir des figures selon les règles vraies de la perspective : s'il n'est jamais arrivé à représenter complètement de face un seul de ses personnages'*', en revanche il a réussi à en poser plusieurs parfaitement de profil. D'autre part, il semble avoir voulu donner aux ouvriers manuels, aux travail-
"' Maspero, Le Musée Egyptien, II, p. 89; cf. Egypte (coUection «Ars Unaii), p. 271.
'*' ViREY, Le Tombeau de Rekhmara, pi. VIII.
''' Maspero, L'Archéologie égyptienne^, p. 177.
'*' Le semeur de l'inscription 48 (5) — planche 13 — est le mieux réussi à ce point de vue.
leurs des champs, le costume que ceux-ci portaient de son temps : ils ne sont pas nus, ou couverts d'un simple pagne, comme le sont toujours les paysans égyptiens de l'époque pharaonique; mais ils portent une tunique souple, analogue à la galabiéh du fellah moderne, et qui, le plus souvent, est retroussée jusqu'aux genoux. Cette sorte de longue chemise devait être, au iv'= siècle, le vêtement ordinaire des petites gens. Quelque cent ans plus tard, nous en voyons revêtus les laboureurs, jardiniers, bergers, dont les statuettes grecques d'Egypte, en bronze ou en terre cuite, nous ont conservé l'image ''l Gomme certains de ces travailleurs'^', nos paysans sont également coiffés, pour se mettre à l'abri du soleil, d'un curieux bonnet conique'^' : ce bonnet, ainsi que l'a observé Perdrizet, devait être fait en quelque chose de léger, feuillage, paille ou papyrus''''; et, de fait, on a trouvé un bonnet de ce genre, en paille, dans un tombeau thébain, parmi d'autres objets paraissant dater du viii^ ou du vu* siècle'^', ce qui prouve d'ailleurs que la mode de cette coiffure était établie depuis longtemps en Egypte. Un certain nombre de nos laboureurs portent toute la barbe, mais d'autres ont le visage glabre; et tandis que les uns ont une abondante chevelure bouclée, les autres sont chauves et ont le front couvert de rides.
Partout le peintre est venu, comme de coutume, à l'aide du sculpteur. Les bas-reliefs, ainsi que les signes hiéroglyphiques''^', étaient enluminés de couleurs vives, particulièrement bien conservées sur les quatre parois de la chapelle et sur le mur est du pronaos '"'. Les soubassements, exposés au contact des cadavres qui furent postérieurement déposés dans le tombeau'"^', ont naturellement plus souffert que les parties hautes : certains des porteurs et porteuses d'offrandes ont cependant gardé tout leur coloris. La peinture ne mettait pas seulement en valeur le modelé du relief, elle complétait la sculpture et suppléait à ses insuffisances. Sans la couleur, on ne s'expliquerait pas, par exemple, ainsi que
l^' P. Perdrizet, Bronzes grecs d'Egypte de la collection Fouqiiet, p. 77-78, n°' ii3, 11 4, 11 5, 117, 119, et pi. XIX, XXIX; Les terres cuites grecques d'Egypte de la collection Fouquet, p. 167, n" 5o5, et pi. CXIV.
12' P. Perdbizet, Bronzes grecs, p. 77, n"" 1 13, i li, et pi. XXIX; Les terres cuites grecques, p. i63, 11" i65, et pi. CXIL
'^1 Voir nos planches 13, 14, 15.
'*' Les terres cuites grecques, p. i63, n° 465.
'*' H. ScHÂFER, dans Berliner Museen, Ui' année, fasc. 1-2, p. 16.
'*' Les couleurs qui rehaussaient les signes hiéroglyphiques ne sont pas partout également bien conservées, mais la trace en est visible sur tous les murs. Elles brillent en particulier du plus vif éclat aux inscriptions 70- 73, 104-105, 115 (partie supérieure). L'emploi qui en est fait est intéressant. C'est ainsi que les parties du corps —, <=, jj, -— sont rouges; l'homme accroupi ^ a les chairs rouges et porte un pagne blanc; sur la face t rouge se dressent des cheveux bleu foncé ; le visage de • est rouge et la takiéh couvrant la nuque est blanche. Le scarabée ^ est noir; noir aussi le taureau '^. L'ibis "^ a le corps blanc, le cou et le croupion noirs, conformément à la description d'Hérodote, II, 76 (et cf. Lieblein, Que mon nom fleurisse , IV, 5 : «je suis Ibis avec la tète noire, le ventre blanc, le dos bleu »).
(') Voir les aquarelles des planches 14, 15, 21, 31, 36, 42, 47, 48, 53.
(" Cf. ci-dessus, p. 2 5.
Le Tombeau de Peloiirit, 1" partie.
Ta fait remarquer Maspero^^', l'espèce de «peignoir», couvrant seulement l'épaule, le dos et les reins, que portent quelques femmes du bas-relief de Psammetichos-Nefersam, et qu'on retrouve, maintes fois répété et généralement colorié en vert, au Tombeau de Petosiris, sur les longs soubassements de la chapelle : une dizaine de porteuses d'offrandes'^' sont revêtues de ce manteau aux proportions étriquées et exiguës, dont les pans généralement arrondis s'arrêtent aux jarrets; mais grâce à la peinture, on se rend compte que ce curieux vêtement recouvrait en réalité une robe longue, faite d'une étoffe qui collait au corps et si transparente que parfois le nombril est visible sous le léger tissu , robe dont seul le pinceau du peintre avait pu habiller les corps que le sculpteur avait préalablement modelés. Chose étrange, ce petit manteau n'est pas spécial au costume féminin : plusieurs hommes ''' le portent par-dessus un pagne très court qui, comme la tunique des femmes, est simplement peint'*'.
Le goût du réalisme, le souci de l'observation exacte, qui sont parmi les caractéristiques de nos bas-reliefs, peuvent être attribués, pour une part au moins, à l'influence de l'art grec, quoiqu'il soit difficile de préciser dans quelle mesure les décorateurs du tombeau se sont inspirés du style et de la technique des artistes grecs et ont, èi l'école de ceux-ci, modifié ou perfectionné les traditions de l'école hermopolitaine. Où cette influence est manifeste et réellement perceptible, c'est dans diverses particularités du costume, qui n'ont assurément rien d'égyptien. Ainsi, il est vraisemblable qu'à Hermopolis les femmes de qualité portaient, selon la mode égyptienne, le sarrau collant dont nous voyons vêtues les filles de Sishou aux funérailles de leur père, et les hommes de même classe devaient porter soit une tunique, soit un jupon long, attaché aux épaules par une bretelle ou fixé aux reins par une ceinture. Or, sur les murs de notre tombeau, un certain nombre de porteuses d'offrandes, qui paraissent être des membres de la famille ou des amies, plutôt que des servantes, — en particulier les femmes du beau bas-relief qui orne le soubassement sud-est du pronaos '^', — sont représentées vêtues, à la grecque, du yiTwv iroSriprjs, que recouvre soit l'ample Ifidriov, soit le TreirAos plus court. D'autre part, Petosiris, ses parents, ses intendants, sont presque toujours enveloppés dans Yifidiiov à bordure cré-
'" Le Musée Egyptien, II, p. 76.
>^' Sur le soubassement ouest, porteuses n°' 2, lo, i«, ili, 16, 22; sur le soubassement est, porteuses n°' 12, ai, 24 (robe longue nettement indiquée sous le petit manteau).
'" Sur le soubassement ouest, porteurs n"' 11, i3, 17, 21; sur le soubassement est, porteurs n°' 3, 28,
'*' Le pagne du porteur d'offrandes n° 1 1, côté ouest (pi. 49), est particulièrement bien conservé. Le porteur n° 21 (pi. 46, haut) paraît être, par contre, complètement nu sous son petit manteau.
Rappelons que ce petit manteau apparaît encore sur un bas-reliel' récemment trouvé à Kôm el-Faraîne : H. Gauthier, Annales du Serv. des Antiquités, XXI, p. 3o et pi. II.
(5> Planches 20 et 21.
nelée, quon est convenu d'appeler le «manteau macédonien», et que Maspero avait déjà signalé, en soulignant son origine, sur les bas-reliefs de Zanofer'''.
Mais c'est surtout dans la grande composition gravée sur le soubassement sud-ouest du pronaos que se manifeste, de façon éclatante, l'inftuence de la civilisation et de l'art grecs. L'artiste, s'efforçant ici de rompre avec la tradition égyptienne et d'innover, a eu l'ambition de traiter, à la manière grecque, un sujet grec, — la réunion de la famille autour du tombeau, à l'occasion d'un sacrifice offert au mort héroïsé'^'. Sans doute, l'exécution n'est pas de tout point satisfaisante : elle comporte des maladresses et des hésitations, elle révèle certaines ignorances''^'; mais l'artiste a évidemment fait effort pour échapper à la tyrannie d'habitudes millénaires, et certaines figures — les femmes participant an sacrifice, l'adorante, la pleureuse accoudée à la colonnette — ne sont pas indignes des modèles grecs qu'il dut avoir sous les yeux '^l
Est-ce à Hermopolis même qu'il avait pris contact avec l'art et la culture helléniques? Dès la XXVP dynastie, les Grecs s'étaient répandus en Egypte; ils durent, après la conquête d'Alexandre, achever de s'y installer, et l'on sait, au surplus, que Ptolémaïs, à 200 kilomètres au sud d'Hermopolis, fut fondée par Ptolémée I" Sôter. L'hypothèse d'une réelle infiltration grecque en Moyenne-Egypte, à la fin du iv" siècle, n'est donc pas inadmissible. Aussi bien peut-on supposer que le décorateur du Tombeau de Petosiris s'était initié à l'art grec dans une école de Memphis. C'est de Memphis que proviennent les bas-reliefs de Psammetichos-Nefersam et ceux aussi de Zanofer'^', où l'on a reconnu avec raison la marque de l'influence grecque. Maspero attribuait les premiers à la XXIX" ou à la XXX" dynastie; quant aux seconds, tout en admettant qu'ils pouvaient remonter à la XXX" dynastie, il était plutôt enclin à les faire descendre jusque sous le règne de l'un des premiers Ptolémées'"*, — ce qui était sans doute trop abaisser leur date'''. En tout cas, étant donné les analogies qui existent entre ces œuvres magistrales produites par une école du Delta '*'
'•' Maspero, Le Musée Egyptien, II, p. ■^'j, 8i, 90.
(2' Planches 19 et 22, — 2 ; cf. ci-après, chapitre iv, section IV.
('' Par exemple, en dessinant la chapelle funéraire qui forme le centre du tableau, l'artiste a adapté à une façade de pur style grec une porte à panneau mobile et à double volet, dont le modèle lui avait sans doute été fourni par les monuments égyptiens d'Hermopolis.
'*' A défaut de statues ou de bas-reliefs grecs traités dans le grand style de l'époque classique , les artistes égyptiens ont pu connaître et étudier, comme le pense Maspero {Le Musée Egyptien, II, p. 9 1), des exemplaires delà belle céramique grecque des vi°, \° et iv' siècles, dont on a retrouvé, surtout en Basse-Egypte, tant de spécimens mutilés.
'*' Cf. Bissing-Bruckmajcn, Denkmàler œgypt. Skulptur, S 101, note 24.
(«' Le Musée Égyptien, II, p. 92. Cf. Égijpte (collection «Ars Unaw), p. 27/1.
1" Schàfer, citant celui des bas-reliefs de Zanofer donné par Tigrane pacha au Musée d'Alexandrie [= Maspero, Le Musée Égyptien, II, p. SU et pi. XXXIX, B], estime qu'il date traus der Zeit bald nach der persischen EroberungT [Berliner Museen, 42" année, fasc. 1-2, p. 22).
'*' Comparer aussi les bas-reliefs de même style récemment acquis par le Musée du Louvre, et étudiés par G. Béhédite, Monuments Piol, XXV, p. 1-28 et pi. IV-VL
et les reliefs du Tombeau de Petosiris, il n'est pas téméraire d'aflirmer que ces reliefs, notamment le sacrifice en l'honneur du mort héroïsé, ont été sculptés à une date très voisine de l'an 3oo.
De même que les bas-reliefs du Tombeau de Petosiris reproduisent souvent, non sans originalité, des scènes empruntées à la décoration des tombeaux mempbites et thébains, de même bon nombre des inscriptions sont, comme on peut s'y attendre, soit tirées textuellement, soit plus ou moins inspirées de la littérature religieuse et profane des époques antérieures : je signalerai les diverses sources au cours de mon commentaire.
On verra notamment que les Pyramides (Sethe, Pyramidentexle , 266, 9 6 9-2 y 5) ont fourni le texte de nos inscriptions 66 et 67; plusieurs chapitres du Livre des Morts sont reproduits, intégralement ou en partie : chapitres 18 (inscr. 80), li9. (inscr. I/18), 67 (inscr. 68), 72 (inscr. 151), 128 (inscr. 66), sans compter maintes citations empruntées aux chapitres 89, 125, 126, 168 et autres; la cérémonie des funérailles et de Y ouverture de la bouche (inscr. 82) est accompagnée de certaines des formules rituelles que Schiaparelli a recueillies au Libro deîFunerali; et maintes phrases de l'inscription 60 proviennent des grands hymnes solaires (hymnes d'El-Amarna, hymne à Amon-Rê du Caire, hymnes du Livre des Morts, hymne d'Horus et de Seth, hymne de Darius).
Des formules remontant à l'Ancien et au Moyen Empire se rencontrent de-ci de-là, empruntées à divers tombeaux des premières dynasties ''* et à celui d'Hapidjefa '^', aux stèles de Sehetepibrê et de Mentouhotep (du Musée du Caire) *'^; et divers passages des inscriptions 58 (1. 32-33) et 61 (l. 17) font penser que notre scribe était familier avec les Aventures de Sinouhe (^Sinuhe B, 82, 8^).
Il ne l'était pas moins avec les textes de la XVIII" dynastie, si l'on en juge par les citations ou les réminiscences du tombeau de Paheri, de celui d'Inni, du Speos Artemidos, des inscriptions de Beki, de Bakenkhonsou '*', etc.
Il est à présumer enfin qu'il avait à sa disposition les mêmes manuscrits de basse époque que les scribes qui composèrent les inscriptions du sarcophage de Taho (du Musée du Caire)'^^ et du cercueil de Panehemisis (de Vienne), ou celles qui décorent le torse d'une statue du temps d'Apriès, conservée au British Muséum '"^l
'" Sethe, Urkunden, I, Zio, U; ig, U; 5o, a; Sa, i5; 72, 9; 78, 10; i92, 17, etc.
'''■ Griffiih, Siût, pi. 6, ]. 267 (= inscr. 116, 1. 6) : Je tombeau d'Hapidjefa a également fourni quelques formules au graveur du sarcophage de Plf-t',w-mn (H. Gauthier, Monuments Plot, XXV, p. i83).
>=»' Voir inscr. 62, 1. 2; 58, 1. 10; 138, 1. 1 et 2.
(*' Voir inscr. 62, 1. 3; 81, 1. 87; 116,1. Z.,etc.
'^' Voir les inscriptions des quatre piliers A, B, G, D, aux chapitres vu et viii.
'*' Inscr. 55, 1. 2 : même source d'inspiration pour le sarcophage de Plf-t>w-tmn (H. Gauthier, ibid., p. i83i84).
Ces emprunts à la vieille littérature religieuse, ces rémini.scences de formules égyptiennes anciennes n'ont rien que de naturel dans un tombeau de cette époque. Ce qui surprend, c'est d'y trouver une série de textes philosophico-religieux, formant un ensemble original, qui appelle la comparaison, tant pour les idées que pour la forme et l'expression, avec certains passages des Livres sapientiaux, des Psaumes et de quelques autres écrits de la littérature hébraïque.
Ces textes, qui nous font pénétrer dans l'âme d'un prêtre égyptien d'Hermopolis vers la fin du iv" siècle, se présentent à nous, comme les Maximes de Plahhotep ou les Enseignements d'Amenemhei l", sous forme d'instructions {iblji) — instructions qui ont d'autant plus de valeur que c'est un mort qui, du fond de sa tombe, cherche à persuader les vivants, leur faisant connaître les résultats de sa propre expérience, et leur exposant les faveurs et les avantages réservés, dans ce monde et dans l'autre, à tom ceux qui craignent Dieu et qui marchent dans sa voie.
Voici les principaux de ces textes et les passages de la Bible (cités d'après la Vulgate), dont il V a lieu de les rapprocher.
IiNSCR. 115, 1. 3.
Celui qui marche sur ta route, il ne trébuche pas : depuis que je suis sur terre jusqu'à ce jour où je suis arrivé aux régions parfaites, il n'a pas été trouvé de faute en moi
Inscb. 116, 1. 3-6.
0 Wvants. . . , si vous écoutez mes paroles, si vous vous y attachez, vous en éprouverez l'utilité.
Elle est bonne la route de celui qui est fidèle à Dieu ; c'est un béni celui que son cœur dirige vers elle.
Je vous dirai ce qui m'est advenu , je ferai que vous soyez informés des volontés de Dieu, je ferai que vous pénétriez dans la connaissance de son esprit.
Cum adhuc junior essem, quaesivi sapien-
tiam Ambulavitpes meus iter rectum, a juven-
tute mea investigabam eam Zelatus sum bo-
num et non confundar {Eccli., 5i, i8-2 4<").
Semita justi recta est, rectus callis justi ad ambulandum (/s., 26,7 '^').
Ergo accipite disciplinam per sermones meos, et proderit vobis [Sap., 6, 97 ''').
Beati onincs qui timent Dominum, qui ambulant in viis ejus [Ps., 197, 1).
Nunc ergo, filii, audite me , audite disciplinam et estote sapientes [Prov., 8, 39-33).
'"' La Vulgate est conforme au texte du Siracide. Le fragment hébreu , découvert en 1 899 . est quelque peu différent , mais il est probable qu'il ne correspond pas à la rédaction originale.
''> haie, chap. 26 = Apocalypse d'haie. — Il faut noter qu'Osée avait déjà fait allusion aux «voies droites du Seigneur, où marchent les justes» {Os., i4, 10).
''' Grec : «Sure -natlsveads rois (nifxxaiv ftov, x«i «i^e- Xrjdrjtreerde. — Cf. Prov., h, 1.
Si je suis arrivé ici, à la ville d'éternité, c'est que j'ai fait le bien sur la terre, et que mon cœur s'est complu sur le chemin de Dieu, depuis mon enfance
jusqu a ce jour
Toute la nuit l'esprit de Dieu était dans mon âme, et dès l'aube je faisais ce qu'il aimait.
J'ai pratiqué la justice, j'ai détesté l'iniquité
Je n'ai pas frayé avec ceuï qui ignoraient
l'esprit de Dieu
J'ai fait tout cela, en pensant que j'arriverais à Dieu après ma mort, et parce que je savais que (viendrait) le jour des seigneurs delà Justice, quand ils feront le partage, lors du Jugement (^l