Celui dont le cœur est ferme sur la voie de Dieu
affermie est son existence sur la terre. 3-h. Celui qui a dans l'àme une grande crainte de Dieu,
grande est sa félicité sur la terre.
Et il n'est pas douteux que des phrases comme : «elle est bonne la route de celui qui est fidèle à Dieu; c'est un béni celui que son cœur dirige vers elle», — ou : cr toute la nuit l'esprit de Dieu était dans mon âme, et dès l'aube je faisais ce qu'il aimait r, ne soient construites selon le même procédé. Or, c'est également le w parallélisme « qui régit, on le sait, la poésie hébraïque. Je signale, sans y insister, cette analogie purement extérieure.
La similitude des expressions et des idées est d'un plus grand intérêt. Cette similitude est frappante. Et comme les livres hébraïques, dont j'ai cité des passages, sont, dans l'ensemble, plus récents que les textes du Tombeau de Petosiris, devrons-nous conclure que ceux-ci sont la source ou le prototype de ceux-là? 11 est de mode aujourd'hui de souligner, sinon d'exagérer, l'influence de la pensée égyptienne sur la littérature sacrée des Juifs'"' : n'est-on pas allé jusqu'à prétendre que les soi-disant livres prophétiques des Égyptiens étaient la source principale du prophélisme hébreu*^'?
Les Juifs entretinrent de tout temps des rapports suivis avec les Egyptiens; notamment, pendant les années de la captivité, beaucoup d'entre eux vinrent s'installer en Egypte où ils eurent, comme à Eléphantine, des colonies florissantes dès la fin du vi" siècle. Il n'est donc pas impossible que les rédacteurs de certains Psaumes, des Proverbes, de l'Ecclésiaste, de l'Ecclésiastique, de la Sagesse, aient connu les écrits religieux égyptiens de l'époque saïto-persane, et que, des traités didactiques élaborés dans les collèges sacerdotaux, tels que celui d'IIermopolis, quelques expressions, quelques formules soient passées dans leurs propres compositions '''. Mais il est peu vraisemblable, en tout cas, que les Hébreux, si particularistes en matière de religion, si jaloux de leurs croyances, aient été jusqu'à modifier, au contact et sous l'influence d'un autre peuple, le fond même de leurs concepts moraux et métaphysiques.
Aussi bien, si le leitmotiv consistant dans l'éloge de la crainte de Dieu et l'énumération des avantages réservés à l'homme qui marche sur les voies du Seigneur, se développe, en un parallélisme évident, dans les inscriptions du Tombeau de Petosiris et dans les versets que j'ai assemblés des Psaumes et des Livres sapientiaux, il existe néanmoins entre ces deux catégories de textes une différence fondamentale, qu'il ne faut pas négliger. Ce que le pieux Israélite attendait de lahvé en échange de ses bonnes actions, c'était une récom-
'" En dernier lieu, Mace, The tnjluence of Egypl on Hebreiv Itterature, dans Annals of Archœohgy and Anthropology (Liverpool), IX (1939), p. 3.
'-' Lance, Prophezeiungen eines œgyptischen Weisen , dans Sitzb. der kôn. Preuss. Akad., igoS, p. 601; Meyer, Die hraëliten und ihre Nachbarstàmme , p. 45i.
''' Il est curieux de trouver dans la Stèle de Naples, contemporaine des inscriptions de Petosiris, des passages comparables également à certains textes des livres sacrés; ainsi : ligne 1 1 (Sethe, Urkunden, II, ^> 5) : 0^ r]|^ f7^ j'^=f f ^'^'ï^ ^ Zll"^')!^ ^^^^ tuèrent des milliers et des milliers auprès de moi, mais aucun (?) ne leva sa main contre moin, cf. Psaume 90, 7 : codent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis; ad te autem non appropinquabit. Le passage où Samtoutefnekht dit ff qu'aucun cheveu n'a été enlevé de sa tête'i (Idem, ibid., II, II, 16) pourrait être aussi comparé h Luc, 21, 18, cl Actes, 27, 34.
pense purement temporelle, son propre bonheur en ce monde, ou la prospérité de sa nation : wBieaheureux tous ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans ses voies. Tu mangeras le fruit de tes travaux, tu es heureux et lu prospères. Ta femme sera comme une vigne féconde dans l'intérieur de ta maison; tes enfants, comme de jeunes plants d'oliviers, autour de ta table. Ainsi sera béni l'homme qui craint le Seigneur. Que le Seigneur te bénisse de Sion, et que tu voies le bonheur de Jérusalem, tous les jours de ta vie. Et que tu voies les fds de tes fds. Paix sur Israël» [Psaume 127). Le pieux Égyptien attend bien, lui aussi, de son maître Thot, la félicité sur la terre, la richesse, les honneurs, une famille nombreuse et prospère, de longs jours, une fin heureuse; mais il espère en outre une récompense ultra-terrestre. Il ne pense pas seulement à la vie présente, il a encore le souci de ses fins dernières : «Si je suis arrivé ici, à la ville d'éternité, c'est que j'ai fait le bien sur la terre -o (inscr. 116, 1. li), — ffj'ai fait tout cela, en pensant que j'arriverais à Dieu après ma mort'^^ v (inscr. 116, 1. 6), — rrtu as marché sur la voie de
ton maître Thot; aussi, après avoir accordé que ces faveurs t'échussent sur terre, il to gratifiera de faveurs semblables après (ta) mort v (inscr. 61, 1. 3i). Cette idée de
rémunération dans l'autre monde est absente des textes hébreux les plus anciens, qui s'en tiennent à la promesse de récompenses terrestres et n'admettent pour l'homme, après cette vie, qu'une pâle survivance'^'. Ce n'est qu'au temps du mouvement macchabéen qu'on voit apparaître un concept plus précis de l'immortalité, entraînant, comme corollaire, la recommandation — ■ si familière à la religion populaire de l'Egypte''' — de prier pour les morts '*'.
Le parallélisme que nous avons constaté se réduit donc, probablement, à une rencontre fortuite d'expressions et d'idées'^'; il importait cependant de mettre en lumière ces curieuses analogies, puisqu'elles nous permettent de nous rendre compte du degré de perfection que pouvait atteindre la religion de certains prêtres égyptiens, au iv'' siècle avant notre ère.
(•' Idée et formule qui se rencontrent déjà au tombeau d'Hapidjefa, Griffith, Siût, pi. 6, 1. 267.
t'" tfH n'y a ni activité, ni pensée, ni sagesse dans le chéol où tu \asv, dit l'Ecclésiaste (9, 10; cf. 9, 4-5), à la fin du m* siècle.
(^' Cf. H. SoTTAS, La préservation de la propriété funéraire , p. 6/1-79. — Au Tombeau de Petosiris, le mort demande souvent aux vivants de l'assister de leurs prières, et pour les y encourager, il leur dit : «Dieu lui-même
rémunérera le geste de celui qui agira pour moi (le mort) : qui me fera du bien, il lui en sera fait, et
qui me fera du mal, il lui en sera fait aussi; car je suis un imakhou de Dieu, lequel accordera que vous soyei traités de façon semblable par ceux qui viendront après, pendant toute la durée des temps rt (inscr. 125, 1. 4-5). Cf. inscr. 56, 89, 137.
(4! 9 Mac, 12, 43-46.
l^' Rencontre fortuite, au même titre sans doute que celle des idées communes à la religion des Perses et à la religion des Juifs; car on n'a pas manqué non plus de se demander si le Judaïsme n'avait pas emprunté au Parsisme tel de ses dogmes, celui de la résurrection en particulier. Cf. à ce sujet, Sôdebblom. La Vie future, p. 3i4 et seq.; V. Henry, Le Parsisme, p. 280-286.
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Le Tombeau de Petosiris j i" partie.