LE "BUCHER
1 rêtre des anciens dieux, fils de la vieille Attique,
Tu n'as jamais aimé le squelette gothique,
Et l'art plus consolant des Païens t'était cher
Voilant les os hideux des splendeurs de la chair.
Pourtant sur ton front pâle on a cloué la bière,
Poëte, et dans le noir gazon du cimetière,
Sous le balancement des longs cyprès en deuil,
On a profondément enfoui le cercueil :
Et nos cœurs étaient pleins d'une tristesse amère.
Va, nous aurions voulu vers la Grèce ta mère
T'emporter, ô doux maître, et, disciples pieux,
Te dresser sous l'azur un bûcher glorieux.
La flamme aurait rougi les vastes mers lointaines \
Debout sur son tillac, le matelot d'Athènes
Aurait pu voir, pensif, dans la tiédeur du soir,
Pareils à la vapeur fine d'un encensoir,
Ou bien à la fumée au loin d'un feu de pâtres,
Monter, clairs et légers, les volutes bleuâtres.
A l'aube nous aurions longtemps suivi des yeux
Le suprême flocon envolé vers les cieux,
Puis, récolteurs émus de tes cendres .chéries,
Traversant les vallons en longues théories,
Nous aurions déposé Furne de marbre blanc
Au bord d'un fleuve bleu sous les branches tremblant.
Dans le Paros, parmi les festons de l'acanthe,
L'art aurait évoqué le faune et la bacchante
Et les divinités indulgentes des bois ;
Chœur dansant, visions exquises d'autrefois ;
Et les buissons fleuris seraient pleins de colombes,
Car leur frêle blancheur est douce auprès des tombes.
Dans ce bois consacré ton esprit souverain,
Poëte, aurait plané sur le marbre serein,
Et lorsque, le cœur las des hommes et des choses,
Nous t'aurions visité parmi tes lauriers-roses,
Pèlerins consolés, nous aurions bu souvent
Un peu de ta grande âme éparse dans le vent !
VIET^E ELZÉoA^.
6a LE TOMBEAU
THÉOTHILE GoAUTIE^
on, il n'est pas éteint ce foyer dont la flamme Épandit ses rayons sur le monde charmé : Rien ne le ternira, ce laurier renommé; Rien ne la brisera, cette vaillante lame.
La Mort vint sur ta lèvre, ô Poëte acclamé, Poser furtivement son précieux dictame; Délivré maintenant, maintenant transformé, Tu peux boire à longs traits l'idéal de ton âme.
Vers le Gange sacré s'envole ton essor; Ami du clair soleil et des nuits constellées, Tu traverses l'éther dans un nuage d'or...
A tes yeux, à ton cœur les Sphères déroulées Vont livrer des couleurs et des strophes ailées... Dans l'infini des temps tu chanteras encor.
oALFTiEl) <DES ESScATiTS.