LÉO^C VIE'H.X
UUS^E LQA<RJME "DE GISELLE
^ur le cercueil, couché dans le fond de la tombe, On entend résonner la terre qui retombe A temps égaux. Le prêtre a fermé son psautier. La France pleure, en deuil, Théophile Gautier.
La foule défila sous un ciel froid d'octobre.
Et je rentrai chez moi. Le jour grisâtre et sobre
Allongeait, en tombant, l'ombre sur le tapis.
A la chaleur du feu, rêveur, je m'assoupis.
Mon foyer s'agrandit : le chambranle de Fâtre
S'ouvrit comme la baie immense d'un théâtre,
Les bûches se changeaient en chênes, en bouleaux,
En saules rabougris, en trembles, en roseaux.
La lune au ciel brillait. La braise incandescente
Imitait d'un étang la nappe miroitante
Où de grands nénuphars découpaient des cœurs noirs.
L'air était vaporeux comme il est aux beaux soirs.
Et soudain les Willis, danseuses fanatiques,
Apparurent valsant leurs valses fantastiques ; Puis leur reine Myrtha de son sceptre de fleurs Frappa le pied d'un saule aux verdàtres pâleurs. Et l'ombre de Giselle aussitôt de la terre Jaillit. Elle portait une tristesse austère Empreinte sur ses traits contractés et pâlis. De légers voiles noirs, de leurs funèbres plis, Enveloppaient son front baigné des lueurs blondes Que la lune versait en abondantes ondes. Dans ses yeux frangés d'or une larme perla, Grossit, brûlante, amère, et lentement roula Sur l'urne que tenait sa main blanche et petite. Le bronze au même instant se fendille, crépite, Eclate, et de ses flancs une flamme bondit. Le zénith empourpré rayonne, resplendit, Et l'âme de Gautier, lumineuse et sereine, Monte, et vole chercher sa couronne de reine Dans les pays brillants où s'incarne le Beau!
Je m'éveillai, sans feu, sous le froid du tombeau.
FT^ETtÉT^IC DILLoAYE.
IL CSÇ/EST TQdS ^MOcBJ
e ne suis pas la fleur; mais son parfum m'enivre. Je ne suis pas l'oiseau; mais j'écoute sa voix. Je ne suis pas l'Echo qui se plaint dans les bois; Mais mon cœur lui répond; mon âme aime à le suivre
Poètes d'aujourd'hui, Poètes d'autrefois, Comme un adorateur du bel art qui fait vivre Si je me suis inscrit, c'est sur un autre livre; Mais je monte avec vous le chemin de la croix !
Ce luth, tombé du ciel pour enchanter la terre, Je crois l'entendre encor, quand il semble se taire ; Il frémit sous le marbre... Une harmonie en sort.
C'est sa voix !.. . Laissons-nous charmer par tant de charmes . L'ami que nous pleurions ne veut plus de nos larmes : Il revit dans ses vers; il chante !... Il n'est pas mort!
CoAtMILLE VOUCET.
VOX HUéMILIS
Gautier, tu le disais : dans leurs tentures blanches Quand les morts sont couchés, leurs membres sont bien froids, Mais leurs cœurs restent chauds ; et, tristes, quelquefois Ils viennent écouter aux fentes de leurs planches.
Eh bien ! écoute-nous, car nos larmes sont franches Et les sanglots sont vrais qui déchirent nos voix; A ton bûcher funèbre, ô Gautier, tu le vois, Même les plus petits ont apporté des branches.
Et toi, dont il chantait les ténébreux appas, O Mort, sois-lui bénigne, et ne refuse pas Au poëte impeccable une paisible couche,
Où, comme un soir la Reine à son poète aimé, Les mortes par amour poseront sur sa bouche L'hommage doux et pur d'un baiser parfumé.
H. TfUV^ESéME
6o LE TOMBEAU