‹ Le tombeau de Theophile GautierChapitre 3 sur 23 · M LE TOMBEAU · texte numérisé non relu

M LE TOMBEAU

QA théothile GoAUTIE^

V^uand, aux beaux jours passés de la jeunesse folle, En costume galant tu sortais le matin ; Quand tu portais la fraise et la cape espagnole, Avec tes longs cheveux tombant sur le satin;

La dague au poing, le pied dans une botte molle, Quand, à peine affranchi du grec et du latin, Tu cassais à grand bruit les vitres de l'école, Et riais de Boileau comme d'un Philistin;

Fier comme un paladin et joyeux comme un page, Aux beaux soirs d'Hernani quand tu faisais tapage, Quand le mot de classique inspirait ton effroi ;

Tu ne te doutais pas qu'un jour tu devais l'être; Car si ce mot veut dire un modèle, un vrai maître, Tu seras, cher Gautier, classique malgré toi!

\LES mUSES QAU TO£McBEQAU

1 rès de la pierre close Sous laquelle repose Théophile Gautier (Non tout entier,

Car par son œuvre altière Ce dompteur de matière Est comme auparavant, Toujours vivant,)

Regardant cette tombe De leurs yeux de colombe, Les Muses vont pleurant Et soupirant.

Toutes se plaignent, celle Dont l'œil sombre étincelle Et qui réveille encor Le clairon d'or;

Celle que le délire Effréné de la Lyre Livre aux yeux arrogants Des ouragans ;

Celle qui rend docile La flûte de Sicile, Et tire du roseau

Des chants d'oiseau;

Celle qui, dans son rêve Farouche, porte un glaive Frissonnant sur son flanc Taché de sang;

Et celle qui se joue, Et, pour orner sa joue, Prend aux coteaux voisins Les noirs raisins;

Et la plus intrépide, La Nymphe au pied rapide, Celle qui, sur les monts Où nous l'aimons,

Par sa grâce savante Fait voir, Chanson vivante, Tous les Rhythmes dansants Et bondissants !

Oui, toutes se lamentent Et pieusement chantent Dans l'ombre où leur ami S'est endormi.

Car il n'en est pas une Qui n'ait eu la fortune D'obtenir à son tour Son fier amour;

Pas une qu'en sa vie Il n'ait prise et ravie Par un chant immortel Empli de ciel!

Ses pas foulaient ta cime, Mont neigeux et sublime Où nul dieu sans effroi Ne passe, et toi,

Fontaine violette, Il a vu, ce poète, Errer dans tes ravins Les chœurs divins!

Et toi, monstre qui passes A travers les espaces, Usant ton sabot sur Les cieux d'azur,

i6 LE TOMBEAU

Cheval aux ailes blanches Comme les avalanches!

Tu prenais ton vol, l'œil Ivre d'orgueil,

Quand sa main blanche et nue T'empoignait sous la nue, Ainsi que tu le veux, Par les cheveux.

Mais, ô déesses pures, Ornez vos chevelures De couronnes de fleurs; Séchez vos pleurs!

Car le divin poète Que votre voix regrette Va sortir du tombeau, Joyeux et beau.

Les Odes qu'il fit naître Lui redonneront l'être A leur tour, et feront Croître à son front

Victorieux de l'ombre, L'illustre laurier sombre Que rien ne peut faner Ni profaner.

Toujours, parmi les hommes, Sur la terre où nous sommes Il restera vivant, Maître savant

De l'Ode cadencée, Et sa noble pensée Que notre âge adora, Joyeuse, aura,

Pour voler sur les lèvres Que brûleront les fièvres De notre humanité, L'éternité !

THÉODOTiE DE cBoA^eVILLE.

Jeudi 7 novembre 1872,

^ESSOUVF^I^

V^/ toi, Gautier! sage parmi les sages

Aux regards éblouis, Toi, dont l'esprit vécut dans tous les âges

Et dans tous les pays,

Tu fus surtout un Grec, et tu contemples

De tes yeux immortels Les purs profils harmonieux des temples

Dans les bleus archipels.

Tu les aimas, les doux porteurs de glaive Plus forts que la douleur,

Et dans le rêve où bouillonnait la sève De ta pensée en fleur,

Tu fus rapsode, et pour charmer les heures

Chez les rois étrangers, Tu leur chantas dans les hautes demeures

Achille aux pieds légers.

Tu modelas auprès de Polyclète,

Car tu n'ignorais rien, Et tu sculptais des figures d'athlète

Avec ce Dorien.

Sur les gazons où rit la marguerite,

Des Dieux même enviés.

Ta claire enfance apprit de Théocrite

Les chansons des bouviers.

Avec Pindare aimant la sainte règle.

Aux oiseleurs pareil, Tu ris monter les Odes au vol d'aigle

Vers le rouge soleil,

Et tu raillas avec Aristophane,

Par des mots odieux.

Le philosophe indocile et profane,

Vil contempteur des Dieux.

Et maintenant qu'avec des pleurs moroses, Tristes, nous nous plaignons,

Tu reconnais sous les grands lauriers-roses Tes anciens compagnons.

Pour que ta lèvre enfin se rassasie,

Dans le festin charmant, Au milieu d'eux, tu goûtes l'ambroisie

En causant longuement.

Auprès de toi le riant paysage

Est fait comme tu veux, Et tu souris à côté de la sage

Hélène aux beaux cheveux,

Qui déchaîna Tenroyable désastre

Des guerriers et des rois, Et sa beauté resplendissante d'Astre,

A présent, tu la vois !

THÉO'DO'RE CDE 'BadV^VILLE.

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