octobre
SOUVENIR "DU VIV^GT-CI^Q OCTOcBcRJE
. . . Maladie de cœur, la maladie de ceux dont le génie palpite dans l'âme.
L AMARTIN E.
Ht chacun s'arrêtait, tous étaient attendris;
Et ces longs boulevards autour du grand Paris,
Si déserts d'habitude et d'aspect monotone,
Étaient, par ce jour gris et ce matin d'automne,
Vivants de tout un peuple ému qui saluait;
Et de tous les côtés une foule affluait,
Et le passant disait se découvrant la tête :
C'est plus qu'un grand, c'est plus qu'un roi, c'est un poète!
Et recouvert de fleurs, pas à pas, lentement, Le char allait à ce repos : l'enterrement !
C'est un poète ! ô perte irréparable et sombre !
Dans ce monde si trouble, hélas ! encore une ombre I
O dernier soleil pâle, ô derniers chants des bois,
Faites-lui vos adieux pour la dernière fois !
C'est un poëte ! ô nuit après tant de lumière !
O silence après tant d'allégresse première,
Tant d'admirable azur, tant d'essor à pleins cieux,
Ebiouissements d'âme, enchantements des yeux,
Sérénades, chansons, paysages, féeries,
Et tant de gaieté simple et tant de causeries!
En ce temps si lugubre et noir où nous vivons,
Ce temps sans idéal, sans brises, sans rayons,
Où l'œil humain hésite, où la raison se voile,
Où dans le ciel fermé ne luit pas une étoile,
C'est un deuil plus profond que tous ceux qu'on rêva
Qu'une âme de poète accablé qui s'en va !
O vous les doux et tiers, assembleurs de nuages,
Vous, habitants du rêve, ô vous les fous et sages,
Qui dans ce monde laid épris de l'oripeau
Contents de n'être rien restez prêtres du beau,
Et laissant s'agiter les passions nouvelles
Demeurez serviteurs des choses éternelles,
Ne rapportant jamais des marchés d'ici-bas
Que Tàpre amour de tout ce qu'on n'y trouve pas
La liberté, la paix, la dignité, l'étude,
Et ce gain sans pareil : l'or de la Solitude !
O désintéressés, incurables songeurs,
Ouvriers d'idéal, artistes, voyageurs,
A cette âme lassée et qui nous abandonne
Portez votre tendresse avec votre couronne !
O dernier soleil pâle, ô derniers chants des bois, Faites-lui vos adieux pour la dernière fois!
jA. £\I. -BLqA\\CHECuT-TE.
STQâV^CES
lils d'un siècle énervé qui de mélancolie Pleurait, comme un automne où meurt le son du cor, Il fit hardiment boire à la France pâlie Un grand coup de vin pur dans une coupe d'or.
Il fut superbement triste, étant né poëte;
Et dans le prosaïque exil des feuilletons,
Tel qu'Apollon paissant les troupeaux chez Àdmète,
Dieu des hauts firmaments, il parqua les moutons.
En lui s'enflait un hymne à la beauté du monde! Des sentiments amers sa Muse, en triomphant, Sortait, comme des flots salés la Vénus blonde, Et l'Amour la suivait, comme un aveugle enfant.
Lumineux , chaud, fécond, plus que la clarté même, Vainqueur des ouragans, de l'ombre et des hivers, Intarissable éclat, sérénité suprême, Il ensoleillait tout dans ce morne univers.
La Mort, chauffant son vieux squelette en cette flamme. Vivait, se transformait, et splendeur sans défauts, Jeune déesse aussi coquette qu'une femme, En riant se mirait dans l'acier de sa faux.
Ce n'était plus la Mort ; — la Proserpine antique, La cueilleuse de fleurs, qu'un Dieu sombre entraîna. Semblait ressuscitée, et du laurier mystique Couronnait le poëte au doux vallon d'Enna.
éîmile rBLÉmovçr.
sov^c^et
Deauteous as Venuses emerging fresh From the calm lymph, wherein they lurk ail lone, Some thoughts there be, inadequately shown Except in Song their beauty we enflesh;
And such the sweet symphonious thoughts which press Round thee, great Théo, whom unknown I'veknown, And loved most lovingly , whose faintest tone
Prismatic dazes me with magie stress.
So , Death at length hath ta'en thy hand : black Death With whom, when drunk with golden Light and joy, 'T was thy quaint whim to dally, no wise coy,
Death hath for true-love kissed thee, still whose breath
Pipes the same tune for ever : — « oMy repose Is more than sunshine — sweeter than the Rose! »
WILLIzASM <BO^a4PcAtT{!TE-WYSE.
VI^CGT-CIC^Q^ OCTOcBcBJE
JLa mort l'avait surpris, il dormait solitaire, Pour la première fois sur sa tâche affaissé ; Tous ses rêves légers fuyaient son front austère Et son livre à ses pieds raidis avait glissé.
Toujours les mêmes lois et le même my.stère : L'homme, à l'aube debout, le soir est terrassé ; Quatre planches qu'on cloue, une motte de terre, Une larme qui tombe... et tout est effacé !...
Les abeilles venant de Grèce, leur patrie, Ne trouvant plus de miel sur sa lèvre flétrie, Bourdonnaient tristement et regrettaient leurs cieux,
Abeilles, butinez sur le livre qu'il laisse;
Ses vers ont le parfum des fleurs de votre Grèce,
Faites-y votre miel et le portez aux dieux.
GEORGES 'BOUTELLEdAU.
QA THÉOTHILE GqAUTIE%
oi, je dirai sa voix douce et si pénétrante!... Timbre d'or de Hugo, de Gérard de Nerval, De Rogier, de Stadler, de Houssaye et Dorval, De ce groupe d'amis que la Muse apparente.
O douce voix ! . . . soupir de flûte au fond du val ! Écho de la syrinx, mélodie enivrante, Pour quel divin concert votre chœur sans rival A-t-il reçu le la de quelque Fée errante )
Toujours jusqu'au tombeau, mon âme l'entendra
— Tel un Brahmine écoute et croit entendre Indra —
La chère voix, aux sons caressants et pareille
Aux plaintives rumeurs des bois, quand vient le jour, A la Guzla qui pleure et chante un chant d'amour Lorsque la tribu dort et que l'amante veille.