ALFRED 'BU S QUE T
<£MÉTEéM<PS Y COSES
Sous les eaux, à cinq brasses profondes, ton père est couché
Ses os en corail sont changés ;
En perles est changé ce qui était ses yeux ;
Rien de lui ne peut s'anéantir,
Mais tout subira sa métamorphose
En quelque chose de riche et de merveilleux.
(La chanson d'Ariel.J
Oi l'esprit ne meurt pas, mais retourne à l'esprit,
Si les flots de la mort profonde, En roulant dans leur sein ceux que la mort surprit,
Les emportent au fond d'un monde
Où tout se fait plus beau, plus riche et merveilleux ;
Maître, puisque ainsi rien n'arrête La course de notre âme ou du vent dans les cieux,
Qu'es- tu maintenant, ô poëte?
Toi qui créais, peux-tu continuer ailleurs
Tes créations commencées?
Sur une étoile d'or, verses-tu dans les fleurs,
Pour les enflammer, tes pensées?
Artiste heureux, fais-tu dans un coin de l'azur,
Gouverné par ta fantaisie, Surgir une cité, toute de marbre pur
Comme ta blanche poésie,
Cité plus radieuse et mieux rhythmée encor Que Constantinople ou Venise,
Où les yeux à jamais ivres de pourpre et d'or Ignoreront la couleur griser
Ou bien présides-tu, sous un autre soleil D'où sans fin coule l'harmonie,
Un astre plus aimant, plus jeune, plus vermeil. Plus hospitalier au génie )
Sur un monde idéal, maître, n'erres-tu pas
Parmi de rlères patriciennes, Belles, comme autrefois les voyaient ici-bas
Les étoiles des nuits anciennes?
Car tu Tas mérité, cet éden inconnu,
Ce paradis de belles formes, Songeur aux rêves purs, pour être ainsi venu
Dans ce temps de laideurs énormes!
H. CïAZïALIS.
QAtMICUS OASMICO
Oi ton corps est dans le suaire, Ton esprit vivra dans les ans.
J'ai vu ta chambre mortuaire, Tes deux tilles pleurer dedans...
Ce n'est plus qu'un lieu funéraire Où tu recevais tes aimants; Hélas! adieu le sanctuaire!
Se sont dit tous les assistants.
Adieu, mon immense poè'te, Plus grand art et plus noble tête Ne se verront pendant longtemps ;
Et si j'ai peint un jour ta face,
Tu fis la splendide préface
De mon livre. — Un jour de printemps ! !
AUGUSTE 'DE CHoATILLO^.
4o LE TOMBEAU
qâu mo<Bj
Moi,
qui chante les bois, les prés, Dans ma rugueuse et rouge prose Où marchent les désespérés Au regard farouche et morose,
J'aime tes vers si mesurés Qu'une lumière pure arrose De rayons d'or inaltérés, O grand poëte blanc et rose !
Triomphe en ce pays divin,
Où ne germe ni blé ni vin,
Que tu peuplas de tant de marbres,
Toi qui me fais trahir les arbres Et déserter mon vert sentier, Peintre du Rêve, toi, Gautier!
LÉO^C CLzADEL.
1HÉ0THILE GoAUTIETl
KJ n jour, dans un sonnet magique de splendeur Il peignit les contours de la fleur de Hollande, La tulipe superbe, altière, droite et grande, Plus hautaine qu'un lis — belle mais sans odeur.
Fière, et se blasonnant, or avec pourpre en bande. Sa poésie était semblable à cette fleur, Mais, tulipe embaumée où se cachait un pleur, Elle avait le parfum exquis de la lavande.
Turc d'Athènes flânant sur notre boulevard, Rjmeur oriental et chercheur de hasard, Lui, fils de Rabelais qui chérissait Homère,
Il errait, poursuivant, fidèle à tous ses dieux, La beauté — strophe ardente ou marbre radieux, Où coulât le sang pur de la Gaule, sa mère !
JULES CLoA'RETIE.
THÉOTHILE GdâUTIE^
lA ISMqAILJcA
\Ju2Lnd l'immense décor de ces milliers de tentes, Qu'Ismaïlia naissante au désert déroula, Nous apparut, sculpté sur trois zones flottantes D'or, de pourpre et d'azur! — son œil étincela.
Au signal du canon, les foules haletantes, Pour voir passer des rois se ruaient ce jour-là, Bonds sauvages, suivis de stupides attentes. J'allai vers lui, pensant : Le vrai roi, le voilà !
Songeur, il caressait le cou d'un dromadaire;
Avec ce parler lent que le rêve modère,
Il me dit : « On voudrait peindre en vers ce tableau :
« Noces de mer, jeux africains, pompe d'Asie... »
— Oui, mais j'en chasserais ces rois sans poésie,
Pour n'y voir acclamé que vous seul , dieu du Beau ! »