LOUISE COL ET
THÉOTHILE GoAUTIE^
ELEGIMQUE
aître, l'envieux n'a pu satisfaire Sur toi son cruel et lâche désir.
Ton nom restera pareil à la sphère, Qui n'a pas de point par où la saisir.
Pourtant il fallait nier quelque chose A l'œuvre parfaite où tu mis ton sceau. Splendeur et parfum, c'est trop pour la rose, Ailes et chanson, c'est trop pour l'oiseau.
Ils ont dit : Ces vers sont trop purs. Le mètre, La rime et le style y sont sans défauts. C'en est fait de l'art qui consiste à mettre Une émotion sincère en vers faux.
Tu leur prodiguais tes odes nouvelles, Embaumant l'Avril et couleur du ciel.
Eux, ils répétaient : Ces fleurs sont trop belles Tout cela doit être artificiel.
Et poussant bien fort de longs cris d'alarmes, Ils t'ont refusé blessure et tourments, Parce que ton sang, parce que tes larmes Étaient des rubis et des diamants.
L'artiste grandit, la critique tombe.
Mais nous, tes fervents, ô maître vainqueur ! Nous voulons écrire aux murs de ta tombe, Que ton clair génie eut aussi du cœur.
Nous savons le coin où se réfugie, Sous les fleurs de pourpre et d'or enfoui, Le parfum discret de ton élégie, Bleu myosotis frais épanoui.
Oui, nous l'envions, ce spectre de rose Sur un jeune sein morte un soir de bal; Et notre tristesse est souvent éclose En nous rappelant l'air du carnaval.
Nous avons aussi perdu notre amante, Nous l'avons poussé, ce soupir amer Du pêcheur qui souffre et qui se lamente. Seul et sans amour, d'aller sur la mer.
Celle que tout bas tu nommes petite, Celle à qui tu dis : Le monde est méchant. Nous a bien prouvé, l'enfant hypocrite, Qu'elle avait un cœur, en nous trahissant.
De ses yeux d'azur la larme tombée, Diamant du cœur par ta main serti, Nous l'avons tous bue, à la dérobée, Sur un billet doux qui nous a menti.
Et sur les joujoux laissés par la morte, Aujourd'hui muets et si gais jadis, Nous prions encor pour que Dieu supporte Le bruit des enfants dans le paradis.
F<Kq4Ï^ÇOIS cottée.
QÂ THÉOTHILE GoâUTIE^
on : L'ouragan qui traîne après lui tant de pertes, Ni la mort qui le suit en préparant ses coups, O France, ne pourront te jeter à genoux; Tes flammes, par leurs soins, ne seront pas couvertes.
Ton sang fécondera, dans les plaines désertes, D'abondantes moissons aux bienfaits les plus doux ; En vain t'enchaîneraient les barbares jaloux, Tes entrailles toujours demeurent entrouvertes.
Celui que nous pleurons, dans ta mâle vertu
T'admirait ; il est mort par ta peine abattu ;
Tant est plein, ton amour, d'une puissance occulte !
Mais lorsqu'un de tes fils, ô France, disparaît,
Le progrès indécis subit un long arrêt ;
A tes héros tombés le monde doit son culte!
E. COKSRqâ.
QUoAV^fB IL ÉTQAIT ÉCOLIER
Oon père nous disait : « Théophile travaille, Mais à sa fantaisie, à son heure, en son lieu : Sous la règle scolaire il se range assez peu, Et, quand on l'y contraint, il ne fait rien qui vaille.
« Donc, je le laisse libre; et maint pédant me raille De ce que je le gâte et joue un si gros jeu... N'importe! qu'il fleurisse au souffle du bon Dieu! Dans le moule banal je ne veux pas qu'il aille!... »
O père de Gautier, mon vieux chef à l'Octroi,
Je te l'avais prédit que ton fils serait roi !
Ta méthode était bonne, et l'autre détestable...
Prosateur, et poète aux rhythmes souverains, Encor qu'il ait été romantique à tous crins, Il n'imita personne, et reste inimitable.
>i4LEXeAV£7)<RE COSV^oA/RT).
48 LE TOxMBEAU
tMO%QALE
rner le monde avec son corps, avec son âme, Être aussi beau qu'on peut dans nos sombres milieux, Dire haut ce qu'on rêve et qu'on aime le mieux, C'est le devoir, pour tout Homme et pour toute Femme.
Seuls, les déshérités du ciel, qui n'ont ni flamme Sous le front, ni rayons attirants dans les yeux, S'erTarant de tes bonds, Lion insoucieux, T'en voulaient. Mais le vent moqueur a pris leur blâme,
La splendeur de ta vie, et tes vers scintillants Te défendent, ainsi que les treize volants Gardent rose, dans leurs froufrous, ta Moribonde.
Elle et toi, jeunes, beaux, pour ceux qui t'auront lu, Vous vivrez. C'est le prix de quiconque a voulu Avec son corps, avec son âme, orner le monde.
CHoATiLES C%OS.
QÂ THÉOTHILE GoâUTIE^
1 eintre des vives rutilances, Grand estampeur de vers nacrés, Doux enchanteur qui nous balances Parmi les firmaments dorés,
Chantre des chaudes indolences, Barde des amants abhorrés Pour leurs fougueuses violences, Mais par ton art transfigurés :
Loin de ce monde ridicule, Au sein de l'Éther flamboyant Qu'aucune tache ne macule
Tu te dérobes souriant,
Et comme un soleil d'Orient
Tu te couches sans crépuscule.
G. DoâllGEV^IY.
L'&i'BJ
vingt ans, le Poète, enivré de sa force, Jette d'un front joyeux l'exorbitant éclat, Et pour les voluptés viriles du combat Sculpte l'or d'un kandgiar superbe à lame torse.
Mais la sève fougueuse assouplit son écorce; Sur les tentes la paix glorieuse s'abat; — Au-dessus de la Mort en fête et du Sabbat Vénus calme déploie en souriant son torse.
Comme un riche platane élargi dans le ciel, L'Artiste rêve \ il suit dans la forme des choses L'harmonieux dessein de leurs métempsycoses;
Et dans son culte il règne et repose, immortel...
O visibilité de Dieu, Beauté suprême,
Tu n'as pas besoin d'âme, étant l'âme elle-même.
TqAUL <DELqAI%.
lqa cosméthe de lqâ mo%r
Mort, dont Théophile a peint la comédie, As-tu tranché ses jours assez cruellement^ Son puissant cœur lutta contre la maladie; Sa verve se jouait de ton acharnement.
Tu le voulais punir de son œuvre applaudie; Mais la gloire l'avait adopté pour amant. Le cygne inanimé laisse sa mélodie :
L'écho répand les vers du poëte dormant.
Ton triomphe est manqué, reine des catacombes! Le sien dure : il a dit ton métier dans les tombes ; Nul peintre n'a rendu, mieux que lui, ta laideur.
Ta faux, en le frappant, l'a sculpté Commandeur; Sa figure à jamais resplendit belle et grande! Il a fait ton histoire, et tu fais sa légende.
TŒ^OSTEH DELqAMqA'RE.
TOILETTE moAGIQUE
« Peinture, la rivale et l'égale de Dieu ! »
Th. Gautier CAlbertusJ.
» V^Jii donc l'as-tu trouvé ce bijou poétique? Aux bords de la Neva, froid reptile apathique, Ou dans l'Escurial, géant bastionné?
Réponds, mort immortel de myrte couronné.
— Par une nuit d'argent, fluide et magnétique, Sur les degrés moirés d'un harem fantastique, La Péri, dont l'œil noir s'ombrage de henné, Pâmée en un baiser d'amour, me l'a donné. »
Vous l'entendez, sculpteurs. — Dans un groupe d'aimées,
Enlacez de son nom les syllabes aimées,
Et brodez sa palette au front du monument :
La couleur n'eut jamais de plus fidèle amant, Car il fait voir aux yeux ce que l'âme veut lire, Et sa plume, en peignant, chante comme une lyre.
ToAUL VEéMEV^Y.
ScALUT FUVÇtEeB<HE
oalut à toi, du fond de la vie éphémère,
Salut à toi qui vis dans l'immortalité
Où près de Gœthe assis tu contemples Homère !
Salut ! Tu fus l'amant de la pure beauté !
Et dans ton cœur vibrant sous d'augustes présages
Tu lui bâtis d'avance un palais enchanté !
Jeune Grec exilé dans la laideur des âges Tu te ressouvenais, en pleurant les retards De la beauté qui fait se lever les vieux sages !
Songeur mélancolique en nos siècles bâtards, Frère de Phidias, tu chantas loin d'Athènes, Mélodieux martyr des confus avatars !
Salut ! Tu fus l'amant des chimères lointaines !
Et tes yeux clairs cherchaient dans nos fleuves fangeux
Le reflet dont jadis ont frémi les fontaines !
Les Olympes toujours ont nos désirs pour jeux ! Mais tu fus le croyant qui voulut toujours croire, A travers le bruit vain des peuples orageux.
Et c'est pourquoi d'en bas nous saluons ta gloire Et ton rêve vainqueur de l'ennui meurtrier, Triomphal invité du Temple de Victoire!
Entres-y, le front ceint du vivace laurier,
Toi qui, sachant n'aimer que la beauté parfaite,
Tout jeune sus la peindre en parfait ouvrier !
Après t' avoir pleuré, les Muses te font fête,
Nostalgique chanteur, du seul paros épris,
Doux comme un revenant, calme comme un prophète!
Prêtre tardif, gardien du culte désappris, Tu détournas ton cœur des idoles grossières, Le gardant à l'idole impeccable pour prix.
Honneur à toi parmi les gloires devancières! Et plus haut par l'oubli des illustres d'un jour, Tu verras s'écrouler leurs autels de poussières.
Ils t'ont pris par la main ceux-là qui, tour à tour, Du bout d'un burin d'or nous gravant leur pensée, Ont de l'œuvre divine épuré le contour.
Reçois de fils pieux la couronne tressée Pour ceux qu'illuminait un éclair idéal Dont leur âme en naissant fièrement fut blessée.
Siège, esprit lumineux, au Temple sidéral ! Lèvre attique parlant de suprême harmonie, Etanche enfin ta soif dans un nectar lustral !
La suprême beauté loin de nous est bannie ! Mais nous la revoyons dans le miroir de l'art, Depuis que le Rapsode erra dans l'Ionie.
Salut! Tu peux parler d'Hélène au grand Vieillard.