FRAGMENT DE LA CINQUIÈME KSLOGUE DE VIRGILE
ménalque. ̃' l yu poëte Codrus dis-nous quelque nouvelle ,< t:i/: Si c'est maître Arbitus ou Codrus qu'on rappelle ;c Nous chanterons, veux-tu? les amours de Philis. Tityre au prë voisin gardera nos brebis.
"̃ "MOPSUS. "Ïh-U Justement j'ai transcrit sur l'écorce d'un hêtre La note et la leçon d'une chanson champétre.
Où commence le vers, où s'arrête le chant; Où le auteur reprend son accompagnement.
Amyntas, j'en suis sûr, ne pourrait pas mieux faire.
MENA LQUE.
Autant vaut comparer le myrte à la fougère, La rose sur sa tige au lichen sur sa pierre.
Mais nous voilà dans l'antre, halte-là! Commençons.
MOPS US.
Nymphes, pleurez! pleurez, chênes! pleurez, buissons! Hélas! Daphnis est mort dans la fleur des années. Vénus invoque en vain ses rudes destinées, Et se penche en pleurant sur le corps de son fils, L'écho répète au loin Daphnis! pauvre Daphnis! La campagne à Daphnis rend les honneurs funèbres; Le fleuve et le ruisseau se couvrent de ténèbres; Les boeufs ont oublié l'eau pure et le gazon; Tout languit et se perd dans ce morne horizon. L'écho raconte au bois des choses lamentables Les lions ont versé des larmes formidables.
Le tigre obéissant s'attelait à son char Il apprit de Bacchus à parer avec art Le thyrse entremêlé de pampres et de lierre.
Autant la vigne à l'orme est charmante et légère, Autant Daphnis plaisait au sillon enchanté.
Notre soleil d'hiver, la paix de notre été, Lui mort, ils sont partis les dieux de nos campagnes. Paies appelle au loin ses fidèles compagnes. 92 *•̃̃ ̃ .-S" Dans ces étroits sillons, plus de germe, il n'est plus Que semence inutile et labours superflus, La avec l'épine à nos jardins s'impose, Plus i'eeillets, de jasmin, ô Vénus! plus de rosé. Mais Daphnis ne veut pas qu'on s'abandonne ainsi. Bergers, consolez-vous; pasteurs, plus de souci! Plantez des arbres verts sur le bord des fontaines, Fécondez vos siïïons et cultivez' vos plaines. Que la main d'un ami grave sur son tombeau Cy reppse Daphnis, berger d'un fier Il aimait les forêts, les beaux vers, les étoiles
DE THÉOiPHILE; GAUTIER. 93 i oè'tes, vous chantez! Votre plainte infinie S'exhale dans les airs en un rhythme enchanté Votre douleur s'épanche en longs flots d'harmonie, Poëtes, vous chantez l'étemelle agonie, .;f
L'éternelle beauté!
Vos rêves cadencés en un savant murmure S'envolent dispersés à tous les vents du ciel, Et le coeur prisonnier, brisant la triple armure, Laisse couler le sang de sa large blessure
Comme un ruisseau de miel.
O poètes Souffrez, pleurez, chantez encore Ainsi le vieil Homère, errant sur le chemin, Récitait au passant le poëme sonore; L'oeil plein d'ombre, évoquant les clartés de l'Aurore,
Il étendait la main. A chacun de vos pas un compagnon succombe, De la Mort vous portez les sinistres couleurs, L'Athlète en souriant îegarde J'hécatombe, Sur le sable du cirque il chancelle et retombe.
Salut, gladiateurs!
Vous aimez tes parfums, les accords et les roses. O chercheurs d'Idéal, ivres de volupté, Éblouis des splendeurs de ses métamorphoses, Fils des dieux, renaissez dans les apothéoses
De l'immortalité! « Gautier, console-nous des' misères humaines, Toi qui chantais l'Amour, la Liberté, le Beau Dans l'implacable azur de ces hauteurs sereines, Rallume aux cœurs amis les fiertés souveraines
Comme un divin flambeau.
Les hommes de tes chants garderont la mémoire, Ton nom sera l'égal du nom des dieux mortels; O maître sculptural, poëte amant de gloire, Tu reçois la clef d'or à la porte d'ivoire
Des Temples éternels.
CHaA'RJLES ;JOLIET.-
̃% SOW^KET,
V^Jœthe expirant criait « Du jour du jour encor « Des chants! o murmurait Gluck à son heure dernière. O splendide Harmonie ô vibrante Luinière Fée aux ailes de pourpre Ange a la harpe d'or Il vous aimait aussi le poëte qui dort Dans la Nuit du Silence Hélas la lourde pierre Qui recouvre ses os, pèse moins sur sa bière Que cette Ombre sans Voix où meurt même la Mort C'est l'Art qu'il adorait, Muses, sous vos figures Mozart de la Lumière, il rhythmait des peintures, Titien de l'Harmonie, il peignait des chansons Ses Poëmes-Tableaux charmaient l'Œil et l'Ouïe Et faisaient ruisseler, sur la foule éblouie La gamme des Couleurs et le prisme des Sons.,
1 •« 'r; LOUIS. JL'DICIS. F oëte, ta ferveur fait grande ta mémoire Absorbe tout entier dans ton culte béni, Tu préféras la Maître! qui dans ton Amours, honneurs, trésors* tout ce que'l'homme envie, Moins qu'un beau vers touehaieriHÔn cœur épris du beau. A tout indifférent,' tir passas dans la vie, -̃ ?! 'î? L'âme et les yeux fixés sur l'idéal flambeau; ̃ ?' r !) >' Tu ne savais rien Tu voulais rI -ih Diamant affranchi Le vrai ne te charmait que de beauté vêtu.
Des rhythmes d'or portant Tu ciselais en vers ton rêve et ton-ardeur?^ a A Ton esprit pur de fiel ne connut qu'une haine, Cette haine du Manque trahit sa laideur. Comme l'abeille au lis, l'expression heureuse, Rimes et mots ailés, accourait à ta voix.
L'image éblouissait dans ta strophe nombreuse, Les. mètres se teignaient de pourpre sous tes doigts. Le nombre et la couleur, lé rhythme au long vocable Épousaient dans ton vers la ligne au fier contour. La forme avait ton cuke, ô poëte impeccable Et de ses dons la forme a payé ton amour.
Artiste exquis, tu fus un ouvrier modèle Patient, obstiné, tendant sans cesse au mieux, Ta pensée et ton cœur, sous ton pinceau fidèle, En de vivants tableaux se traduisaient aux yeux. Ta parole peignait; pour toi l'inexprimable N'existait pas les mots t'obéissaient soumis. Mais sévère à toi seul, Maître ta force aimable Accueillait tout effort de ses bravos amis.
Dans tes savantes mains la plume du critique Conseillait sans blesser. Ta clémente équité Savait mêler l'éloge au blâme sympathique Tu fus grand par la force et grand par la bonté. Et tu pars, et la tombe a clos ta destinée Mais de la lice au moins tu sors ayant vaincu. Tu peux croiser tes a&me est terminée, Maître! et tu n'es avoir vécu! Comme un fleuve dont l'eau féconds au loin lés plages, Pars du sol des vivants sans remords ni regrets Tu laisses après toi d'harmonieux feuillages; L'oiseau du souvenir chante dans ton cyprès.
La Muse romantique au front ceint d'hyacinthe, r Évoquant en son deuil les charte ou tu survis, Debout, veille sur toi, dans l'attitude sainte D'une mère pleurant au tombeau de son fils.
Près d'elle je viendrai dans mes ferveurs discrètes Méditer sur ta tombe, au pied des saules verts; Et, visiteur pieux, sur tes cendres (œuettesv^vrr Fleurs d'un coeur. qui t'aima, j'effeuillerai mes vers.
̃ 04UGÙS7E IMCqIUSSqA'DEJ y"
ci THÉOPHILE GdA UTI Eli iierami du soleil et des sources rieuses, Toi qui, du nord au sud, comme un gai vendangeur, Cueillais sur les chemins tes strophes radieuses, Déchirant, d'un regard pacifique et songeur, Le grand voile où dormait la splendeur de la terre, Te voilà donc remis en route, ô voyageur L'Egypte, cette fois, gardera son mystère, La Castille poudreuse a fermé ses. Sierras, Stamboul ne t'attend plus, ni la Maremme austère, Et la Grèce à son fils n'a pas tendu les bras. Plus loin, plus haut tu pars, loin des hommes qui pleurent, Dans des pays sans nom chercher des Alhambras! Sans guide, hélas combien de poëtes demeurent! Qu'ils retiennent pourtant leurs sanglots et leur cri Les temps sont bien passés de plaindre ceux qui meurent, ioo LE TOMBEAU Et la tombe aux vivants jamais n'a tant souri. Qu'aurais-tu fait ici? La Discorde maudite, La Violence infâme ont pour longtemps flétri Ce cher temple du Monde où, ceint de clématite, Immobile servant d'un culte déserté, Tu sonaais, enlacé par l'ombre d'Aphrodite, Ton hymne mâle et doux à l'antique Beauté 1 Noble supplicié des hautes nostalgies, Mélancolique amant de la Sérénité, Pars! Tu n'entendras plus, dans nos landes rougies, Gémir nos morts d'hier sans linceul enterrés Au sacrilège écho des nouvelles orgies, Ni le troupeau criard des rhéteurs effarés S'entre-mordre en livrant la patrie encor chaude Au viol du lourd Germain tapi dans les fourrés. Pars! Tu ne verras plus, déguisée en ribaude, Se vautrer dans les bras avinés des valets, La Muse au front divin étoilé d'émereude, Ni tomber, éventré par les lâches boulets, Le beau peintre oublieux de l'épouse parée, Ni pleurer les sculpteurs aux débris des palais!
DE THÉOPHILE GAUTIER, ici Mais nous, suivant ta fuite à travers l'empyrée OÙ tu bois à longs traits l'azur oriental, Contemplateur ravi de la forme ignorée, Nous t'irons voir monter dans les nuits de cristal; Et tu feras alors scintiller dans sa flamme, Comme un oeil indulgent qui rit au sol natal, L'astre consolateur où s'enivre ton âme
GEORGES LoiFEV^ESTliP.
04 THÉOPHILE GQ4UTIEVI 1 oi, dont les yeux erraient, altérés de lumière, De la couleur divine au contour immortel, Et de la chair vivante à la splendeur du ciel, Dors en paix dans la nuit qui scelle ta paupière. Voir, entendre et sentir? Vent, fumée et poussière. Aimer? La coupe d'or ne contient que du fiel. Comme un dieu plein d'ennui qui déserte l'autel, Rentre et disperse-toi dans l'immense matière. Sur ton muet sépulcre et tes os consumés Qu'un autre verse. ou non les pleurs accoutumés; Que ton siècle banal t'oublie ou te renomme Moi, je t'envie, au fond du tombeau calme et noir, D'étre affranchi de vivre, et de ru; plus savoir La honte de penser et l'horreur d'être un homme.
LE C 09^7 E DE LIS LE. Qâ THÉOPHILE GoâUTIE% Quand le moissonneur, dès l'aurore, De ses bras nerveux et hâlés, Balance, au soleil qui la dore, Sa faux dans l'épaisseur des blés, Parfois, de son arme tranchante, Taillant en aveugle, au hasard, li atteint un oiseau qui chante,- Tout à l'ivresse de son art.
Et l'oiseau meurt! Un rêveur passe, Et dit, surpris, des yeux cherchant Ce soir il manque dans l'espace Un vol, une harmonie, un chant.
Ainsi toujours la Mort promène Sa, faux aux sanglantes lueurs A travers la mêlée humaine, Et de nous atteint les meilleurs; io4 LE TOMBEAU Quelquefois même, à l'improviste, Dans un seul être, sans merci,.
Frappe un poëte, un grand artiste, Comme l'oiseau chantant aussi.
Et son coeur s'éteint; sa pensée Dans son front se glace à jamais, Et son âme, en montant, bercée, Cherche vers Dieu les hauts sommets.
Et nous, tristes de son absence, f Sur son froid tombera nous penchant, Nous disons II manque à la Francë Un vol; une harmonie, un chant.
LÉOTOL'D LoALUYÉ.
LoA PIERRE DU TOWBEQAU Pour ce-néant qui dort en cette nuit de pierre, L'univers était ia.it de forme et de couleur. Pour lui tout, rêve ou chose, amour, joie ou douleur, Était un mouvement rehaussé de lumière.
Comme une aigue marine il enchâssait un pleur. Son pouce modelait l'idée ou la matière Son œil par le menu l'embrassait tout entière; Et le fini du trait n'excluait pas l'ampleur. Sous un couchant terni par la honte et le doute, Impassible, il marcha, tant qu'il put sur la route Voir le reflet lointain d'un lever radieux.
L'aube nouvelle est loin; il meurt quand la nuit tombe; Il s'en va retrouver le soleil dans la tombe, Pareil à ces anciens que la mort faisait dieux.
ai^CDIiÊ LEFÈyilE. to6 1 LE TOMBEAU
LOA CRYPTE D,une crypte scellée à peine Sur un mystérieux trésor, Filtre un jet de lueur sereine, Comme d'un triptyque a. fond d'or.
Un mot magique ouvre la porte, Et l'illûsion nous transporte Vivants, dans la région morte Des paradis orientaux, Flambolment où 1'oeil'ne discerne Que les parois de la caverne Ou l'éclat des gemmes alterne Avec la splendeur des métaux.
Sur d'épais tapis, des statues Montrent en riant le chemin La plus belle des moins vêtues Est Madeleine deMaupûu Des bas-reliefs, des paysages, Traduisent en riches images
Tous les climats et tous. les âges,
Le spectacle du monde entier.
Un camée au centre rayonne
Un cercle d'émaux l'environne
Déroulant, comme une couronne,
Ton nom, Théophile Gautier!
A la mesure de leur gloire
Les Rhamsès taillaient des tombeaux
Où la poésie et l'histoire
Viennent projeter leurs flambeaux.
Toi, maître, fort de leur exemple,
Pour faire à ta mémoire un temple
Où la postérité contemple,
Une œuvre digne de l'effort,
Impassible témoin du monde, v Trente ans au-dessus de son onde
Tu poussas ta sape profonde
Dans l'éternité de la mort
LEFÈVRE. io8 LE TOMBEAU Souple comme un pinceau; ferme comme un burin, Sa plume merveilleuse, en gravant sur l'airain. Se trempe aux flots de pourpre et d'or de la fournaise, Se baigne aux flots d'argent de l'astre Véronèse.
LEGOUVÊ.
TO24ST FU^È(B%E o de notre bonheur, toi, le fatal embléme Salut de la démence et libation blême, Ne crois pas qu'au magique espoir du corridor J'offre ma coupe vide où souffre un monstre d'or Ton apparition ne va pas me suffire Car je t'ai mis, moi-même, en un lieu de porphyre. Le rite est pour les mains d'éteindre le flambeau Contre le fer épais des portes du tombeau Et l'on ignsr e mal, élu pour notre fête Très-simple de chanter l'absence du poète, Que ce beau monument l'enferme tout entier Si ce n'est que la gloire ardente du métier, Jusqu'à l'heure dernière et vile de la cendre, Par le carreau qu'allume un soir fier d'y descendre Retourne vers les feu* du pur soleil mortel Magnifique, total et solitaire, tel Tremble de s'exhaler le faux orgueil des hommes. ho LE TOMBEAU Cette foule hagarde elle annonce Nous sommes La triste opacité de nos spectres futurs Mais le blason des deuils: épars sur de vains murs, J'ai méprisé l'horreur lucide d'une larme, Quand, sourd même à mon vers sacré qui ne l'alarme, Quelqu'un de ces passants, fier, aveugle et muet, Hôte de son linceul vague, se transmuait En l'£ vierge héros de l'attente posthume.
Vaste gouffre apporté dans l'amas de la Brume Par l'irascible vent des mots qu'il n'a pas dits, Le néant à cet Homme aboli de jadis « Souvenir d'horizons, qu'est-ce, ô toi, que la Terre?» Hurle ce songe et voix dont la clarté s'altère, L'espace a pour jouet le cri a Je ne sais pas n <* Le Maître, par un œil profond, a, sur ses pas, Apaisé de l'éden l'inquiète' merveille Dont le frisson final, dans sa voix seule, éveille, Pour la rose et le lis, le mystère d'un nom.
Est-il, de ce destin, rien qui demeure?. Non. O vous tous oubliez. une croyance sombre.
Le splendide génie éternel n'a pas d'ombre.
Moi, de votre désir soucieux, je veux voir, A qui s'évanouit, hier, dans le devoir Idéal que nous font les jardins de cet astre, Survivre peu: l'honneur du tranquille désastre Une agitation solennelle par l'air De paroles, pourpre ivre et grand calice clair, ̃̃, •̃ t p,î Que, pluie et diamant, le regard diaphane b Vi
DE THÉOPHILE GAUTIER. in Reste-là sur ces fleurs dont nulle ne se fane, Isole parmi l'heure et le rayon du jour C'est de nos vrais bosquets déjà tout le séjour, Où le poëte pur a pour geste humble et large De l'interdire au rêve, ennemi de sa charge Afin que le matir} de son repos altier, Quand la mort ancienne est comme pour Gautier
De n'ouvrir pas les yeux sacrés et de se taire,
Surgisse, de l'allée ornement tributaire,
Le sépulcre solide où gît tout. ce qui nuit,
Et l'avare silence et la massive nuit.
STÉTHaAnCE MalLLaA'RjMÉ. na LE TOMBEAU
LE tMoAL -r1 Je n'ai jamais cru, maître auguste, A ta placidité sans fin -a "s Plus d'un gourmet souffre la faim Devant le plat d'or qu'il déguste.
Ces délicats qu'on juge heureux Au banquet dé leur fantaisie, Onï des fatigues d'ambroisie Dans leurs appétits douloureux.
Tous ceux dont l'oreille est si tendre, Tous ceux dont l'oeil est si perçant, Épris d'un idéal absent, Voudraient mieux voir et mieux entendre.
L'artiste lutte obscurément Au plus profond de sa cervelle Chaque beauté qu'il nous révèle Garde le secret d'un tourment Ce qu'il nous prodigue et nous livre, C'est sa substance, c'est sa chair!
Son moindre rêve coûte cher Il meurt dans sa toile ou son livre Tant de visions, dans les airs Flottant au hasard confondues; Tam de sonorités perdues Qu'on voudrait fixer en concerts Tant de tableaux qu'on voudrait peindre, De parfums qu'on voudrait humer, De formes qu'on voudrait aimer, D'horizons qu'on voudrait atteindre, Font un supplice qui n'est su Que de ces martyrs, fous ou sages, Dont nous scrutons les fiers visages, Où nul effort n'est aperçu!
Ton impassible quiétude, Comme un masque toujours serein, Des psychologues d'outre-Rhin Eût défié la longue étude.
Tout voyant semble un endormi Qui peut oablier ou décrire Le mystère de ton sourire Et de tes yeux clos à demi ? On aurait dit que ta paupière Redoutait nos tristes réveils Il faut de plus ardents soleils A ces amants de la lumière!
Même aux regards de l'amitié, Tu simulais l'indifférence, Pour mieux voiler une souffrance Qui se dérobe à la pitié.
La mort a fini cette guerre Ou l'athlète que rien n'abat Se livre à soi-même un combat ?
Qui reste ignoré du vulgaire.
itetourne à l'immense inconnu Prends dans tes étreintes puissantes Les figures éblouissantes Dont ton rêve s'est souvenu!
Chercheur de plages chimériques, De mer en mer toujours trompé,- A nos mensonges échappé, Vole aux divines Amériques! à ̃:«> Laisse-nous les pâles décors, Les teints flétris, les molles danses Les âmes ont des confidences Plus merveilleuses que le corps! Quitte ces fantômes sans nombre Que ton amour avait fêtés Touche enfin les réalités Dont tu ne caressais que l'ombre Le sommeil calme et souriant Qui dans la tombe t'accompagne s A plus de couleurs que l'Espagne
Et de rayons que l'Orient! irô LE TOMBEAU
eAU IOWBEcAU T>E GcAVriETi.
Stant nunibus arœ.
Gautier 3 poëte illustre ô maître sans pareil, Toi qui savais fixer tes rayons du soleil.
Dans ta phrase sonore, ou d'un reflet de ?.une Éclairer l'Océan brisé contre la dune, Voyageur inspiré dont le regard de feu Au delà du réel s'élançait jusqu'à Dieu, Qui traversas l'Europe, et l'Afrique, et l'Asie, Faisant partout jaillir des flots de poésie, Admirateur pieux du monde oriental, Je te salue, au nçm de mon pays natal,, Et je viens aujourd'hui, dans ma douleur amère, Prenant le deuil au ?iom de l'Auvergne, ma mère, Mêler aux noirs cyprès, ornement*- du tombeau, Des branches de laurier, de chêne et de bouleau. On se souvient de toi dans la salle gothique
DE THÉOPHILE GAUTIER. n7 Du vieux château bâti sur le roc granitique, Dans cette salle d'arme où tu causais le soir, On dit tout bas: C'est là que Gautier vint s'asseoir. Car nos vieux troubadours ont tressailli naguère, Lorsque tu parcourais l'Auvergne, avant la guerre, Et que tes yeux lisaient dans notre ciel d'azur. Enivré de parfums, de lumière et d'air pur, Écoutant les chansons naïves des faneuses, Tu marchais à travers nos plaines sablonneuses, Comme les Dieux, exempt d'espoir et de souci. Sur les sommets du Puy-de-Dôme et du Sancy, Nous avons contemplé ta tête sculpturale.
Tu vis Clermont avec sa vieille cathédrale, Clermont où dort Desaix à côté de Pascal.
Puis saluant Lezoux d'un sourire amical, Tu vis se dérouler aux pied? de la montagne La Varenne fleurie et la blonde Limagne.
Tu vis Thiers, ville noire et ses noirs habitants, Et ce pays où s'est écoulé mon printemps, Pays cher à mon cœur, avec sa tour du More Et ses cours d'eau plaintifs, la Dore et la Dolore. J'espérais voir un jour, ô peintre sans rival, Après l'Espagne, après le monde oriental, Dans un de ces tableaux tracés de main de maître, Mon Auvergne vivante et joyeuse apparaître, Avec ses châteaux-forts pleins de vieux souvenirs, Ses horizons frangées de pourpre et de saphirs, Ses moissons, ses volcans et ses neiges sans tache. n8 LE TOMBEAU Mais quel homme ici-bas peut, achever sa tacher La mort est là qui rôde épiant les meilleurs. Ta palette est brisée et ses vives couleurs Ne luiront plus. Adien,. poëte, grand génie, Qui t'arrêtas un jour dans l'antique Arvernie, Et qui dus conserver, au suprême départ, L'azur de notre ciel au fond de ton regard,
Grt'B'RJEL iMtf'KC
JÉTIToATHE Jeunes vierges, versez, avec de belles poses, Versez des fleurs Celui qui dort dans ce tombeau Aima d'un noble amour les vierges et les roses. Jeune pâtre, conduis ton docile troupeau Vers ce tertre Celui dont les lèvres sont closes Paissait les rhythmes d'or sur les hauteurs du Beau. Sur ce front éclairé, vivant, d'apothéoses, Allume, ardente nuit, ton multiple flambeau; Cygnes, pour ce chanteur chantez, doux virtuoses! Mais tous, vierges et fleurs, pâtres, étoile, oiseau, Ne pleurez pas, malgré la plus juste des causes, Car celui qui dort là dans un blême lambeau Sut regarder sans pleurs les hommes et les choses.
CqAIVLLE 4M EVADES.
iM THÉOPHILE GoAUTIE^ Comme les Grecs ouvrant les yeux à la Beauté, Voyaient avec le jour la mer bleue et les îles, L'éclat fin des couleurs et les formes tranquilles, Sous le ciel transparent et calme de l'été; Ainsi, maître de grâce et de sérénité, Maître du rhythme grave et des strophes agiles Pour fuir l'aspect du mal qui tord nos corps fragiles, Tu tenais vers le Beau ton regard arrêté.
Un autre âge eût plus haut proclamé ton génie Car les hommes parfois, épris de l'harmonie, Dressèrent des autels aux êtres radieux, O Sage, né du sang de l'aurore première, w; Qui répandis longtemps pour ce siècle sans Dieux Ton esprit magnifique, aimé de la lumière! ?^s m
vlL'BE'R.r mÉttsAl.
SUS LQ4 éMO%T DE GqAUTIÊ La Roso dou matin au vespre toumbo flour; L'Aucèu, un moumenet, canto entre dos tempèsto; Lou Lioun subre-fort peris pèr sa valour; La Femo vai plourant lou rire de sa fèsto.
La Jouvènço fai gau, mai s'encour à la lèsto; L'Amour, tant dous au cor, enfanto la doulour; La Glori a bèu lusi, noun es qu'un fum de tèsto L'Engèni, fiéu dou Cèu, s'embrounco à la malour. Au meiour, au plus bèu, au plus grand, au plus miste, Fau de-longo eiçabas que l'auvàri contro-iste, Pèr nous prouva que Soûl quaucun règno amoundaut. Countemplaire auturous dou revoulun fatau, Fau que cale, eu peréu, lou pouèto inmourtau! En Dieu tout seprofoundo es d'aco que sian triste.
F. SàlSTliaiL. lU LE TOMBEAU Qd THÉOTHILE GqAUTIE%.
Pauvre Gautier Il n'est plus là, Sa riche humeur nous est ravie.
La montagne à peine gravie Hélas que 4'esprit s'en' alla,
Et quelle vie Comme il emmenait en riant Toutes les muses, ses compagnes, Par monts et vaux, bois et campagnes, Dans un monde luxuriant A Venise, entre l'Orient
Et les Jusqu'au bout l'heureux ciseleur Avec sa grâce si À^gardé sa fbrcé^première; m 3 Quelles fanfares de couleur
Et de lumière! Poëte, on dit que tu dormais Dans ta sereine indifférence, Libre d'amour et de souffrance, Glacé comme les hauts sommets.
Je sais pourtant que tu l'aimais,
Ta chère France!
Que tu lui revins tout entier, Doux et triste à la dernière heure, Que l'art sans flamme intérieure N'est qu'un misérable métier; Que tu pleuras, pauvre Gautier,
Et qu'on ? pleure! 124' L'horreur du froid bon sens et de.la prose impie Et vécut et mourut martyr de la copie.
éMOVCSELET.
DE THÉOPHILE GAUTIER. iay What shall our songe be for the mighty dead,
For this our master that'is ours no more?
Lo! for the dead was none of those- that wore The laurel lightly on a heedless head, Chanting a song of idle lustihèad; Among thé sun-kissed rosés on the shore!
This our beloved, that is gone before, Was of the race of heroes battle-bred, That fronï the dawn-white to the sunset-red
Fought in the front of war Lo this was he that in the weary time,
In many a devious and darkling way,
Throtigh dusk of doùbt and thunder of dismay Held our hearts hopeful with his resonant rhyme, Lifting our 1-ives-above the smoke and slime
Into sbme splendid summer for away,
Where thé sùn brimmed the chaîice of the day With gold ofheaven and the accordant chime Of woods and waters to the calm sublime
Sent up their roundelay!
This was our poet in the front of faith!
Our singer gone to his most sweet repose,
Sped to his summer from the time of snows And winter winding ail the world with death;- Who shall make moan or utter mournful breath
That this our noblest one no longer knuws
Our evil place of toil and many woes, Lying at the last where no voice entereth Who shall weave for him other than a wreath
Of laurel and of rose?
Hence with the cypress and the funeral song!
Let not the shrill sound of our mourning mar
His triumph, that upon the Immortals' car Passes, star-crowned but from the laurelled throng, That stand await, let every voice prolong
A noise of jubilance, that from afar
Shall hail in heaven the new majestic star That rises, with a radiance calm and strong, To burn for ever, unobscured, among
The courts where the Gods are!
Ay, let the trumpets ànd the clarions blow,
The air rain roses and the sky resound
With harpings of his peers that stand around, The while the splendours of the triumph go • Along the streets and through the portico
I too, who loved the dead, as from the ground
The glowworm loves the star, will stand, brow-bound With winter-roses, in the sunset-glow, And make thin music, fluting soft and low
Above his funeral mound!
too, who loved him, from beyond the sea
Add my weak note to that sublime acclaim,
That, soaring with the silver of his name, Shall shake the heavens with splendid harmony, Till ail who listen bend in awe the knee,
Seeing a giant's sprit, like a Rame,
Returning to that heaven from whence it came, And many weep for very shame, to see The majesty they knew not, till 'twas free
From earthly praise or blâme Hail, 0 our masler From the hastening hours
This one we set above its grey-veiled peers,
Armed with thy name against the night that nears We crown it with the glory ôf the flowers, We wind it with all, magic that is ours
Of song and hope and jewel-colcured tears
We charm it with our love from taint of fears; We set it high against the sky that lowers, To burn, a love-sign, from the topmost towers,
Through glad and sorry years.
JOH&C TaAYVÇE-
ODE 'r'" ̃ J e te salue, ô Maître, Qui, charme de connaître T L'idéal le'plus^eku^4*1^1^
Vas au tombeau, Au grand tombeau nocturne Ou, dans les ^flancs de l'urne, Veille pour le devin • ,5V
Un sombre vin.
Heureux qui, dans l'ivresse, Paisible et vengeresse, >; ^r;,r/ Que tu goûterdès lprs,yf^ 1Q
i^\W?^îV^'>îi'in-{?-)ï7/ Le siècle qui s'écroule, f n n.
Épouvantable, roule t Ses fracas de vapeurs
Parmi nos peurs. DE THÉOPHILE GAUTIER. iz9 Mais ce coucher du rêve, Dans une riche trêve, A teint d'ors louangeurs
Et de rougeurs ~ï$ 0 Ta tombe aux mornes voiles Dont, vers un ciel d'étoiles, Tout entière s'enfuit
La triste nuit.
O sépulcre non temple., si D'où, statue au vol ample, y Ta gloire grandira j?r,
Et planeras Par-dessus l'homine terne.
Et lourd qui se prosterne, Et, fils aux fiers genoux, V.
Par-dessus 'nous!
Cette auguste maîtresse Qui mêlera sa tresse. n J Lorsque nous: nous tàirônè,
A ses clairons, u Par sa majesté nue Éblouissant la nue Au fond du vaste azur
Toujours plus pur, i3o -i.-n-; '.LE.'T.OMBEAlfirT :H,
Avec ton Ombre' éprise, f4
De clarté, qui mépriser ?«!tO
La Mort et le vain soir^b? s%
Ira s'asseoir !̃=;̃•[ oèl3
Je te salue, QtMaître 0
Qui mènes encor
Ton sceptre sur leurs reins,
Les choeurs sereins
Dort les ailes de gazes
Résignent leur grand vol
Sur- notre.,$01,
Ou le dur sabot sonne
Un rhythme que personne
Jamais n'ouït avant
Leur pas savant.
Nulle autrevapothépseî -^î?
Le divin
Oui tant que la verdure
Élyséenne dure
Sur sa tête, j'entends,
Vainqueurs des temps, Non l'éclat que répète > 4"
Quelque illustre trompette,
Mais les chevaux hennir
Dans l'avenir.
CI THÉOPHILE Hélas en vain ma lyre évoque l'harmonie, L'Écho reste muet aux accents, de ma voix, Et, sous leurs fronts voilés, les Muses aux abois Versent des pleurs émus sur ce fécond génie Tu n'es plus O poëte à la grâce infinie Dont les brillants récits alliaient à la fois Aux splendeurs d'Orient le charme de nos bois, Tu dors du long sommeil sous la feuille jaunie! Sur nous la sombre mort frappe de toute part Tour à tour elle prend ces champions de l'Art Dont notre coeur en deuil révère la mémoire Mais, Gautier, de ton nom que rien ne peut ternir, Les générations sauront se souvenir, Et tes oeuvres vivront pour rappeler ta gloire
J. -FE'&CHE. Ciseleur merveilleux, ô grand peintre, ô poëte Jusqu'au suprême adieu, fier disciple du Beau Toi qui, sans te lasser, luttant comme un athlète, De l'Art portais si haut l'étincelant flambeau; Ta main est donc rigide et ta lèvre muette?.
Dans l'air a croassé le sinistre corbeau Le soleil d'Orient s'éteint sur ta palette, Et sur toi va peser le marbre du tombeau!
Ces yeux, hier, encore avides de lumière, N'auront plus de regard. A l'étroit dans sa bière, Le voilà, loin du jour, hélas 1 enseveli.
Maître, tu peux dormir! La Muse éblouissante Émerge du cercueil; et ton oeuvre puissante, Charmant tous les esprits, saura vaincxe l'Oubli.
'in\i^LEx<iA^CD'KM'PIE'D&tG^liEL.
oâ THÉOPHILE "Ùeà'-trriEVl Donc, poëte immortel, te voilà mort aussi, Gautier; tu suis Dumas, Regnault et Lamartine; A dépeupler nos rangs l'avide Mort s'obstine, Et la faux du vieillard travaille sans merci. Comme ces combattants qui voient tomber un brave Se regardent, muets, et craignant d'avancer; Devant ce grand cercueil nous n'osons pas penser D'un suprême malheur notre malheur s'aggrave. Le ciel est rouge encorde l'ardeur des brasiers, Paris s'abime est meurt comme Nùmarice et Troie, Et vous voulez encore une nouvelle proie, Tombeaux que tant de morts n'ont pas rassasiés Pour manger le pain noir pétri de féverollé, Pour soiiftrir comme tous" tti revins parmi nous (A ce vieillard le sort des jeunes semblait doux) Parmi les plus-vaillants tu remplis bien ton rôle.
DE THÉOPHILE GAUTIER. rjy Quand Paris, ce grand corps par la faim abattu, Tomba, que l'ennemi fit chez nous son entrée, Tu refis ta maison, par la bombe éventrée En soldat fatigué d'avoir bien combattu.
Tu repris tes amis, ton coin de feu, ton livre Et ton chat familier dans tes bras caressé Tu revis le soleil, songe presque effacé Et l'inspiration, qui transporte et délivre; Le loisir du penseur, le juste et bon repos, La muse qui nous fait aller à la dérive.
Un an, et puis la mort sournoisement arrive Le jour où sur la hampe on roule les drapeaux. Dieu t'épargna pourtant l'horreur de l'agonie; En poëte, narguant la mort et son affront, Muet, sans que le mal assombrît ton beau front, Tu mourus calme, ainsi qu'un sage d'Ionie; Le ciel s'ouvre pour toi. Va d'un vol éclatant Au milieu des parfums, au milieu des musiques, Prendre possession des paradis physiques Où des grands immortels la cohorte t'attend.
La troupe des Wilis inclinera les anses Des brocs d'or où la soif des dieux peut s'apaiser, Et tendant leurs fronts ceints de fleurs à ton baiser Les légères Péris interrompront leurs danses, Au bruit des sistres d'or, au bruit des chutes d'eaux Dans des palais emplis de divins dialogues, Virgile, te cherchant, te dira ses églogues, Et des voix chanteront claires sous des rideaux. Dans ce ciel, au delà des immensités bleues Monte prendre ton rang, toi si pur, toi si bon! Notre univers mesquin, enfumé de charbon, Est séparé de toi par d'innombrables lieues.
Sur le poëte mort chantez, musiciens, Poëtes, entonnez le suprême cantique, Pour chanter dignement la mort d'un homme antique Retrouvez, s'il le faut, des modes anciens; Et maintenant, sculpteurs, taillez vos plus beaux marbres Pour celui qui, vivant, aimait le marbre et l'or; Et, de peur d'éveiller le doux vieillard qui dort, Tombez bien doucement, feuilles jaunes des arbres.
qAVAÊ'DÊE VIGEO&C.
L E DE LoA éMOI^T Tant et si bien chanté par la mélancolie, Campo-Santo, peuplé des rêves d'Orgagna Nous aimons, sur leur fresque impunément vieillie, Les trois cercueils royaux que le maître aligna. L'un des morts a gardé la ressemblance humaine, Mais verdi, boursouflé de putrides ferments; Le second, un fouillis où le ver se promène; Le troisième n'est plus qu'un ramas d'ossements. Des dames, des seigneurs, en longue cavalcade, D'hermine revêtus, frisés et bien nourris, Les faucons et les chiens complétant la parade, Trouvent, au pied d'un mont, ces effrayants débris. Là-haut, tout près du ciel, exemples salutaires Du calme reconquis dans les austérités, Le peintre nous fait voir deux pauvres solitaires La belette et la grue errent à leurs côtés. Mais, en bas, les bosquets sont remplis de victimes, Et les démons, pareils à des chauves-souris, Sous la forme d'enfants emportent aux abîmes Les âmes d'amoureux, par leurs griffes surpris. Le triomphe éternel que le destin t'assure, O Faucheuse et Camarde ainsi, bien avant nous, Le rendit, dans des jours de meurtre et de luxure, Le vieux maître croyant qui peignait à genoux Quel temple, tôt ou tard, ne manque de lévite? Quel dieu ne voit venir l'heure d'être embaumé? Toute croyance meurt, et sa chimére- habite Le tombeau des aïeux, sur elle refermé.
Mais, comme aux jours naïfs, dans un siècle incrédule, Le souci de la mort nous ronge et nous pâlit. Distraits sur le théâtre où le sort nous accule, Sans cesse nous rêvons de notre dernier lit!
Le poëte, à présent cousu dans son suaire, Dressa le monument de notre désespoir, Et son ouvre est un vaste et magique ossuaire Avec des pleurs d'argent sur des fonds de drap noir. Sa muse, c'est partout, c'est toujours Véronique Un caprice la prend de se mettre du fard, Pimpante, de vêtir une riche tunique, De mêler des bijoux et des fleurs avec art; Mais, que sonne minuit à l'horloge fatale, L'amoureuse trahit son horrible secret, Et malgré les débris du luxe qu'elle étale Tout artifice est vain, le squelette apparaît. Pisans! soyez jaloux: pour la suite des âges, Nous avons, nous Français, notre Campo-Santo, Où se multiplîront les saints pèlerinages Des générations, pliant sous leur fardeau.
F'R.É'DÊ'njC PLESSIS.
SU% LQA T0tM<BE
'DE rHÉOVHILÉ G &Î U7 ï S Fier moissonneur du Beau, dors couché sur ta gerbe! Dors, l'auréole au front, sur ton œuvre superbe, 0 poëte parti pour l'immortalité, f Avec ta prose peinte et ton beau vers sculpté! C'est le Ciel maintenant qui remplit ta prunelle. Si là-haut, aux heureux de la vie éternelle Tu le décris, ainsi que la Terre autrefois, Ils croiront voir le Ciel pour la première fois!
LOUIS Dans l'Iran, à douze cents lieues, Un vieux palais étale encor Ses faïences rouges et bleues, Avec des arabesques d'or.
Ce palais est près d'une route Où les caravanes s'en vont, Comptant leur eau, goutte par goutte, Sous la chaleur du ciel profond.
Dans ce palais, un homme habite, Un beau jeune chef de tribu, Mi-soldat et mi-cénobite, Brun, large d'épaule et barbu.
Pour quelques .tomans, il protège, Avec ses cavaliers hâlés, Les voyageurs contre le piège Des brigands dans les défilés. Hier, il a, dans sa retraite Effondrée à bien des endroits, Amené la vierge parfaite Dont le henné rougit les doigts.
Et l'on a fait parler la poudre Dans le long cortége éclatant Qui galopait comme la foudre Pour s'arrêter net à l'instant.
Là, celui qui des beaux costumes Et du grand soleil eut l'amour,; Le poëte, mort dans nos brumes, Veut reprendre une place au jour, Dans le premier baiser du maître Et de l'épouse, il s'est glissé, Pour être le fruit qui doit naître On la fleur d'amour a poussé.
Il sera beau comme son père, Et ses cavaliers le craindront, Comme un lion dans son repaire, En lui voyant plisser le front.
Il sera fastueux et digne, Aimant la guerre et le ciel bleu Il n'écrira pas une ligne, Et ne saura lire qu'un peu. Mais, pour animer quelque histoire, Vienne un conteur lui déclamer Un ghazel d'Hafiz qui veut Loire, Ou de Djàmi qui veut aimer; Il' cherchera dans sua pensée, Par delà le présent connu, Ce que la langue cadencée A pour lui de ressouvenu; Et ne comprenant rien au rêve Qui n'a point d'application, Il s'en ira tracer du glaive Quelque poëme en action
QA THÉOTHILE GQ4UTIE11 Si la Mort a comblé de nuit et de mystèré Ta tête merveilleuse, atelier précieux Où chaque vision qui passait partes yeux u Venait se colorer de leur vive lumière; Elle n'éteindra pas la splendide matière Où vivront éternels tes rêves radieux; Dans la gloire éclatante et sereine des Dieux Qui, d'un geste de marbre, illuminent la terre, Et, les regards fixés devant eux, sans rien voir, Insoucieux du temps ne daignent pa.s savoir S'ils reluisent d'en haut dans les ombres du monde, L'astre doux et lointain, dédaigneux de la mer Qui lave sa clarté palpitante et profonde, Ignore son reflet dans ce miroir amer.