‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 10 sur 33 · SIXIESME DISCOURS · texte numérisé non relu

SIXIESME DISCOURS

Sainct Chrisostome a dit de l'oraison qu'elle estoit cause de toutes les vertus, et que lorsqu'elle manque, il n'y a bien

(1) Somme... des Sermons, p. 815.11 dit encore dans un autre sermon, celui de la Pentecôte. « Chrétiens-Catholiques, ô les titres Illustres, ô les divines qualitez. Depuis la desçante du Saint-Esprit au jour de la Pantecôte, pour enseigner les Veritez Chrétiennes & Catholiques, tous les Hommes le doivent estre : mais les François, plus que tous les Hommes. Parce que l'Eglise se plaît en ce jardin des Lys. Parce que selon la belle remarque du cardinal Cajetan, les Turcs n'appellent point autrement les Chrétiens que Franchi, Francs, François. Parce que la langue, le feu, la colombe sont les symboles des anciens Gaulois ; tous nais {sic : nés) a l'éloquance, à la force martiale, nôtre Empire estant sous la planète de Mars : à la douceur & à l'humanité. Parce que le nom de Gaule, de Gaulois 8c. de Galates, qui en sont déçandus, vient de la blancheur du laict, qui est le symbole des nouveaus chrétiens, ausquels après le Batéme qui les faisoit devenir enfans de Dieu en cete Fête de la Pantecôte, on donnoit avec la Communion delà Sainte Eucharistie, le laict & le miel... ip. 849) »

qui puisse entrer en l'nme. Et ce mesme S', a dit en un autre endroit, que l'oraison estoit comme le soutien et les nerfs del'ame. Si l'on ostoit ceux cy du corps, il ne luyresteroit plus de force ny de mouvement, et toute l'harmonie que les membres ont entre eux par les moyens des nerfs viendroit à se dissoudre. Or l'ame a plus grand besoin de l'oraison, que le corps des nerfs. S^ Jean Climaque donne tant d'epithetes à l'oraison qu'il semble qu'elle est toute seule la fontaine et la source de tous biens. Il l'appelle l'union de l'ame avec Dieu, mère de la grâce, pardon des péchés, murailles contre les tentations, espée des batailles spirituelles, exercice et œuvre propres des anges, commencement de l'allégresse du ciel, viande de l'homme intérieur, lumière de l'entendement, bannissement de désespoir, appuy de l'espérance chrestienne, &c. S.* Bernard en dit autant, et tous les saincts célèbrent l'oraison au possible. Et il n'y a chose qui soit répétée tant de fois en l'Escriture : et je crois qu'elle est si propre, et spéciale aux chrestiens, qu'elle se trouve en eux seuls entre toutes les nations du monde. Et certes ce n'est pas un petit argument pour connoistre la vertu de l'oraison, de voir que les 2. principales gloires de Jésus Christ, qui se descouvrent en sa transfiguration, et en son baptesme, arrivèrent ainsy qu'il (1) estoit en prière : veu qu'a la vérité il n'y a point d'exercice, ny de chemin tel que celuy de l'oraison, pour faire que l'homme reforme ses mœurs, et se transforme, et change en un autre homme.

C'est là que l'entendement reçoit une divine lumière. C'est la que se renouvellent les habits, et les ornements de l'ame, qui deviennent plus blancs que la neige. Et Dieu a signifié cecy à Job avec des paroles assés obscures, en luy disant, Numquid per sapientiam tuam pluniescil accipiter, expandens alas suas ad austrum. Peut estre que l'espervier change de plumes par ta sagesse, lorsqu'il estend ses aisles vers le midy. Cet oyseau, comme tiennent ceux qui sont entendus aux

(1) Il faut noter l'usage constant, dans cet anonyme, de l'expression, ainsi que au sens de pendant que. Cf. p. 82, ligne 26; p. 90, ligne 15; p. 1)1, ligne 20. Cet emploi archaïque n'est pas signalé par Richelet ni par Furetière, mais le Dictionnaire de VAcadf'mie (éd. de 1691-, p. 25) dit : « Ainsi que, signifie aussi quelquefois, au mesme temps que. Ainsi qua farvivois, ainsi qu'it sortoit. Il est vieux. »

choses naturelles, se met du costé du midy, et avec la chaleur les pores viennent à s'ouvrir et s'eslargir, et cet oyseau venant à batre des aisles, les vieilles plumes luy tombent avec le mouvement, et l'exercice, et les nouveaux canons luy sortent: si bien qu'il rajeunit, et devient tout autre. Cette merveille est grande aux œuvres de la nature, mais elle est beaucoup plus grande en celles de la grâce : lors qu'on voit une ame qui despouille le vieil Adam, et se revêt de J. C, qui change ses vieilles façons, et en prend de nouvelles. Mais comme est ce que ce changement arrive, lors qu'une ame se convertit par le moyen de l'oraison, aux ardans rayons du soleil de justice, et qu'elle jette là des soupirs et trémousse des aisles avec des affections et des désirs célestes, invoquant, et demandant la faveur divine : veu que c'est lors que le vent du midy souffle, qui est la faveur du S'. Esprit, et avec sa chaleur tempérée, et son doux mouvement l'encourage et luy ayde à jetter toutes les vieilles plumes, afin qu'elle donne place aux nouvelles des vertus, et saincts désirs, qui com mencent à y renaistre. Pour le moins l'expérience journalière nous enseigne que la vie spirituelle va au pas de l'oraison, et qu'elles sont comme la mer et la lune, qui croissent et diminuent ensemble. Si vous désirés voir une claire figure de cecy, lisez ce que la saincte escriture raconte de Moyse, à sçavoir qu'ainsy qu'il avoit les mains en haut, le peuple d'Israël vainquoit : et au contraire quand il les baissoit, Amalech estoitle plus fort. Et certainement la victoire de nos passions, et tentations, et celles de nos ennemis visibles et invisibles dépend de la vertu, et force de la prière. Et de mesme que quand les mains de Moyse tomboient ou se dressoient, les enfans d'Israël tomboient et se levoient seniblablement, si bien que la victoire estoit douteuse de tous les 2. costez : mais lorsqu'ayant entendu le danger, on luy appuya les mains, afin qu'elles ne se baissassent pas, aussy tost la victoire contre les ennemis vint à estre continuée, de mesme aussy lorsque les exercices de l'oraison sont interrompus on voit arriver plusieurs cheutes en la vie spirituelle, et l'on est rarement victorieux. Mais si l'on est ferme et constant à prier, et qu'on n'use point de discontinuation, la victoire est très asseurée. C'est pourquoy J. C. a dit en S^ Luc, qu'il faut prier tousjours et ne défaillir iamais en l'oraison. Et cecy suffit afin

que chacun entende la nécessité de cet exercice, et pareillement combien il est obligé de n'y manquer pas. [Fol. 248 et249.]

Le luxe de citations ou d'allusions empruntées à Pline, Sénèque et autres anciens, donne au discours sur les divertissements, si bref soit-il, une allure assez profane ; mais celui qui le suit immédiatement, le huitième, peut-être à cause du sujet même, l'amour de Dieu, emprunte ses références aux Pères de l'Église. Le rapprochement de ces diverses pièces et la manière dont les sujets se succèdent sans se ressembler, bien qu'évidemment tous ces discours soient d'une même main, donne un cachet spécial à ces Conférences sur le Cantique des cantiques, dont la matière fut ainsi fort diversement traitée.

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