‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 9 sur 33 · TROISIESME DISCOURS · texte numérisé non relu

TROISIESME DISCOURS

JSigi'a sum, sed formosa. le mot hébreu signifie, non seulemicnt belle, mais gracieuse, aymable et désirable : pour ce qu'il descend d'un verbe qui signifie désirer. Et véritablement il n'y a chose si gratieuse, si aymable, et qui mérite tant

d'estre convoitée, qu'une ame qui s'est trouvée digne d'estre espouse do J. C. : et il n'est pas aussy possible qu'on trouve quelque chose au dehors, qui la puisse priver de la beauté intérieure : non pas la vileté de la patrie, ny le bas lignage, ni les pauvres parents, nylavie passée, encor qu'elle ayt esté fort mauvaise, ny l'ignorance des lettres humaines. Car quel dommage me peut apporter l'infamie de la vie passée, si mon esprit est purifié par la foy, et orné, et embelly avec la charité ot les autres vertus ?... [Fol. 243, verso.]

Dans les deux extraits ci-dessus, la complaisance avec laquelle l'orateur, qui cependant ne semble })oint d'ailleurs entaché de pédantisme, fait parade de ses connaissances linguistiques, pourrait être rapprochée de certaines allusions analogues dont l'édition officielle de Bourdaloue a conservé des vestiges, fort atténués toutefois. Il arrive en effet à celui-ci d'insister, à propos de certains textes, sur la ^'^ force de Vhéhreu » (1). Mais avouons qu'il y appuie moins que notre anonyme.

Cet inconnu pourrait fort bien être le carme plusieurs fois appelé ici en témoignage, le P. Léon. Lui aussi apporte volontiers des arguments tirés de l'étymologie, par exemple en ce passage d'un sermon pour le VI'' dimanche de Carême, intitulé L'Original de la Modestie Chrétienne, qui a pour thème l'entrée de Jésus à Jérusalem, le jour des Rameaux :

. . . Aussi est-ce en veue de ce jour que le Prophète disoit autrefois, ecce Rex iuus venit tibi mansuetus. Surquoy V. M.

(1) On lit, par exemple, au sermon sur le Jugement téméraire (Vendredi de la 5*= semaine du Carême) : « Seigneur, disoit David, donnez au roi votre jugement. Le texte hébraïque porte : donnez au roi votre puissance... » (éd. Princeps, t. III, p. 95). Il serait aisé de multiplier les citations analogues, surtout en les puisant dans les manuscrits des copistes, car il faut avouer que l'édition a plutôt tendu à supprimer ces sortes d'archaïsmes.

Sire, doit remarquer par une pansée assez délicate, que le mot Grec dont se sert icy le Saint-Esprit, -Kpioç, signifie doux, humble, simple, mansuet Se débonnaire. Et peut-estre qu'il est la racine de nôtre viens mot Gaulois, Preux, T.pÔLo^. Pour dire, si je Fay bien compris, que la plus belle vertu des Preux, c'est à dire des Grans du Monde, des Princes de la Terre, des Personnes qui vivent à la Cour, n'est pas la pompe, le luxe, ny la vanité : mais la modestie & la clemance, la simplicité «Se l'humilité. . . (1).

Le sixième discours, bien que peu saillant en somme, peut utilement montrer et l'amas de citations des Pères, accumulant les éloges de l'oraison, «les épithètes », comme dit l'auteur en sa vieille langue, et surtout la bizarre histoire naturelle dont témoigne le passage de Job sur l'épervier, avec son explication allégorique. C'est une variante de la comparaison rebattue du phénix, dont les orateurs sacrés ont abusé à l'infini.

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