‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 11 sur 33 · SEPTIESME DISCOURS · texte numérisé non relu

SEPTIESME DISCOURS

Le loysir honeste est nécessaire pour soulager l'esprit travaillé, et lassé de Texercice des lettres, ou des affaires et occupations journalières. Ciceron disoit à ce propos que de mesme que les oyseaux faisoient des nids pour nourrir leurs petits, et pour soulager ce travail voloient en liberté par l'air d'un costé et d'autre : ainsy nos esprits travaillés, et lassez désirent de se desennuyer, et s'esgayer, estant délivrez de soucys, et des occupations pénibles. Et Seneque au 2. livre de ses Epistres, dit, que comme le sculpteur ne pouvant avoir fort long temps les yeux fichez, et attentifs a ce qu'il faict pour ce qu'a tons coups il en perd la clarté, est contrainct de les retirer de cet exercice, et par manière de dire les repaistre de quelques objets différents : ainsy nous devons donner du relasche à nostre esprit, et le recréer avec quelque sorte d'entretiens, qui soient toutesfois fructueux : afin qu'on tire quelque proffit du loysir, aussy bien que de l'occupation. Pline dit au 18. livre chapitre 26. que comme les terres qui se reposent, et s'esgayent durant quelque temps, recompensent ceux qui les ont ainsy laissées à leur ayse, alors qu'ils les sèment : ainsy le relasche modéré, et l'allege-

ment des esprits faict que lors qu'ils retournent à Testude, ils profitent plus en peu de temps, qu'ils n'eussent faict sans cette intermission, et ce relâche. Enfin comme Plutarque a dit en ses morales, ainsy que le dormir est nécessaire pour recréer les membres, et l'homm^ tout entier, ainsy l'esprit lassé a besoin de quelques honestes récréations, pour reprendre vigueur, et courage : veu que si l'arc estoit bandé fort long-j temps, 11 ne feroit pas un coup certain, et nepourroit subsister mesme de cette sorte. Cet honeste loysir a lieu et est nécessaire en tous les exercices de la vie présente, tant en celuy de Marthe, qu'en celuy de Marie. Mais celuy que les saincts ont appelé sainct, appartient à si peu de gens, que je crois que] le nom tout seul est demeuré au monde, pour ce qu'on ne sçait pas presque ce que c'est. [Fol. 249.]

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