‹ Le ton de la predication avant BourdaloueChapitre 17 sur 33 · LE TOX DE LA PRÉDICATION · texte numérisé non relu

LE TOX DE LA PRÉDICATION

spécialiste de la controverse dont nous avons déjà rencontré le nom, M. Charles, ecclésiastique de Paris (1).

Trailté / des Controuerses / contenant j Les vrayes solutions / qu'il faut donner aux / objections des ministres. / Auec les solides et conuainc-lquantes preuues des uerités catholiques tant par la 5*^/ escripture, l'analogie de la / Foy, que les saincts

des Bibles de nos adversaires, k employer leurs propres ternies pour les convaincre par eux-mêmes : Il m'a fallu aussi exposer les passages des Pères, autant gramaticalement, & de mot à mot qu'il m'a esté possible, pour paroistre plus Religieux dans les citations que j'en fais... L'ordre que je tiens n'est autre que celuy des Articles de leur Confession de Foy, lequel je suis ponctuellement. . . Ce livre sera commode aux personnes sçavantes qui veulent réfuter les Prêches, faire des Sermons de Controverse, puisqu'à son ouverture ils trouveront toutes les Matières controversées, digérées et épurées de questions purement scholastiques k Problématiques, k tout ce que j'ay peu trouver de plus fort k de plus efficace dans les Pères. . . »

Ce traité peut servir de spécimen et donner une idée des innombrables ouvrages du même genre qui se multiplièrent sartout à l'époque de la Révocation. Outre les ouvrages imprimés à Paris, une enquête complète devrait recueillir les multiples impressions locales, qui outre l'avantage de fournir une contribution à l'histoire de la librairie, offriraient le mérite plus utile de nous renseigner sur la propagation du mouvement de conversion des protestants. Le ms. français 21948, fol. 206, contient, au 8 mai 1684, la mention d'un privilège accordé le t^'' avril précédent, au ^< R. P. Bazille de Soissons, Capucin... pour l'impression d'un livre intitulé La véritable décision de toutes les controverses ». — L'enquête sur le mouvement des controverses supposerait donc des recherches sans fin; elle n'a quelque chance d'aboutir que par des monographies d'où sortirait ensuite une étude d'ensemble. N'est-il pas trop vrai que cette histoire reste à faire et que nous sommes trop souvent réduits à l'emprunter à ceux qui avaient tout intérêt à la présenter en leur faveur?

(1) Cf. plus haut, p. 104^ C'est le ms. 19555 du fonds français. En haut de la page du titre on lit : Ex libris Marii Sancti Germani à pratis Parisiorum n° 2416. Dans le môme ordre d'idées, il faut signaler aussi au n° 22965 du même fonds français, le recueil, préparé pour l'impression, peut-être par le P. Thorentier, après 1686, des Discours de controverses du card. de BéruUe etdu P. de Condren, dontles préfaces sont des plus suggestives.

Pères et / Conciles des quatre premiers / Siècles / Par / M. F. Charles, Ecclesiastilque de Paris /M.D.C. LX.V.

Introduction / Générale a la Controuerse / Dessein / de ce traité, sa diuision / et f sa nécessité.

L'unique dessein de ce traité c'est de donner un moyen seur et facile de combattre fortement les hérétiques opiniastres et de conuaincre doucement les dociles.

Pour cet effect on doibt remarquer qu'autre est la manière dont il se fault seruir contre vn aduersaire passionné côe sont les ministres que l'Interest et la vanité retient dans la secte, et autre est la façon dont il se fault seruir et comporter enuers un aduersaire abusé qui ne suit sa religion que parce qu'on luy persuade que c'est la bonne, ou simplement par ce qu'il y est né, car agir contre vn ministre par la mesme voye qu'on doibt agir contre vn religionnaire engagé dans l'heresie plustost par simplicité que par opiniastreté, c'est le moyen de ne remporter jamais aucun auantage, au contraire vouloir tenir contre vn hérétique docile la mesme rigueur qu'on doibt tenir contre vn reuesche, c'est plustost le moyea de l'endurcir dans son cœur que de l'en retirer. Côe les ministres sont gens qui dogmatisent il les fault presser auec toute la rigueur possible sans rien relascher de son aduantage : mais parce que ceux qui les suiuent à la bonne foy croyent bien faire en les suiuant il vault mieux tascher de les instruire que de les confondre.

Il y a donc deux sortes de différents moyens pour conférer auec les hérétiques touchant la religion et ces deux sortes de différents moyens ont consequénicnt leurs prœceptes différents et distincts qu'il se fault bien garder de mesler par ensemble. Il est vray qu'il y a des règles générales qui conuiennent également à ces deux sortes de moyens dont je parle ; mais elles sont en si petit nombre qu'elles ne peuuent pas apporter grande confusion, et neantmoins affin d'euiter l'embarras, je les traiteray distinctement des autres.

Ainsy quoyque ce traité soit court je ne laisseray pourtant pas de le diuiser en quatre parties qui en facilitent l'intelligence pour peu qu'on s'applique a le conceuoir.

Dans la première j'espliqueray les préceptes généraux qu'il fault pratiquer soit qu'on attaque un ministre, soit qu'on se deffende de ses insultes ou soit qu'on instruise vn Religionnaire.

Dans la seconde je diray quelles sont les règles particulières qu'il fault nécessairement obseruer quand on dispute contre vn ministre ou contre vn autre hérétique qui ferme les yeux à la vérité.

Dans la 3« je donneray plusieurs différents moyens de retirer d'erreur vn homme qui s'y trouve moins engagé par sa passion que par naissance, soit en luy leuant les difficultés qu'il a, soit en luy monstrant la bonté de la religion catholique.

Et enfin dans la 4^ je representeray les méprises que plusieurs font en disputant contre les hérétiques, soit pour alléguer des passages de l'escripture inutils, soit pour se se seruir des authorites des Pères tirées des liures qu'ils n'ont pas composés, soit pour s'écarter du point véritablement débattu entre nous & nos adversaires, soit en un mot pour commettre d'autres fautes de cette nature.

Cet exemple a sa valeur propre pour nous indiquer le ton et le genre de ces discours de controverse, si fréquemment annoncés dans la Liste. A mesure que l'on remonte vers le XVP siècle, les titres mêmes des disputes dont la bibliographie serait si vaste, insinuent des allures moins courtoises, et souvent aussi des procédés moins naturels. L'allégorie poussée à outrance (1) alterne avec les

(1) Voici quelques titres : Les Sept j Colonnes j de la Sagesse I incarnée./ Soustenant le Temple des sept prin- / cipales veritez de la diuine / Eucharistie / A Monseigneur le / Reuerendissime Euesque de Poictiers.jVds le F. Léon Carme, De l'Obseruance de Y\ennes. / Sapientiaœdificauit sibi donium, excidit columl nas septem. Frouart. 9. A Poictiers. / Par Ivlian Thoreau, & la vefue/d'A. Mesnier, Imprimeurs ordinaires /du Roy, & de rVniuersité,/ M.DC.XXIX.

L'attendant / Respon^e / aux sept / colomneq I de la. divine I Eucharistie / composées / par F. Léon R. Carme / (p. 143) A Poictiers / Par 1 Thoreau, &: la vefve d'A. Mesnier / Imprimeurs ordinaires du Roy/ (Bibl. Maz. 25450).

Deux I Emblèmes, / oc/ figures symboliques,/ dont Uvne prise de V Institution / de Calvin, se rapporte au/ Calvinisme démasqué ;/ L'avtre / extraite dv / Bouclier dv / S. du Moulin, / se réfère à la/ Mystique lezabsl. j la L dediee /a Monseigneur le Duc de Sully, /

épithètes désobligeantes (1).

Il n'est guère de prédicateur dont les ouvrages

Pair de France/ la II. a Madame la Dvchesse de/Bovillon, Princesse de Sedan & c/Pav le P. Ange de Raconis, Pred. Capucin./ a Paris, / Chez Lovys Bovlenger, rue S. Jacques, / à l'image S. Lovys, au dessous de S. Yves. / M. DC. XXVII. in 12, 376 p. (Bibl. nat. Inv. D. 22112 Rés.)

Torrent de feu sortant de la face de Dieu pour desseicher les eaux de Mara^ encloses dans la Chaussée du moulin d'Ablon, où est prouvé le Purgatoire, Se sont découvertes les calomnies du Ministre Molin : par le Père Jacques Suarez de Sainte Marie, Observantin Portugais. Paris, Laurent Sonnius. 1663, in-8°. (Bibl. nat. D. 7680).

On connaît aussi le livre attribué d'abord par erreur à Drelincourt (Haag., I éd., t. IV, p. 312) mais restitué à Mestrezat (id., 2« éd., t. V, p. 484 et suiv.) : Veron ou le Hibou des Jésuites opposé à la Corneille de Charentoyi. Villefranche 1678. Nous trouverons du reste tout à l'heure un spécimen des (' injures » dans la relation de Samuel Bochart racontant sa dispute avec Veron, à Caen. V. plus bas, note 1.

(1) Qu'on en juge par les extraits d'un résumé authentique des actes d'une conférence tenue à Caen en 1629, et dont le récit est fait tout au long dans le livre dont voici le titre :

Actes de la / Conférence / tenve a Caen / oitre I Samvel Bochart &. Iean Baillehache, / Ministres de la Parole de Dieu en l'Eglise / Reformée dudit lieu, d'vne part. / Et / François Veron Prédicateur des Controuerses, & SAAC le Conte Doyen du / Sainct Sepulchre à Caen, de l'autre. / A Savmur, / par Iean Lesniar, & Isaac Desbordes. / M.DC.XXX/ (Exempl.aux armes de Huet, 3 vol. 8° de 1543 p. ss 1 1. et les errata (Bibl. nat. D, 22117). (Epître) A Messieurs de l'Eglise reformée de Caen. . . . (avec injures pour Véron.)

« Car on ne nous met plus en teste des Vigors, ni des de Sainctes, ni des d'Espenses, ni des du Perrons. S'il y a encore en la Papauté quelques esprits de cette marque ils se tiennent clos et couuerts, ayant recognu qu il n'y fait pas bon. Et en leur place s'est élevé une bande de gens qui n'ont rien a perdre et que leur incapacité rend subiects au desadueu. Esprits hayneux & acariastres qui se trouuans manquer de raison ne défendent la cause que par cris k opiniastreté. C'est le vray accomplissement du songe de Chilperic. Apres les ours, & les tigres. Se les lions, viennent les chats Se les petits chiens Se. autres menus animaux. Somme qu'au lieu de ces grands Leuiathans, qui venoyent autres-fois heurter contre la nasselle, où Jésus Christ repose avec ses disciples, nous ne voyons plus rien qui menace au

ne gardent la trace de ces luttes, ou qui souvent n'ait composé quelque traité à l'aide des sermons

dessus de ces grandes eaux sur lesquelles sied la paillarde, qu'un misérable Veron duquel la foiblesse est digne de compassion, 8c qui est désormais si décrié parmi les siens propres, que mesme à le vaincre il y a du deshonneur. Encore n'auoit-il iamais tant estalé son impertinence qu en la Conférence dicy, où i'ay peur qu'on ne nous soupçonne de l'avoir gagé pour mal faire, Se trahir sa cause. Semble qu'il n'ait eu pour but que de descouvrir sa lourdise, & son ignorance, & s'immoler à la risée des assistans. Sur ce qu'il se mesloit d'accuser nos bibles de fausseté, si je le pensois ■ ramener aux Originaux, se trouuoit qu'il n'y scait pas lire....

Avois-ie recours aux Dictionnaires, & aux bons Autheurs, il se fronçoit le sourcil pour me dire que ce n'estoyent que pinoches grammaticales. Bref il s'ayde de la méthode qu'il a aprise de Gonteri dont tout l'artifice consiste à questionner quand il faut respondre, à s'accrocher dans les formes, au lieu d'enfoncer les matières. ...»

Suit une « Préface av Lectevr « qui contient l'histoire des «Approches de la Conférence» et qui commence ainsi : « Sur la fin du mois d'Aoust dernier arriva icy le sieur Veron autresfois Jésuite, & auiourd'huy Docteur en ï Académie des Ardents, & chef de La Légion foudroyante des Anges de VEuangile. Ce sont les qualitez qu'il donne à ceux de sa Congrégation (En l'Epistre à la Congrégation de la propagation de la foy.) »

La préface fait le récit du défi ou cartel proposé par le controversiste. Selon Bochart, c'est pour avoir été réduit à quia par un « Père Denis Moine Jacobin, homme versé en la Théologie scholastique >> qu'il se tourna contre les protestants.

« Et croid-on que ce fut ce qui l'obligea à changer de thème, k à quitter sa Méthode, pour déclamer contre les Bibles de Genève. . . . Ceste calomnie luy servit de matières à diuers sermons qui n'estoyent qu'amplifications d'vn libelle qu'il avoit extraict de la Geneue Plagiaire du Père Cotton, qu'il esparpilloit par tout à grand force de Colporteurs. »

On s'assemble « le Vendredi 22. Septembre. »

Les deux adversaires s'accusent réciproquement de fuite et voici les aménités de Bochart :

« Bref le terme de la Dispute plus qu'expiré, fut résolu par tous les nostres que ie la terminerois par une response exacte a toutes ses cauillations. Quoy fait k de telle sorte qu'il n'a iamais sçeu répliquer vn mot à propos, nous nous retirasmes d'vn commun accord, les adversaires baissans la ■teste de honte de voir l'erreur esclairé de si prés. Et c'est

de polémique prêches antérieurement à l'occasion d'un de ces défis (1) si fréquents au commencement

cette retraitte honorable qu'il a eu l'impudence d'appeller fuite.... Puissions-nous touiours fuir de mesme façon, combien que cet homme soit désormais si perdu de réputation, q.u'vn Ministre ne doit plus craindre de se faire tort en le fuyant. Car chacun sçait qu'on le fuit pour d'autres raisons que pour celles de sa suffisance. Il en est comme de certaines bestes qui tombant es mains des veneurs les obligent à s'escarter pour la puanteur de leur excremens. Ainsi en est-il de cet homme quand il se sent accusé, il vomit des outrapfes, k des iniures, Se des calomnies, dont la puanteur nous oblige à fuir ses approches. C'est vn homme qu'on doit fuir comme ceux qui ont la peste, desquels on ne fuit pas la force, mais le venin. »

(1) Les défis persistèrent durant tout le siècle, et ils furent surtout le fait des anciens ministres, sans constituer leur monopole. C'est ainsi qu'en 1680, Cotherel consigne dans une plaquette le récit d'un défi porté au ministre Claude. Son livre a pour titre : La Be lai ion / véritable j du défi qui a esté fait I au sieur / Claude j fameux ministre / de Charenton, / de prouver par l'Ecriture / Se les Pères, la vérité de sa Religion, Se la fausseté de la / Religion Catholique Apostolique Se. Romaine. / Avec le refus qu'il a fait / d'y répondre, j Par le S'^ Cotherel Ministre converti du Dioceze d'Agen. / A Paris, / chez la veuve Jacques Boiiillerot, rue de la Huchette / à l'Enseigne de l'Escrevisse. / Et se vend en sa Boutique au Coin de S. Michel, vieille Court du / Palais, à la mesme Enseigne de TEcrevisse. / Avec Approbation Se Pe[r]mission. 1680 / (Bibl. nat. D^ 14^9, in-4° de 20 p., p. 18)... «Et néanmoins si les Calvinistes veulent bannir le libertinage Se le péché qui marche chez-eux la teste levée, il faut qu'ils reçoivent cette Confession sacrée qui descharge la nacelle du Seigneur, du pesant fardeau du vice, qui purge les Enfans de l'Eglise de ces humeurs peccantes qui les tuent, qui excite les œuvres pies & charitables, qui esteint les querelles, qui termine les differens, qui réunit les familles, qui restitue le bien mal acquis, qui fait que l'on vit sur la terre d'une vie toute Angélique Se toute sainte, Se qui apporte des biens inestimables Se dans la republique Se dans l'Eglise.

» En voila assez ce me semble, pour obliger les Prétendus Reformez de reconnoistre la fausseté de leur créance Se la vérité de l'Eglise Romaine : Qu'ils apportent une raison libre Se dépouillée de passion à la lecture de ce petit Ouvrage, que j'ay composé à la Prière de Monsieur S. Ferriol, qui est un Gentil-homme de la Religion Protestante, d'une naissance

du siècle. Le P. Léon, carme, dont nous avons fréquemment cité des extraits, dédia ainsi en 1629, à l'occasion de la conversion d'un avocat de Loudun, le livre sorti de ses prédications, à la ville qui les avait entendues. Son épître « à Monseigneur le Reverendissime Evesque de Poictiers, Henry- Louys Chastaigner de la Rochepozay » est du 7 août 1629, et lui présente : « Les Sept Colonnes de la Sagesse incarnée, etc. (1) ». Le titre du livre donne le ton de l'époque, ainsi que la réplique qui le suit : « L'attendant response aux Sept Colonnes, etc. », défi porté à un ministre de Loudun. Mais il en faut surtout citer l'avertissement : ovvERTURE à Mcssicurs les Magistrats, Eschevins, Bourgeois & habitans de la ville de Loudun.

illustre & d'une érudition sublime dans les matière de la Foy. Monsieur Claude luy avoit promis d'y répondre d'une manière si convainquante & si forte, qu'elle me forceroit de garder un éternel silence; cependant, après douze jours de temps, le plus sçavant Se. le plus dangereux Ministre des Prétendus Reformez a refusé de repondre à monTraité: ce Gentil-homme de sa Communion Ta en vain sollicité & exhorté d'entrer dans une si honnorable carrière, où l'on croyoit qu'il ne devoit courir & combattre que pour vaincre & pour triompher; ce faux Pasteur a honteusement rendu mon cayer. Se. reculé pour ne pas entrer dans la lice, & pour ne pas s'engager dans un combat, où se voyant abandonné de la vérité, il eût bien-tost paru sans armes & sans défenses. Ce Gentil-Homme de la Prétendue Reforme, qui doit embrasser bien-tost la Religion Catholique, sçait bien que je me preparois tout de bon à ce combat, & qu'estant appuyé sur la vertu divine, je n'avois pas beaucoup de peine à me figurer que j'estois le Berger que Dieu avoit choisi en cette occasion pour abatre ce Géant de l'Heresie, avec les armes que l'Ecriture Se les Pères me mettoient en main : Je continue encore d'attaquer Monsieur Claude, & je le défie de répondre directement, solidement & clairement, à mon Ouvrage que je luy ay envoyé, & que j'ay bien voulu mettre au jour, pour la gloire de l'Eglise Se. pour la confusion de l'erreur. » (p. 19). (l) Voyez plus haut, p. 120'.

De vray, Messieurs, accusant ou m'excusant sur la nécessité qui m'a si promptement engagé à ce travail, je confesse néantmoins que l'amour de la gloire de Dieu Se du salut de vos âmes m'a beaucoup aidé à le parfaire. Car vous scavez comme tesmoins oculaires, que la sage Providence de l'Eternel, qui conduit fortement ses desseins par des voies toutes confites en douceur & suavité, opérant ces jours passez la conversion d'une Personne que plusieurs belles qualités rendent recommandable, nous n'avons tenu autres procédures que celles de paix Se de charité. Ceux qui à cause de leur ministère ne peuvent supporter la pureté non plus que l'effort de la vérité qu'ils ne scauroient détruire, firent quelques contenances de vouloir recouvrer lours brebis au péril de leur honneur. Mais avec quel succès ! Le bruit de quinze jours s'est enfin évanoui en fumée ; la vérité est demeurée victotorieuse. Se le mensonge atterré.

On a pensé peut-être que cette conversion assez avantageuse pour le bien de votre ville, me feroit faire des affiches, Se dresser des trophées. Mais en vérité, c'étoit ignorer Se l'inclination de celuy que Dieu a touché. Se l'honneur de celuy que Dieu Se l'occasion y ont employé. Ce luy est assez que dans les devoirs de sa charge il consacre sa vie à la défense de l'Eglise, du public, de la veuve Se du pupille ; puisqu'étant leur avocat en terre au nom du Roy très chrétien, il les aura au Ciel pour orateurs Se intercesseurs devant la Divine Majesté.

On dira que vous me faites traiter une matière qui a déjà esté remaniée par tant de rares esprits. Il est vray. Mais estant ainsi polie Se repolie, elle en paroistra plus belle Se plus éclatante. C'est l'excellence de nos mystères de ne s'épuiser jamais, épuisant Se les hommes Se les siècles. Je ne dis peutêtre que ce que les autres ont dit, mais je fais ce que les Pères ont fait devant leurs enfants. Et c'est un malheur pardonnable de n'être né qu'après les autres. Joint qu'au fait de la Religion, pour bien parler, il faut dire ce que les autres ont redit

Si je vous agrée en cet esprit, j'auray l'applaudissement de tout le Théâtre que je me suis proposé ; puisque suivant les trois manières qu'enseigne le miraculeux S. Augustin, je vous ai prêché Jésus-Christ par la langue durant le Carême Se les Octaves ; par le Sacrement de l'Eucharistie en cet ouvrage que votre service tire de moi, et finalement par

Epitre, vous adressant celle-ci en laquelle je vous laisse avec l'amour de Jésus-Christ & la vérité de l'Eucharistie, le témoignage de mon affection religieuse à vous servir.

Poiuit Apostolus signiflcando praedicare Deum Jesum CJiristitm, aliter per tinguam, aliter per Epistolam, aliter per Sacramentum corporis Se sanguinis ejus. — Aiigust. 3. Trinit. c. 4.

On pourrait parcourir ainsi tout le dix-septième siècle. Un des derniers ouvrages du P. Adam, jésuite, mort recteur de Bordeaux, daté de 1672, n'est que la refonte, avec préface nouvelle, et bien moins intéressante que la lettre de circonstance écrite l'année précédente à Sedan, des conférences tenues dans cette ville contre les protestants (1). On y voit, après une allusion à la conversion de Turenne et un résumé très détaillé de la campagne de Hollande, l'expression formelle d'un souhait alors courant (2), celui de la « réunion des deux Eglises »,

(1) Le triomphe / de la très-sainte / Eucharistie j ou I la présence réelle du , corps k du sang de Jésus-Christ dans cet / adorable Sacrement, prouvée par VEscriture j Sainte, par les Témoignages des Pères des / premiers Siècles. / Pour faire voir jusques où est montée la hardiesse de M. Claude j Ministre de Charenton, qui soutient, que les Evanqelistes / Se les Apôtres ne se sont pas souvenus à en rien laisser dans / leurs écrits : que les Martyrs Se les Saints de l'ancienne f Eglise ne Vont ni connue, ni crue, ni professée, et que / jusqu'au Sixième Siècle inclusivement les Docteurs ont comniujnement parlé de ce Mystère, dans les mêmes termes, Se dans / les mêmes sentimens, que font aujourcVhuy les Protestans. /

Avec des Reflexions sur des témoignages, qui doivent j toucher le cœur de ceux, qui n'ont d'autre interest / que celuy de leur salut. /

Desdié au Roy / Par le R. P. Jean Adam de la Compagnie de Jésus. /

l Jacques Mongiron Millanges.

A Bourdeaux / chez < Pierre du Coq.

( Et Simon Boe.

MDCLXXII / Avec Privilège de Sa Majesté.

(2) La Gazette du 2 janvier de la même année 1672, annon-

Je suis contraint, Sire, écrit le P. Adam, en achevant l'énumération des hauts faits de la dernière campagne, de terminer icy ces conquestes, avec une espérance de celles qui vont venir. Et quoyque je n'ayc point eu l'honneur de suivre votre Majesté dans cette sainte Guerre, & que ma robe m'empêche de porter l'épée pour défendre la Religion : il m'est permis de me servir de ma langue k de ma plume qui sont les armes de ma Profession, pour combattre l'erreur & contribuer quelque chose à la réunion des deux Religions que V. M. souhaitte avec ce grand zèle qui sera toujours son protecteur devant Dieu qui ne sçauroit refuser ses grâces à celuy qui s'est déclaré si hautement pour tous ses intérêts & ceux de son Eglise. Pour contribuer quelque chose à un si grand dessein, je donne par avance cet Ouvrage au public pour disposer les esprits des Protestants à reconnoitre l'aveuglement de leurs Pères qui se sont séparez des Catholiques sur la parole de quelques gens qui ne meritoient pas d'estre écoutez. . .

Ce serait d'ailleurs refaire l'histoire religieuse des règnes de Henri IV et de Louis XIII que prétendre rendre compte du mouvement de la controverse à cette époque (1). Mais le mouvement ira s'accusant encore vers la fin du règne de Louis XIV.

çant la soutenance des « Thézes sur les matières les plus difficiles de la Théologie » de l'abbé de Noailles en Sorbonne, le 23 décembre précédent, ajoute : « Nostre Archévesque, avec sa grâce, & la facilité qu'il montre en toutes ses Actions publiques, .présida, & disputa en cette Théze : laquelle est dédiée au Roy, avec une magnificence merveilleuse, & digne de l'éclatante piété de ce Grand Monarque. Sa Majesté y est représentée commandant à la France, de détruire l'Hérésie : I & cette Reyne des Monarchies, y paroist, à cet effet, armée du Bouclier, Se de l'Epée de Saint Michel, ainsi que l'Eglise qui l'a tousjours, tenu pour son Protecteur, & Défenseur, de mesme que nos Roys, & notamment, sadite Majesté qui signale si solennellement, son zèle, eu la ruine de cette hérésie. » (Gazette, p. 23).

(1) Voyez le livre du P. Prat : Recherches historiques... sur la Compagnie de Jésus en France du temps du P. Coton. Lyon, Briday, 1877, 5 vol. in-8°.

Les mesures préparatoires à la Révocation de i'Edit de Nantes multiplièrent les sermons de controverse. Aussi aux environs de 1685 se rencontret-il bon nombre de prédications sur les points! contestés par les calvinistes. Un exemple pris dans ces années, sans montrer l'état de la chaire avant Tannée 1669, signale les points de rapprochements sur la méthode suivie à ces deux époques. Gour-j reau, le prieur de Sainte-Geneviève (1), raconte dans ses notes intitulées Miscellanea moralia et con-\ cionalia, ce qu'il fît en 1685. Son recueil (2) est! composé de sermons, illisibles d'ailleurs, composés] par lui. Les titres et les textes d'un bon nombre indiquent les préoccupations régnantes : Eucharistie... Qui manducat carnem meam (avec la date 1679) et repris en 1680, Saint-Sacremént : Cor meum et caro mea exultaverunt ; Sacrifice; de la nécessite de la langue latine dans l'Eglise, etc. Il écrit sous la rubrique : en i685 :

Je lisois les titres des déclarations du Roy les dimanches en chaire et je les expliquois parlant dii soin que le Roy auoit de la conuersion des p. R; il en suruenoit tousjours quelque nouueau, et le dimanche 19 j'en leus un qui obligeoit ces gens la qui s'estoient retirez a Paris de s'en retourner aux lieu ou ils demeuroient.

» Uoila bien des edits, leur disois-je pour les gaigner. Dieu n'a donné que deux tables de sa loy. Il est vray que les Juifs estoient durs et qu'ils furent punis, il en mourut 23 mille et moyse auec les leuites en passèrent au fil de Tepee ce grand nombre indifféremment Parens amis, sans y auoir égard et prenant le veau qu'ils auoient fait, il le mit dans le feu et le réduisit en poudre dans l'eau et il en fit boire aux enfans d'Israël et dit : quiconque est au Seigneur, qu'il se joigne à

(1) Cf. Eug. Griselle. De munere pastorali Bossuet, p. IX, 125-127, 246.

(2) Ms. fr. 22, 955, fol. 90.

moy. les enfans dlsrael s'asscm jlercnt auprès de luy il leur dit : que chacun mette son espee à son coste, passez et repassez à trauers du camp d'une porte à l'autre et que chacun tuë son frère son ami et celuy qui luy est le plus proche. Ils en tuèrent 23 mille. Moyse leur dit chacun de vous a consacré ses mains au Seigneur. Il les bénit voyla l'exécution. On n'en vient pas jusque là. C'est ce qui est dans TEuangile : missis exercilibus suis subdidU homicidas illos.

N. S. nous traite mieux que ces égarez, il nous appelle aux noces il y a bien des noces dans l'escriture, celles de Dieu avec le Fils, avec son Eglise, a la table sainte, auec l'ame fidelle...

Notre rôle n'est point d'attirer l'attention sur cette manière de prêcher du P. Gourreau en 1686, ni de la rapprocher de certaines instructions de Bossuet, visitant son diocèse et traitant le même sujet, mais d'autre façon, à cette même époque (1). L'important est pour nous de faire ressortir la place que tenait dans tout le cours du siècle la controverse comme genre distinct et entièrement à l'ordre du jour.

Il nous reste maintenant à montrer, par des exemples, qu'elle occupait une part plus ou moins envahissante des sermons proprement dits. Elle s'y rencontra, soit par système et à des endroits déterminés, soit surtout à titre de digression courte ou prolongée, suivant l'occasion des matières traitées ou l'occurence de l'auditoire.

Comme type de la première manière, du reste plus archaïque, il faudrait citer les sermons de l'évêque de Lavaur, Abra de Raconis, au temps où il n'était encore qu'aumônier de Louis XIII et prêchait dans

(1) Voy. Revue Bossuet, 25 oct. 1900, p. 233, le compte rendu d'une visite et prédication à Lizy, au 7 nov. 1685, et surtout le sermon du 9 nov., p. 23i ; Cf. E. Grisclle, De munere pastorali Bossuet, p. 174.

les églises de Paris (1). Nous avons déjà cité de lui, à un autre point de vue, les discours prêches à

(1) Le môme François de Raconis, le futur évêque de Lavaur, cousin germain du capucin Ange de Raconis dont nous avons vu plus haut (p. 120') quelques ouvrages, témoigne, en parlant de sa conversion, que les « errants » assistaient à ses sermons. C'est dans la préface, ou avis au lecteur de sa Réponse aux quatre ministres de Charenton.

Besponce / a Vepistre des quatre I Minisires de Charenton : f Ensi^mble à deux autres escrils de P. D. / M (Pierre du Moulin), de la Puissance de Dieu, 8c. dejsa volonté. L'autre, de sa iuste Prouidence./En laquelle par VEscrilure, leur propre confession de/Foy, 8z par leurs liurets sont traitiez à fonds lesiprincipaux poincts qui sont en controuerse entre-jeux & nous. / Par Charles François d'Abra de /Raconis, Bachelier & Professeur en/ Théologie, autrefois nourry par eux / A Paris, /chez Joseph Cottereav, rue S. Jacques /à la Prudence./ MDCXVII-/avec Privilège du Roy. in 12 de 656 p. (Bibl. Nat. Réserve, D, 22076).

« Au lecteur... tu ne trouveras pas estrangeque j'ay deslié ma langue en chaire pour crier : n'outragez pas l'Eglise, k fait changer ma plume de langage, l'ayant divertie pour quelque temps de ses occupations ordinaires sur le sommaire de la Théologie, que ie suis prest de mettre en lumière, pour prendre ce nouvel air, & en François, faire voir aux François, vrais enfans de l'Eglise, l'iniquité de ceux qui s'acharnent contre-elle...

Encore qu'en mon procéder ordinaire, j'aye tousiours esté plus désireux d'enter la deuotion dedans les cœurs, que de planter la Foy dans les esprits : d'enseigner à faire ce qui se croit, que de persuader la créance de ce que nul Chrestien ne doit mescioire. Dieu m'obligeoit à cela par le bénéfice particulier de ma conuersion ; l'Eglise auec iuste suiet me le redemandoit, m'ayant dedans son temple régénéré sur les sacrez fonds de Baptesme (grâce qui n'a estée communiquée qu'à moy de toute nostre famille :) Et du depuis encore m'ayant receu si charitablement entre ses bras, lors qu'après enauoir esté diuertypar la mauuaise instruction de l'enfance, i'ay tesmoigné en mon adolescence quelque désir de la recognoistre ; mes amis m'en pressoient, i'auois la semonce d'un grand nombre de Catholiques qui m'ayant entendu verbalement sur ces matières, me conuierent de reuoir mon trauail, & le donner au public : Et quantité d'errans qui s'estoient trouuez à mes prédications de Sainct Estienne du Mont, & de S. Benoist, réfutant cette Epistre, tesrnoignoient' le mesme désir. >>

Avant-propos J adressé aux Ministres.

(( Messieurs, Dieu m'ayant dès l'aage de douze à treze ans

' AVANT BOUIID ALGUE .131

Saint-André en 1622 (1). Ils offrent cette curieuse particularité que le second point de chacun des sermons, communément partagés en trois sections, d'ailleurs franchement intitulé : Seconde partie, de Controverse (la troisième a pour titre : de Moralité) est tout entier consacré à réfuter les positions calvinistes. En voici du reste quelques fragments, tirés du premier sermon des « Parallèles entre Dieu et l'âme », déjà cités (2), sermon d'introduction

par sa miséricorde fait recognoistre îa vérité, avec autant de contentement k de consolation do mon ame, que ceux qui vous ressemblent en conceurent de desdain contre moy : Tay creu que la souuenance de ce bien-fait... deuoit estre... viuement burinée dedans mon ame, pour... me porter à consacrer... la vie... pour celuy qui... me voyant... me précipiter dans l'abysme des mal-heurs, par la maudite nourriture que i'auois eu d'vn Pasteur reformé à la nouvelle mode, preschant dans la maison de feu mon père, m'instruisant à l'Alphabet, k me donnant l'apprentissage premier de la simple lecture, m'auoit et toute nostre famille, au nombre de plus de vingt quasi miraculeusement retiré pour me faire reuiure pour luy, en espérance de régner par après auec luy...

» C'est ce qui m'a porté a desrober à mes occupations ordinaires d'une lecture publique en Théologie, des actes d'une licence et des Prédications aux Festes et Dimanches, quelques heures par chaque jour pour tracer cet escrit, sans concerter auec personne, contre l'Epistre concertée et souscrite par quatre des coqs k principaux de tout vostre parti, pour opposer la docte et véritable Prédication du R. Père Arnould de la célèbre Compagnie de lesus, trop rude vn peu en ses attaques pour vous, qui ne combattez qu'a descouuert dénuez de l'armure de vérité. le ne doute pas que comme vous avez dit d'un si grand personnage, qui sert d'esclat à tout le monde, d'admiration aux plus grands k pour comble de son honneur, est expose en butte a vostre enuie k mesdisance, qu'il auoit seulement esgratigné les marges de vostre Confession de foy en ceste diuine Prédication honorée de la présence de Sa Majesté, de tous les Princes k les plus grands Seigneurs de la Cour, vous ne le disiez plus hardiment de moy, que ie ne vay qu'effleurant l'Epistre si hautaine que vous osez (permettez moy que i'aduance ce mot) si témérairement offrir au Roy... »

(1) Cf. plus haut, p. 12.

(2; Cf. plus haut, p. 13 et suiv.

« Traictant de la parole de Dieu en gênerai, & de ses aduantages en forme de Préface ».

Seconde Partie de Controverse.

L'errant ennemy de Dieu s'est aussi rendu ennemy de sa Parole : ce que i'expose succinctement I Par ce qu'il en a rogné la plus grande partie, sçauoir est toute la Parole non escrite, enseignant qu'il n'y a nulle Parole diuine que celle qui se trouue au vieil & nouveau Testament.

Voicy la preuue à l'œil (p. 18-19).

U c( errant », comme parle toujours l'abbé de Raconis, devait avoir nécessairement sa place dans ses préoccupations, en qualité d'ancien converti ; mais peut-être ce procédé de réserver un point entier de controverse dans chacun des sermons, alors que parfois le sujet ne le comportait guère, estil particulier à cet orateur; je ne l'ai point d'ailleurs rencontré en d'autres ouvrages, ce qui ne veut pas dire que l'usage n'ait pas régné.

En tout cas, la seconde méthode, celle des digressions, coupant comme à l'improviste un sermon destiné aux fidèles et s'adressant explicitement aux protestants de l'auditoire, est des plus fréquentes.

Recueillons dans les sermons manuscrits de Lingendes, dans les deux volumes in-folio de la Bibliothèque Mazarine exploités plus haut (2), plusieurs pages assez topiques, avant de montrer dans Bourdaloue des restes de cet usage, peu remarqués jusqu'ici, mais prouvant bien la persistance d'une coutume en somme très naturelle et motivée par les circonstances.

(1) V. plus haut, p. 18. Le sermon de Lingendes, ms. 1056 (non paginé), est intitulé : Sermon pour le mesme jour (6s i. e ; Vendredy) de la troisième semaine de karesme Par le Père de Lingende Jesuisle. Il est sur le texte : Yenit hora et nunc est etc., (/o, 4, 21) et commence par ces mots : « Le Fils de Dieu est du tout admirable. . . »

AVANT liOURDALOUE 133

Dans le sermon sur la Samaritaine, le P. de Lingendes introduit l'actualité de la controverse avec les protestants :

Mais pour ne confondre pas ces mystères, je prends seallement l'explication de ces parolles venlt hora k nunc, etc. L'heure est venue & voici mesme elle est des maintenant que les véritables adorateurs adoreront le père en esprit et en vérité dans lesquelles se remarque (sic) 2 choses l'vne qui appartient à la doctrine & l'autre qui appartient a la perfection. Je commence par ce premier point de la doctrine le plus important a la controverse qui estoit pour lors entre les Juifs et les Samaritains. C'estoit du sacrifice et du lieu ou il se deuoit offrir. Cette controuerse est aujourd'huy proposée au fils de Dieu par la Samaritaine, car ayant apperceû qu'il estoit prophète parce qu'il auoit dict toute sa vie, elle croit qu'elle se doibt esclaircir de luy d'vn poinct si important, nos pères ont adoré Dieu sur cette montagne, et les Juifz disent que le lieu destiné à l'adoration est Jérusalem. Je vous prie de m'expliquer ce qui en est.

Or je remarque que sur cette parole d'adoration le fils de Dieu entend parler du sacrifice d'aultant que la prière n'est rejetable d'aucun lieu, et que l'adoration qui est une prostituaon (sic) de corps est loisible & permise par tout, mais non pas le sacrifice parce qu'il est escript ad locum quem elegit Bominus Deus noster de cunctis virihus vestris is pronat (sic) nomen tuum ibi, etc. Vous irez au lieu que Dieu aura choisy pardessus tous les autres, et o/feretis in eo loco holocausla, 8c dans ce lieu la vous offrirez vos sacrifices en un motif (sic), il n'estoit pas loisible aux Juifs selon la loy de Dieu de sacrifier par tout, mais justement au lieu que Dieu auoit choisy et comme il auoit esleu le temple de Hierusalem, il n'estoit pas loisible uux Juifs qui estoient esloignez de sacrifier ailleurs. Je suppose en second lieu que le sacrifice est l'establissement «Se le fondement de la Religion.

Escoutez cecy, je vous prie, ce point sappe en ruine Topinion de Messieurs les prétendus Reformez. En voicy la cause, La Religion n'est autre chose qu'un culte publique & extérieur que nous rendons à Dieu parce que autre est la Religion des hommes, autre la Religion des Anges. Les Anges qui sont des

purs esprits ne peuvent rendre qu'à Dieu un (sic) (1) culte spirituel, mais Thomme qui est composé de corps et d'ame doibt rendre un culte à Dieu composé d'extérieur et d'Intérieur. Or il n'y a point de culte extérieur qui ne soit communicable a la créature excepté le sacrifice. En voicy la raison, Il y a en Dieu des perfections qui sont communicables à la créature et des perfections incommunicables, et d'aultant qu'il y a en Dieu des perfections qui sont communicables à la créature, comme par vn culte nous le recognoissons, nous pouuons attribuer ce mesme culte à la créature à laquelle elles sont communiquées. Je prie Dieu parce qu'il me peult faire du bien, je prie un homme qui est plus grand que moy parce qu'il me peult faire du bien. Je plie le genouil deuant Dieu pour reconnoistre que je deppend de lui, je ployé tout de mesme le genouil deuant vn Roy, pour marque de sa souueraineté qu'il a sur moy, puisqu'il a pieu a Dieu luy communiquer la prééminence. Je puis bien luy communiquer la reconnoissance ; cette prééminence est communiquable, donc je la puis reconnoistre. Il est de mesme de l'adoration qu'en faict Dauid adorant Jonathas, et le mesme David a esté adoré de plusieurs, et cette adoration n'est pas la reconnoissance d'un souverain domaine, mais d'une prééminence sur les autres. Mais d'autant que le sacrifice regarde un attribut incommunicable, parce que c'est la recognoissance du premier estre, cette perfection n'estant point communicable, je [ne] puis en communiquer la reconnoissance.

En voicy la raison. Je n'honore pas la créature comme Dieu, d'aultant que j'honore Dieu par le sacrifice : or le sacrifice c'est la destruction de la créature pour recognoissance que nous vous offrons mon Dieu y^on tanquam indigenti, non pas comme en ayant besoing, nous ne vous offrons pas afin que vous possédiez, mais nous destruisons l'estre pour reconnoistre que vous estes le maistre de tout estre. Quand je destruis une créature en l'honneur d"un homme, je luy fais tort parce qu'il est indigent, et tout indigent a besoing. C'est pourquoy nous payons des tributs aux Roys, cui trihutum, cui vectigal ; nous payons tribut aux grands, parce qu'ils sont nécessiteux, & tant s'en faut que leur grandeur diminue leur

(1) Pour : ne peuvent rendre à Dieu qu'un.

nécessité, au contraire la grandeur (i) du monde est une grande nécessité. Vn simple homme n'a besoing que d'un valet, vn gentilhomme en a besoing de trois ou quatre, mais les Princes ont besoing de tous leurs subiets et ils ne les peuuent reconnoistre qu'en leur donnant. Mais reuenons : Dieu a un domaine absolu sur la créature et on le reconnoist par le sacrifice et le sacrifice est incommunicable. Puis donc qu'il n'y a point d'action extérieure qui ne soit communicable que le Sacrifice, il s'ensuit donc que le sacrifice regarde la Religion. De sorte que qui n'a point de sacrifice n'a point de religion. Or Messieurs de la prétendue Religion n'ont point de sacrifice, comme ils l'aduouent eux mesmes; donc ils n'ont point de Religion prétendue, car le Sacrifice et la Religion sont tellement relatifs que l'vn ne peult estre sans l'autre. Cela estant supposé, puisque la Samaritaine demande au Fils de Dieu s'il est possible d'adorer et que par l'adoration (sic) s'entend du sacrifice elle entend parler de la véritable ou de la fausse religion.

Du même orateur, dans un « Sermon pour le quatorzième jour de l'aduent » (2), nous trouvons cette application aux controverses pendantes :

Les Marcionites ont flatté le verbe par un autre hérésie et quand ilz ont aduouo l'Incarnation c'estoit soulz cette condition, que s'il auoit pris un corps, ce n estoit pas vn corps qui eust des nerfz, des muscles, des veines, des artères, et qui soit composé de tendons, de cartilages, d'humeurs & de tempéraments, disant qu'il n'auoit que la seule figure de chair, qui seruoit de masque a la diuinité parce que c'eust esté une chose indigne de Dieu de descendre dans le ventre d'une femme, dans un cloaque de sang & dordures. Inuehere, dict Tertulien à cet heeretique, in totum quod est carnis et animae : iiterum voca cloacam. Desploye ton Eloquence tant que tu voudras pour decrediter le véritable corps de Jesus-

(1) Ms. Au contraire s'agrandir du monde est. . .

(2) Ms. 1057 : Sermon pour le quatorzième, etc. Par le Père de Lingende Jesuiste Quia non cognovit mundus per sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam praedicationis saluos facere credentes. La grandeur et la colère ioints ensemble font de terribles effets . . .

Christ ; fais nous resouuenir si tu le veux qu'il est dans le ventre d'une mère, comme dans un cloaque. Quodcumque indignum est Dei mihi expedil; ideo salvus sum, modo non confundar de Deo meo. Voila la flatterie des Marcionistes de dire que c'est une chose indigne de Dieu de prendre vn corps dans le seing (sic) d'une femme et cependant il n'y a rien de si indigne de son amour.

Nos hérétiques en font de mesme : Comment, disent-ils, croire que Dieu se donne à manger soulz vne bouchée de pain, et qu'il soit broyé de nos dents, et que soulz un peu de vin il se laisse boire ; de plus, qu'un Judas le boive & le mange ; encore plus, qu'un ver le ronge, qu'une beste le mange qu'une araignée s'en nourrisse, et qu'il soit foulé aux pieds de ceux qui ont introduitz cette erreur, et qui en seront vn iour punis rigoureusement? Ce n'est pas luy mesme, disent-ils, ce n'est que la figure. Ne voila il pas la figure de Marcion, et non la réalité du corps? Flatterie maudicte et condamnée par celuy qui deffend que l'on oste aucun hiota de sa parole. Ainsy toutes ces erreurs pensent flatter Dieu, et ce pendant celuy là se deshonore qui croit indigne de Dieu qu'il admette des pécheurs à sa table, qu'il se laisse toucher par une desbauchée L'erreur de Symon le Lépreux et des Juifs n'est il pas semblable à ces autres des Apollinaristes, Marcionistes & de nos hérétiques. (1)

Reste maintenant à montrer par quelques exemples tirés des sermons de Bourdaloue que les « couplets » de controverse ne sont pas absents de la prédication. Le contraire serait plutôt étrange si l'on songe à l'état d'esprit des contemporains et au long passé de la chaire en ce genre. Il va de soi que certains sujets appelaient, par leur nature même, des apostrophes plus ou moins directes aux réformés. Ainsi per-

(1) Le passage sur les Marcionites se rattache à une série d'exemples, amenés par cette proposition générale : « Tous les Philosophes et les hérétiques qui ont erré contre Dieu ont tousjours donné quelques raisons de leurs erreurs & se sont appuyés sur vne folle flatterie de laquelle ilz ont voulu user croyant en quelque façon obliger la diuinité. . . »

sonne ne sera surpris de rencontrer dans le sermon du troisième dimanche après l'Epiphanie, sur la Foij, ce qu'on pourrait nommer un embryon de sermon de controverse. Après l'énoncé du texte : Et dixit lesus centurioni : vade, et sicut credidisti^ fiât tibi, l'orateur, fidèle à sa méthode habituelle, énonce le problème qu'il se propose de résoudre. Il commence ainsi :

N'est-il pas surprenant que le Sauveur du monde, au lieu d'attribuer les miracles de sa toute-puissance à sa toutepuissance même et à la vertu souveraine de Dieu, les ait comm anément attribués dans l'Evangile à la foi des hommes ?. . . C'est de là même que les hérétiques des derniers siècles (1) ont tiré cette fausse conséquence que tout l'ouvrage et toute l'affaire du salut de l'homme roule uniquement sur la foi. Erreur que l'Eglise a frappée d'anathème, et qui va directement à détraire dans le christianisme la pratique et la nécessité des bonnes œuvres (2)... L'opinion, disons mieux, l'erreur

(1) Les (( hérétiques des derniers siècles », plus souvent encore, surtout dans les copies contemporaines, désignés sous leur nom propre, Luther et Calvin, sont pris à partie un nombre de fois presque incalculable dans l'œuvre de Bourdaloue.

(2) Une autre dominicale encore, pour le quatrième Dimanche après la Pentecôte, sur les Œuvres de la Foi, aurait semblé, à première vue, d'après son titre, devoir entraîner tout au moins de fréquentes allusions aux positions calvinistes ou luthériennes. Le sujet est cependant envisagé sous un autre point de vue. Il est intéressant d'en rappeler la division, pour réclamer contre une allégation de l'abbé Du Jarry. Dans son livre : Le Ministère évangélique, paru en 1726, il eut le tort de reprendre une affirmation ancienne qui s'était trouvée vraie, lors de son premier essai publié en 1706, lorsqu'il disait, à propos des divisions de Boardaloue : « Je n'en rapporte qu'une du Père Bourdaloue qui n'a pas été imprimée, et qui m'a paru admirable.

La foy se perd par la cessation des bonnes œuvres.

Elle se recouvre par la pratique des bonnes œuvres. »

La division regrettée par Du Jarry avait été conservée. S'il

est vrai de dire, avec l'auteur de l'excellent article paru dans

la Revue Bourdaloue du l^"" avril 1902 (p. 70) : « Cette division

est fort belle... elle ne répond ni à la division de la Domi-

des hérétiques de notre siècle est que la foi seule nous justifie devant Dieu... Tel est le langage de l'hérésie ; mais voici celui de la foi même. Car il est de la foi que la foi seule ne suffit pas pour nous sauver. Il est de la foi que nos bonnes œuvres doivent faire une partie de notre justification. Il est de la foi qu'en vertu de ces bonnes œuvres, nous acquérons un droit légitime à la gloire que Dieu nous prépare, et que cette gloire, par un effet merveilleux de la grâce de Jésus- Christ, est tout à la fois, comme s'exprime saint Augustin, et le don de Dieu et le mérite de l'homme. Cependant, chrétiens, sans m'engager dans une controverse qui ne convient ni au temps ni à l'assemblée où je parle, j'avance deux propositions, non seulement orthodoxes, mais incontestables... (1)

Suit alors la division du sermon, car l'orateur, tournant court à la faveur de cette prétention, traite ici très sobrement la matière de controverse. Il s'est étendu plus longuement dans une autre dominicale, celle de la Septuagésime. Le long extrait suivant en est la preuve :

... Il faut, s'il vous plaît, que nous établissions ce principe fondamental ; savoir, que Dieu vous parle par la bouche des prédicateurs, que c'est la parole de Dieu qu'ils vous annoncent, & que dès-là qu'ils ont une mission légitime de l'Eglise, vous

nicale pour le troisième dimanche de l'Epiphanie sur la Foy, éditée par Bretonneau en 1716, ni aux considérations sur la foy sans les œuvres... qui ne devaient voir le jour que dans les Pensées, en 1734», il ne l'est plus autant de féliciter Du Jarry de nous avoir conservé ime division oubliée. C'est ne pas tenir compte de la dominicale du IV« dimanche après la Pentecôte, où on lit explicitement : « 11 m'a donc paru souverainement nécessaire de vous apprendre dans ce discours de quelle manière se perd la foi, et de quelle manière elle se rétablit... Elle se perd par le relâchement dans la pratique des bonnes œuvres, ce sera la première partie. Et elle se rétablit par la ferveur dans la pratique des bonnes œuvres, ce sera la seconde. » Toutefois le sermon dont la division n'a pas été, comme on voit, u sauvée de Foubli » par Du Jarry, ne prend pas le sujet de manière à combattre l'erreur protestante. (Dominicales, t. II, p. 183).

(1) Ed. princeps, in-8, Dominicales, t. I, p. 97 et 98.

ne devez plus les écouter comme des hommes, mais qu'ils sont à votre égard les organes & les interprètes de Dieu môme & de son Saint Esprit. Les Apôtres étoient envoyés pour cela, & c'est pour cela même que nous avons été choisis. C'est, dis-je, par l'ordre même de Dieu & de son Eglise, que nous montons, mes chers Auditeurs, dans la chaire de vérité, pour vous instruire. Sans cette mission de Dieu Se de Jésus-Christ son Fils unique & l'homme Dieu, vous ne seriez plus obligés de recevoir nos instructions, ni d'écouter nos prédications comme la parole de Dieu, parce qu'elles ne seroient plus alors, pour m'exprimer de la sorte, marquées du sceau de Dieu.

Et voilà (souffrez mes frères, que j'en fasse ici la remarque : c'est le lieu de la faire, & il est important que vous la fassiez avec moi, vous que l'erreur a tenus si longtemps séparés de nous, mais que la grâce d'en-haut, par le plus heureux retour, ramène tous les jours dans le sein de la vraie Église notre commune «Se seule mère,) voilà l'une des plus essentielles différences qui se rencontre entre nous Se les ministres de cette Église protestante où vous eûtes le malheur de naître. Us avoient tout le reste, si vous voulez, mais cette mission leur manquoit, C'étoient des hommes savans & éloquents, tant qu'il vous plaira ; mais ils n'avoient pas ce caractère d'hommes envoyés de Dieu, et l'on pouvoit toujours dire d'eux : Quomodo praedicabunt, nisi mittanlur ? comment prêchent-ils, puisqu'ils n'ont point été députés pour cela ? Car qui les envoyoit ? étoit-ce l'Église Romaine, ou étoit-ce une autre Église ? étoit-ce Dieu immédiatement ? ou de leur autorité particulière k d'eux-mêmes s'étoient-ils constitués pour enseigner? Vous savez, mes frères, l'embarras où cette difficulté les jetoit ; k ceux d'entre vous qui furent de meilleure foi k plus intelligents dans leur religion, n'ont pu disconvenir que c'étoit là un des articles qui leur causoit le plus de trouble, un des points où ils sentoient plus le foible de leur crean.ce, un des chefs sur quoi ils avoient plus de peine à se satisfaire.

Votre confession de foi portoit que ces reformateurs avoient été suscités, k par conséquent envoyés d'une façon extraordinaire ; mais vous aviez trop de lumière k trop de sens pour ne pas voir que cela se disoit sans preuve. Car vous n'ignoriez pas que Luther k Calvin n'étoient venus, ni comme

Moïse dans l'ancienne loi, ni comme Jésus-Christ dans la nouvelle, ou comme les Apôtres, guérissant les malades, rendant la vue aux aveugles-nés, ressuscitant les morts de quatre jours, confirmant leur apostolat par des signes visibles, éclatants, incontestables ; & qu'ainsi cette mission extraordinaire dont ils se flattoient, ne pouvoit leur convenir. Après avoir reconnu, parce que vous étiez forcés de le reconnoître, que, selon la parole de Dieu, nul ne se doit ingérer dans le gouvernement de l'Eglise, mais qu'il y faut être appelé par une voie canonique, vous y mettiez cette exception : autant qu'il est possible. Clause que vous ajoutiez, comme porte expressément l'article. Or en disant ce que nous ajoutons, pouviez-vous avoir oublié, que par un autre article il vous étoit défendu de rien ajouter à la parole de Dieu, 8c que vous tombiez, selon vos principes mêmes, dans une contradiction insoutenable.

Vous apportiez pour motif, & en môme temps pour preuve de cette mission extraordinaire, qu'il avoit fallu relever l'Eglise désolée & tombée en ruine ; mais instruits comme vous l'étiez, & comme vous l'êtes par la parole même de Dieu, des promesses que Jésus-Christ a faites à son Eglise ; vous saviez assez qu'elle ne pouvoit jamais manquer, parce qu'elle est la colonne de la vérité, & que les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Ainsi le fondement sur lequel vous vouliez en quelque sorte établir la mission extraordinaire de vos prétendus Prophètes, étoit encore plus ruineux que leur mission même.

Pressés de cet argument si solide & si convaincant, vous aviez quelque fois recours à la mission ordinaire, & vous prétendiez que les auteurs de la reforme l'avoient reçue de l'Eglise, comme nous, dans leur ordination. Car dans la diversité des sentimens qui vous partageoient sur ce sujet, on en venoit là. Mais par là, mes frères, vous confessiez donc malgré vous-mêmes & sans y penser, que cette Eglise Romaine étoit alors la vraie Eglise : puisqu'il n'y a que la vraie Eglise qui puisse envoyer des hommes en qualité de pasteurs Se de ministres de l'Evangile. Par là vous reconnoissiez donc que les auteurs de la réforme s'étoient séparés de la vraie Eglise. Et par là enfin vous conveniez donc de l'obligation où ils étoient d'y rentrer.

Or qu'a fait Dieu, mes frères, en vous y réunissant ? Adorez le conseil de sa providence, & voyez l'avantage qui vous en revient. Il vous a tirés de la confusion & du trouble où il étoit impossible que vos consciences, pour peu qu'elles fussent droites & timorées, ne se troublassent sur cela. Il vous a inspiré & fait prendre la résolution de renoncer au schisme. Au lieu de pasteurs sans autorité, il vous en a donné dont la mission est certaine, est sensible, est infaillible. C'est en cette qualité, mes frères, que je parois aujourd'hui devant vous. Je ne suis ni Elle, ni Prophète ; je suis un pécheur comme vous ; mais quoique pécheur, je ne laisse pas d'être le ministre légitime de la parole de Dieu. C'est un honneur pour moi de vous l'annoncer, & un honneur dont je sais faire toute l'estime qu'il mérite ; mais aussi est-ce un honneur que je ne me suis point attribué, où je ne me suis point ingéré, que je n'ai ni ambitionné ni recherché, un honneur où j'ai la consolation d'avoir été légitimement appelle : Nec quisquam sumit sibi honorem, secl qui vocaiur a Deo. Je ne suis point en peine de justifier ma mission. En voici la source immédiate : celui que Dieu vous a donné pour évéque &pour pasteur de vos âmes. C'est de lui que je tiens mon pouvoir; c'est lui qui m'autorise & qui m'envoie, comme il est envoyé lui-même de plus haut. Ma subordination à son égard & l'obéissance que je lui rends, est le titre de mon ministère. Je ne prétends point être extraordinairement suscité pour instruire ceux dont je dois être instruit, ni pour donner la loi à ceux de qui je dois la recevoir. Je prétends en prêchant aux autres, être moi-même dans la soumission due à l'Eglise & à ses pasteurs. S'il m'arrivoit de mêler mes erreurs particulières avec les vérités que je vous annonce, je prétends être redressé par eux, & je vous donne cette marque de ma mission, parce que sans cela vous ne devriez pas m'écouter, & que je ne serois plus un ministre de Jésus-Christ, mais un séducteur dont vous devriez vous préserver. Ma mission même est si claire & si authentique, que l'Eglise protestante ne me la dispute pas. Car elle la reconnoît si bien, que, quoique, dans ses principes, le baptême pour être valide, doive être conféré par un ministre légitime, si dans une rencontre j'étois employé à conférer ce sacrement, elle le ratifieroit k n'en contesteroit pas la validité.

Or voilà, mes frères, l'avantage dont je viens vous féliciter. Vous avez, & dans ma personne tout indigne que je suis, & dans ceux qui sont revêtus du même caractère que je porte, autant de vrais ministres pour vous dispenser les mystères de Dieu : Sic nos exisllmet homo ut ministros Christi, k d'ispensatores mysteriorum Dei. Adressez-vous à eux, & vous éprouverez leur charité : confiez-leur vos âmes, Se Dieu par leur zèle vous sanctifiera. Ils ne soupirent qu'après votre réunion ; ne les privez pas de la joie qu'ils auront en la voyant entière & complète. Je suis ici comme le précurseur Jean-Baptiste, la voix de celui qui crie : Parate viam Domini ; préparez le chemin au Seigneur. Ouvrez-lui vos cœurs, pour recevoir la parole. Car puisque c'est de sa part k en son nom que je vous parle, c'est sa parole que je vous apporte. (Ij

Terminons la série de nos exemples, qui pourrait être conduite beaucoup plus loin, par quelques passages du Plan d'Octave du Saint-Sacrement, imprimé en 1734, au dernier volume des Pensées.

Là encore, le sujet prêtait à la controverse. Aussi l'orateur ne manque-t-il pas de viser directement les nouveaux convertis.

Il faisait cependant profession, dans son « Dessein général (2) » de parler pour les seuls catholiques,

(1) Édition princeps, in-8, t. IX (I des Dimanches) p. 332-339.

(2) Ce plan d'octave était, comme l'avent sur saint Jean Baptiste, publié dans le môme volume des Pensées, un de ces desseins sur un thème unique comme il s'en rencontre un grand nombre dans les prédicateurs d'autrefois. Voici du reste l'avertissement que Bre tonneau donnait pour expliquer cette mode ancienne : Oulre VEssay cVAvent qu'on donne au Public, il s'est encore trouvé dans les Ecrits du Père Bourdaloùe un Essay d'Octave du Saint Sacrement. C'étoit la coutume autrefois de la prêcher toute entière, aussi bien que l'Avent, sous un même dessein. Ce dessein gênerai comprenoit huit sujets particuliers, k les Prédicateurs faisoient de ces differens sujets autant de discours. Le Père Bourdaloûe avoit voulu se conformer à cet usage, k pour cela même il avoit tracé sur le papier le fonds k la suite des huit Sermons qu'il se proposait de faire. Mais là-dessus, comme à l'égard de l'Avent, il s'est tenu au projet, sans en venir à l'exécution.

s'interdisant « les sèches controverses et les spéculations abstraites et sans fruit », mais sans oublier les c( brebis égarées » mêlées « dans la troupe » (1).

(1) Après avoir rappelé les principaux mystères de la vie et de la passion du Sauveur, il poursuit : Or je prétends que tout cela s'accomplit tout de nouveau dans la très-Sainte Eucharistie. C'est là, 1. que Jésus-Christ prend une seconde naissance ; 2. que Jésus-Christ reçoit nos adorations ; o. que Jésus-Christ est présenté & offert à Dieu ; 4. que Jésus-Christ converse avec les hommes ; 5. qu'il se multiplie en quelque manière, & qu'il nourrit de son sacré Corps, une multitude innombrable d'àmes fidèles ; 6. qu'il est exposé aux insultes & aux persécutions ; 7. qu'il est môme crucifié par les pécheurs sacrilèges ; 8. Enfin qu il devient, comme dans sa résurrection, victorieux & triomphant.

Voilà, chrétiens Auditeurs, ce que je me propose de déveloper en autant de discours que j'ai marqué d'articles différents. Voilà tout le plan que je me suis tracé pour votre instruction & votre édification. Je dis pour votre édification : car ayant à parler dans un auditoire chrétien Se catholique, mon dessein n'est pas de m'arrêter uniquement à de sèches controverses, ni à des spéculations abstraites & sans fruit. Je veux tellement vous expliquer les points de votre créance touchant le grand Se ineffable Sacrement dont nous solemnisonslaFête, que vous appreniez en même temps à le révérer, à le fréquenter, à l'honorer par toutes les pratiques d'une piété solide Se religieuse. Ce seroit peu d'éclairer l'esprit, si je ne touchois le cœur; Se il ne suffiroit pas d'établir les dogmes de la foi, si je ne travaillois également à corriger les abus Se à sanctifier les mœurs.

Peut-être, ô mon Dieu, votre Providence qui veille sur le salut de tous, conduira-t-elle ici quelques uns de nos Frères errants. Dans un temps où le plus religieux Monarque s'applique avec plus de zèle Se plus d'efficace que jamais à ramener ces brebis égarées Se à les faire rentrer dans le bercail, peut-être quelques-uns ou par un esprit de critique, ou par un vrai désir de s'instruire, se mêleront-ils dans la troupe Se se rendront-ils attentifs à m'écouter. Daignez, Père de miséricordes, jeter sur eux un regard favorable ; daignez pour disposer l'ouvrage de leur conversion, donner à ma voix une vertu particulière & toute nouvelle. Qu'elle s'insinue, cette vertu divine, jusques dans le fond de leurs cœurs ; qu'elle les pénètre, qu'elle les remue, qu'elle les fléchisse. Ce sont des enfants rebelles à leur mère ; mais dont elle pleure la perte, Se dont elle souhaite ardemment le retour. Heureux si je puis y contribuer. Se s'il vous plaît de m'employer, Seigneur, à une œuvre si sainte Se si digne de mon ministère.

On ne peut dire que le prédicateur ait trahi son programme, ni que cet essai si sec et analytique qu'il soit, manque d'onction. Sa date probable des environs de 1685 rend intéressantes les pages où éclatent surtout les préoccupations de controverse inhérentes au sujet.

Le premier sermon est surtout remarquable à ce point de vue : Le mystère de la Nativité y sert d'occasion de prouver la « réalité » de la présence eucharistique marquée par ceci est mon corps.

Je sais, dit Bourdaloue, je sais de quelles erreurs l'hérésie a infecté sur cela les esprits. A l'exemple des Capharnaïtes, les Hérétiques des derniers siècles, se sont non seulement étonnés, mais scandalisés d'une vérité néanmoins si solidement établie. En vain pour les convaincre, leur a-t-on opposé ces paroles si claires, si formelles, si précises, ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ; ils n'ont point manqué de subtilités pour les interpréter 8c. les détourner, car voilà le caractère de l'incrédulité de ne pas voir au milieu de la lumière, & de s'aveugler, si je puis le dire, en plein jour. Pressés par un témoignage si évident, à la propre signification des termes, ils n'ont pas rougi de substituer le sens le moins naturel Se le plus forcé : altérant la proposition de Jésus Christ ; l'affbiblissant, toute expresse qu'elle est, & le réduisant à dire : ceci est le signe, la figure de mon Corps, & ceci le signe, la figure de mon Sang.

Le vaste champ, si j'entreprenois de combattre ces ennemis de l'Église, k si je m'engageois à justifier contre leurs dogmes erronnés la croyance orthodoxe k catholique où nous vivons ! Quen'aurois-je point à produire pour les détromper, si de bonne foi ils le vouloient être, & que l'opiniâtreté, que souvent même ou un intérêt secret ou une fausse gloire ne les retînt pas obstinément Se presque invinciblement dans leurs préjugés? Je leur demanderois avec quelle vraisemblance ils peuvent se persuader que le Sauveur du monde, la veille de sa mort, déclarant à ses Apôtres ses dernières volontés comme par testament, Se leur marquant le don qu'il faisoit aux hommes de son Corps & de son Sang précieux, il

se soit énoncé dans une pareille conjoncture, Se sur un sujet de cette importance, en des termes équivoques & métaphoriques ; qu'il ne se soit pas fait entendre autrement, & que ne s'expliquant pas davantage, il ait donné aux fidèles 8c. à toute TEglise l'occasion la plus prochaine d'une idolâtrie publique & perpétuelle ?

Je leur ferois observer les affreuses conséquences qui doivent s'ensuivre, s'il est permis, sur tout ce qui concerne les mystères de la religion, de restraindre à un sens impropre & figuré ce que l'Écriture, ce que l'Évangile exprime le plus nettement & sans la moindre restriction ni la moindre ambiguïté. Pourquoi ne serois-je pas en droit d'user de la même liberté au regard de l'humanité de Jésus-Christ, au regard de sa mort, de sa Résurrection, prenant tout ce qu'en dit le texte sacré, pour des apparences Su rien de plus? Or où en serions-nous alors, & que deviendroit toute la foi chrétienne ?

Je leur porterois le défi ; 8c apprenez-nous donc vous mômes, leur dirois-je, quelles expressions plus convenables 8c moins obscures pouvoit employer le Fils de Dieu, pour signifier que le pain avoit été changé en son corps, & le vin en son sang. Falloit-il que sans se contenter de dire, ceci est mon corps, ceci est mon sang, il ajoutât : ceci est réellement mon corps, 8c ceci réellement mon sang? Mais eût-il parlé selon l'usage commun?

Je dis, par exemple, voilà du pain, voilà du vin, ou quelque autre chose que ce soit, & je m'en tiens là. Quiconque m'écoute, ne conçoit-il pas d'abord ma pensée, &que je veux dire que c'est en efiet du pain, ou que c'est en effet du vin ? Est-il besoin que j'ajoute : voilà réellement du pain, où voilà réellement du vin ? Cette addition ne paroitroit-elle pas inutile, ne le seroit-elle pas? Que dis-je, 8c le Sauveur du monde ne s'explique-t-il pas même par une addition importante 8c remarquable, quand après avoir dit : ceci est mon corps, ceci est mon sang, il poursuit & ajoute, le même corps qui sera livré pour vous, le même sang qui doit être répandu pour vous !

Enfin je les renverrois à la tradition de tous les siècles depuis l'établissement de l'Église, aux définitions des Conciles tant généraux que nationaux, aux sentiments de tous les

Pères soit Grecs, soit Latins, à la foi de tous les peuples, de tous les empires, de tout le monde chrétien, où d'âge en âge, & sans interruption je vois une profession authentique Se unanime de cette vérité capitale, que Jésus-Christ dans son Sacrement est présent en personne, & contenu sous les accidents du pain &c du vin. A qui nous en rapporterons-nous ? Qui en croirons-nous? J'en atteste le jugement secret & la conscience de tout homme sage & non prévenu. Est-il de la raison que les vues singulières & nouvelles de quelques hérésiarques l'emportent dans notre estime sur de telles autorités, 8c. sur cette nuée de témoins ?

Le relevé serait long des nombreux passages dans lesquels Bourdaloue a traduit ses préoccupations pour le retour des réformés. J'en ai déjà ailleurs signalé un certain nombre (1).

Qu'on lise, par exemple, au premier volume des Mystères, la page du Sermon sur le Saint Sacrement où est justifié d'après les Pères le culte d'adoration rendu à l'Eucharistie (2).

Comment être étonné de voir reparaître à chaque instant cette attention à réfuter 1' « hérésie » encore vivante ?

Peut-être est-il bon de faire remarquer que dans ces préoccupations de controverse, ce serait surtout aux éditions subreptices et aux copies contemporaines que seraient empruntées les citations les plus topiques.

Cette réflexion s'appliquera aussi au dernier élément caractéristique, le ton familier et la note d'abandon populaire qu'il nous reste à étudier dans les sermons antérieurs à Bourdaloue.

(1) Hist. crit. de la Prédication de Bourdaloue, p. 604 et suiv., et Sermons inédits, p. 1842.

(2) Ed princeps, t. V, p. 474, et Sermons inédits, 1. c.

AVANT BOURDAI.OUE 147

Le dernier des caractères principaux qui marquent la prédication chrétienne au début du grand siècle, une familiarité sans apprêt, d'allure abandonnée, aussi peu « littéraire » et livresque que possible, est le plus saillant peut-être. Les exemples se présentent en foule innombrable. Nous en avons rencontré déjà un choix varié, soit dans les extraits de Giroust ou de Desmares dus à des copistes, soit même dans les sermons « imprimés » du P. Léon ou de l'abbé de Raconis. Avouons-le pourtant, cette caractéristique qui peut, grâce aux manuscrits des scribes, être mise en meilleur relief, même pour les dernières années de Louis XIV, n'apparaît plus autant dans les éditions, quand les « auteurs » ou leurs héritiers ont eu le loisir de faire, en vue des lecteurs présents ou futurs, la « toilette » des sermons. Aussi auronsnous recours surtout aux notes des auditeurs qui reflètent plus exactement la physionomie de la chaire, sauf à les corroborer à l'occasion par les passages imprimés, lorsque des traces plus ou moins effacées des audaces ou des négligences de la parole restent saisissables dans les œuvres oratoires publiées (1). Ici encore l'embarras du choix sera notre principal écueil.

A cette époque où l'abus d'une érudition indigeste et naïvement pédante voisine sans cesse

(1) Ce sera le cas, dans ce chapitre, pour les sermons de Jean Bertaut, auxquels une place importante a été accordée. Au moment où ce travail, dont la publication a été longtemps retardée, était en préparation, la soutenance de la thèse de M. l'abbé Grente sur cet évoque, venait de donner à son nom un regain d'actualité. Voir plus bas, p. 149'.

avec un abandon d'allure exempt d'artifice, sinon de trivialité et de mauvais goût, presque tous les sermons offrent ce perpétuel contraste d'un étalage prétentieux de pensées subtiles et quintessenciées ou de termes scolastiques, et d'une simplicité de ton indéniable, pour ne pas dire d'un terre-àterre parfois excessif. La disparate trop accusée de ces deux éléments qui se heurtent et se nuisent, a fait juger souvent avec une sévérité excessive et parfois condamner en bloc les sermons de maints orateurs, de second ordre, sans doute, mais non dépourvus de mérite et valant mieux que le dédain (1). Impatientée par les ridicules côtoyant I sans cesse des traits dignes d'être remarqués, la " critique portait sur leur œuvre un verdict sommaire, les déclarait illisibles, et décrétait qu'avant Bossuet et Bourdaloue la chaire n'offre qu'un chaos informe. Les fautes de goût et une familiarité souvent exagérée, rendus plus sensibles encore par le voisinage de défauts tout contraires, faisaient méconnaître en eux leur principale qualité, cette sincérité et ce ton de conversation, effet et signe d'une véritable communication avec l'auditoire. Seule en somme cette qualité explique le succès et la vogue de prédicateurs dédaignés de la génération suivante, après avoir été portés aux nues par leurs contemporains. Cet élément de familiarité, bien que parfois malheureux et descendant fréquemment au trivial, ce «procédé » de conversation qui doit être par essence celui de la chaire chrétienne, avait au moins l'avantage de ramener la prédication à la réalité dont les excur-

(1) Voir, par exemple, les jugements si sommaires et si rigoureux sur Bertaut que rapporte et conteste avec raison M. l'abbô Grente, (plus bas, p. 170').

AVANT noilRDALOUË 149

sions savantes la faisaient trop sortir. Loin de « parler comme un livre », loin de pouvoir être « écrit », tel quel et sans nombreuses retouches, le langage des orateurs s'adressait tout vivant aux hommes de son temps, 'sauf à s'imprégner de leurs défauts et à trop flatter les dépravations du goût régnant. On l'a remarqué à bon droit, la chaire, à cause de son nécessaire contact avec les auditoires actuels, s'aiïranchit moins aisément que la (( littérature » des influences du temps et du milieu. Par sa nature même et son rôle, elle ne peut viser que les vivants et n'a pas la ressource d'escompter la faveur des esprits délicats de l'avenir. « Elle ne s'adresse point à la postérité ; son but est immédiat et tout apostolique. » (1)

Ce caractère qui distingue et sépare le sermon de tous les genres littéraires, si tant est que l'on puisse dire exactement qu'il en soit un (2), lui assigne la

(1) L'abbé Georges Grente, Jean Bertaut. Paris, 1903, in-8. Cil. XI IL L'Orateur sacré, p. 329.

(2) Une confusion s'est établie sous ce rapport, qu'il est utile de dissiper. Au naoins se faudrait-il entendre sur le sens du mot genre littéraire. De ce que M''^'-' de Sévigné a écrit des « lettres « qui sont des chefs-d'œuvre, il ne résulte point que le « genre épistolaire » des lettres privées soit, pour la généralité de ceux qui correspondent avec leurs amis, du domaine des Le Batteux et autres théoriciens de la littérature. Pareillement, ce ne sont pas les sermons de Bossuet, Bourdaloue, Massillon, encore que ces noms honorent la littérature de notre pays, qui donneront droit à la critique littéraire de réglementer le « genre de l'éloquence sacrée » au môme titre que l'épopée ou le drame. Par trop de côtés le sermon vrai, tel qu'il fut et doit être, échappe à leurs prises, pour qu'il soit loisible aux critiques de l'étudier comme une matière de pure littérature et de le mettre au rang des œuvres d'art et d'agrément. Ce n'étaient point des « pages à lire » que donnaient les prédicateurs à leur auditoire, et ce sont cependant des « livres ^^ que les orateurs, sur la fin de leur carrière, ou les héritiers de leurs sermons, ont ensuite édités, avec les modifications requises par cette destination nouvelle. C'est sur ces livres et d'après ces livres que les La Harpe et

Page 1