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LE TON DE EA PRÉDICATION

Rien n'est instrnctif, si l'on veut y réfléchir, comme ces « préoccupations » de l'esprit de secte, dominant toutes les autres et s'y substituant presque. On comprend davantage comment par là l'histoire de la controverse a pu être méconnue ou faussée. Ce sont de fâcheuses dispositions pour porter un jugement historique vraiment « objectif», comme on dit aujourd'hui, et impartial, que ces antipathies ou attaches particulières.

Si elles se manifestent déjà si ouvertement, lorsqu'il est question du passé (car du Perron, Bellarmin et leurs adversaires n'étaient plus des contemporains pour les (c Messieurs » qui fréquentaient chez notre collectionneur anonyme), comment s'étonner que la seconde catégorie des jugements prononcés chez lui, ceux qui regardent plusieurs sommités de Port-Royal, reflètent plus vivement encore l'esprit de parti ou la passion ?

Nous n'essaierons pas de relever tous les passages où sont appréciés au point de vue littéraire ou théologique, les principaux représentants de Port- Royal. A ne nous occuper que des chefs, surtout si nous demeurons, autant que possible, dans la stricte matière de la controverse, le tout se bornera à quelques « sentences » qui les exécutent assez librement, mais où l'aigreur et une espèce de rancune ou de jalousie se font trop sentir. Que Dirois, brouillé avec le parti à propos du formulaire, en 1664, se soit prononcé avec quelque rigueur, il n'y a là rien que de très naturel. Il est plus curieux de voir des hommes comme Bridieu, l'archidiacre de Beau vais, accuser aussi nettement les défauts de ses partisans.

Cette sévérité, qui s'exerce à l'égard des amis, était conciliable du reste avec un puissant esprit de corps. Il n'est pas moins curieux de la voir appliquer aux grands hommes du jansénisme, sur qui reposait le poids de la lutte. On peut en donner comme type une espèce de parallèle entre Arnauld et Nicole, conduit en quelque façon à diverses reprises, et qui s'efforce de déterminer la part de chacun de ces deux vaillants collaborateurs dans les ouvrages entrepris contre le protestantisme.

P. DES Mares (li, M. Arnaud, Nicole, S' Cyran

Le père des Mares n'est pas an homme crerudition. Il sçait les conciles, l'histoire par Blondel jusques au 8*^ siècle, pas de suitte. 11 sçait saint Augustin, S' Léon, saint Fulgence, quelques Pères comme cela; FEscriture sainte, elle, ne luy est pas si présente.

M. Arnaud est proprement un houirne d'érudition. Il a tout lu. 11 sçait mieux la scolastique que l'école de Salamanque. Il trouvoit que Monsieur de saint Cyran faisoit une justice trop rigoureuse aux scolasti(jues, parce qu'il ne les avoit pas assez lus. Il n'entendoit pas assés leurs termes.

M. Arnaud se laisse mener en [tout] (2) ce qui regarde la charité ; est bonhomme.

M. Bridieu dit que ces Messieurs sont des gens de toute raison. On peut dire qu'ils en ont quasi trop.

Monsieur Nicole n'a pas d'érudition, mais il a l'esprit beau, élevé, plein de réfections, sçachant bien l'ame et les replis de l'ame. M. Nicole sçait par M. Arnaud, qui luy comnmnique ses lumières. La responce à Claude est composée par Monsieur Nicole selon les lumières de Monsieur Arnaud. Il a plus d'entretien à présent et on peut plus jouir de luy que de

(1) Les jugements ou détails historiques sur Desmares, nombreux dans notre recueil, trouveront place dans l'étude spéciale consacrée à ce rival de Bourdaloue. Cf. plus haut, p. 172.

(2) Ms. : se laisse mener entre ce qui...

M. Arnaud. Il se classe. S'il y a quelque chose à dire ;1) dans la Perpétuité, c'est qu'il y a trop de raisons.

M. Sonlet (2) croit que M. Arnaud dans sa pénitence n'entend pas assés l'antiquité et qu'il se contente de quelques passages (3), par exemple pour inonstrer que les clercs n'estoient point soumis à la pénitence publique (f° 295).

M. Nicole ne sçait bien que les auteurs mediae aetatis.

(Diroisl i f° 388 v°).

M. Nicole a beaucoup composé. Il a escrit sur des matières avant de les avoir lues. Ces Messieurs ont escrit de la grâce avant que d'avoir lu saint Augustin. Nicole n'a commencé à lire l'Eucharistie qu'en écrivant contre le ministre (f" 245 v°).

Dans la responce à Claude, Monsieur Nicole a autant et plus de part que M. Arnaud. Comme dans la logique, il raisonne à outrance, il ne respond pas à ce qu'on luy demande. On ne raisonne pas tant dans le monde. 11 y a beaucoup de métaphysique dans son fait (fo 52).

M. Nicole a la meilleure part dans le livre de la Perpétuité, d'autres disent qu'il la faitte.

Le P. Martin l'admire, et la response à Claude ; [i!] faut estre Cartiste (4) pour la bien entendre. Il y a dans les principes un peu trop d'abstractions. (M. Picques) (5).

(1) C'est-à-dire, à reprendre, à regretter. Sur cette expression, voir un autre exemple fort topique, dans mon Histoire critique de la Prédication de Bourdaloue, t. III, p. 449".

(2) D'après un autre passage du manuscrit, ce M'' Soulet, sur lequel je n'ai point trouvé d'autres renseignements, était « Maitre des cérémonies à Nostre-Dame ». On lit en elïet, au folio 214, ce détail liturgique sur l'origine de la prière de Compiles, Visita, quaesumus, Domine, habitationem istani : « M'' Soulet, M""" des cérémonies de Nostre Dame, dit que c'est une oraison de Cordeliers qu'on disoit dans leurs cloistres, car les démons ne sont pas dans l'église. Un Pape ayant permis à un Cordelier de reformer le bréviaire, il l'y mit. »

(3) On sait le sens précis de ce mot, équivalent à notre expression actuelle de citation. Voir Revue Bourdaloue, 1«^ avril 1904, p. 237-.

(4) Cartésien (note de Monmerqué'.

(5) Ce M'" Piques, plus d'une fois nommé, est l'objet de cette note de Mohmerqué : « 11 avait été résident en Suède où il avait succédé à M. Clianut. J'ai de lui beaucoup de lettres à M. de Brienne » (fol. 12(), v*' . Cf. Bulletin du Bildiophite, août-sept. 1905, p. (355).

AVANi' liOURDALOUl^ 2()9

L'esprit de Monsieur Nicole est plus beau que celuy de Monsieur Arnaud, à ce que dit M. Paschal le bénéficier (1), mais Monsieur Arnaud est d'une plus grande force, rien ne luy couste. Deux génies fort différents qui s'accordent pourtant. (Hersant) (2).

Monsieur de Barcos dit que l'éclat de la praedication du père des Mares a nuit aux affaires de ces messieurs. M. Arnaud porte tousiours Horace avec luy, dit-on.

(Marcel) (3) (f° 85).

Monsieur Arnaud respond aux difficultés qu'on luy propose si elles ne sont pas trop longues, car pour lors il dit qu'il n'a point de loisir et se retire sans cérémonie. Depuis midy jusques à trois heures, il donne volontiers audience, et quitte quand il n'est plus nécessaire. 11 est assés sérieux et songe tousjours à d'autres choses : aussy on n'en jouit qu'à demy. Il a affaire à des hérétiques sçavants, adroits, éloquents. Il n'aime pas qu'on lise les livres des hérétiques (f° 21()).

M. Arnaud sçait tout ce que traitte un auteur qu'il a lu : il estudie par analise (f'' 204).

(1) C'est un parent de Pascal, souvent invoqué dans notre manuscrit, j'en parlerai dans un article sur l'entourage de Pascal reconstitué d'après ces notes des contemporains.

(2) Hersant est probablement Charles Hersent, l'ancien oratorien, prédicateur de quelque renom, sorti de sa Congrégation à cause de ses intempérances de langage en chaire contre ses adversaires, les jésuites surtout. Voir Batterel, Mémoires domesUques, t. I, p. 362.

(3) Ce Marcel, [alias Marcelle], fréquemment appelé en témoignage, est apparemment l'ancien oratorien, professeur à Rouen sous François de Harlay (1641), puis professeur d'éloquence au collège des Grassins jusque vers 1660, enfin curé de Basly, près la Délivrande, dans le diocèse de Baveux, son diocèse d'origine, où il conquit quelque célébrité comme controversiste. Son livre : La Sùrelé calhoiique ou abrégé de controverse par les marques de la véritable Eglise (Caen, 1661, in-12) fut composé dans cette cure ; Marcel en sortit un moment pour être principal au collège de Bayeux (1664-1671), mais revint y mourir, 10 avril 1702, à 90 ans. Il est l'objet d'un long article 'de Moreri, 1759, t. VII, p. 199-200. Son frère puîné, Pierre Marcel, professeur au collège de Montaigu, pourrait être aussi bien, mieux peut-être à cause de son séjour à Paris aux années où fut composé le recueil, l'interlocuteur signalé sous ces noms de Marcelle ou Marcel. Cf. p. 279'.

M. Arnaud

est d'une prodigieuse estenduë. Il n'invente pas beaucoup, peut-estre par modestie. Dans la pénitence, il a suivy le système de Monsieur de saint Cyran, comme dans la fréquente communion, qui est son meilleur livre ; dans la grâce, le système de Jansenius. 11 s'est trompé dans le jugement équitable qu'il a fait, et tous les Pères seroient damnés à son conte. C'est luy qui a fait la première et la dernière partie de la logique. La première est toute métaphysique et la dernière n'est que la méthode et partout les plus beaux endroits pris de Montagne. Cela est beau, mais cela n'est pas nouveau. H est naturellement éloquent. 11 a une vivacité étonnante d'imagination. (Dirois.)

Il pouvoit par la lecture des Pères se faire un autre système de la pénitence que d'autres ont fait.

M. Arnaud a un jugement de lunettes, quoyque éclairé qu'il parroisse. Il ne voit saint Augustin que par les lunettes de Jansenius. Drois (sic) (fol. 391) (1).

On pourrait objecter que ces jugements sur les livres de Nicole et d'Arnauld (2), bien que relatifs à

(1) C'est un lapsus évident, pour Dirois.

(2) On pourrait recueillir encore maint détail piquant sur des paroles échappées à Nicole ou à ses amis. Ce serait trop nous éloigner de notre objet. Les quelques citations ci-dessous serviront d'exemples : « M. Tilmont f). Il est inconstant et léger. Monsieur Bourgeois l'a quitté [de] dessein rompu. M. Guilbert, qui a conduit M. Nicole, ne luy conseilloit pas d'escrire si tost, parce qu'il n'avoit pas lu les Pères. L'année passée, il se retira pour lire saint Chrysostome. »

(Dirois) (f» 392).

Bibliothèque de Ptolémée M. Nicole loue Dieu de ce qu'elle a esté bruslée. 11 y avoit tant de philosophes qu'il auroit fallu lire ! (fol, 375). Concile de Trente M. Arnaud le reçoit entièrement et il accuse d'hérésie ceux qui s'en escartent (fol. 323).

Feu M. de S' Cyran avoit l'esprit très fécond, mais il produisoit des espines que ses amis ont osté souvent de ses escrits.

Dirois (fol. 323, \<>).

(*) Il s'agit de rhistorien Le Nain de Tillemont.

la controverse (1), ne touchent que très indirectement la chaire, car ni l'un ni l'autre n'étaient prédicateur, sinon en de rares occasions, et leurs conférences contre l'hérésie ne sont que des livres (2). En efTet, à part quelques allusions à M. Sarrazin (3),

(1) Voici, comme spécimen dos curieux détails sur Pascal dont abonde notre manuscrit, le jugement assez inattendu et cruel de Manessier sur le vrai coryphée de Port-Royal : « M. Paschal ne sçavoit de l'Ecriture que ce que les autres lui apprenoient. On a trop célébré ses pensées. A peine sçavoit-il le latin ; il n'estoit pas sçavant ; c'estoit un bel esprit. » (Manissier) (f° 217, v°).

(2) Du moins y a-t-il intérêt à saisir des phrases comme celle-ci, qui suppose le renseignement emprunté à un confident d'Arnauld, au courant de ses projets : « M. Arnaud donnera trois traittés contre les huguenots, un de la justiffîcation, le deuxième de leur morale et le 3« de leur politique » (fol. 372, v°i.

(3) Le tome premier, peut-être le seul volume paru des œuvres oratoires de ce théologal de Chartres, un fort volume in-8° de 924 pages, a pour titre : Discours j de C A vent, / ou L'on î^epresente / Jesus-Clirist dans ses Grandeurs / et dans sa Sainteté, I Comme la Source k le Modèle des Grandeurs I k de la Sainteté des Chrestiens, / El l'opposition de l'Esprit du Monde, à l'Esprit / de Jesus-Chrisl. j Par M. Sarazin Docteur en Theologi(\ / Chanoine k Théologal do Chartres. Tome I / A Paris, / Chez / la Veuve de Georges Josse, à la / Couronne d'Epines / et / Guillaume Desprez, à saint / Prosper. / rue saint / Jacques. M.DC.LXXVIII / Avec privilège et approbation. A noter parmi les approbateurs, qui ont signé le 7 octobre 1678, Tancien curé de Saint-Paul, Mazure, (fameux par ses incidents avec le P. IJngendes), devenu Abbé de Saint- Jean de Chartres. Le privilège, pour six ans, est daté de S. Germain en Laye, 31 décembre 1677. Voici le jugement porté sur l'auteur dans notre manuscrit : « M. Sarrazin, Mascaron : En 1668, théologal de Chartres aagé de 61 ans. II y a trente ans qu'il presche à Chartres et il a presché plusieurs Caresmes à Paris avec force. 11 sçait la morale chrestienne; il a presché, sans affectation d'éloquence, de bonnes vérités et non de belles paroles. Il cherche seulement à se rendre intelligible, Il formera plus de prédicateurs et de chrestiens que le pore Mascaron qui commence à paroistre avec beaucoup d'esclat et de brillant, quelquefois faux pourtant et peu juste. » (le p. mascaron) (sic).

Ce n'est pas lui cependant qui a dû dicter ce verdict. Il faut

auteur d'un Avent, que par leurs éloges, ces messieurs semblent revendiquer pour un des leurs, à part aussi Grosteste des Mahis (1), ministre converti, demeuré diacre et chanoine d'Orléans, que les A'^ouvelles prônent avec enthousiasme. Desmares est le seul controversiste de la chaire que signale notre manuscrit. Encore est-ce pour déclarer, contrairement à ce que racontent ses biographes, que, dans sa controverse avec le ministre Gâche, il ne réussit guère.

Le pore des Mares n'eut pas l'avantage contre Gâche. Gâche parloit avec grande facilité fol. 217).

Ce jugement de Manessier fait partie d'un très curieux article où sont énumérées les « fautes » des Jansénistes (2). L'intransigeant docteur les classe

supposer là plutôt un lapsus calaini et lire, par exemple, le p. Desmares. Ce n'est qu'une conjecture, mais vraisemblable.

(1) Sui' des Mahis, dont je donnerai quelques extraits tirés des Nouvelles ecclésiastiques, dans le travail concernant Bossuet destiné à la Revue Bossuet, voyez une note fort intéressante de M. Jovy. Études et recherches sur J.-B. Bossuet, p. 215. 11 ne sera pas difficile, par les éloges distribués à ce converti, de juger que M. E. Jovy avait avec raison signalé ?es attaches avec le parti, que conteste trop gratuitement M. E. Levesque dans le compte-rendu, sévère à l'excès, de cet excellent ouvrage : Bévue Bossuet, 25 oct. 1903, p. 251.

(2i Le copiste inintelligent a écrit Beauté des Jansénistes. 'Voici ces neuf articles, des plus suggestifs :

1 Ils eussent mieux fait de deffendre les cinq propositions dans un sens catholique en rejettant les sens hérétiques que de s'amuser à des faits. On n'eut pas osé à Rome les condamner. Ils eussent esté bien embarrassés, disent MM de Launoy et le Manissier.

2 Ils ont fait une faute d'aller à Home.

3 Monsieur NicoUe a esté le premier dans le Thomisme, au lieu quil falloit deffendre la vérité sans détour.

4 Le livre attribué à Monsieur Gilbert ou Monsieur de Saint Cyran est sincère bon et droit. 11 falloit le conserver parce qu'il cstoit rare et <|u'il alloit droit à la vérité.

5 La paix de l'Eglise a esté beaucoup humaine.

SOUS neuf chefs principaux, parmi lesquels on remarquera le reproche fait à Nicole et Arnauld de se tenir à la remorque de du Perron et de Bellarmin en accordant trop à Rome.

Si Manessier épargne si peu les siens, on ne l)0urra être surpris que son collègue en boutades intempérantes, Dirois, se montre rigoureux pour un jésuite. En lui accorchmt le mérite d'un style honnête, il n'irait à rien moins qu'à l'accuser presque de mauvaise foi.

Le p. Noet Jesuiste

a respondu au ministre Claude (1) sans critique, citant de

fausses pièces, comme s'il auoit dormy pendant 300 ans. Il

escrit asses purement.

Dirois {P 168 v°).

A côté de ces appréciations sévères, on trouverait à glaner, dans ces échos de conversation de omni re scibill, plus d'un complément d'information précieux pour l'histoire des livres et des hommes. Signalons, par exemple, ce document anonyme, plus spécial à la

6 ^Sur Desmares et Gâche, voir plus haut, p. 272).

7 Monsieur Paschal n'estoit pas content de la signature du Port Royal. Il (m a conféré avec M. Manicier.

8 Ces Messieurs suivant les idées du Cardinal du Perron et de Bellarmin, avec leur centre d'unité à Rome.

M. de Saint Cyran Barcos ne devoit pas dire que Testât de Jesus-Christ estoit monarchique, [parce] que Jésus Christ seul est monarque et non pas le pape.

9 On a voulu sauver les filles du Port Royal par les destours du thomisme et c'est enfin ce qui a perdu le Port Royal, parce qu on en est venu au fait et il falloit se maintenir dans le droit. (Manissier) (fol. 217).

(1) Le livre du P. Nouet est intitulé : La présence de Jésus- Christ dans le très-sainl-Sac rement, povr servir de Réponse au Ministre qui a écrit contre la Perpétuité de la Foy de l'Eglise Callwlique, touckwit l'Eucliaristie. Par le R. P. Jacques Novet de la Compagnie de lesvs. Paris, Muguet, 1()66. — Cf. Sommervogel, t. V, col. 1815, n° 9; voir aussi les numéros suivants, 10 et 11, relatifs à la même polémique.

question, encore embrouillée, des précédents du quiétisme en France. Il fournit quelques détails sur un des éditeurs responsables de l'ouvrage de M. de Bernières, Le Chrétien intérieur, qui souleva plus d'une polémique au XVIP siècle (1).

M. Charpi. L'intérieur chrestien

Monsieur Charpi de Sainte Croix, du pays de Maçon, est trop allégorique : il fait un livre intitulé le Catéchisme Eucharistique. Il a travaillé sur TApocalipse. Il a escrit la lettre latine du clergé au pape du temps du Cardinal de Mazarin. il a de Tesprit beaucoup. Il aime à prescher la morale et à prescher apostoliquement. Il fait bien des vers ; il sçait TEscriture, les Pères; a connu le cardinal Mazarin. A un frère Theatin ; il a fait semblant de Testre pour avoir sa grâce.

Il a composé Vfnterieur Chrestien sur des Lettres de Monsieur de Bernières escrittes à une religieuse. Vn capucin la augmenté et la fait imprimer à Rouen sous le tiltre de Vlnlerieur Chrestien. Monsieur de Cramoisy a fait confisquer les exemplaires et le débite. Ce livre est gousté comme un Livre asses spirituel, (f. 119 v°).

Les subalternes du parti, personnages peu connus, sont souvent invoqués en témoignage sur le compte

(1) Voir à ce sujet la suggestive étude de M. Tabbé Charles Urbain, à propos du livre de M. l'abbé Cagnac sur Féneton, directeur de conscience (Quinzaine, V sept. 1902, p. 1-20]. En indiquant un certain nombre des points qu'aurait dû traiter cette étude, le critique trace le plan d'un essai historique sur le mouvement mystique du XVI I« siècle. Sa citation des lettres de Huet, relative à l'ouvrage de M. de Bernières, trouve, donc ici un complément. On y lisait : « Il n'est que juste de le rappeler, M. de Bernières n'avait publié lui-même aucun de ses écrits. « Nous parlerons des écrits de M. de Bernières, mais... je n'ai vu aucuns de ses écrits qui n'aient été altérés et rhabillés et replâtrés ; rien de tout cela n'est original, et ce sont les originaux que M. de Bernières a écrits ou fait écrire, que je voudrais voir, et en un mot, ce n'est ni le P. Lguis- Prançois, ni le P. de Saint-Gilles que je cherche, mais M. de Bernières. » (Lettres inédiles du P. D. Huet à son neveu, éd. Gasté, Caen, 1901, in-8°, pp. 162 et 103). — Urbain, /. c, p. i'.

des plus grands noms du jansénisme. Ainsi ce même de Sainte-Croix rapporte un mot du cardinal de Richelieu manifestant son animosité contre le patriarche de l'Augustinianisme.

Saint Cyran du Verger

M. le Cardinal de Richelieu Testimoit un fat, dit Monsieur de Sainte-Croix. J'ay de la peine à le croire; mais il estoit sa partie, et tous les honnestes gens l'ont regardé comme un oracle (fM21).

J'ai rapporté plus haut certaines appréciations malveillantes contre les entreprises de controverse du cardinal ministre, et surtout contre ses ouvrages (1). Citons-en deux encore, qui tendent à lui enlever la paternité de son Traité de controoerse, pour en attribuer le mérite à l'un des plus dévoués défenseurs des doctrines de Jansénius, l'abbé de Bourzeis, de l'Académie Française (2).

(1) Voir plus haut, p. 202-.

{2) L'abbé de Bourzeis, qui a sa notice au dernier volume de Y Histoire littéraire de Port-Royal de dom Clémencet, ms inédit de la Bibliothèque Mazarine, méritera d'attirer l'attention. Le volume de ses Sermons, parus en 1672, contient une préface instructive et une dédicace au roy, très obséquieuse, mais fertile surtout en allusions historiques intéressantes. Voici le titre de l'ouvrage et quelques citations. Sermons/ suri divers Mystères/ de la ReUyionj et plusieurs festes/ des saints./ preschez dans Paris/ par l'Abbé De Bovrzeis./ A Paris,/ Chez i^ierre le Petit, Imprimeur Se Libraire ordi-/ naire du Roy, rue S. Jacques, à la Croix d'Or/ M.DC. LXXII./ Avec Privilège c^ Approbation. (Bibl. nat. Res. D. 15583) In-8° de 711 p. « . . .La secte des prétendus reformez bastit-elle au préjudice de vos Edits de nouveaux Temples dans vostre Royaume? Vous les détruisez, & vous le faites avec d'autant plus de justice & de pieté, que de vostre part vous gardez exactement la foy publi([ue k des sujets & à des novateurs qui ont violé celle qu'ils doivent à Dieu à au chef de son Eglise. . .

Asseure-t-on Vostre Maiesté qu'une personne de

condition engagée dans le parti de Iheresie a témoigné de l'inclination à le quitter. Vous donnez ordre à un Théologien

Cardinaux, Richelieu et Mazarin

Une sçavoit pas beaucoup, on luy fournissoit des mémoires, M. de Bourzeïs luy a fourni les Mémoires de son dernier livre des controverses.

Il n'avoit pas tant d'esprit que le Cardinal Mazarin, mais il avoit Tame plus grande. Il avoit de plus grands desseins. Au contraire le cardinal Mazarin avoit plus d'esprit, mais Famé petite : il ne se soucioit pas de tout ce qu'on disoit de luy. (Dirois) (fol. 8 v°).

Cardinal de Richelieu

Godin ,1^ a escrit sous luy la Perfection du Chrestien et dit qu'il en a fait plus de la moitié.

C'est M. de Bourseois (Bourzeis) qui a fait sa Controverse. Pour son Catéchisme, il estde luy (2). Monsieur d'Auche, estant

de passer les mers pour travailler à sa conversion, &l vous n'avez pas moins d'ardeur à gagner à Dieu vne ame égarée de la droite voye, que s'il s'agissoit de donner la paix à vôtre Estât, & de réduire à votre obéissance une Province révoltée. Vostre Noblesse se porte-t-elle malgré la rigueur de vos défenses à de funestes combats, où vn faux honneur la précipite dans vne perte éternelle ? vous la punissez irremissiblement de sa fureur, & ce qu'elle faisoit par vne coutume envieillie, beaucoup plus que par une valeur emportée, elle a cessé presque entièrement de l'entreprendre par la crainte de vostre juste et inexorable sévérité. S'éleve-t-il dans l'Eglise Catholique des disputes de religion si opiniastres, qu'à peine esperoit-on de les voir tinir ""^ vous les appaisez, vous joignez vostre autorité royale à celle du Saint Siège pour effacer jusqu aux moindres traces de ces contentions, & jamais ordre ne fut mieux donne ni mieux sui^^i que l'est celui de la soumission & du silence que vous imposez à la chaleur des deux partis. »

l) Lisez Gaudin. Jacques Gandin, Tourangeau, docteur de Sorbonne et chanoine de Paris, fut lecteur de Richelieu, mais une indiscrétion le perdit. l'Voir Moreri, t. V, p. 95 ' Il mourut en 1695. Il est nommé au Ménaaiana, 3^ éd. de 1715, t. I, p. 38), à propos de sa D'fense du traité de controverse de... Richelieu il681i, contre le ministre Martel.

i2) Aussi est-il plus que sobrement loué par les jansénistes. Voir plus haut, p. 202-.

AVANT B(JUlll)ALOUE 277

abbôd), entretenoit le Cardinal de Hiclielieu de ses lectures dos Pcros et avoient (sic) entrée par tout. Cela est fort beau.

(GOMBERVILLE(f. 292) (2).)

Ces petites perfidies contre les auteurs catholiques dont le jansénisme n'avait pas à se louer, ou les appréciations rigoureuses portées même contre les hommes de Port-Royal, rendent plus saillante encore l'extrême bienveillance de certains jugements prononcés en laveur des hérétiques déclarés. Nous en grouperons quelques exemf)les. Ils donneront une idée de la façon dont était envisagée dans ce cercle d'hommes instruits la lutte contre le calvinisme.

Une intéressante conversation relative à Pelisson, tenue par Nanteuil (il s'agit du graveur) (3) indique le ton des entretiens ; et ici rien de plus légitime que cette sympathique admiration pour un homme honorable, sincèrement revenu de l'hérésie à la vraie foi (4).

1) Uévôque d'Auch, en 1670, était Henri de la Mothe- Houdancourt (1662-1684) fGams, p. 498, col. 2) mais ne seraitil pas question plutôt d'après les dates et les relations avec Richelieu, de son pi-édécesseur, Dominique de Vie, conseiller d'état sous Louis XIII, vers 1621, coadjuteur d'Auch, sous Léonard de Trappe, auquel il succéda en 1629. 11 eut un rôle important dans les assemblées du clergé de 1635 et 1645 et défendit vivement les immunités ecclésiastiques,

(2) Gomberville (Marin le Roi de) né en 1599, à Chevreuse, un des premiers académiciens, était bien placé par ses relations avec Richelieu pour fournir ces renseignements. Ce romancier converti par Port-Royal et renonçant, pour un temps du moins, parait-il, à donner d'autres Polexandre (Paris, 1637, 5 volumes) et d'autres Cylhérce (1644, 4 volumes) dut venir souvent chez notre amateur ; il y donne son avis sur tout sujet, en vrai romancier fécond, mais peu judicieux peut-être. (Voir sa notice dans Moreri, t. V, p. 255). Il mourut à 7't ans, le 14 juin 1674.

(3) Cf. le Menagiana, 2" éd. 1694, t. Il, p. 157.

[V] Tout est irréprochable aussi dans ce portrait d'un autre converti, le maréchal Fabert, mais comme rien n'y est dit de

M. Pelisson

Monsieur Arnaud se rejouit qu'il se soit converty ; c'est un bel esprit. Monsieur l'Evesque de Comminges, à présent de Tournay (1), a travaillé à sa conversion.

Si Monsieur Pelisson se fust converty plus tost, on l'eust fait précepteur de Monsieur le Dauphin. (Nanteuil.)

Morus (2), ministre, a donné à Monsieur Pelisson, son ami, depuis peu converti, une chaisne d'or, que la republique de Venise luy avoit donnée, ayant fait une harangue à la republique dans quelque deputation où il estoit.

Il (Pelisson) a fait une retraitte à la Trappe, est fait secrétaire du Cabinet et depuis Maistre des requestes. Il a dit à Madame

la controverse, je ne le donne qu'à cause de l'intérêt du tableau de cette belle vie, à cause aussi de la signature, qu'il y aurait profit à identifier. En effet ce M. de Bois- Dauphin, s'il est apparenté aux Laval, serait sans doute, le fils d'Urbain il, mort le 18 décembre 1G61, antérieurement au maréchal de Fabert (17 mai 1662>, et comme il mourut luimême en 1672, son récit restreindrait la date de cette partie du recueil. Le voici, en tous cas, dans toute sa candeur : M. Faber, Mareschal

Gouverneur de Sedan, fils d'un libraire, sçavoit presque tout ce qui luy devoit arriver. Il se prépara à la mort 8 jours avant que rien parut. Il se confessa, comnmniaà la paroisse; se fit apporter l'extrême onction qu'il receut dans un fauteuil le soir. Il fit veiller tour à tour ses serviteurs. Le lendemain on le trouva mort dans son lit ayant les heures de Nostre Dame entre ses mains. C'est un homme d'esprit, raisonnant juste et philosophant tousjours, fort sobre. Il donnoit à manger à tous les honnestes gens habiles, religieux, médecins, gens de lettres, venoit sur la fin du repas, leur demandoit de qaoy ils s'entretenoient et quand il disoit sa pensée il estoit tousjours du bon costé. Il estoit ami de Monsieur de la Trappe. Il luy disoit que la séparation du corps d'avec l'ame estoit espouvantable. Un homme de la cour disoit qu'il y avoit plaisir à céder à Monsieur le mareschal Faber. Le Roy voulut luy donner le cordon de l'Ordre ; il luy dit qu'il n'estoit point de qualité à cela. Il disoit partout qu'il estoit fils d'un libraire. (M. de Bois-Dauphin) (fol. 293.)

(1) C'est Choiseul, cher aux gallicans et aux jansénistes.

[2] Sur le ministre Alexandre Morus, né à Castres en IGIG, mort en septembre 1670, célèbre surtout par ses démêlés avec Milton, voir Moreri, t. VII, p. 808,

de Sablé (1) que ce qui l'avoit converty, c'est qu'il avoit lu dans les Saints Pères qu'ils parloient tous de la pénitence et qu'il ne trouvoit point cela dans sa religion. Il a esté à la Trappe et il dit qu'il a veu dans la vie de ces bons religieux qu'il a estudiée ce qu'il avoit lu dans les Saints Pères, que c'estoient des Saints vivants et l'Evangile vivante (2). Comme Monsieur fde] Tournay et Monsieur Touret (3) le portoient à imprimer les motifs de sa conversion, il respondit qu'il est difficile dans cette vie quand on escrit de se deffendrc des sentiments de l'humanité. Il est fort bien converty et fort honneste homme (fol. 287-288).

Personne non plus ne songerait à trouver excessif le jugement porté sur le ministre Claude, ni les appréciations de Nicole sur Aubertin, encore que dans le passage anonyme sur Claude plus d'un trait semble trahir ce dédain de la scolastique dont se targuait volontiers l'école de Port-Royal.

Mais où il est difficile de passer condamnation, c'est sur les sentiments de Manessier, si indulgent aux hérétiques, et sur son hostilité si acharnée contre les auteurs catholiques qui n'admettent

(1) On connaît assez la vie de cette illustre amie de la Rochefoucauld ; son nom revient plus d'une fois dans notre recueil. Signalons ce détail fourni par Marcelle (voir plus haut, p. 269') : « Madame de Sablé. Toute la cour va chez elle, Monsieur le Prince, Monsieur le Dauphin ; elle a grand cœur, grand esprit, elle a près de quatre vingts ans, et ne sort point de sa chambre. Elle parle bien, tout le monde n'aime pas ses sentences. M. Marcelle ».

(2) C)n sait que le mot évangile était souvent employé au féminin. Voir Xouveaux Sermons inédits, p. 26i\

(3) Sur Touret, ancien Doctrinaire (Cf. f°247 v°), mais absent de Moréri, signalons cette note, au fol. 400 v° du ms. : « M. Touret reprend tout. Il est un peu infirme. Il a huit cents livres de rente, une servante qui le sert (*), vit honnestement. il y a vingt ans que M. Barbereau dit qu'il sçavoitpar cœur Jansenius. Il travaille.. le ne sçay s'il sçait les Pères. H est décisif ».

1^*) Ce détail est relevé comme une rareté à cette époque. Les prêtres n'avaient guère à leur service que des valets.

point sa théorie delà grâce. Ceux-ci expient véritablement pour ceux-là.

Ministre Claude : a de l'esprit, beaucoup de feu, son discours est assés naturel, voit les difficultés, les prévoit niesme, y respond par advance, mais assés foibleraent. Il triomphe de choses où il ne doit pas triompher, ne prend pas tous ses advantages, faute de science, pour enclouer les arguments de M. Arnaud. Par exeniple M. Arnaud luy dit : Les Grecs ne nous reprochent point la transsubstantiation : ils nous reprochent les azimes. Claude pouvoit respondre que les Grecs ne reprochent point d'autres abus de ce temps là qui estoient plus considérables : la monarchie des papes, leurs guerres, leurs dérèglements ; mais il ne sçait pas cela. Il n'a lu les livres qu'autant qu'il en a eu affaire, comme Léo Allatius. Quand il est sérieux, il escrit asses bien, mais il est ridicule quand il se met à railler. Il a du génie gascon.

Ses ouvrages plaisent : il a de la diversité. Il adjouste quelquefois trop de choses qui gastent les premières idées. Il pousse quelques fois bien loin certaines choses ; ce qu'il adjoute gaste. Il paroist se jetter sur certaines matières que Monsieur Arnaud n'oseroit relever, comme sur le pouvoir du pape qu'on luy donne sur le temporel. 11 dit des choses sans jugement. Il tombe d'accord des faits et demande quelle conséquence on en peut tirer. Il raisonne quelques fois en écolier. Par exemple, il dit que les Pelagiens se sont séparés parce qu'ils n'ont pu comprendre cette grâce et comment elle agissoit dans nos cœurs. Ce n'est pas cela. Il monstre qu'il n'entend rien dans la grâce. Il dit que S' Jean Damascene "est^ le S* Thomas de l'Eglise Grecque. Saint Thomas n'est pas en si grand crédit parmi nous. Il falloit dire saint Augustin. Il confond le sentiment de l'Eglise avec les scolastiques qui ne sçavent pas la religion. H parle du sentiment des Eutichiens sur l'Eucharistie et il ne l'entend pas ; car on est bien en peine mesme que Dioscore ayt erré dans la foy (f°345).

Claude. Acbertin

[Claude] a de l'esprit, mais beaucoup de malignité. Il ne sçait pas les règles du stile. Aubertin est plus sçavant que luy.

Nicole if« 386 v°).

AVANT 130UKDALOUM 281

Il y a quelques deffauts de critique dans Aubertin. il rejette un livre de saint Cyprien de operibus card. parce qu'il se trouve de meschants n:iots latins, qui sont pourtant de Giceron (1). Nicole (f» 388 v°).

Après ces réflexions modérées sur les chefs protestants les plus en vue à cette époque, n'est-il pas évident que le contraste sera trop criant entre les remarques sur la conduite à tenir vis-à-vis des réformés et la partialité qui éclate dans les jugements théologiques de Manessier ?

Des Hérétiques

Ils ont souvent plus de bonne foy que nous.

Vossius promet Josephe Fliistorien. Daniel Heinsius et Silburgius ont travaillé sur Clément d'Alexandrie.

On a accusé à faux les hérétiques d'avoir supposé une lettre de saint Jean Chrisostrome] où il reconnoist que le pain demeure. On a trouvé cette lettre qui est citée dans un ancien auteur.

[M'' Emeri Bigot la fait imprimer, l'ayant prise à Florence dans la bibliot^heque] du duc] (2).

Il est difficile de conférer avec les hérétiques. Ils sont forts sur l'Ecriture, preschent mieux que nous. Gâche disoit que tandis que l'on voudroit tout emporter, chacun a de l'esprit et deffendra le bout de son baston.

Si Rome ne se relasche, on ne gagnera jamais les hérétiques. Il faudroit vn prince puissantquiassemblast les habiles.

Manicier (f° 219 v°).

Voilà sa pensée sur les protestants. La voici sur des auteurs et sur des questions catholiques :

Père Thomassin

n'est qu'un Moliniste raffiné. Son livre du Pape est ridicule. On n'enseigne point la vérité dans les communautés.

Manissier.

(1) Voir plus haut, p. (261).

(2) Les mots entre croc-hets sont une note marginale d'une autre main, sur ce fait, voir le Menagiana, 3« éd. 1715, t. III, p. 357.

Péché originel

Arminius estoit moliniste. Il n'avoit osé nier le péché originel ; Episcopus, son sectateur, Toste et le détruit.

Ostés le pèche originel, vous ostésj. C. et nostre religion devient une fable.

A voir les hommes comme ils vivent avec toute infidélité, on voit bien que Thomme ne vit (aie) pas à sa fin comme les autres animaux, ainsi que Platon le soupçonne.

Jamais saint Augustin n'a mieux fait que contre les Pelagiens et Donatistes. Julien, avouant que Dieu avoit voulu nous donner de l'exercice affin que nos combats fussent plus glorieux, il dit : nous combattons donc contre le bien ; et comme il avoit dit que nous avions des remèdes, saint Augustin conclud : nous sommes donc malades : Profecto non danlur remédia sanitali : ergo pugnamus contra honum.

Manissier (f° 210).

Ce docteur n'était pas le seul à parler sur ce ton. En preuve cette simple citation d'un certain Le Bon, dont la langue acerbe semble avoir démenti le nom, et qui, entre autres exemples, apportait des déclarations comme celle-ci, intitulée : Définition d'un docteur.

Les docteurs se mettent sur les bancs par curiosité, continuent par vanité, tombent dans Fimpenitence finale. Un docteur est comparé au char d'Ezechiel qui estoit trainé par quatre animaux : un aigle, un ange, un lyon et un beuf. Les docteurs n'estoientque des veaux, au lieu de beufs; des poules mouillées, au lieu de lyons; des roytelets, au lieu d'aigles. lia M*" Bizot, preschant le jour saint Thomas : gens ?^a/iO/?e furens. C'est une forteresse où le bon sens n'entre que par la brèche. (Le Bon.)

Ce sont des gens qui sont toujours en garde contre la vérité, qui font sentinelle contre le sens commun. (Montagne) (f°9).

Ce sera donc rentrer en quelque manière dans une région plus sereine que de recueillir des conseils, non signés, mais, d'après le voisinage, attribuables

AVANT lioriJDAi.ori': 2Hl\

soit au controversiste Charles, soit à M. de Saint- Jean (1), quelqne jugement de Bridieu sur les auteurs protestants à étudier, et plusieurs détails historiques sur une question qui fit longtemps l'objet des légitimes aspirations du siècle, l'union des protestants ramenés au catholicisme, telle que l'essayèrent, après beaucoup d'autres, Bossuet et Leibniz.

11 faut avoir, des hérétiques : Blondel, de la Primauté (2), Charnier, contre Bellarmin ; mais le plus subtil, c'est Chandieu ou Sader en hébreu, qui traitLe d'une manière scholastique les matières et est le plus fort en raisonnement. C'estoit un gentilhomme de Genève (f*^ lOi v").

Vossius

Forbesius remarque que Vossius s'est retracté de ce qu'il a dit du sentiment de saint Augustin dans son Histoire pela- (jienne, surquoy Forbesius dit : miror candorem Vossii.

Il faut avoir les pièces qu'il a faites de Théologie. Il y a quelque faute, mais le tour en est bon, dit M. de Bridieu. Le livre est rare.

Union des catholiques et des protestants. Ceux qui ont travaillé à unir les Catholiques avec les Protestants ont esté Erasme, Philippe Vuars, les deux Georges Trinités, Cassandre, Andréas Fricius Modrenius. En nostro temps, Joannes Sibranius, Isaac Casaubon, Théophile Brachet (3), Hugo G rotins et Dominicus Bardius. if° 106 v°).

Signalons enfin, comme une des particularités du temps, l'attention accordée au Socinianisme. Nous avons vu le controversiste Cordemoi s'en occuper (4). Gomberville, Manessier, Arnauld et Desmares (dont le nom est souvent défiguré) s'accordent à insister sur le danger de ce « rationalisme », qui, si logiquement, tirait les conséquences du principe de libre examen

(1) Voir plus haut, p. 2CA-.

(2) Ibid., p. 257'.

(3) Théophile Brachet de la Mil letiôre. Voir plus haut, p. 250'.

(4) Itjid., p. 245^

281 LE TON Dl'l LA PRIODICATIOX

et de la gratuite négation de tout mystère et de tout surnaturel.

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